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NATIONS UNIES, GENEVE, 27 MARS 2006 / COMMISSION DES DROITS DE L'HOMME
__La dernière réunion de la Commission : elle renvoie tous les rapports au Conseil des droits de l'homme qui tiendra sa première session à partir du 19 juin 2006
Le Conseil économique et social (Ecosoc) a décidé,
le 22 mars 2006, la suppression de la Commission des droits
de l'homme à partir du 16 juin 2006, soit trois
jours avant la première réunion du nouveau Conseil
des droits de l'homme, institué par l'Assemblée
générale des Nations unies le 15 mars 2006.
La Commission des droits de l'homme a tenu, le 27
mars 2006, à Genève, la dernière séance
plénière de son histoire, entamée il y a
soixante ans, en adoptant une résolution par laquelle
elle renvoie tous les rapports au Conseil des droits de l'homme,
qui poursuivra leur examen lors de sa première session
en juin 2006, et a décidé de conclure ses travaux.
Au cours de la séance, la Commission a entendu Louise
Arbour, haut commissaire des Nations unies aux droits de l'homme,
ainsi que le président de la Commission pour 2006 et le
président de la session 2005. Des déclarations ont
également été faites au nom des groupes régionaux,
ainsi qu'au nom des organisations non gouvernementales.
Dans son intervention, Louise Arbour a notamment fait
état d'une "révolution tranquille"
intervenue ces derniers mois dans le domaine des droits de l'homme
et qui a abouti à la création du Conseil des droits
de l'homme. L'élection des premiers membres du Conseil,
le 9 mai 2006, sera la première occasion de donner vie
à ce nouvel organe; c'est une occasion qu'il ne faut pas
manquer, tant pour les candidats que pour les électeurs,
a-t-elle souligné. Si les réalisations de la Commission
ne sont pas parfaites, elles présentent malgré tout,
selon elle, des points forts sur lesquels le Conseil pourra s'appuyer.
Le président de la 62e et dernière session de
la Commission, le Péruvien Manuel Rodríguez Cuadros,
a exprimé l'espoir que l'adoption des projet d'instruments
sur la protection de toutes les personnes contre la disparition
forcée et sur les droits des peuples autochtones figurera
au nombre des premières décisions de fond que prendra
le Conseil au cours de sa première période de sessions.
Il faut espérer que le Conseil la surclassera en termes
d'efficacité et de légitimité. Il faut espérer
qu'il agisse en fonction des victimes réelles et potentielles
de violations des droits de l'homme et que la portée de
sa tutelle soit réellement universelle.
A l'instar du président de la Commission, les représentants
des différents groupes régionaux sont intervenus
pour dresser le bilan des soixante années d'activités
de la Commission. Il a notamment été rappelé
que la Commission est à l'origine de l'adoption d'un important
cadre normatif de protection des droits de l'homme, composé,
en particulier, de la Charte des droits de l'homme incluant
la Déclaration universelle des droits de l'homme. La Commission
a également appuyé avec succès la lutte du
peuple sud-africain contre l'apartheid et consacré le principe
de l'autodétermination comme droit inaliénable des
peuples.
Les représentants de groupes régionaux ont salué
les importantes contributions de la Commission à la
cause des droits de l'homme. Il a été souligné
que la création du Conseil constitue une étape visant
le renforcement du mécanisme des droits de l'homme fondé
sur le principe du dialogue et de la coopération. Le Conseil,
selon le Groupe africain, est appelé à accorder
une attention égale à tous les droits et doit préserver
le respect de la culture, de la religion, de la diversité,
des spécificités et des différents systèmes
de valeurs, le respect de la souveraineté nationale et
de l'égalité des Etats, ainsi que la non-ingérence
dans les affaires intérieures des Etats.
Créé en 1946, le principal organe du système
des Nations unies dans le domaine des droits de l'homme sera remplacé
par le Conseil des droits de l'homme, qui ouvrira sa première
session le 19 juin 2006. L'élection des membres du nouveau
Conseil aura lieu le 9 mai.
UNE RESOLUTION
La Commission des droits de l'homme a adopté sans vote
une résolution intitulée Conclusion des travaux
de la Commission des droits de l'homme (figurant au document
E/CN.4/2006/L.2) par laquelle, rappelant la résolution
60/251 de l'Assemblée générale en date du
15 mars 2006, qui a créé le Conseil des droits
de l'homme, et la résolution 2006/2 du Conseil économique
et social en date du 22 mars 2006, elle renvoie, en conséquence,
tous les rapports au Conseil des droits de l'homme aux fins de
la poursuite de leur examen à sa première session
en juin 2006 et décide de conclure ses travaux conformément
aux deux résolutions susmentionnées.
LES DECLARATIONS
LOUISE ARBOUR, haut commissaire des Nations unies aux droits
de l'homme, a déclaré que la création
du Conseil des droits de l'homme, le 15 mars 2006, était
un événement historique. Ces derniers mois ont connu
une "révolution tranquille" dans le domaine
des droits de l'homme qui a abouti à la création
du Conseil, a-t-elle déclaré. Mais il faudra encore
mesurer son impact sur la vie de chacun; il dépendra en
grande partie du changement culturel profond qui doit accompagner
la réforme. Il y a des millions de gens dans le monde qui
se tournent vers les Nations unies, c'est pour eux et les générations
futures que le Conseil des droits de l'homme doit oeuvrer.
La haut commissaire s'est dite convaincue que la résolution adoptée par l'Assemblée générale représente une étape de première importance pour le système des Nations unies. Le document fondateur du Conseil crée un organe fort, mais il n'y a pas de garanties que le Conseil atteindra les objectifs pour lesquels il a été créé. L'élection des premiers membres, le 9 mai 2006, sera la première occasion de donner vie à cette nouvelle institution. C'est une occasion qu'il ne faut pas manquer, tant pour les candidats que pour les électeurs, a souligné Louise Arbour. Pendant sa première session, à partir du 19 juin, le Conseil devra rapidement trouver les moyens de mettre en uvre son mandat tout en mettant en place ses procédures de travail. Sa crédibilité exige une action rapide sur des questions de fond. En particulier, elle devra prendre des mesures intérimaire d'urgence pour assurer qu'il n'y ait pas de vide dans la protection des droits de l'homme. Cela implique l'adoption, dès le départ, de mesures lui permettant la pleine mise en uvre des mandats, mécanismes, fonctions et responsabilités hérités de la Commission.
Louise Arbour a tenu aussi à célébrer
les réalisations de la Commission des droits de l'homme,
malgré ses défauts. Parmi les points forts de la
Commission sur lesquels le Conseil doit s'appuyer, elle a souligné
le cadre normatif de protection des droits de l'homme, l'établissement
de procédures spéciales et l'examen de la situation
des droits de l'homme dans des pays spécifiques, qui ont
permis de traiter des situations d'urgence. La haut commissaire
a aussi rappelé que la Commission a créé
le premier mécanisme de plaintes en matière des
droits de l'homme, la "procédure 1503", qui offre
encore aujourd'hui la seule procédure à la disposition
de nombreuses victimes de violations des droits de l'homme. Elle
a en outre constitué un forum mondial pour le dialogue
sur les questions relatives aux droits de l'homme et a entretenu
des rapports étroits avec la société civile.
MAKARIM WIBISONO (Indonésie), président
de la 61e session de la Commission des droits de l'homme, en 2005,
a rappelé que près de 9'000 personnes avaient participé
à cette session de la Commission et que plus de 930 événements
s'étaient déroulés en marge de ses débats.
Il a en outre souligné que près de 2'000 représentants
d'organisations non gouvernementales avaient pris part aux discussions
de la dernière session de la Commission des droits de l'homme.
Il s'est félicité que les délégations
aient fait preuve l'an dernier d'un esprit de coopération,
rappelant que la majorité des 85 résolutions adoptées
l'avaient été sans vote. Ce même esprit de
coopération, a-t-il ajouté, a en outre permis la
mise en place de nouveaux mécanismes spéciaux.
Makarim Wibisono a par ailleurs souligné que les membres
de la Commission des droits de l'homme avaient pris une part active
et fructueuse aux différents débats relatifs à
la création d'un Conseil des droits de l'homme. J'espère,
a-t-il affirmé, que nous pourrons nous appuyer à
l'avenir sur les avancées réalisées par la
Commission des droits de l'homme tout en évitant de reproduire
les erreurs du passé. Il a estimé que l'on pouvait
placer de grands espoirs dans ce nouveau Conseil pourvu qu'il
s'attache à réaffirmer dans le cadre de ses travaux,
les principes de l'universalité, de l'impartialité
et de la non-sélectivité tout en nouant le dialogue
et la coopération au plan international et en examinant
régulièrement les résultats obtenus par les
différents pays en matière de droits de l'homme.
Plus que jamais, nous devons garder à l'esprit la nécessité
de s'assurer que les décisions du nouveau Conseil ont un
impact tangible sur le renforcement des droits de l'homme.
A cet égard, il a estimé que le Conseil devrait
accorder la priorité au renforcement des capacités
des Etats en matière de droits de l'homme. L'esprit d'intégration,
de coopération et de dialogue sera déterminant de
la réussite du Conseil a estimé M. Wibisono, soulignant
également que le Conseil devrait être à même
de garantir que ses décisions seront appliquées
dans les faits. Le Conseil devrait en outre s'attacher à
promouvoir et à protéger les droits de l'homme dans
leur ensemble.
MOHAMMED LOULICHKI (Maroc, au nom du Groupe des Etats
africains) a souligné que les droits de l'homme sont
étroitement liés aux questions d'égalité,
de justice, de paix et de développement, tant au niveau
national qu'international. Il a rappelé que le Groupe africain
accorde une grande importance au droit au développement
et souhaite par conséquent que ce droit occupe la même
place de choix que les autres droits. Le Groupe africain pense
également que la diversité culturelle, les spécificités
et les différents systèmes de valeur sont des acquis
qui enrichissent nos sociétés. Ils doivent par conséquent
être respectés et vénérés en
tant que moyen de promouvoir la tolérance, l'harmonie sociale,
le respect mutuel et l'entente, ainsi qu'en tant que moteur pour
la promotion de la paix, de la sécurité et de la
coopération internationales. Dès lors, a-t-il poursuivi,
toute tentative visant à imposer le système de
valeurs de l'un sur d'autre serait considéré comme
une méconnaissance des autres cultures et civilisations.
Dans ce contexte, toute tentative qui vise à associer,
à tort, certaines religions ou communautés au terrorisme
est inacceptable. La solution de ce fléau requiert une
coopération plus efficace et concertée qui s'attaque
aussi aux causes profondes, a-t-il souligné.
Le Groupe africain est d'avis que la Commission a joué
un rôle important dans la promotion et la protection des
droits de l'homme. A cet égard, il convient de souligner
quelques-unes des importantes réalisations de la Commission,
à savoir: son rôle dans l'établissement de
normes dans le domaine des droits de l'homme; sa contribution
dans l'élimination de l'apartheid en Afrique du Sud, ainsi
que son engagement dans le suivi de la Déclaration
et du Plan d'action de Durban; sa promotion du droit au
développement comme une question qui couvre tous les autres
droits de l'homme; la facilitation de la participation des organisations
non gouvernementales et des institutions nationales à ses
travaux.
Le Groupe africain accueille favorablement l'adoption
de la résolution de l'Assemblée générale
portant création d'un Conseil des droits de l'homme pour
remplacer la Commission, même si le texte de la résolution
n'a pas tenu compte de toutes ses préoccupations. La résolution
constitue une étape visant le renforcement du mécanisme
des droits de l'homme fondé sur le principe du dialogue
et de la coopération, a-t-il affirmé. Pour que le
Conseil puisse mener à bien ce mandat, il doit traiter
les insuffisances de la Commission et y remédier, car une
transformation superficielle de pure forme ne sera pas suffisante
pour résoudre les problèmes auxquels la Commission
était confrontée. C'est pourquoi le Groupe africain
estime que le Conseil est appelé à accorder une
attention égale à tous les droits - économiques,
sociaux et culturels d'une part, et civils et politiques d'autre
part - ainsi qu'au droit au développement et au lien
qui existe entre les droits, les devoirs et les responsabilités.
Il doit préserver le respect de la culture, de la religion,
de la diversité, des spécificités et des
différents systèmes de valeurs; promouvoir le
respect de la souveraineté nationale et de l'égalité
des Etats, ainsi que la non-ingérence dans les affaires
intérieures des Etats, le respect de l'intégrité
territoriale et le droit à l'autodétermination des
peuples qui sont encore sous occupation étrangère;
insister sur le dialogue, la coopération, l'assistance
technique, l'éducation et le renforcement des capacités,
par opposition à la pression politique et à l'approche
qui consiste à singulariser et humilier des Etats.
La promotion et la protection des droits de l'homme reposent
fermement sur le principe de la coopération internationale;
cette coopération exclut la politisation, la sélectivité
et le système de deux poids deux mesures, qui ont entaché
la Commission. Le succès ou l'échec du Conseil des
droits de l'homme sera fonction de la volonté politique
de tous les Etats membres et de l'engagement commun à bâtir
un instrument efficace novateur, a conclu M. Loulichki.
ABDULWAHAB ATTAR (Arabie saoudite, au nom du Groupe
des Etats asiatiques) a rappelé que les pays de son
groupe n'ont de cesse de souligner les principes d'égalité
et d'universalité comme principes essentiels du système
international des droits de l'homme. Ils ont une ferme conviction
dans la reconnaissance de la dignité inhérente des
êtres humains et du respect de l'égalité,
de la liberté et de la justice. Le système international
des droits de l'homme passe aujourd'hui par un moment critique
de son histoire. La création du Conseil des droits de
l'homme marque l'aboutissement de six décennies "utiles". Nous devons engager une réflexion honnête sur le travail accompli par la Commission et montrer notre détermination à remédier aux insuffisances du système des droits de l'homme, a-t-il déclaré. La Commission a réalisé un travail normatif important pendant son existence, notamment en uvrant à la fondation du droit international dans le domaine des droits de l'homme. Ce cadre normatif a contribué à la promotion des droits de l'homme. L'impact dans certains domaines a été capital, comme le droit des peuples à l'autodétermination. La Commission a aussi montré l'exemple dans la lutte
contre le racisme. Les pays asiatiques sont déterminés
à poursuivre ces mandats et aussi à réformer
le système pour atteindre le niveau le plus élevé
d'objectivité, d'impartialité et d'indépendance.
La Commission compte aussi des imperfections, a relevé
le représentant du Groupe asiatique. Des insuffisances
qui ne sont pas seulement le fruit d'insuffisances structurelles,
mais qui sont le résultat de la politisation, instituant
des situations fondées sur deux poids, deux mesures. La
Commission a eu de plus en plus de mal à s'acquitter de
sa tâche, a-t-il estimé.
Le Conseil des droits de l'homme devrait pour sa part concentrer
ses efforts sur l'assistance technique et sur le dialogue
pour assurer la réalisation de tous les droits de l'homme.
Des efforts doivent être faits pour éviter des mesures
ou des résolutions propres à certains pays qui pourraient
être contre-productives car elles conduiraient principalement
à une confrontation politique. Un examen périodique
universel devrait aussi avoir lieu pour assurer une égalité
de traitement de tous les Etats. Selon le représentant
du Groupe asiatique, il faut procéder à une réforme
exhaustive des différents mécanismes des droits
de l'homme. Le Groupe des Etats asiatiques espère que le
Conseil veillera à identifier des mesures concrètes
pour renforcer les procédures spéciales, a-t-il
ajouté.
ELCHIN AMIRBAYOV (Azerbaïdjan, au nom du Groupe
des Etats d'Europe orientale) s'est félicité
que l'ensemble des mandats, mécanismes, fonctions et responsabilités
de l'ancienne Commission des droits de l'homme, y compris les
Groupes de travail relatifs à l'élaboration de normes,
aient été transférés au Conseil des
droits de l'homme afin de palier les vides juridiques dans le
domaine de la protection et de la promotion des droits de l'homme.
Il a par ailleurs déclaré que les procédures
spéciales de la Commission étaient l'un de ses plus
beaux succès et qu'elle s'était toujours efforcée
de faire figurer la question des droits de l'homme sur l'agenda
de la communauté internationale. En outre, a-t-il souligné,
la Commission a su créer une interaction singulière
avec la société civile et les organisations non
gouvernementales. La Commission a également joué,
à travers le Haut Commissariat aux droits de l'homme, un
rôle important en matière de services consultatifs
et de coopération technique auprès des gouvernements. Si la décision d'établir un Conseil des droits de 'homme est une étape significative dans le processus de réforme des Nations unies, il ne faut pas oublier que les efforts doivent viser à améliorer et à renforcer l'efficacité de système de protection des droits de l'homme des Nations unies dans son ensemble. A cet égard, il a dit prendre bonne note du document de la haut commissaire sur l'uvre louable accomplie par les organes de traités.
Les Etats d'Europe orientale sont d'avis que les droits de
l'homme devraient être un facteur de rapprochement entre
les peuples et d'amélioration du climat général
des relations internationales. C'est pourquoi ils estiment très
important que le Conseil des droits de l'homme soit une instance
normative, un espace de dialogue, un instrument de renforcement
de la coopération internationale dans le domaine des droits
de l'homme et qu'il permette de dépasser les différents
points de vues en la matière pour mieux résoudre
les problèmes actuels et à venir. Tout en reconnaissant
les limites de la Commission des droits de l'homme, a déclaré
M. Amirbayov, son groupe souhaite que le nouveau Conseil respecte les principes d'universalité, d'objectivité et de non-sélectivité dans son approche des questions relatives aux droits de l'homme et espérons qu'il saura
éviter les écueils d'une approche fondée
sur deux poids, deux mesures et de la politisation. La promotion
et la protection des droits de l'homme devraient être fondées
sur les principes de coopération et de dialogue et sur
l'idée que l'ensemble des droits de l'homme doivent être
traités de manière juste et sur un pied d'égalité.
Les pays d'Europe orientale sont confiants dans la capacité du Conseil des droits de l'homme à renforcer l'action des Nations Unies dans les domaines de la promotion et de la protection des droits de l'homme. Cette nouvelle instance devra se fonder sur l'uvre accomplie par l'ancienne Commission et sur son expérience, a déclaré M. Amirbayov, rappelant que l'objectif de la communauté internationale était de renforcer le système multilatéral de promotion et de protection des droits de l'homme, et non pas de le démanteler. Ainsi, il convient que la réorganisation institutionnelle liée à la création du Conseil ne s'accompagne d'aucune conséquence négative sur le fonctionnement continu des divers mécanismes et procédures relatifs aux droits de l'homme. Il importe que le nouveau Conseil tienne compte des liens entre les objectifs essentiels des Nations Unies, à savoir, la sécurité, le développement et les droits de l'homme. Associer les travaux du Conseil aux efforts déployés par les Nations unies en matière de sécurité et de développement est un véritable défi mais c'est également l'occasion d'aller plus loin que la Commission des droits de l'homme. Il est important
de comprendre que les droits de l'homme, en tant que valeur universelle,
n'ont pas de frontières et que nous devons tous consentir
les efforts nécessaires pour faire de cette nouvelle instance
un meilleur instrument au service des objectifs fondamentaux de
promotion et de protection des droits de l'homme et pour qu'elle
soit en mesure de se saisir des violations de ces droits avec
toute l'efficacité qu'ils méritent.
C. HUGUENEY (Brésil, au nom du Groupe des
pays d'Amérique latine et des Caraïbes - GRULAC)
a vivement déploré le processus qui a finalement
conduit la Commission à avoir une session vidée
de sa substance et qui ne lui permet pas de traiter des questions
qui préoccupent grandement la communauté internationale
et les peuples du monde. Il a été dit que cela était
dû au fait qu'il fallait s'occuper des questions relatives
au Conseil et que ce dernier s'occuperait de ces questions. Le
GRULAC tient à indiquer qu'il ne s'est pas rallié
au consensus sur le projet de résolution qui vient d'être
adopté par la Commission, mais que, dans l'esprit de consensus
qui a toujours été le sien à la Commission,
il ne s'opposera pas à l'adoption de ce texte sans vote.
Le GRULAC réitère son adhésion à la
Déclaration et au Programme d'action de Vienne
qui soulignent le caractère universel, interdépendant
et indivisible de tous les droits de l'homme, ainsi que la nécessité
de les traiter de manière globale, juste et équitable.
Du point de vue du GRULAC, l'héritage de la
Commission est important. Elle s'est dotée d'importants instruments et mécanismes pour faire progresser la cause de la promotion et de la protection des droits de l'homme. En outre, les pays d'Amérique latine et des Caraïbes ont pu améliorer leur situation interne en matière de droits de l'homme en utilisant les mécanismes prévus par la Commission. Reconnaissant le rôle important joué par les organisations non gouvernementales, le GRULAC s'engage fermement à veiller à la participation effective des ONG dès la première session du futur Conseil. Le caractère fondamental de la période de transition actuelle exige une préparation adéquate en vue d'assurer le fonctionnement de fond du nouveau Conseil des droits de l'homme dès le 19 juin 2006. A cet égard, le GRULAC pense que la convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées et la déclaration sur les droits des peuples autochtones sont prêtes pour adoption, a précisé le représentant brésilien. Le GRULAC aurait souhaité voir ces textes adoptés à la présente session de la Commission; il entend fermement les voir examinés et adoptés lors de la première session du Conseil des droits de l'homme, au mois de juin.
Le GRULAC réaffirme l'importance qu'il y a,
lors de l'examen des questions de droits de l'homme, à
assurer les principes d'universalité, d'impartialité,
d'objectivité et de rejet de la sélectivité
et de la politique des deux poids, deux mesures. Il réaffirme
aussi la nécessité de promouvoir et de favoriser
le dialogue constructif et la coopération internationale
dans le domaine de la protection et de la promotion de tous les
droits de l'homme pour tous. Le Conseil des droits de l'homme
devra apporter un soutien particulier à la création
de nouvelles normes internationales de droits de l'homme aujourd'hui
nécessaires, comme, par exemple, un protocole facultatif
au Pacte international relatif aux droits civils et politiques,
et au lancement d'un programme mondial d'éducation dans
le domaine des droits de l'homme. Le GRULAC souhaite également
que le nouveau Conseil prenne en compte l'importance de l'INSTRAW
et l'idée de transférer à Genève
le Comité pour l'élimination de la discrimination
contre les femmes. Le représentant brésilien
a conclu son intervention en citant les propos du Secrétaire
général des Nations unies selon lequel il ne saurait
y avoir de développement sans sécurité, de
sécurité sans développement et ni sécurité
ni développement sans respect des droits de l'homme.
IAN M. de JONG (Pays-Bas, au nom du groupe des Etats
d'Europe occidentale et autres Etats), a tenu à souligner que pendant ses 60 années d'existence, la Commission s'est placée au cur du mécanisme des droits de l'homme. Le mandat de la Commission n'a cessé de s'élargir et aujourd'hui, un travail significatif est réalisé dans tous les domaines des droits de l'homme. Soixante ans plus tard, la Commission a établi un acquis incontesté de ses principales fonctions. Les résultats de la Commission en matière d'établissement des normes est incontestable. S'agissant de sa deuxième fonction principale, qui consiste à réagir aux violations des droits de l'homme, la Commission a mis en lumière des situations de violations des droits de l'homme et a élaboré un système de protection efficace, a estimé le représentant du Groupe des pays occidentaux. La mise en uvre des droits de l'homme constitue la troisième fonction de la Commission afin que les normes soient promues de manière appropriée. La quatrième principale fonction a été la précision de certaines notions, comme par exemple la position des personnes déplacées à l'intérieur de territoires nationaux. Enfin, la cinquième fonction a été celle d'offrir un forum public pour les débats dans le domaine des droits de l'homme.
Au final, la Commission est devenue un organe unique des Nations unies qui permettait aux victimes de porter à l'attention de la communauté internationale les violations dont elles étaient victimes. La Commission est devenue un organe qui a très largement dépassé ce qu'on attendait de lui au départ. Avec l'établissement du Conseil des droits de l'homme, la Commission a prouvé sa volonté d'améliorer la protection des droits de l'homme. Les membres du Conseil seront tenus de rendre des comptes face à leurs engagements d'être liés par les plus hautes normes des droits de l'homme, a souligné le représentant du Groupe occidental. Le Groupe promet de ne pas voter pour un candidat membre si celui-ci fait l'objet de sanctions par le Conseil de sécurité pour des questions liées aux droits de l'homme, a-t-il ajouté.
Les membres du Groupe occidental ont toujours soutenu la réforme.
Ces pays sont certains que l'acquis de la Commission doit être
maintenu et renforcé. Ils affirment leur engagement à
garantir que la participation des organisations non gouvernementales
reste un élément vital et que les voix des victimes
doivent continuer à être entendues. Enfin, M. De
Jong a déclaré que faire fonctionner de manière
efficace le Conseil représente une grande responsabilité.
Un dialogue honnête, ouvert et une coopération efficace
seront essentiels si le Conseil veut s'acquitter de sa responsabilité
de promouvoir le respect universel des droits de l'homme.
CHRIS SIDOTI, intervenant au nom de 265 organisations
non gouvernementales, a rappelé qu'au cours des soixante
années d'existence de la Commission des droits de l'homme,
les organisations non gouvernementales avaient joué
un rôle important dans la protection et dans la promotion
des droits de l'homme, tant au plans national et régional
qu'international. Soulignant que les ONG sont le reflet de la
diversité des expériences humaines, il a regretté
qu'elles n'aient été admises à s'exprimer
lors de cette dernière session de la Commission qu'à
travers un unique discours. Il a accueilli favorablement le nouveau
Conseil et rappelé à l'ensemble des Etats les termes
de la résolution récemment adoptée par l'Assemblée
générale, priant le nouveau Conseil de faire en
sorte que la participation des ONG soit la plus efficace possible
et soit régie par les normes et pratiques qui étaient
observées par la Commission des droits de l'homme.
LA DECLARATION DE CLOTURE DU PRESIDENT
MANUEL RODRÍGUEZ CUADROS, président de la Commission,
a déclaré que ce jour revêt une signification
historique pour la cause des droits de l'homme. Alors que
le cycle historique de la Commission des droits de l'homme atteint
son sommet, s'ouvre un nouvel horizon qui, faut-il espérer,
va permettre aux Nations unies - en faisant preuve d'objectivité
et en s'abstenant de toute sélectivité - d'atteindre
un degré supérieur d'efficacité et de légitimité
en matière de promotion et de protection des droits de
l'homme dans le monde entier. Telle doit être la tâche
essentielle du Conseil des droits de l'homme. Après avoir
demandé à l'assistance d'observer une minute de
silence à la mémoire de toutes les personnes qui,
au cours des soixante années d'existence de la Commission,
ont perdu leur vie en tant que victimes ou en tant que défenseurs
des droits de l'homme, le président de la Commission a
rappelé que c'est le 16 février 1946 que fut créée
la Commission des droits de l'homme; c'était alors la première
fois dans toute l'histoire que l'organisation internationale dotait
les citoyens et les citoyennes du monde d'un mécanisme
à caractère universel chargé de promouvoir
et de protéger les droits de l'homme.
La première uvre de la Commission, en 1947,
fut de s'atteler à la recherche d'un consensus universel
permettant d'établir un catalogue de droits de l'homme,
de droits inaliénables, inhérents à la condition
humaine de chaque personne - des droits que tous les Etats ont
l'obligation de respecter et le devoir de garantir pour en assurer
la jouissance. Du fait de l'évolution du droit coutumier,
la Déclaration universelle des droits de l'homme s'est
transformée en norme juridique dont le respect est exigé
de tous les Etats. Aux côtés des Pactes internationaux
relatifs aux droits civils et politiques et aux droits économiques,
sociaux et culturels - également élaborés
dans le cadre de la Commission - la Déclaration exprime
un consensus juridique universel qui constitue le meilleur exemple
du dialogue et de l'entente entre les cultures, les civilisations
et les religions autour de la valeur suprême de dignité
humaine. Il s'agit là de l'un des legs les plus importants
de la Commission à l'humanité. Poursuivant cette
tâche normative, la Commission, au fil de ses soixante années
d'existence, a été le facteur le plus dynamique
de création et d'évolution du droit international
relatif aux droits de l'homme, a ajouté M. Rodríguez
Cuadros.
Ce travail incessant d'élaboration de normes de protection
a permis d'ajouter à la Charte des droits de l'homme
la Convention internationale sur l'élimination de toutes
les formes de discrimination raciale; la Convention internationale
sur l'élimination de toutes les formes de discrimination
à l'égard des femmes; la Convention contre la torture
et autres peines ou traitements cruels, inhumaines ou dégradants;
la Convention relative aux droits de l'enfant; et la Convention
internationale sur les droits de tous les travailleurs migrants
et des membres de leur famille; la Déclaration sur les
défenseurs des droits de l'homme; la Déclaration
sur le droit au développement; et les principes de lutte
contre l'impunité, a poursuivi le Président de la
Commission.
Rodríguez Cuadros a souligné que la Commission
laisse au Conseil des droits de l'homme, pour adoption - dès
sa première période de sessions, faut-il espérer
- deux instruments d'énorme importance du point de vue
des victimes, à savoir le projet de convention sur la
protection de toutes les personnes contre la disparition forcée
et le projet de déclaration sur les droits des peuples
autochtones. Il a espéré que l'adoption de ces
deux instruments figurera au nombre des premières décisions
de fond que prendra le Conseil au cours de sa première
période de sessions.
Au-delà de la création de normes, il était
indispensable de protéger les personnes qui souffraient
de la violation de leurs droits, a poursuivi le Président
de la Commission. Cela relevait de l'obligation morale que de
répondre aux cas concrets de violations massives et systématiques
des droits de l'homme par de nouveaux mécanismes d'action
et de supervision. La Commission a notamment entrepris avec succès
d'appuyer les luttes du peuple sud-africain contre l'apartheid
et de consacrer, tout en assurant sa mise en pratique, le principe
de l'autodétermination comme droit inaliénable des
peuples. Soulignant qu'il est indispensable de voir le système
universel de protection des droits de l'homme incorporer dans
sa vision un cadre de coopération, M. Rodríguez
Cuadros a fait valoir que la Commission a engagé, dans
ce sens, un important travail que le Conseil devra certainement
approfondir.
Ces réalisations incontestables de la Commission furent
certainement tempérées, dans les derniers temps,
par des carences, des faiblesses et l'émergence de problèmes
qui ont porté préjudice à sa légitimité
et à sa crédibilité, en particulier s'agissant
de la crise de la procédure publique d'approbation des
résolutions par pays, a rappelé M. Rodríguez
Cuadros. Cette dernière procédure, faute de règles
claires et d'application universelle, a fait l'objet d'une politisation
exacerbée qui, associée à la sélectivité,
a gravement affecté la légitimité de la Commission
et sa capacité à agir dans une logique de droits
de l'homme plutôt que dans une logique d'intérêts
politiques. Cet état de faits, reconnu par tous les membres,
est à la base de la réforme qui a abouti à
la création du Conseil des droits de l'homme et à
la fin du cycle historique de la Commission.
La Commission va clore ses travaux le 16 juin 2006 avec
un bilan historique global positif du point de vue des victimes
et du point de vue du droit international relatif aux droits de
l'homme. Il faut espérer que le Conseil la surclassera
en termes d'efficacité et de légitimité.
Il faut espérer qu'il agisse en fonction des victimes réelles
et potentielles de violations des droits de l'homme et que la
portée de sa tutelle soit réellement universelle.
C'est le seul moyen d'augurer de son succès. Le Conseil
dispose des instruments nécessaires, même s'ils ne
satisfont pas les demandes maximalistes de tous. La résolution
sur la fermeture de la Commission et le rapport final approuvé
sans vote ont le mérite de préciser que le transfert
des fonctions, mécanismes, mandats et responsabilités
de la Commission inclut l'examen par le Conseil, lors de sa première
période de sessions qui s'ouvre le 19 juin 2006, de tout
l'ordre du jour en suspens de la Commission. Cela permettra d'éviter
tout vide de protection et fournit au Conseil les éléments
les plus significatifs de son ordre du jour de fond.
Source : Nations unies, Genève, 27 mars 2006.
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