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GENEVE, 60e SESSION / LOUVERTURE DE LA SESSIONE La Commission des droits de l'homme des Nations unies a ouvert sa session annuelle le 15 mars 2004, à Genève, pour six semaines de travaux qui devraient être largement consacrés aux conséquences de la lutte contre le terrorisme. Dans le discours d'ouverture de la session, le président de la Commission, l'ambassadeur d'Australie Mike Smith, a rappelé les récents attentats commis en Irak, en Espagne et en Israël. Mike Smith a souligné que la tâche de la Commission est progressivement passée, au fil du temps, de la préparation et de la promulgation initiales des normes internationales de protection des droits de l'homme à une véritable mission de contrôle de l'application et de l'efficacité de ces mêmes droits. Les rapporteurs spéciaux mandatés par la Commission ne disposent que de moyens limités et ne sauraient se substituer à des organes nationaux de protection des droits de l'homme indépendants, efficaces, régulièrement financés et gérés par des citoyens concernés et familiers des conditions locales, a-t-il affirmé. S'agissant du terrorisme, la Commission devra traiter la dimension de ce phénomène qui touche aux droits de l'homme, a-t-il ajouté. Bertrand Ramcharan, haut commissaire aux droits de l'homme par intérim, a notamment affirmé que la Commission doit devenir le temple de la justice. Appelant la Commission à se demander ce qu'elle peut faire de plus pour prévenir les génocides, il a rappelé que Kofi Annan a avancé, en la matière, l'idée de nommer un rapporteur ou un conseiller spécial relevant de la Commission et du Conseil de sécurité et a évoqué l'idée d'un protocole facultatif à la Convention sur le génocide, qui mettrait en place un comité de prévention du génocide. Le haut commissaire a par ailleurs invité la Commission
à réfléchir à l'idée d'une
convention internationale sur l'éducation aux droits
de l'homme. Attirant l'attention sur les centaines de milliers
de jeunes femmes victimes de prostitution, d'esclavage ou de pratiques
analogues à l'esclavage, il a estimé que la communauté
internationale n'a pas pleinement pris la mesure de la gravité
du problème. Il existe au sein du mouvement des droits
de l'homme un appel visant à ce que la Commission bénéficie
d'un accord approprié permettant de l'aider à surveiller
ce qu'il advient des droits de l'homme dans les stratégies
de lutte contre le terrorisme, a-t-il indiqué. LES DECLARATIONS
Mike Smith a ensuite rappelé que la tâche de la Commission est, au fil du temps, progressivement passée de la préparation et de la promulgation initiale des normes internationales de protection des droits de l'homme à une véritable mission de contrôle de l'application et de l'efficacité de ces mêmes droits. Sérgio Vieira de Mello, lors de la clôture de la session de l'an dernier, avait souligné le lien entre la promotion des droits de l'homme et l'effectivité de l'état de droit au sein des États. Il avait également promis que le Haut Commissariat s'efforcerait d'avoir un plus grand impact sur le terrain, en renforçant les systèmes de protection nationaux qui sous-tendent l'état de droit. Pour atteindre ce but, la Commission doit agir sur plusieurs plans complémentaires : la reconnaissance d'abord de l'importance de la bonne gouvernance, à savoir des institutions civiles renforcées, des systèmes judiciaires efficaces, la responsabilisation des autorités; l'importance accrue accordée ensuite aux institutions des droits de l'homme - commissions nationales des droits de l'homme, recours aux médiateurs, organes d'appel indépendants; et aussi le recours aux mécanismes propres à la Commission, telles les procédures spéciales destinées à surveiller la situation des droits de l'homme dans les pays. Toutefois, les rapporteurs spéciaux mandatés par la Commission ne disposent que de moyens limités et ne sauraient se substituer à des organes nationaux de protection des droits de l'homme indépendants, efficaces, régulièrement financés et gérés par des citoyens concernés et familiers des conditions locales. Enfin, le président de la Commission a évoqué
le terrorisme, nouveau défi qui concerne tous les
pays. La Commission devra traiter la dimension de ce phénomène
qui touche aux droits de l'homme. Les droits de centaines de victimes,
a-t-il rappelé, de leurs familles et amis ont ainsi été
bafoués dans les attentats de Bali en octobre 2002, de
Madrid il y a quelques jours à peine, d'Ashdod hier encore.
En vérité, la Commission doit maintenant se demander
comment protéger les droits de ces victimes et des innocents
qui souffrent des conséquences du terrorisme.
Cette année, le 7 avril marquera le 10e anniversaire du génocide au Rwanda, a poursuivi le Haut-Commissaire par intérim. Il y a dix ans, la Commission s'était réunie en session spéciale et, à cette occasion, avait lancé un appel en faveur de la cessation du génocide, avait désigné un Rapporteur spécial et demandé la mise en place d'un bureau des droits de l'homme sur le terrain, a-t-il rappelé. Aujourd'hui, il convient de se demander ce que la Commission peut faire de plus pour prévenir un tel génocide à l'avenir. Kofi Annan a avancé l'idée de nommer un rapporteur ou un conseiller spécial relevant de la Commission et du Conseil de sécurité. Il a également évoqué l'idée d'un protocole facultatif à la Convention sur le génocide, qui mettrait en place un comité de prévention du génocide. Le Haut-Commissariat aux droits de l'homme a écrit aux Etats parties à la Convention sur le génocide pour solliciter leurs points de vue face à cette idée, a indiqué Bertrand Ramcharan. Aujourd'hui, des violations flagrantes des droits de l'homme
se produisent un peu partout dans le monde, a poursuivi le haut
commissaire. Les rapports dont la Commission est saisie et qui
émanent des procédures spéciales thématiques
et par pays indiquent que le terrorisme, la torture, les exécutions
extrajudiciaires, les disparitions forcées ou involontaires,
la détention arbitraire, la violence contre les femmes,
l'intolérance religieuse, les expulsions forcées,
les déplacements internes, la famine et d'autres violations
graves se produisent de par le monde, a-t-il relevé. Il
s'est demandé s'il ne serait pas opportun pour la Commission
de charger certains de ses membres de conseiller la Commission
s'agissant du suivi adéquat des rapports des procédures
spéciales. Bertrand Ramcharan a rappelé qu'aujourd'hui, des millions de personnes périssent des conséquences de la pauvreté. La Commission dispose d'un Rapporteur spécial sur l'extrême pauvreté et d'un Groupe de travail sur le droit au développement, a-t-il souligné. Il conviendrait de se demander quelle contribution particulière la Commission apporte en matière de mise en cure des stratégies de droits de l'homme visant la réduction de la pauvreté, a-t-il suggéré. L'une des réponses en la matière pourrait résider dans l'application du principe de non-discrimination dans l'allocation des ressources nationales. C'est un principe fondamental de la bonne gouvernance que de faire en sorte que les ressources d'un pays et de la communauté internationale soient distribuées équitablement et qu'une attention particulière soit accordée à l'élimination de la discrimination en matière d'accès aux moyens de vivre dans la dignité. La démocratie, la primauté du droit et le respect des droits de l'homme sont également des exigences fondamentales, a ajouté le haut commissaire. Il nous faut parallèlement reconnaître que les effets de la mondialisation font qu'il est difficile pour les pays en développement de répondre aux besoins fondamentaux de leurs populations. S'attaquer à la cause des droits de l'homme sans traiter de la pauvreté extrême revient à emprunter un chemin de traverse. Aujourd'hui, a-t-il poursuivi, le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l'intolérance prospèrent. Les musulmans sont pris pour cible en raison de leur religion et les actes antisémites augmentent. Les minorités, les populations autochtones et les migrants sont confrontés à de nombreux problèmes. De nombreux pays connaissent une crise de gouvernance et des violations massives des droits de l'homme se produisent partout. La Commission doit donc jouer un rôle pour faire émerger le monde tel qu'il est envisagé dans la Déclaration universelle des droits de l'homme. Il a rappelé que dans son programme de renforcement des activités des Nations unies dans le domaine des droits de l'homme, le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, a lancé un appel en faveur d'un renforcement des systèmes nationaux de protection des droits de l'homme dans chaque pays. Il a par ailleurs invité la Commission à réfléchir à l'idée d'une convention internationale sur l'éducation aux droits de l'homme. Rédiger une telle convention pourrait donner une impulsion à l'enseignement des droits de l'homme de par le monde, a-t-il affirmé. Les institutions nationales de droits de l'homme sont les gardiens du temple, a-t-il insisté. Lorsque les droits d'une personne sont violés, cette personne doit pouvoir se tourner non pas en premier lieu vers les Nations Unies mais vers les tribunaux de son propre pays, a expliqué le Haut-Commissaire par intérim. Attirant l'attention sur les centaines de milliers de jeunes
femmes victimes de prostitution, d'esclavage ou de pratiques analogues
à l'esclavage, Bertrand Ramcharan a estimé que
la communauté internationale n'a pas pleinement pris la
mesure de la gravité du problème. Il a demandé
à la Commission de réfléchir comment elle
pourrait contribuer à la résolution de ce problème
d'une manière qui ne se limite pas à l'adoption
de résolutions. Le terrorisme a changé la nature de notre monde et affecté notre vie quotidienne d'une manière que nous n'aurions pas imaginée avant les événements du 11 septembre 2001, a par ailleurs souligné M. Ramcharan. Les terroristes sont un fléau pour notre monde, a-t-il affirmé. Les attaques terroristes monstrueuses du 11 mars 2004 à Madrid nous scandalisent tous. J'ai ressenti beaucoup d'inquiétudes tout au long de cette année à propos du sort du peuple palestinien, a-t-il ajouté. Il a lancé un appel fervent à ceux qui sont en mesure de le faire pour qu'ils redoublent d'efforts dans la quête de la paix entre Israël et la Palestine. Les efforts des peuples produisent des résultats positifs dans de nombreux domaines, a conclu Bertrand Ramcharan. Il a notamment mentionné le Parlement africain qui doit être inauguré cette semaine ainsi que le processus en cours visant l'élaboration d'une charte arabe des droits de l'homme. Quant au douzième Atelier Asie-Pacifique sur les droits de l'homme qui s'est tenu au début du mois de mars 2004, il a avancé d'importantes propositions s'agissant de la formation, de l'éducation et du renforcement des institutions nationales, tout en prenant note de l'idée d'une convention internationale sur l'éducation aux droits de l'homme.
La Présidente sortante a déploré que la
Commission se transforme souvent en un forum d'échange
d'accusations, servant à discréditer et à
dégrader la position de certains Etats, à prendre
une revanche sur d'autres Etats, à entrer dans les conflits,
la confrontation ou la confusion et que la Commission s'engage
dans un combat d'opinions pendant six semaines, en traitant de
nombreuses questions sérieuses sans rationalité.
Elle a fait valoir que l'universalité des droits de
l'homme s'exprimait dans sa capacité à englober
toutes les caractéristiques, cultures et concepts.
Nous devons tous être capables de considérer et d'embrasser
tous les aspects de la vérité, le droit des autres
à la différence, a-t-elle déclaré.
Prônant le dialogue, elle a souligné que les attitudes
de l'homme étaient façonnées par les sources
de connaissance dont il bénéficie, telles que l'éducation,
les médias et l'information, ainsi que les circonstances
dans lesquels il vit, autant que la culture dominante dans sa
société. DEBAT AU TITRE DE L'ORGANISATION DES TRAVAUX DE LA COMMISSION
. JUAN ANTONIO FERNÁNDEZ PALACIOS (Cuba) a regretté que la Commission soit devenue la chasse gardée d'un petit groupe d'Etats occidentaux soucieux avant tout de condamner systématiquement les pays en voie de développement. Pour Fernández Palacios, les problèmes administratifs de la Commission tiennent aux manipulations politiques des Etats occidentaux et à la sélectivité grossière qui préside au choix de l'ordre du jour. SHAUKAT UMER (Pakistan), au nom de l'Organisation de la Conférence islamique, a rappelé que la protection et la promotion des droits de l'homme était une obligation de l'islam ancrée dans les valeurs éternelles de paix, de tolérance, de respect de la diversité et de bien-être de tous, sans distinction de caste, de couleur et de conviction. Les objectifs de la Commission des droits de l'homme sont conformes aux exigences des piliers fondamentaux de l'islam, à savoir l'égalité, la justice et la liberté. Se félicitant de la nomination de Louis Arbour comme haut commissaire aux droits de l'homme, il a souhaité qu'elle soit, en accord avec son mandat, le porte-parole de toutes les cultures, religions et systèmes de valeur. L'Organisation de la Conférence islamique est préoccupée par la polarisation et de la confrontation accrues au sein de la Commission des droits de l'homme et se déclare prête à communiquer avec tous les groupes dans un esprit de consensus, de conciliation et d'harmonie. Dans ce contexte, les résolutions par pays sont une principale source de confrontation. La plupart de ces résolutions sont critiques des pays islamiques et en développement, conférant ainsi une dimension Nord-Sud prononcée aux débats. Il est frappant que les résolutions co-parrainées par les pays islamiques et en développement sur des questions telles que la religion, la mondialisation, le droit au développement sont invariablement soumise au vote, a souligné Shaukat Umer. Nous demandons à nos interlocuteurs de réexaminer leurs positions sur les questions qui présentent un intérêt vital pour nous. La Conférence islamique se déclare en outre préoccupée de l'interprétation que certains Rapporteurs spéciaux font de leur mandat, a-t-il déclaré. Des questions telles que les procédures de nomination des titulaires de mandat au titre des procédures spéciales doivent être réexaminées attentivement. Shaukat Umer a d'autre part souhaité que des efforts soient faits afin d'éviter que les débats ne soient infiltrés par des groupes douteux sous le couvert d'organisations non gouvernementales. Le représentant de la Conférence islamique a tenu à mettre une nouvelle fois en lumière la sous-représentation des pays islamiques et en développement au Haut Commissariat pour les droits de l'homme. MME NAELA GABR (Egypte) a déclaré que toute recommandation visant à amender les procédures relatives aux méthodes de travail de la Commission doit être conforme aux principes énoncés par l'ECOSOC en la matière et relever d'un consensus entre les différents groupes de pays. La répartition du temps de parole ne doit pas avoir de conséquences négatives, a notamment affirmé la représentante. Quant à la nomination des rapporteurs spéciaux, elle doit se faire en consultation avec les groupes concernés et en tenant compte d'une répartition géographique équitable. En un mot, c'est un dialogue constructif qui doit prévaloir au sein de la Commission, a insisté la représentante égyptienne. |