La Commission des droits de l'homme

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62ème session




SUISSE, JANVIER 2006 / VISITE DU RAPPORTEUR DES NATIONS UNIES SUR LE RACISME
__Doudou Diène : "le racisme et la xénophobie existent en Suisse"


Le rapporteur spécial de la Commission des droits de l'homme des Nations unies sur le racisme, Doudou Diène, a effectué, du 9 au 13 janvier 2006, une visite en Suisse afin d'enquêter sur la situation dans ce pays. Le but de cette visite était "d'enquêter sur les manifestations de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et d'intolérance qui y est associée, ainsi que les mesures et les politiques adoptées pour lutter contre ces phénomènes".

Durant sa visite, le Rapporteur spécial s'est rendu dans trois régions linguistiques suisses. Dans les villes de Bellinzona, Berne, Bâle et Neuchâtel, il a rencontré les autorités fédérales et cantonales, qui l'ont informé des divers programmes sur l'intégration et la lutte antiraciste mis en place par la Confédération et les cantons. Doudou Diène s'est aussi rendu dans un centre de détention et un centre d'enregistrement de requérants d'asile, et a rencontré des requérants frappés d'une décision de "non entrée en matière" à Soleure. Il a également rencontré les organisations non gouvernementales et des communautés étrangères ainsi que d'autres membres de la société civile dans toutes les villes visitées.

Au terme de sa visite, Doudou Diène s'est montré préoccupé par les formes de racisme et de xénophobie qu'il a découvertes en Suisse. Il a rencontré des communautés étrangères qui considèrent la situation comme grave, alors que les autorités fédérales tendent, selon lui, à considérer le problème comme mineur.

Le rôle des partis politiques

"La Suisse connaît une situation de racisme, de xénophobie et de discrimination", a-t-il affirmé, lors d'une conférence de presse à Berne. "S'il y a une reconnaissance de l'existence du racisme et des discriminations au niveau de l'appareil d'Etat, l'opinion générale est que leur niveau n'est pas dramatique".

Les communautés étrangères concernées lui ont affirmé quant à elles vivre "une situation grave". Une réalité également reconnue par les organisations non gouvernementales (Ong) et les institutions religieuses ou syndicales qu'il a rencontrées. "Les Noirs sont les plus touchés", a-t-il relevé.

"Le racisme est un mutant, un iceberg; là où il se forme, dans les valeurs, les sentiments, il y a un travail important à faire", a observé le rapporteur des Nations unies, qui s'est déclaré inquiet par la banalisation du racisme et de la xénophobie qui imprègne les programmes des partis politiques : "ils se banalisent parce que les partis démocratiques baissent la garde". Une image l'a troublé : celle de l'affiche de l'UDC qui montrait un panier rempli de passeports avec des mains qui se tendent pour les prendre. "S'il n'y a que des mains brunes, alors le sens est clair. S'il y en a une blanche, c'est différent".

Les voies de recours pour les victimes

Doudou Diène s'est également inquiété de la "quasi absence" de voies de recours pour les victimes : "le droit suisse contient des principes permettant de lutter contre le racisme, mais il n'y a pas de législation nationale" ad hoc, sans parler de la division dans les pratiques et les politiques des cantons.

Le Rapporteur spécial, qui soumettra un rapport provisoire à la prochaine session de la Commission des droits de l'homme, en mars de 2006, a souligné qu'il n'était "ni un procureur, ni un juge" : "les Nations Unies sont là pour accompagner les pays et ce sont aux pays visités qu'il appartient de trouver une solution". Il présentera son rapport final sur cette visite en 2007.

[Doudou Diène, ancien directeur de la Division des politiques culturelles et du dialogue interculturel pour une culture de paix de l'UNESCO, est un fervent promoteur du dialogue entre les cultures. Il est le deuxième expert à avoir été nommé par la Commission des droits de l'homme au poste de Rapporteur spécial sur les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l'intolérance qui y est associée depuis que le mandat a été établi en 1993. Il a été nommé le 25 avril 2002 et son mandat a été renouvelé en avril 2005 par la Commission des droits de l'homme pour une période de trois ans supplémentaires.]

Sources : Nations unies, Genève, et presse suisse, janvier 2006.
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