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2005, LES QUESTIONS AUTOCHTONES La Commission des droits de l'homme a entendu, le 11 avril 2005, M. Rodolfo Stavenhagen, Rapporteur spécial sur les droits de l'homme et les libertés fondamentales des populations autochtones. Elle a également été saisie du rapport du Groupe de travail chargé de l'élaboration d'un projet de déclaration des Nations unies sur les droits des populations autochtones. La Commission a en outre entendu la Rapporteuse spéciale de la Sous-Commission de la promotion et de la protection des droits de l'homme chargée d'une étude sur la souveraineté des peuples autochtones sur les ressources naturelles, ainsi qu'un représentant du Conseil d'administration du Fonds de contributions volontaires des Nations Unies pour les peuples autochtones. Présentant son rapport, M. Stavenhagen a notamment souligné que le plein exercice du droit à l'éducation est essentiel pour mettre un terme à l'exclusion des autochtones et à la discrimination dont ils ont souffert. Après des décennies marquées par la domination d'un modèle éducatif tendant à privilégier l'assimilation des autochtones, on assiste à présent à la mise en uvre de politiques éducatives fondées sur le respect de la diversité culturelle et sur la promotion d'un enseignement bilingue, s'est-il félicité. Cependant, les problèmes institutionnels, pédagogiques, culturels et linguistiques n'ont pas été totalement surmontés. La Colombie et le Canada étant directement concernés par le rapport de M. Stavenhagen, qui y a effectué des missions, les représentants de ces deux pays ont fait des déclarations. Les représentants de l'Argentine, de la Norvège, du Luxembourg, de l'Indonésie et de l'Equateur ont ensuite participé à un débat avec le Rapporteur spécial. Le Président-Rapporteur du Groupe de travail chargé de l'élaboration d'un projet de déclaration des Nations Unies sur les droits des populations autochtones, M. Luis-Enrique Chávez, a insisté sur le fait que, si un consensus n'a pas été possible jusqu'à présent s'agissant du texte de ce projet, cela ne signifie pas que tout consensus soit impossible. Des progrès importants ont été réalisés et il appartient à la Commission de décider des moyens qui permettront au Groupe de travail d'aboutir au projet final de déclaration sur les autochtones, un projet qu'ils méritent et attendent. Mme Erica-Irene A.Daes, Rapporteuse spéciale de la Sous-Commission chargée d'une étude sur la souveraineté des peuples autochtones sur les ressources naturelles, a pour sa part indiqué que cette étude, présentée en 2004 à la Sous-Commission, vise à contribuer à résoudre un certain nombre de problèmes rencontrés par les gouvernements et par les peuples autochtones et à faciliter leur réconciliation. Elle a mis l'accent sur l'importance que le concept de souveraineté permanente sur les ressources naturelles revêt du point de vue de la nature du droit des peuples autochtones à posséder, à utiliser, à contrôler et à gérer leurs terres, territoires et ressources. Dans le cadre du débat général sur les
questions autochtones, de nombreux intervenants ont plaidé
en faveur d'une finalisation rapide du projet de déclaration
des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. LA PRESENTATION DE RAPPORTS AU TITRE DES QUESTIONS AUTOCHTONESM. RODOLFO STAVENHAGEN, Rapporteur spécial sur les droits de l'homme et les libertés fondamentales des populations autochtones, a déclaré que, pour ces populations, le plein exercice du droit à l'éducation est essentiel pour mettre un terme à l'exclusion et à la discrimination dont elles ont historiquement souffert. Dans de nombreux pays, les enfants, en particulier les filles, rencontrent des problèmes en matière d'accès aux services scolaires. Après des décennies marquées par la domination d'un modèle éducatif tendant à promouvoir l'assimilation des autochtones, on assiste à présent à la mise en uvre de politiques éducatives basées sur le respect de la diversité culturelle et sur la promotion d'un enseignement bilingue. Cependant, les problèmes institutionnels, pédagogiques, culturels et linguistiques n'ont pas été totalement surmontés, a poursuivi M. Stavenhagen. Les problèmes rencontrés par les filles autochtones sont particulièrement préoccupants dans les écoles et peuvent être aggravés par la discrimination fondée sur le sexe dont elles souffrent à l'intérieur de leurs propres communautés. Le Rapporteur a donc recommandé aux gouvernements de promouvoir l'éducation des populations autochtones et de préparer des programmes spécifiques dans le cadre de la Décennie internationale des populations autochtones. Il a par ailleurs regretté le fossé existant entre la législation et la réalité quotidienne. Aussi, a-t-il proposé l'organisation, en collaboration avec l'Union interparlementaire, d'un séminaire international d'experts sur les obstacles à surmonter pour l'exercice, par les populations autochtones, de leurs droits et libertés fondamentales. Le Rapporteur a également attiré l'attention sur la situation difficile qui est souvent celle des défenseurs des droits des autochtones et a demandé à la Commission de se pencher sur ce problème. En Colombie, a poursuivi le Rapporteur, on observe des
progrès, dans les domaines législatif et constitutionnel,
en matière de reconnaissance de la diversité ethnique
et culturelle. Cependant, il existe toujours de grosses lacunes
en matière de protection effectives des droits de l'homme
des autochtones. Au Canada, les indicateurs de développement
humain des populations autochtones sont systématiquement
plus faibles que ceux des autres Canadiens. La volonté
déclarée du Canada de relever les défis auxquels
sont confrontées les populations autochtones s'exprime
au travers de programmes et de projets visant à réduire
le fossé existant entre ces populations et le reste des
Canadiens et à améliorer leur niveau de vie et leurs
indicateurs de développement humain et social dans un avenir
proche. Le Rapporteur a recommandé au gouvernement canadien
d'établir clairement, tant dans le texte que dans l'esprit
de tout accord entre le gouvernement et les populations autochtones
du Canada, que les droits constitutionnels inhérents à
ces populations sont inaliénables. Il a par ailleurs indiqué
qu'il avait répondu à l'invitation du Parlement
sami de Norvège à participer, le mois passé,
à une réunion visant à analyser le projet
de loi sur la gestion de la terre et des ressources de la région
de Finnmark, sujet qui préoccupe les autochtones sami et
qui est suivi avec intérêt dans d'autres parties
du monde en raison de ses possibles répercussions sur les
droits de l'homme des Samis. LE RAPPORTDans son rapport sur les droits de l'homme et les libertés fondamentales des populations autochtones (E/CN.4/2005/88 et Add.1 à 4), le Rapporteur spécial met en évidence les obstacles, inégalités et difficultés auxquels se heurtent les autochtones pour ce qui est de l'accès à l'éducation, de la qualité de l'enseignement dispensé et de l'adéquation culturelle des méthodes pédagogiques. Il donne également des exemples de bonnes pratiques et d'initiatives positives visant à répondre aux problèmes d'ordre éducatif que rencontrent les autochtones dans plusieurs pays. Il recommande aux gouvernements d'accorder un rang de priorité élevé aux objectifs et aux principes de l'éducation autochtone et de doter les organismes et institutions publics et privés qui s'occupent de promouvoir l'éducation autochtone des moyens matériels, institutionnels et intellectuels suffisants; il les engage à élaborer, en étroite collaboration avec les communautés autochtones, des programmes permettant de former un nombre suffisant d'enseignants en éducation bilingue et interculturelle pendant la 2e Décennie internationale des populations autochtones, et invite l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO) et la communauté internationale en général à se joindre à cet effort. Il recommande également de développer et de renforcer les universités autochtones. Le Rapporteur lance également un appel pour qu'une attention particulière soit accordée au rapport que les peuples autochtones entretiennent avec l'environnement et pour que la recherche scientifique participative dans ce domaine soit encouragée. Il recommande enfin, dans le cadre de la consolidation des différentes modalités de l'éducation autochtone, d'accorder une plus grande place à l'éducation physique, à un enseignement spécial pour les autochtones dans le domaine de la justice pénale, à l'éducation des filles et des femmes dans tous les domaines, à l'enseignement à distance, à l'enseignement pour adultes et à la formation continue.
Il recommande en outre que l'on assure la fourniture de nourriture et son libre acheminement vers les communautés autochtones dans les zones de conflit, surtout vers la population la plus démunie; que l'on mobilise la coopération internationale en faveur d'un programme d'urgence pour les communautés autochtones en danger d'extinction, surtout dans la région de l'Amazonie; que tous les groupes armés respectent les territoires autochtones neutres et démilitarisés et que l'on établisse des zones de paix exemptes de toute opération militaire, sous surveillance internationale; que le parquet accorde la priorité, en matière d'enquêtes et d'application des lois, à toutes les plaintes concernant des exactions et violations commises par les membres des forces armées et de la police nationale contre des membres des communautés autochtones; que l'on mette fin, pour les enfants et adolescents autochtones, à des programmes comme le réseau d'indicateurs, les paysans soldats et les «soldats d'un jour», et que les pouvoirs publics appliquent comme il se doit les mesures de protection que la Commission interaméricaine des droits de l'homme a préconisées en faveur des différents peuples autochtones.
Les experts ayant participé au Séminaire recommandent en outre aux Etats d'encourager la recherche sur les besoins spécifiques des enfants autochtones, et en particulier sur ceux des filles, en mettant l'accent sur la situation dans les zones urbaines. La dette extérieure entraînant des réductions des dépenses en matière d'éducation dans les pays débiteurs, en particulier en ce qui concerne l'éducation des autochtones, il faudrait que les Etats prennent des mesures pour pallier ces effets. Il convient en outre que les Etats membres des conseils d'administration des organismes multilatéraux de financement envisagent l'adoption de dispositions efficaces pour continuer d'assurer l'éducation des autochtones dans le cadre de la lutte contre la pauvreté. L'additif 1 au rapport (à paraître en français) contient notamment un résumé des cas (communications) transmis aux gouvernements ci-après et des réponses reçues: Australie, Bangladesh, Bolivie, Brésil, Chili, Colombie, Equateur, Ethiopie, Guatemala, Honduras, Inde, Indonésie, République démocratique populaire lao, Mexique, Népal, Venezuela, Viet Nam. LES DECLARATIONS DES PYS CONCERNESMME CLEMENCIA FORERO UCROS (Colombie) a affirmé
que la majorité des violences dont sont victimes les autochtones
étaient le fait de groupes armés illégaux.
Elle a ajouté que les groupes armés ont perpétré
une série d'actes génocidaires contre la population
autochtone. Ils sont également responsables, par leurs
activités illégales, de la détérioration
de la situation de la population colombienne dans son ensemble,
en particulier les autochtones, les Afro-Colombiens et d'autres
groupes ethniques. La représentante colombienne a souligné que les forces de sécurité de l'Etat avaient pris des mesures visant à protéger la population et à lutter contre les activités de la guérilla et mis en place, en collaboration avec les communautés autochtones, des plans de protection contre les attaques dans les régions peuplées par les populations autochtones. Les politiques de protection ont été étendues au secteur social et notamment au système général de santé. La concertation s'est par ailleurs concrétisée sous la forme d'un projet pilote visant à concilier les droits économiques de la nation et ceux des peuples autochtones. La représentante a assuré que toutes les mesures prises par l'Etat sont respectueuses des droits de l'homme et des libertés publiques. Le gouvernement colombien continuera d'uvrer résolument à la réalisation de l'objectif national consistant à assurer le bien-être de tous les citoyens, y compris de la population autochtone. La représentante a conclu que le système des Nations unies et la communauté internationale devraient appuyer la Colombie dans les efforts qu'elle déploie pour promouvoir la démocratie et la sécurité. M. PAUL MEYER (Canada) a déclaré qu'il est encourageant de noter que les domaines qui, de l'avis même de M. Stavenhagen, posent les plus grands défis, correspondent dans une large mesure à ceux auxquels le gouvernement canadien entend accorder une attention accrue afin d'aplanir les disparités socioéconomiques inacceptables entre autochtones et non-autochtones. Le Canada se félicite que M. Stavenhagen reconnaisse que le pays s'est engagé à combler cet écart, a déclaré le représentant. Quelques semaines seulement avant la visite officielle du Rapporteur spécial, le Premier ministre du Canada a mis en place une Table-Ronde Canada-autochtones, pièce maîtresse des efforts entrepris pour donner une nouvelle impulsion aux relations avec les peuples autochtones du pays dans des domaines tels que la santé, l'apprentissage permanent, l'habitation, les possibilités économiques, les négociations et la responsabilisation. La santé des populations autochtones, a poursuivi le représentant, continue d'être une source de graves préoccupations. A cet égard, en septembre 2004, les ministres fédéraux, provinciaux et territoriaux chargés de la santé et des affaires autochtones ont reçu pour mandat d'élaborer un plan d'action pour améliorer la santé de ces populations. Le Canada espère poursuivre un dialogue soutenu avec le Rapporteur spécial en vue d'examiner la possibilité d'adopter d'autres mesures suite à sa visite. LE DEBATM. SÉRGIO CERDA (Argentine) a souhaité que, lorsqu'il s'agira de se pencher sur la question de la mise en uvre des instruments consacrés à la protection des droits de l'homme des peuples autochtones, il sera tenu compte de la Déclaration et du Programme d'action de Durban. M. SIGURD VALVANTE (Norvège) a demandé quelles sont les caractéristiques principales d'une politique éducative respectueuse des droits des autochtones. Quels sont les obstacles particuliers rencontrés par les filles autochtones et comment les Etats devraient-ils agir ? M. ALPHONSE BERNS (Luxembourg) a demandé des
précisions sur les projets du Rapporteur en matière
de visites dans des pays. M. JONNY SINAGA (Indonésie) a demandé au Rapporteur, qui a recommandé que l'on insiste davantage sur les principes et objectifs de l'éducation et sur l'octroi aux institutions autochtones de ressources suffisantes, s'il pouvait essayer de trouver une définition pour bien comprendre ce que l'on entend par peuples autochtones et ce, afin d'assurer l'efficacité des mesures les concernant. MME LETICIA BAQUERIZO GUZMÁN (Equateur) a demandé au Rapporteur de tenir compte des conséquences négatives de la dette extérieure sur les peuples autochtones, surtout en matière d'éducation. Dans ses réponses, M. STAVENHAGEN, a fait état d'un modèle existant d'éducation bilingue qui respecte les droits culturels des peuples autochtones; mais, a-t-il dit, ce modèle pose des problèmes sur le plan de la pédagogie et de la méthodologie. Dans de nombreux pays, il n'y a pas encore de système pédagogique pour les autochtones. En outre, les enseignants ne sont pas suffisamment formés. Toute aide de la communauté internationale en faveur des autochtones doit se concentrer sur la formation du personnel enseignant et technique chargé d'élaborer et d'appliquer le nouveau système d'enseignement, a-t-il dit. Il a en outre invité les membres de la Commission et les gouvernements à l'informer sur les mesures en faveur des autochtones qui ont donné de bons résultats afin qu'elles soient promues dans les autres pays. M. Stavenhagen a évoqué l'écart qui existe souvent entre les législations en vigueur et les pratiques sur le terrain. LES AUTRES RAPPORTS
M. Chávez a estimé qu'à la lueur de ces faits, il appartient à la Commission de décider des moyens qui permettront au Groupe de travail d'aboutir au projet final de déclaration sur les droits des populations autochtones, un projet que ces populations méritent et attendent. Il s'est dit convaincu que le consensus est possible au sujet de ce projet de déclaration et a demandé à la Commission d'accepter la prorogation du mandat du Groupe de travail pour une année. Toutes les conditions sont réunies pour parvenir au succès, a-t-il assuré.
Le terme "souveraineté", en relation avec le principe permanent de souveraineté sur les ressources naturelles, peut être généralement défini comme un contrôle juridique et une gestion des ressources naturelles dans le cadre de l'exercice du droit à l'autodétermination. Il n'implique pas nécessairement l'autorité suprême d'un Etat indépendant. L'utilisation du terme en relation avec les peuples autochtones ne place pas ces derniers au même niveau que les Etats ou en conflit avec l'autorité de l'État. Enfin, la Rapporteuse a plaidé en faveur de l'organisation d'un séminaire sur cette question. Elle a également souhaité que le rapport sur la souveraineté des peuples autochtones sur les ressources naturelles et sur les peuples autochtones et leur relation à la terre deviennent des publications des Nations unies dans le cadre d'une série d'étude sur les droits de l'homme.
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