__Chine : la crédibilité de la Commission est mise en cause
La décision de la Commission des droits de l'homme de ne pas condamner la Chine pour violations de ces droits, à la suite de l'adoption, le 18 avril 2000, à Genève, d'une motion de "non action" déposée par la Chine, a été jugée sévèrement tant par les organisation non gouvernementales (ONG) qui critiquent "l'étrange coalition" de pays eux-mêmes peu respectueux des libertés qui se sont "portés au secours de la Chine" que par la presse internationale.
Début avril, Mary Robinson, haut commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, avait dénoncé, lors d'une visite en Chine, la "détérioration" de la situation intervenue dans ce pays, évoquant la répression des libertés politiques et religieuses.
22 des 53 membres de la commission on en effet votés en faveur de cette résolution, empêchant ainsi les Etats-Unis de présenter leur propre résolution condamnant la violation des droits de l'homme en Chine. L'Agence France-Presse (19 avril) reprend les propos d'Amnesty International et d'Human Rights Watch, deux des principales associations de défense des droits de l'homme, qui "estiment que la crédibilité de la Commission des droits de l'homme de l'ONU est désormais en cause après l'absence de sanctions contre la Chine". " Jeu de dupes à Genève", titre le quotidien "Libération" (19 avril) tandis que "Le Monde" (20 avril) relève pour sa part qu'un "artifice de procédure permet à Pékin d'échapper à un blâme de l'ONU sur les droits de l'homme".
A Genève, le quotidien "Le Temps" constate que la Commission "punit et absout, comme une loterie mondiale, où les uns sont épargnés alors que les autres sont condamnés : La Chine s'en tire, mais Cuba trinque à nouveau, comme l'Irak étranglé par des sanctions, ou d'autres régimes autoritaires sans influence, l'Afghanistan, la Birmanie, le Burundi, le Rwanda, las Guinée équatoriale ou, plus près de nous, la Yougoslavie".
Amnesty International : le gouvernement chinois mène une campagne de répression massive contre la dissidence pacifique
"La Chine use une nouvelle fois d'une échappatoire pour étouffer tout débat et échapper à une sanction", écrit Amnesty International dans un communiqué. "La motion dite de non-action introduite par la Chine [] remet en question le but et le fonctionnement de la Commission. Comment la plus haute instance mondiale chargée de veiller au respect des droits humains peut-elle accepter que cette faille dans ses procédures soit exploitée de manière aussi abusive ? ", souligne l'organisation qui note que, depuis la fin de l'année 1998, le gouvernement chinois mène une campagne de répression massive contre la dissidence pacifique, qui se traduit par des arrestations arbitraires, des actes de torture, des procès iniques, des persécutions religieuses et des exécutions.
" Combien de temps encore le monde va-t-il jouer à ce jeu avec la Chine ? Combien d'autres victimes de violations des droits humains seront ignorées au nom de la Realpolitik ? " s'interroge Amnesty International.
Human Rights Watch, qui déplore une "échec de la volonté politique", estime qu'en "détournant les yeux de la dégradation des droits de l'homme en Chine", un certain nombre de pays, membres de la Commission, "ont donné un mauvais signal aux autorités de Pékin".
Les réactions : lu dans la presse française
Libération, Paris : Jeu de dupes à Genève
"Ce fut en fait un jeu de dupes qui s'est déroulé pendant des semaines et qui [le 18 avril] a trouvé son épilogue provisoire. Les Etats-Unis ont fait la démonstration publique qu'ils étaient prêts à défendre les droits de l'homme pour que la morale soit sauve et que par ailleurs, sur l'échiquier commercial, les affaires continuent et se développent.
"De leur côté, les Européens ont été exemplaires dans l'application du service minimum. Devant la répression en Chine, ils étaient bien obligés de reconnaître l'échec du "dialogue constructif" qu'ils entretiennent avec Pékin sur les droits de l'homme, mais affirmaient ne pas vouloir non plus "être instrumentalisés" par Washington.
"Xiao Quiang, le directeur de Human Rights Watch in China, affirme : "Je regrette que les Européens aient abandonné leurs principes au nom de réalités politico-commerciales, chose qu'officiellement, ils ne reconnaîtront jamais". L'ex-dissident chinois, Wei Jingsheng, a surenchéri : "Les gouvernements européens ont trahi les démocrates chinois".
Pierre Hazan, Libération, 19 avril 2000.
Le Monde, Paris : La raison du plus gros
"Vingt-deux gouvernements de pays membres de la Commission des droits de l'homme de l'ONU se sont prononcés, à propos de la Chine, dans un vote qui n'a pas grand chose à voir avec les droits de l'homme ou avec tout autre principe fondateur des Nations unies. Ils ont décidé, sans débat quant au fond, que la Chine n'était pas condamnable, au motif qu'elle ne voulait pas l'être et disposait d'un nombre de voix suffisant pour le signifier.[]
"dans le même temps, d'autres pays d'Asie qui n'ont pas l'heur d'être aussi puissants sont montrés du doigt, plus ou moins publiquement : la Birmanie, impuissante face à l'opprobre international ; le Vietnam, décalé par rapport à l'évolution du monde tendant à la démocratie.
"La machine onusienne a rarement l'occasion de faire preuve d'une telle incompétence dans son domaine d'intervention. On sait que les droits de l'homme sont bafoués en Chine bien plus encore que dans beaucoup d'autres pays d'Asie, pour ne pas dire au monde. N'importe ! La raison du plus gros, en la matière, reste la meilleure."
Francis Deron, Le Monde, 20 avril 2000. |