La Commission des droits de l'homme


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61ème session



2005 / LA SITUATION EN COLOMBIE
__Colombie : les groupes armés illégaux continuent de commettre des meurtres, de pratiquer des enlèvements, des actes terroristes ainsi que le recrutement de mineurs à des fins militaires

La Commission des droits de l'homme a entendu, le 31 mars 2005, dans le cadre de l'examen des questions relatives aux droits civils et politiques, le président-rapporteur du Groupe de travail chargé d'élaborer un projet d'instrument normatif juridiquement contraignant pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, M. Bernard Kessedjian, qui a indiqué que plusieurs délégations participant aux travaux du Groupe de travail ont souhaité qu'il tienne une session supplémentaire en vue de recueillir le consensus le plus large possible.

La Commission des droits de l'homme a examiné, le 13 avril 2005, au titre de l'organisation de ses travaux, le rapport sur la situation des droits de l'homme en Colombie qui lui a été présenté par la haut commissaire aux droits de l'homme, Mme Louise Arbour.

Louise Arbour a déclaré qu'en dépit des efforts consentis par les autorités colombiennes, la situation humanitaire et le respect du droit international humanitaire en Colombie continuent d'être une source de préoccupation. La persistance du conflit armé interne continue d'avoir des conséquences négatives sur la population civile. Les groupes armés illégaux n'ont pas tenu compte des recommandations de la haut commissaire, continuant de commettre des meurtres, de pratiquer des enlèvements, des actes terroristes ainsi que le recrutement de mineurs à des fins militaires. En outre, le Bureau du Haut Commissariat en Colombie continue de recevoir, de plus en plus souvent, des allégations d'exécutions extrajudiciaires attribuées notamment aux forces de sécurité, ainsi que de tortures, de disparitions forcées, de détentions. Suite à la présentation de ce rapport, le représentant de la Colombie a mis l'accent sur les efforts réalisés par son gouvernement pour faire progresser la promotion et le respect des droits de l'homme dans le pays.

Le Luxembourg (au nom de l'Union européenne), le Canada, la Norvège et la Suisse sont intervenus dans le cadre de l'examen du rapport sur la situation des droits de l'homme en Colombie. Les organisations non gouvernementales suivantes ont également pris la parole : Commission colombienne de juristes (au nom également de la Commission internationale de juristes et Amnesty International); Franciscain international (au nom également de la Fédération luthérienne mondiale; la Commission des églises pour les affaires internationales du Conseil oecuménique des églises; et l'Alliance réformée mondiale); Fédération internationale des ligues des droits de l'homme; Centre on Housing Rights and Evictions; Fédération syndicale mondiale; Human Rights Watch; Ligue internationale pour les droits et la libération des peuples; Fédération latino-américaine des associations des familles des détenus disparus (FEDEDAM); Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté; Grupo Internacional de Trabajo sobre Asuntos Indigenas; Netherlands Centre for Indigenous Peoples; et Global Rights.

La Colombie a exercé le droit de réponse.Up

LA PRESENTATION DU RAPPORT

MME LOUISE ARBOUR, haut commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, a affirmé que des progrès ont été réalisés par l'Etat colombien au cours de la deuxième moitié de 2004, même si le processus de mise en œuvre des recommandations formulées en 2004 demeure encore trop faible. En dépit des efforts positifs consentis par les autorités colombiennes, la situation humanitaire et le respect du droit international humanitaire dans le pays continuent d'être une source de préoccupation. La persistance du conflit armé interne continue d'avoir des conséquences négatives sur la population civile de la Colombie et sur la jouissance des droits des Colombiens.

Les groupes armés illégaux n'ont pas tenu compte des recommandations de la haut commissaire, a déploré Louise Arbour. Ces groupes ont continué de commettre des meurtres, de mener des attaques contre des civils sans défense, de pratiquer des enlèvements, des actes terroristes, des déplacements forcés, le recrutement de mineurs à des fins militaires, l'esclavage sexuel, la violence contre les femmes et les filles, et l'utilisation de mines antipersonnel. De même, le Bureau du Haut Commissariat a continué de recevoir des accusations de violations du droit international humanitaire commises par les forces de sécurité, y compris de violations des principes de distinction, de proportionnalité, de limitation et d'immunité de la population civile, ainsi que de meurtres, de déplacements forcés, d'actes de violence sexuelle, de pillages. Des informations ont été reçues en 2004 faisant état de violations du droit à la vie, à l'intégrité, à la liberté et à la sécurité des personnes. Le Bureau du Haut Commissariat en Colombie continue de recevoir, de plus en plus souvent, des allégations d'exécutions extrajudiciaires attribuées notamment aux forces de sécurité, ainsi que de tortures, de disparitions forcées, de détentions.

La haut commissaire a indiqué que la majorité des 27 recommandations adressées aux différents secteurs de l'Etat colombien et aux parties impliquées dans le conflit interne, aux représentants des secteurs de la société civile et à la communauté internationale que contient son rapport n'étaient pas nouvelles. Ces recommandations continuent de répondre à la situation difficile traversée par la Colombie et doivent être mises en œuvre intégralement, par l'adoption de mesures appropriées. Elle s'est déclarée convaincue que la situation des droits de l'homme et du droit international humanitaire verrait des améliorations notables si les recommandations étaient entièrement appliquées. Elle a souligné que les groupes armés illégaux devaient prendre ses recommandations très au sérieux et les respecter de manière efficace. Ces recommandations traduisent simplement en actions concrètes les obligations humanitaires que ces groupes doivent respecter, en particulier pour assurer la protection de la population civile. Louise Arbour a également invité le gouvernement colombien à renforcer les mesures auxquelles il s'est engagé devant la Commission, et à œuvrer sans relâche à la mise en œuvre de ses recommandations. Elle a invité la communauté internationale à soutenir les efforts de l'Etat colombien.Up

LE RAPPORT

Le rapport de la haut commissaire aux droits de l'homme sur la situation des droits de l'homme en Colombie est paru en anglais, espagnol, chinois et russe sous la cote E/CN.4/2005/10. Il contient notamment 27 recommandations concrètes et prioritaires dirigées aux autorités nationales des trois branches du pouvoir public et des organes de contrôle de protection et de promotion des droits de l'homme, aux secteurs représentatifs de la société civile et aux groupes armés illégaux. Comme les deux années précédentes, les recommandations sont groupées sous les six rubriques suivantes : prévention et protection; conflit armé interne; Etat de droit et impunité; politiques économiques et sociales; promotion d'une culture des droits de l'homme; et consultation et coopération technique avec le Bureau du Haut Commissariat en Colombie.

LA DECLARATION DE LA COLOMBIE

M. CARLOS FRANCO (Colombie) a rappelé les efforts réalisés par le gouvernement colombien pour faire progresser la promotion et le respect des droits de l'homme dans ce pays. Il a cité le travail de protection des civils réalisé par la force publique, les efforts pour mettre en œuvre les recommandations de la Commission des droits de l'homme afin de renforcer les droits de l'homme, les progrès réalisés dans le cadre du plan national d'action, l'injonction présidentielle permettant l'examen des archives de renseignement, l'incorporation d'une perspective d'égalité entre hommes et femmes dans les politiques publiques, la lutte contre l'impunité et les sanctions contre les agents des services publics qui transgressent les ordres gouvernementaux, les efforts pour étendre la couverture et améliorer la qualité de l'éducation, la diminution de la violence au sein de la population et par les institutions.

Toutes ces réalisations montrent un engagement clair de l'Etat colombien en faveur de la promotion des droits de l'homme. Le gouvernement prend note des préoccupations exprimées dans le rapport de la haut commissaire. Certaines d'entre elles ont déjà fait l'objet de mesures de la part du gouvernement. Une loi a été approuvée qui réglemente le mécanisme de recherche urgente pour les cas de disparitions forcées. Cette année, le gouvernement a mis 500'000 dollars à disposition pour le registre unique des personnes disparues. Un plan choc a été approuvé contre les disparitions forcées et des équipes de travail ont été mises sur pied pour agir plus énergiquement contre cette violation grave. Le gouvernement réitère sa volonté d'évaluer, d'analyser, et d'accorder la priorité à la collaboration avec le bureau du Haut Commissariat en Colombie pour la mise en place des recommandations du rapport.Up

Le représentant colombien a fait remarquer que le Haut Commissariat recevait des messages contradictoires sur la situation en Colombie. D'un côté, on entend que depuis deux ans et demi de pouvoir, le Président Uribe atteint des niveaux de popularité supérieurs à 65%, que les forces armées et la police sont acceptées par la société, que les investissements affluent, que l'économie est en pleine croissance, que les groupes armés perdent du terrain. D'un autre côté, l'on entend que le gouvernement pratique des violations systématiques des droits de l'homme, que la violence fait partie de la politique gouvernementale, que la situation des droits de l'homme s'est aggravée, que le Gouvernement poursuit les syndicalistes et les organisations des droits de l'homme. Face à ces messages contradictoires, il n'est pas facile de comprendre la réalité. Il se trouve que le gouvernement n'ignore pas les graves problèmes qui se posent en Colombie et déploie d'importants efforts pour les résoudre. Il en appelle à la reconnaissance de ces efforts. Le gouvernement est parvenu à réduire de 400'000 à 160'000 le nombre de déplacés à l'intérieur du pays, les victimes de massacres sont passées de 1400 à 259, la Colombie est passée de 65 assassinats pour 100'000 habitants à 44. L'an dernier néanmoins, les captures des membres de la guérilla ont augmenté de 50% par rapport à 2003. Le gouvernement peut avoir des divergences d'opinion avec beaucoup d'organisations non gouvernementales, mais les observations de nombreuses d'entre elles sont prises en compte. Les fonctionnaires de diverses instances du gouvernement travaillent jour et nuit pour mettre en ouvre la politique des droits de l'homme : aucun effort n'est épargné, a assuré le représentant en conclusion.

LE DEBAT SUR LA SITUATION DES DROITS DE L'HOMME EN COLOMBIE

M. JULIEN ALEX (Luxembourg, au nom de l'Union européenne) a indiqué que l'Union européenne mène d'étroites consultations avec le gouvernement colombien pour l'élaboration d'une «déclaration du Président» sur la situation des droits de l'homme en Colombie. Cette déclaration devrait notamment soutenir le gouvernement colombien dans la recherche d'une paix durable et l'appelle à s'engager dans des pourparlers directs avec les groupes armés illégaux disposés à négocier et appeler tous les groupes armés illégaux à s'engager dans les pourparlers. Le désarmement et la démobilisation des groupes paramilitaires ne peut pas se réaliser sans un arrêt total des violences par les groupes concernés et sans l'adoption d'un cadre juridique adéquat. Un tel cadre juridique permettra d'éviter l'impunité pour les responsables de violations graves des droits de l'homme et du droit humanitaire, et de reconnaître pleinement le droit des victimes à la justice, à la vérité et à la réparation. Le représentant de l'Union européenne a par ailleurs reconnu les progrès réalisés au cours de l'année dans l'établissement d'un État démocratique exerçant pleinement ses fonctions. L'Union européenne prend note de la diminution du nombre de crimes et de violations des droits de l'homme.Up

Le représentant de l'Union européenne a souligné que les menaces et défis auxquels est confrontée la Colombie sont majeurs mais il est essentiel que le gouvernement colombien respecte et protège le droit de ses citoyens dans les luttes qu'il mène. L'Union européenne condamne fermement toutes les atteintes au droit humanitaire international résultant du conflit, quels qu'en soient les auteurs. A cet égard, elle note qu'en 2004, une grande majorité des violations ont été du chef des groupes armés illégaux. Elle les appelle à cesser toutes les hostilités. Le représentant a condamné fermement le meurtre brutal de huit membres de la Communauté de paix de San José de Apartadó, dont quatre enfants, au mois de février 2005. Il a également condamné fermement les pratiques de prises d'otages et d'enlèvements qui se poursuivent en Colombie. En conclusion, le représentant a dit attacher une grande importance au rôle de la société civile en Colombie et a salué sa participation à la recherche d'une solution pacifique et durable au conflit. L'Union européenne tient enfin à rappeler que les recommandations faites par la haut commissaire aux droits de l'homme et celles qui sont adoptées par la Commission doivent être mises en œuvre intégralement.

M. PAUL MEYER (Canada) a exhorté le gouvernement colombien à faire en sorte que toutes ses politiques respectent les droits de la personne et de s'assurer que toutes les mesures de sécurité prévues dans son Programme de sécurité démocratique sont effectivement conformes aux obligations qu'il a contractées en vertu du droit international. Le représentant canadien a déploré la persistance d'une culture de l'impunité en Colombie. Il s'est félicité de l'implication récente de la Cour pénale internationale dans la situation des droits de l'homme en Colombie et a invité le gouvernement colombien à continuer sa collaboration avec la Cour pour supprimer la culture d'impunité dans le pays. Il l'a aussi exhorté à intervenir concrètement afin de rendre l'appareil judiciaire plus efficace et plus indépendant. Il a lancé un appel à tous les groupes armés illégaux pour qu'ils cessent de s'attaquer injustement à la population civile et qu'ils mettent fin à leurs attentats, homicides, massacres, prises d'otages, déplacements forcés, utilisation de mines antipersonnel, recrutement des enfants, et esclavage sexuel et violence contre les femmes et les jeunes filles. Le représentant a rappelé qu'il était impérieux et urgent d'instituer un cadre juridique intégral propre à permettre la démilitarisation et la démobilisation des groupes armés illégaux et la réintégration de certains de leurs éléments au sein des forces gouvernementales, et ce, afin de faire en sorte que ceux qui se sont rendus coupables d'atteintes aux droits humains et au droit humanitaire international ne demeurent pas en liberté. Il a souhaité que les paramilitaires qui se sont livrés au trafic de stupéfiants ne bénéficient pas de l'impunité.

M. WEGER STRØMMEN (Norvège) a estimé que le rapport de la haut commissaire permet une évaluation complète et utile de la situation des droits de l'homme en Colombie. Il a souligné que cette analyse est critique. Un engagement actif du gouvernement pour la mise en place des recommandations du rapport est essentiel. Pour le moment, a regretté le représentant norvégien, les efforts n'ont été que sporadiques. Le gouvernement colombien doit renforcer ses efforts pour trouver une solution à la grave situation humanitaire qui prévaut dans le pays. Le représentant de la Norvège s'est dit gravement préoccupé par les problèmes que rencontrent les défenseurs des droits de l'homme en Colombie et par le fait que les groupes armés illégaux continuent de se livrer à des violations graves du droit humanitaire. La Norvège leur demande de mettre fin aux enlèvements et à la pratique du recrutement d'enfants soldats. Il faut en outre que des mesures soient prises pour lutter contre l'impunité.Up

MME JANINE VOIGT (Suisse) a pris note des efforts déployés par le gouvernement colombien dans l'application des recommandations de la haut commissaire aux droits de l'homme et lui demande de les poursuivre afin d'obtenir des résultats concrets dans les plus brefs délais. Elle reconnaît les progrès du gouvernement dans son effort de récupération de la légitimité institutionnelle, de l'ordre et de la sécurité sur le territoire de la Colombie. La Suisse reste toutefois préoccupée par les informations faisant état de meurtres et attaques contre des civils sans défense et demande au gouvernement colombien de garantir les conditions pour des enquêtes exhaustives et indépendantes dans tous les cas où la responsabilité d'agents étatiques pourrait être impliquée. Dans ce sens, a précisé la représentante suisse, il importe que la lumière soit faite dans le cas de San José de Apartadó.

La Suisse condamne par ailleurs les très graves infractions au droit international humanitaire commises par les FARC, l'ELN et les AUC. Elle s'inquiète également de la persistance de la crise humanitaire en Colombie. Elle est également gravement préoccupée par le recrutement d'enfants de la part des groupes armés illégaux et par le nombre croissant d'enfants victimes du conflit armé. Elle en appelle au gouvernement colombien afin qu'il cesse d'impliquer les enfants dans des activités à connotation militaire ou comme informateurs, et à ne pas occuper militairement des écoles. La Suisse insiste enfin sur la nécessité de tout entreprendre pour la recherche d'une solution négociée au conflit armé.

M. ANDRÉS SÁNCHEZ THORÍN (Commission colombienne de juristes, au nom également de la Commission internationale de juristes; et Amnesty International) a affirmé que l'analyse contextuelle faite par la Haut Commissaire montrait que la situation des droits de l'homme en Colombie continuait d'être critique. Il a relevé que la Haut Commissaire décrivait la pratique fréquente de crimes contre les civils, qualifiés de "décès pendant les combats", alors qu'ils sont commis par les groupes paramilitaires. Le représentant a mis l'accent sur la mort de 30 syndicalistes, sur l'augmentation des détentions arbitraires, des attentats à la bombe, du recrutement de mineurs par l'armée et d'autres violations des droits de l'homme. Il a notamment souligné la nécessité de procéder à une démobilisation intégrale et de mettre fin à l'impunité pour les groupes paramilitaires.

MME ALESSANDRA AULA (Franciscain international, au nom également de la Fédération luthérienne mondiale; Commission des églises pour les affaires internationales du Conseil oecuménique des églises; et l'Alliance réformée mondiale) a déclaré qu'il faut garantir l'élimination du paramilitarisme en Colombie. On observe aujourd'hui au contraire une consolidation de ce phénomène. La faiblesse de la lutte contre les groupes paramilitairesUp constitue une menace pour les droits de l'homme. Le représentant s'est dit préoccupé par le fait que ces groupes continuent à jouir de l'impunité. Il a également regretté l'implication des Etats-Unis dans le conflit armés, en envoyant en Colombie des militaires et des consultants militaires. L'analphabétisme et le chômage sont en augmentation, a souligné le représentant qui a aussi regretté que la santé et logement soient l'apanage de quelques-uns.

La tendance à la privatisation des services publics dans l'intérêt des sociétés transnationales est également inquiétante. Le représentant a indiqué qu'1% de la population possède 55% des terres cultivables. Il a également rappelé qu'il existe trois millions de personnes déplacées dans le pays. Les déplacements sont un moyen pour imposer la loyauté politique de force. Des intérêts politiques et économiques sont à l'origine de ce phénomène. Le représentant a demandé au Haut Commissariat de prier le Gouvernement colombien de mettre en œuvre ses recommandations et qu'il présente en 2005 un plan national d'action.

MME SORAYA GUTIERRES (Fédération internationale des ligues des droits de l'homme) a demandé à la Commission des droits de l'homme de faire pression sur le gouvernement colombien afin qu'il garantisse le droit à la vérité, à la justice et à réparation pour les victimes. Le gouvernement colombien doit enquêter et sanctionner les fonctionnaires qui ont des liens avec les groupes paramilitaires. La Colombie doit en outre prendre les mesures nécessaires pour que les défenseurs des droits de l'homme et les institutions qui travaillent avec eux puissent convenablement s'acquitter de leurs tâches. La représentante a en outre demandé au Gouvernement colombien de respecter les droits de l'homme et le droit humanitaire international. Enfin, le gouvernement colombien se doit de rechercher une solution politique au conflit et d'appuyer le Bureau du Haut Commissariat aux droits de l'homme.

MME MEGHNA ABRAHAM (Centre on Housing Rights and Evictions) a fait état de la vive préoccupation de son organisation face à l'augmentation du nombre des personnes déplacées en Colombie, et à la violation des droits au logement et des autres droits qui en découlent. Au moins un Colombien sur 40 est un déplacé forcé, majoritairement des femmes et des enfants, a-t-elle ajouté. Le gouvernement n'est pas parvenu à remplir ses obligations internationales pour empêcher les déplacements et expulsions forcées et fournir une protection à ces populations.

MME AIDA AVELLA (Fédération syndicale mondiale) s'est dite très préoccupée par la situation grave des travailleurs en Colombie. Les violations des droits de l'homme n'ont cessé d'augmenter en 2004. Elle a souligné que 668 violations du droit à la vie et à l'intégrité physique des travailleurs ont été enregistrées en 2004. Les disparitions forcées ont augmenté de plus de 16%. Les violations de la part des forces armées publiques ont augmenté de 21% et les actes de violence contre les femmes syndicalisées ont augmenté de 20%. Les menaces contre les syndicalistes ont augmenté de plus de 50%, affectant leur capacité à défendre les droits des travailleurs. En Colombie, la violation de liberté syndicale ne connaît aucune limite et s'étend même aux syndicalistes étrangers qui ont été interdits d'accès en Colombie. Le gouvernement a lancé l'"opération dragon" qui est un processus d'enquête concernant des dirigeants sociaux des droits de l'homme en vue d'aboutir à les éliminer. Comment, dans ces conditions, peut-on parler de démocratie en Colombie, a demandé la représentante, qui a lancé un appel pour que les crimes contre le l'humanité ne restent pas impunis.Up

MME EMMANUELLE VERNER (Human Rights Watch) a suggéré à la Commission de recommander l'augmentation du budget et des effectifs du Bureau du Haut Commissariat en Colombie, qui joue un rôle essentiel pour surveiller la situation des droits de l'homme dans le pays. En outre, la Commission devrait recommander la poursuite des visites dans le pays de ses mécanismes spéciaux afin d'enquêter sur des cas spécifiques de violations des droits de l'homme. La Commission devrait enfin s'assurer auprès du gouvernement colombien que le cadre juridique applicable à la démobilisation des groupes paramilitaires soit bien conforme aux règles internationales relatives en matière de justice et d'obligation redditionnelle.

MME VERENA GRAF (Ligue internationale pour les droits et la libération des peuples) a affirmé que le massacre dans lequel huit personnes ont été tués à San José de Apartadó, dont quatre mineurs et un bébé de 18 mois, était un acte de terreur qui a choqué le monde entier. Des unités de l'armée nationale ont été accusées d'être les auteurs de ce massacre, malgré les demandes de protection des membres de cette communauté. La représentante a ajouté que des disparitions forcées, des détentions arbitraires, des pillages, des actes de torture avaient été commis par des éléments de l'armée nationale.

MME CECILIA TOLEDO (Fédération latino-américaine des associations des familles des détenus disparus - FEDEDAM) a fait observer que les organisations de défense des droits de l'homme avaient rapporté le nombre de plus de 6'000 personnes tuées ou disparues dans les combats en Colombie entre 2002 et 2004. La fuite des populations civiles pour échapper à la violence a eu un impact sur l'organisation sociale du pays. En outre, la persécution des syndicalistes a augmenté. La Commission devrait accroître sa pression sur le gouvernement pour qu'il soit mis un terme à cette situation.

MME ANA VERA (Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté) a souligné que chaque jour en Colombie une femme meurt ou disparaît à cause de la violence sociopolitique. Les femmes ont été réduites au rang d'objets. La violence sexuelle est devenue une forme principale des abus dont elles font l'objet. Le viol est utilisé comme arme de guerre par tous les groupes paramilitaires, a dénoncé la représentante. Partant, elle a lancé un appel à la Colombie afin que le cadre de négociation avec les groupes armés tienne dûment compte des règles internationales pertinentes, afin que les auteurs des atrocités commises contre les femmes ne restent pas impunis. La Colombie doit prendre des mesures garantissant le droit à réparation des femmes victimes, a insisté la représentante.Up

M. LUIS EVELYS ANDRADE (Grupo Internacional de Trabajo sobre Asuntos Indigenas) a affirmé que, résistant à l'oppression et face à l'indifférence de l'Etat, 94 peuples autochtones continuaient de survivre en Colombie, au milieu de conflits territoriaux et d'une guerre qui leur sont étrangers. Ils ne peuvent pas réaliser leur projet de vie et d'autonomie en toute sécurité, a-t-il ajouté. Le représentant a demandé à la Commission de prier le gouvernement colombien de tenir compte des recommandations de la haut commissaire et de faire ce qu'il faut pour que la situation dans les territoires autochtones soit améliorée.

MME LEONOR ZALALOCITA TORRES (Netherlands Centre for Indigenous Peoples) a attiré l'attention de la Commission sur la situation des peuples autochtones de la Sierra Nevada de Santa Marta en Colombie où prévalent les cultures illicites faisant l'objet de luttes armées. Il s'est développé sur ce territoire une crise humanitaire très grave qui se manifeste notamment par des assassinats collectifs, des massacres de populations autochtones et des déplacements forcés. Les droits fondamentaux, tels le droit à l'intégrité physique, à la santé ou à l'alimentation, ne sont pas respectés. La politique de sécurité démocratique a mené à une militarisation excessive de la région. Les militaires occupent les lieux sacrés dans les localités traditionnelles, ce qui menace notamment les fondements culturels et spirituels des populations. Des mineurs autochtones sont en outre engagés par des guérillas ou par des paramilitaires.

MME EMILIANA BERNARD (Global Rights) a souligné les discriminations dont sont victimes les femmes d'ascendance africaine en Colombie. Le pays compte 12 millions de personnes de race noire, qui sont victimes de discrimination et vivent en situation d'exclusion et de marginalisation. La liberté d'opinion et d'expression est déniée à ces femmes. Elles représentent 48% des populations déplacées, a précisé la représentante. Elles sont prises pour cibles par les groupes armés. La représentante a lancé un appel à la Colombie pour qu'elle mette en œuvre les recommandations de la haut commissaire aux droits de l'homme concernant le droit à la vie et à la justice des communautés d'ascendance africaine frappées par le conflit.

DROIT DE REPONSE

M. CARLOS FRANCO (Colombie) a salué l'appel lancé aujourd'hui aux groupes armés pour libérer les otages. Le gouvernement national n'a pas pris part au massacre de San José de Apartadó et est prêt à donner toutes les garanties de sécurité et de protection aux témoins. Il a souligné que le gouvernement ne souhaite pas fuir ses responsabilités s'agissant de sa responsabilité à garantir les droits de l'homme en faisant référence aux exactions commises par des tierces parties.

Source : Nations unies, Genève, 13 avril 2005.
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