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2005 / 61E SESSION / LE BILAN DE LA FÉDERATION INTERNATIONALE DES LIGUES DES DROITS DE LHOMME Dans un communiqué diffusé le 22 avril 2005, à Paris, la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH) a dressé un "premier bilan" de la 61e session : "Quelques succès dans l'élaboration des normes et l'appréhension de problématiques préoccupantes, mais l'amertume prévaut face aux reculs nets des capacités de protection de cette enceinte". "Sur les dérives de l'anti-terrorisme, comme sur la responsabilité des multinationales, ou le droit des victimes à réparation, nous avons marqué des points importants. Mais les silences de la Commission sur les situations en Tchétchénie, en Iran ou en Chine laissent un goût d'amertume, comme si la voix des défenseurs de ces pays était étouffée une seconde fois", a déploré Sidiki Kaba, Président de la FIDH, faisant allusion à l'absence d'initiative de la Commission sur ces trois situations. Quelques succèsAvec certaines avancées notables et importantes en matière de résolutions thématiques et l'adoption de quelques résolutions sur des pays, la FIDH entend souligner quelques succès de cette 61ème session :
> la nomination d'un Représentant spécial du Secrétaire général sur les droits de l'homme, sociétés transnationales et autres entreprises, devrait permettre de consolider la responsabilité des entreprises à l'égard des droits de l'homme;
Dans la mesure où ses principaux sujets de préoccupation
y sont reflétés, la FIDH accueille favorablement
la déclaration de la présidence sur la Colombie
demandant à l'Etat colombien de garantir les droits à
la justice, vérité et réparation dans le
cadre du processus de désarmement et démobilisation
et maintenant le mandat de monitoring du bureau du Haut Commissariat.
La FIDH prend note de l'adoption de résolutions organisant la coopération technique du Haut Commissariat avec l'Afghanistan, le Burundi, le Cambodge, Haïti, le Libéria, le Népal, la République démocratique du Congo, le Sierra Leone, la Somalie, le Tchad. La FIDH se félicite de l'instauration d'un mécanisme de protection sur le Soudan, mais elle s'interroge sur l'opportunité de l'examen de cette question sous l'angle de la coopération technique avec des autorités mises en accusation devant la Cour Pénale Internationale par le Conseil de sécurité, et non sous l'angle du traitement de situations graves et systématiques des droits de l'homme. Une telle interrogation vaut aussi pour d'autres situations mentionnées ici. Des violations flagrantes de l'obligation des Etats de protéger les victimesL'amertume ou la déception prévalent concernant l'absence d'écho aux autres situations prioritaires soulevées par les défenseurs des droits de l'homme :
La FIDH regrette également qu'aucune résolution
n'ait condamné la dégradation de la situation au
Togo et en Côte d'ivoire, en dépit des fortes condamnations
d'instances régionales africaines ou du Conseil de sécurité.
Elle déplore le vote négatif sur la résolution
sur Guantanamo alors même que les Etats-unis d'Amérique
n'ont pas encore autorisé la visite des Rapporteurs spéciaux
des Nations unies selon leurs termes de référence.
Le développement d'offensives inquiétantesPlusieurs tendances négatives sont confirmées cette année, voire concrétisées dans des initiatives particulièrement inquiétantes, visant à porter directement atteinte au mandat de protection de la Commission. Parmi celles-ci : une offensive contre les mécanismes de protection. La FIDH est particulièrement inquiète face à l'adoption de la décision initiée par le groupe asiatique visant en réalité à affaiblir les procédures spéciales de la Commission. Les Etats les plus réfractaires au respect des droits de l'homme ont ainsi réussi leur bataille, celle de remettre en cause les méthodes de travail de ces mécanismes, derniers remparts d'indépendance de cette enceinte. La capacité de protection des mécanismes est désormais remise en cause. Une offensive contre le droit de défendre les droits
universels : par ailleurs, la FIDH est préoccupée
par l'adoption de la résolution, portée par la Chine
et Cuba, sur les droits de l'homme et les responsabilités
de l'individu, dont le seul objectif est en réalité
de limiter les droits des individus à défendre les
droits de l'homme, reconnus dans la déclaration de 1998
sur les défenseurs des droits de l'homme. Cette initiative
remet en cause directement les fondements même du droit
international des droits de l'homme, les principes d'universalité
et d'indivisibilité. Enfin, la FIDH regrette que certains des mandats les plus importants
n'aient pu bénéficier de l'attention qui leur était
due afin de discuter en séance de leurs travaux. Ainsi,
aucun débat n'a pu suivre la présentation du rapport
de la Représentante spéciale sur les défenseurs
des droits de l'homme, de l'expert sur la protection des droits
de l'Homme dans la lutte contre le terrorisme, sur l'impunité
ou sur Haïti. La FIDH regrette ces « aléas »
d'un emploi du temps trop chargé, victime du "filibustering"
des Etats souhaitant en diluer la consistance, et des ajustements
peu favorables tels qu'arbitrés par le bureau de la CDH.
Une reforme à hauts risques : pour des clauses de sauvegardeDans un tel contexte, les propositions de réforme de la Commission de Kofi Annan constituent une opportunité de renforcement institutionnel. Toutefois, l'inquiétude est de mise dès lors que toute reforme suppose d'être avalisée par les Etats membres des Nations unies. La crédibilisation nécessaire de la Commission ne doit pas fournir une nouvelle occasion d'en réduire encore les capacités protectrices des victimes. Nombre d'Etats viennent de confirmer au contraire leur détermination à saisir une telle opportunité pour développer leur offensive anti-protection. Les "réformes" sont toujours justifiées s'agissant de réduire les dérives choquantes caractéristiques d'un organe politique tel que la Commission des droits de l'Homme de l'ONU. Au delà de la question institutionnelle - de quel organe s'agira-t-il ? -, la FIDH souligne que c'est la volonté politique des Etats qui la composent qui manque à la Commission pour s'acquitter de son mandat. La crédibilité d'une réforme institutionnelle dépendra en conséquence de l'effectivité des moyens qu'elle doit prévoir, de réduire les volontés étatiques de neutralisation du système de protection. En conséquence, la FIDH considère qu'une évolution institutionnelle doit reposer sur trois clauses de sauvegarde au moins : 1. la composition de l'organe doit reposer sur le principe de représentation géographique équitable; 2. la candidature des Etats à cet organe doit être soumise à des engagements clairs, mesurables et sanctionnables. La FIDH propose à cet égard que les Nations unies posent l'obligation pour un Etat candidat d'émettre une invitation permanente aux mécanismes de protection des droits de l'homme. L'effectivité de cette invitation serait publiquement évaluée par le Haut Commissariat aux droits de l'homme et les mécanismes de protection eux mêmes. Le défaut de mise en oeuvre par un Etat de son invitation devrait être automatiquement sanctionné, au terme d'une période probatoire de douze mois, par son exclusion de l'instance; 3. la confirmation du mandat de protection de l'organe : le renforcement à cette fin des procédures spéciales indépendantes qui sont le coeur du système universel de protection des droits de l'homme, ainsi que du Haut Commissariat aux droits de l'homme des Nations unies. |