
Comités des Nations unies
Comité
|
JUILLET - AOUT 2006, NATIONS UNIES, GENEVE, 69e SESSION
__Le Comité adopte des "observations finales" sur les rapports présentés par l'Estonie, le Yémen, l'Afrique du Sud, l'Oman, la Mongolie, le Danemark, la Norvège et l'Ukraine
|
Le Comité pour l'élimination de la discrimination
raciale a tenu, du 31 juillet au 18 août 2006,
à Genève, sa 69e session - et rendu publiques
des "observations finales" concernant les huit Etats
parties à la Convention internationale sur l'élimination
de toutes les formes de discrimination raciale dont les rapports
ont été examinés au cours de cette session
: Estonie, Yémen, Afrique du Sud,
Oman, Mongolie, Danemark, Norvège
et Ukraine.
|
Durant la session, le Comité s'est aussi penché,
au titre de la "procédure de bilan", applicable
aux Etats parties dont les rapports sont très en retard,
sur les situations au Malawi, aux Seychelles, en
Namibie et à Sainte Lucie. Au titre de la
prévention de la discrimination raciale et des mesures
d'alerte rapide et procédures d'action urgente, il a en
outre examiné des demandes d'action qui lui ont été
adressées en provenance de six pays : Brésil,
Nicaragua, Pérou, République démocratique
populaire lao, République démocratique du
Congo et Suriname.
Le Comité a également tenu, le 3 août,
un débat général sur la crise humanitaire
au Liban, à la suite duquel a été adoptée
une déclaration dans laquelle il se dit profondément
préoccupé que la poursuite du conflit risque d'intensifier
la discrimination raciale et les sentiments de haine dans la région
et dans le reste du monde.
Une discussion avec l'Experte indépendante sur les questions
relatives aux minorités, Mme Gay McDougall, a en outre
été organisée le 8 août. Le Comité
s'est également penché, le 16 août, sur l'application
de la Convention dans les territoires non autonomes, qui fait
l'objet de l'article 15 de la Convention. Le Comité a également
entendu le rapporteur chargé du suivi des communications
individuelles. Le Comité a d'autre part été
tenu informé des travaux de la quatrième session
du Groupe de travail intergouvernemental sur l'application effective
de la Déclaration et du Programme d'action de
Durban.
Lors de sa prochaine session, qui se tiendra à
Genève du 19 février au 9 mars 2007, le Comité
doit examiner les rapports d'Israël, du Liechtenstein,
de la République tchèque, de l'ex-République
yougoslave de Macédoine, de l'Inde, du Canada,
d'Antigua-et-Barbuda et de la République
démocratique du Congo. Il examinera en outre, au titre
de la "procédure de bilan", les situations en
Ethiopie, au Nicaragua, au Congo, en Papouasie-Nouvelle-Guinée
et au Togo.
LES TRAVAUX DU COMITE
Le Comité a adopté des observations finales concernant huit Etats parties à la Convention dont les rapports ont été examinés au cours de la présente session : Estonie, Yémen,
Afrique du Sud, Oman, Mongolie, Danemark,
Norvège et Ukraine.
ESTONIE. S'agissant de l'Estonie, le Comité
note avec satisfaction les décisions de la Cour suprême
sur les principes d'égalité et de protection de
la vie familiale déclarant inconstitutionnelles plusieurs
décisions qui refusaient l'octroi de permis de séjour
sur la seule base de quotas d'immigration. Il encourage l'Estonie
à poursuivre ses efforts en vue de favoriser l'intégration
sociale des étrangers. Le Comité recommande
au pays d'envisager de mettre sur pied une institution nationale
des droits de l'homme. Il lui recommande également d'adopter
une législation antidiscrimination globale. Le Comité
est inquiet de constater que peu d'actes de discrimination raciale
ont été poursuivis et punis. Il est demandé
à l'Estonie d'informer le public quant aux recours juridiques
disponibles dans le domaine de la discrimination raciale. Le Comité
se dit préoccupé que certains programmes télévisés
puissent donner une image discriminatoire de la communauté
rom. Tout en reconnaissant l'existence de programmes visant à
accroître l'accès à l'éducation pour
les enfants rom, le Comité est préoccupé
qu'une proportion limitée d'enfants rom soit scolarisée.
Le Comité recommande par ailleurs à l'Estonie
d'entreprendre une étude afin d'examiner de manière
exhaustive les raisons de la représentation disproportionnée
des membres de la minorité russophone dans la population
des détenus condamnés, de manière à
identifier des solutions adéquates pour remédier
à cette situation. Il lui recommande d'amender la définition
du terme "minorité" énoncée dans
la loi sur l'autonomie culturelle des minorités nationales
de 1993, afin d'y inclure les non citoyens, en particulier les
apatrides résidant de longue date en Estonie. Etant donné
le grand nombre de personnes résidant à long terme
en Estonie qui sont apatrides, le Comité recommande au
pays de se pencher sur la possibilité pour les non citoyens
de participer aux partis politiques. Bien qu'il reconnaisse les efforts déployés dans le domaine de l'emploi, le Comité demeure préoccupé par le taux élevé de chômage parmi les membres des minorités, en particulier les minorités russophones. Il rappelle que l'exigence de la maîtrise de l'estonien, y compris dans le secteur privé, peut avoir un effet discriminatoire sur les possibilités d'emploi à l'égard de cette communauté. Il est recommandé au pays de déployer davantage d'efforts afin de favoriser et de faciliter l'accès au processus de naturalisation.
YEMEN. Le Comité se réjouit de
la création au Yémen du ministère
des droits de l'homme en 2003 et salue les efforts déployés
par le pays afin d'établir une institution nationale des
droits de l'homme. Il salue également les efforts déployés
par le Yémen afin de réduire la pauvreté.
Le Comité relève néanmoins une contradiction
entre l'affirmation du Yémen selon laquelle la société
yéménite serait homogène du point de vue
ethnique et les informations crédibles reçues par
le Comité concernant des groupes fondés sur l'ascendance
ou culturellement distinguables, notamment les Al-Akhdam. Le Comité
reste en outre préoccupé par l'absence de définition
de la discrimination raciale dans la législation interne. Notant également avec préoccupation que le statut de la Convention en droit interne n'est pas clair et qu'elle n'a apparemment jamais été directement invoquée devant les tribunaux nationaux, le Comité invite le Yémen à prendre toutes les mesures nécessaires afin d'assurer la mise en uvre effective de la Convention dans l'ordre juridique interne. Le Comité réitère son inquiétude quant à l'absence d'une législation complète
visant à prévenir et à interdire la discrimination
raciale sur la base de la race, de la couleur, de l'ascendance
ou de l'origine nationale ou ethnique, ainsi qu'au sujet de l'absence
de toute disposition pénale explicite criminalisant et
punissant l'ensemble des conduites et activités proscrites
par l'article 4 de la Convention (qui vise la condamnation de
la propagande et des organisations racistes).
Le Comité réitère par ailleurs
sa recommandation visant à ce que le Yémen retire
la réserve qu'il a émise à l'égard
de certaines dispositions de l'article 5 de la Convention (s'agissant
de certains droits civils et politiques). Le Comité se
dit par ailleurs préoccupé par l'absence
de législation nationale définissant spécifiquement
les droits des réfugiés. Il est donc recommandé
au Yémen d'adopter un cadre de protection légale
pour les réfugiés. Il lui est également recommandé d'enquêter de manière approfondie, impartiale et effective sur toutes les allégations d'abus physique et de mauvais traitements à l'encontre de réfugiés et de traduire les responsables en justice, tout en assurant compensation aux victimes. Le Comité se dit profondément préoccupé par les informations persistantes faisant état de discrimination de facto à l'encontre des communautés culturellement distinctes fondées sur l'ascendance, entre autres les Al-Akhdam. Le Comité juge préoccupantes les allégations selon lesquelles les membres de la communauté Al-Akhdam éprouveraient des difficultés quant à l'exercice de leur droit de propriété. Tout en relevant que le ministère des droits de l'homme a reçu entre 2002 et 2004 plus de 1'200 plaintes concernant des violations de droits de l'homme, le Comité note l'absence de plaintes pour discrimination raciale.
AFRIQUE DU SUD. En ce qui concerne l'Afrique du Sud,
le Comité reconnaît que l'héritage
d'un système de gouvernance mis en place par le régime
de l'apartheid dresse, en termes de conséquences économiques,
sociales et culturelles, des obstacles qui entravent les efforts
que déploie le pays pour appliquer pleinement la Convention.
Le Comité apprécie les nombreuses mesures législatives
visant à édifier une société démocratique
et multiculturelle et à combattre la ségrégation
et la discrimination raciale, notamment la loi de 1999 sur l'équité
en matière d'emploi ou encore la loi de 2000 sur la promotion
de l'égalité et la prévention de la discrimination
injuste. Il se réjouit en outre de la mise en place de
la Commission sud-africaine des droits de l'homme et prend acte
de la création de "tribunaux de l'égalité"
ayant pour objet d'appliquer la loi sur la promotion de l'égalité.
Le Comité se félicite aussi de l'adoption de mesures
spéciales dans le but d'assurer une promotion adéquate
des groupes raciaux ou ethniques souffrant de la discrimination;
il attire toutefois l'attention de l'Afrique du Sud sur le fait
qu'une telle action affirmative ne doit pas mener au maintien
de droits inégaux ou séparés pour ces groupes
une fois qu'ont été atteints les objectifs visés.
Le Comité reste préoccupé par la
persistance d'une ségrégation de fait héritée
de l'apartheid en dépit des mesures prises par l'Afrique
du Sud pour mettre fin à cette situation, s'agissant en
particulier de la propriété, de l'accès à
la finance et aux services sociaux tels que la santé, l'éducation
et le logement. Le Comité est également préoccupé
par la fréquence des crimes et discours haineux et par
l'inefficacité des mesures visant à prévenir
de tels actes. Il reste en outre préoccupé par l'extrême
pauvreté d'une partie de la population sud-africaine. Le
Comité recommande au pays d'adopter une législation
et de prendre d'autres mesures efficaces afin de prévenir
et de punir le trafic d'êtres humains. L'Afrique du Sud
est par ailleurs encouragée à renforcer sa politique
de redistribution des terres afin d'assurer aux communautés
ethniques réimplantées une amélioration de
la jouissance de leurs droits économiques, sociaux et culturels
en vertu de la Convention.
Le Comité se dit préoccupé par
la situation des peuples autochtones, notamment les communautés khoi, san, nama et griqua et en particulier les groupes vivant de chasse et de cueillette ainsi que les groupes pastoraux et nomades. Le Comité est également préoccupé par le taux élevé de sida chez les personnes appartenant aux groupes ethniques les plus vulnérables. Le Comité juge préoccupantes les allégations de mauvais traitements à l'encontre des non-ressortissants, imputables à des agents responsables de l'application des lois, notamment dans le centre de rapatriement de Lindela et à la frontière; il juge également préoccupant que des enquêtes n'aient pas été menées concernant ces cas. Le Comité se dit aussi préoccupé par les difficultés d'accès à la justice que rencontrent, en particulier, les membres des groupes ethniques pauvres et des groupes les plus défavorisés - notamment les autochtones - et qui sont mises sur le compte de leur maîtrise insuffisante de l'anglais et de l'afrikaans. Il est recommandé à l'Afrique du Sud d'informer le public quant aux recours juridiques existants dans le domaine de la discrimination raciale. Il lui est également recommandé de renforcer les mesures
existantes afin de prévenir et combattre la xénophobie
et les préjugés qui conduisent à la discrimination
raciale.
OMAN. Concernant l'Oman, le Comité note
avec satisfaction que le Code du travail affirme l'égalité
de tous les travailleurs sans discrimination basée sur
la nationalité, le sexe, la religion ou toute autre distinction.
Il note également avec satisfaction que des cours destinés
à combattre la discrimination raciale et à promouvoir
les droits de l'homme sont intégrés dans le programme
scolaire. Le Comité note la contradiction entre l'affirmation
du pays assurant que la société omanaise est homogène
du point de vue ethnique et l'information selon laquelle la population
comprend différents groupes ethniques, notamment les Balochi,
les Omanais parlant le swahili nés à Zanzibar et
dans d'autres régions d'Afrique de l'Est, les Liwatiyah
et les Jibalis, ainsi qu'un grand nombre de travailleurs migrants
venus du sous-continent indien, des Philippines et d'autres pays
asiatiques. Le Comité note en outre que l'article 17 de
la Loi fondamentale, qui traite de l'égalité et
de la non-discrimination, n'inclut pas la "race", l'"ascendance"
ni "l'origine ethnique ou nationale" parmi les motifs
de discrimination interdits. Il est donc recommandé
à l'Oman de revoir la définition de la discrimination
énoncée dans la Loi fondamentale afin d'élargir
la liste des motifs interdisant la discrimination. Le Comité
recommande également au pays d'adopter une législation
complète pour prévenir, interdire et punir la discrimination
raciale conformément à l'article 4 de la Convention.
Relevant par ailleurs que selon la Loi fondamentale, seuls
les citoyens sont égaux devant la loi, le Comité
recommande à l'Oman de revoir sa législation afin
de garantir l'égalité entre citoyens et non-citoyens
pour ce qui est de la jouissance des droits énoncés
dans la Convention, dans la mesure admise par le droit international.
Le Comité est inquiet de relever que la Loi sur la nationalité
omanaise n'accorde pas la citoyenneté aux enfants de femmes
omanaises mariées à des non-ressortissants alors qu'elle l'accorde aux enfants nés de père omanais et de mère étrangère; cette pratique pourrait conduire à des cas d'apatridie. Le Comité recommande par ailleurs à l'Oman d'envisager la création d'une institution nationale des droits de l'homme.
MONGOLIE. S'agissant de la Mongolie, le Comité
salue l'entrée en vigueur en 1999 de la loi sur le
travail interdisant dans les relations professionnelles la discrimination
fondée sur la nationalité, la race, le sexe, l'origine
ou le statut social, la santé, la religion ou l'idéologie.
Le Comité note également avec satisfaction l'établissement,
en 2001, de la Commission nationale des droits de l'homme, ainsi
que l'adoption, l'année suivante, du Code pénal
amendé qui prévoit trois types d'infractions pour
discrimination raciale et actes de génocide. Le Comité
salue aussi le nouveau Code civil qui stipule que les non citoyens
bénéficient, en matière civile, des mêmes
droits que les citoyens. Le Comité exprime toutefois sa
préoccupation quant à l'absence de définition
claire de la discrimination raciale dans la législation
mongole. Bien qu'ayant connaissance des préoccupations
sécuritaires de la Mongolie, le Comité reste préoccupé
par l'existence de quotas fondés sur la nationalité
pour l'entrée et le séjour des non ressortissants.
Le Comité juge également préoccupante l'absence
de législation et de réglementation concernant la
discrimination raciale dans les domaines civil et administratif.
Il réitère donc sa recommandation visant à
ce que la Mongolie envisage sérieusement d'adopter une
législation complète pour prévenir et interdire
la discrimination raciale, y compris en assurant des recours effectifs
contre la discrimination raciale dans les procédures civiles
et administratives.
Le Comité exprime par ailleurs sa préoccupation
face à la sous représentation des minorités
au sein des forces de police. Il relève l'absence de
règlements déclarant illégales et interdisant
les organisations qui incitent à la haine raciale. Le Comité
se dit en outre préoccupé que la Mongolie doive
encore adopter une loi sur l'asile et introduire une procédure
de détermination du statut des requérants d'asile.
La Mongolie est invitée à envisager la ratification
de la Convention de 1951 sur le statut des réfugiés
et de son Protocole de 1967. Le Comité reste par ailleurs
préoccupé par la persistance de disparités
significatives en matière de jouissance des droits économiques,
sociaux et culturels, qui affectent en particulier les groupes
ethniques des zones rurales et reculées. Le Comité
rappelle qu'un faible niveau de développement économique,
social et culturel pour certains groupes ethniques, par rapport
au reste de la population, peut être un indicateur de l'existence
d'une discrimination de fait. Le Comité est par ailleurs
préoccupé qu'il soit interdit à un non ressortissant
de conclure un nouveau contrat de travail avant l'expiration de
celui avec lequel cette personne est entrée en Mongolie.
Il est donc recommandé au pays d'amender la législation
afin d'assurer que les non ressortissants puissent exercer librement
leur droit de rechercher un emploi alternatif, sauf dans les cas
où l'autorisation de résidence dépend expressément
de l'activité rémunérée spécifique
pour laquelle ils ont été admis au bénéfice
de l'entrée sur le territoire national. Le Comité
juge préoccupante l'absence de mesures pratiques visant
à soutenir l'emploi des langues des minorités et à faciliter l'accès à l'éducation des enfants appartenant aux groupes minoritaires ethniques.
DANEMARK. En ce qui concerne le Danemark, le
Comité se réjouit de l'adoption en 2003 du
Plan national d'action visant à promouvoir l'égalité
de traitement et la diversité et à combattre le
racisme. Il se félicite aussi de l'adoption, en mai 2003,
de la loi sur l'égalité de traitement du point de
vue ethnique. Le Comité note avec satisfaction que la section
81 du Code pénal, entrée en vigueur en avril 2004,
introduit une circonstance aggravante pour les infractions basées
sur l'origine ethnique d'autrui, sur sa croyance ou sur son orientation
sexuelle. Le Comité note également avec satisfaction
que les enfants roms ne sont plus répartis au Danemark
dans des classes établies uniquement sur des critères
ethniques. Le Comité regrette néanmoins la décision
du Danemark de ne pas incorporer la Convention dans l'ordre législatif
interne, contrairement à ce qu'il a fait pour d'autres
instruments internationaux. Le Comité exprime également
sa préoccupation quant à l'augmentation du nombre
d'infractions à motivation raciste et du nombre de plaintes
concernant des discours haineux. Il se dit aussi inquiet des
discours haineux imputables à certains politiciens au Danemark.
Le Comité constate le refus du procureur public d'engager
des procédures dans certaines affaires, notamment dans
celle concernant la publication de caricatures associant l'Islam
au terrorisme. Le Danemark devrait accroître ses efforts
en vue de prévenir les infractions à motivation
raciste et les discours haineux et en vue de garantir l'application
effective des dispositions pénales pertinentes. Le Comité
rappelle que l'exercice de la liberté d'expression comporte
des devoirs et responsabilités particuliers - en particulier
l'obligation de ne pas disséminer d'idées racistes;
il recommande au Danemark d'agir de manière déterminée
afin de s'opposer à toute tendance, en particulier de la
part de politiciens, consistant à prendre pour cible, à
stigmatiser, à stéréotyper ou à brosser
le portrait de personnes sur la base de la race, de la couleur,
de l'ascendance, et de l'origine nationale ou ethnique.
Le Comité recommande que soit accordé
aux requérants d'asile le droit de faire appel des décisions
du Conseil des réfugiés. Le Comité réitère
en outre sa préoccupation concernant les conditions
restrictives imposées par la législation au sujet
de la réunification familiale. Le Comité juge
par ailleurs préoccupant le taux beaucoup plus élevé
de chômage parmi les "immigrants" et les "descendants"
issus de pays autres que ceux de l'Union européenne, de
l'Amérique du Nord et des pays nordiques. Il est recommandé
au Danemark de revoir sa politique afin d'assurer que les étrangers
nouvellement arrivés au Danemark ne soient pas poussés
vers la pauvreté et la marginalisation sociale. Notant
que les programmes et politiques d'intégration semblent
décourager les personnes appartenant à des minorités
nationales ou ethniques d'exprimer et de développer leur
culture, le Comité estime que le Danemark devrait adopter des mesures immédiates et efficaces pour refléter la diversité culturelle du pays dans les domaines de l'éducation,
de la culture et de l'information.
NORVEGE. S'agissant de la Norvège, le
Comité se félicite de l'établissement,
en avril 2006, du Centre norvégien pour les droits de l'homme.
Il note également avec satisfaction l'adoption de la loi
sur l'égalité et le médiateur anti-discrimination.
Il salue en outre l'adoption de la loi sur le Finnmark qui établit
des procédures visant à promouvoir le droit des
Saamis de participer aux processus de prise de décision
s'agissant de la gestion de la terre et des ressources naturelles
dans les zones qu'ils occupent. Le Comité prend acte de
l'entrée en vigueur en 2006 des amendements apportés
au Code pénal afin de renforcer la protection contre les
manifestations de haine raciale. Le Comité se félicite
par ailleurs de la mise en place, en 2004, du Fonds du peuple
rom, dont l'objet est d'accorder compensation aux victimes rom
pour les effets négatifs des précédentes
politiques d'assimilation. Le Comité invite néanmoins
la Norvège à envisager d'incorporer la Convention
à un plus haut niveau de l'ordre juridique interne, de
manière à assurer la primauté de la Convention
sur la législation nationale, en cas de conflit. Le Comité
se dit en outre préoccupé par le fait que la
loi anti-discrimination ne couvre pas spécifiquement la
discrimination basée sur la race. Il réitère
également sa préoccupation face à l'absence
de toute disposition pénale explicite, dans la législation
nationale, criminalisant et punissant les organisations racistes.
Le Comité juge préoccupant que la loi sur le Finnmark
ne traite pas de la situation spécifique des Saamis orientaux.
Il est recommandé à la Norvège de prendre
davantage de mesures concrètes et spécifiques en
vue d'assurer le développement et la protection adéquats
d'un certain nombre de groupes fortement vulnérables, nommément
les Saamis orientaux, dans le but de leur garantir une jouissance
pleine et égale des droits de l'homme et des libertés
fondamentales et en particulier de reconnaître et de respecter
leur culture distincte, leur histoire, leur langue et leur mode
de vie en tant qu'éléments venant enrichir l'identité
culturelle de l'Etat.
Le Comité se dit par ailleurs préoccupé
qu'en vertu de la loi sur l'immigration, un non ressortissant
puisse être placé en détention préventive
s'il est soupçonné d'avoir fourni une fausse identité,
certaines personnes ayant ainsi été détenues
pendant plus d'un an. Tout en notant l'importance qu'une maîtrise
adéquate de la langue d'Etat revêt en tant que véhicule
d'intégration sociale, le Comité se dit préoccupé
par la sévérité des exigences linguistiques
imposées par la nouvelle loi sur la nationalité
pour acquérir la nationalité norvégienne.
Le Comité reste en outre préoccupé par
le taux élevé de chômage parmi les immigrants et par le fait que, dans leurs services de santé, de nombreuses municipalités ne fournissent pas une protection suffisante contre les maladies aux requérants d'asile, aux réfugiés et aux personnes réunifiées avec leurs familles. Le Comité est en outre préoccupé par le fort
taux d'abandon scolaire des enfants immigrés dans l'éducation
secondaire supérieure.
UKRAINE. Dans ses observations finales sur l'Ukraine,
le Comité salue les efforts législatifs en
cours visant l'intégration des minorités ethniques.
Il relève également avec satisfaction que le pays
a abrogé toute mention, dans la loi sur les réfugiés,
d'un délai pour la présentation des demandes d'asile.
Il se dit en outre satisfait des informations selon lesquelles
de très nombreux enfants appartenant à des minorités
reçoivent un enseignement dispensé dans leurs propres
langues et cultures ou à leur sujet. Le Comité recommande
néanmoins à l'Ukraine de garantir un financement
suffisant pour permettre au Commissaire parlementaire pour les
droits de l'homme de fonctionner de manière indépendante
et efficace dans le but de renforcer son expertise dans tous les
domaines des droits de l'homme ainsi que sa capacité de
traitement des plaintes. Le Comité note avec préoccupation
que le projet de la loi anti-discrimination traite de la discrimination
directe mais pas de la discrimination indirecte. Même si
cela n'est pas largement répandu, le Comité se dit
préoccupé par les informations faisant état
d'actes de vandalisme contre des sites religieux de minorités
- tels que la dégradation de synagogues - ainsi que de
déclarations antimusulmanes et antitatares par des prêtres
orthodoxes en Crimée. Le Comité est préoccupé
par l'absence de poursuites engagées en vertu de l'article
161 du Code pénal (qui punit l'incitation à la discrimination
raciale), lequel article ne s'applique que si l'intention peut
être prouvée et si la victime d'une telle discrimination
est un ressortissant ukrainien. Aussi, est-il demandé à
l'Ukraine d'étendre le champ d'application de cet article
du Code pénal aux victimes non ressortissantes. En outre,
le Comité recommande au pays d'envisager d'inclure explicitement
les organisations qui incitent à la discrimination raciale
au nombre des associations interdites d'enregistrement en vertu
de la loi sur les associations citoyennes.
Le Comité exprime par ailleurs sa vive préoccupation
quant aux informations selon lesquelles l'absence de papiers
d'identité et d'autres documents d'identification pertinents
prive effectivement de nombreux Roms de leurs droits à
un accès égal aux tribunaux, à l'aide judiciaire, à l'emploi, au logement, aux soins de santé, à la sécurité sociale et à l'éducation. Il exhorte l'Ukraine à prendre immédiatement des dispositions, notamment en levant les obstacles administratifs, afin de fournir à tous les Roms des documents personnels et autres documents d'identification pertinents afin de garantir leur accès aux services susmentionnés. Le Comité est également préoccupé par les allégations d'abus policiers à l'encontre des Roms, y compris des arrestations arbitraires et des abus en matière de fouilles et de détention préventive fondés sur des présomptions de culpabilité à motif racial, ainsi qu'à l'encontre de personnes appartenant à d'autres minorités, de demandeurs d'asile et de non ressortissants. Le Comité prie instamment l'Ukraine de renforcer la formation dispensée à la police en matière de droits de l'homme; de faciliter le signalement des cas d'abus policiers à l'encontre des Roms et d'autres personnes d'origine ethnique différente; d'enquêter efficacement sur les plaintes; de traduire en justice les personnes coupables de tels actes; et de fournir une protection et une compensation adéquates aux victimes. Le Comité est en outre préoccupé de la persistance
d'attitudes négatives et de stéréotypes de
la part de la société ukrainienne à l'égard
des Roms. Il est par ailleurs recommandé à l'Ukraine
d'envisager de reconnaître les Ruthéniens en tant
que minorité nationale.
Le Comité constate en outre avec inquiétude
que la loi sur les réfugiés ne contient pas de critères
normalisés visant la détermination du statut de
réfugié, ni de définition de la protection
humanitaire à titre temporaire. Il exprime son inquiétude
quant à l'accès limité des réfugiés
à l'emploi et au logement. S'agissant des Tatars de Crimée,
le Comité relève qu'ils semblent rester sous-représentés
dans le service public de la République autonome de Crimée.
Tout en notant le nombre important de personnes anciennement déportées
qui sont retournées en Crimée depuis 1990, le Comité
fait part de sa préoccupation face aux informations selon
lesquelles seuls 20% des Tatars de Crimée ont obtenu un
lopin de terre. Le Comité juge préoccupant que la
plupart des Tatars de Crimée aient été exclus
du processus de privatisation des terres agraires, dans la
mesure où le Code foncier ukrainien exige que les candidats
à un lopin de terre soient des anciens ouvriers des fermes
collectives de l'époque soviétique. Le Comité
exhorte l'Ukraine à assurer des recours effectifs permettant
aux anciennes personnes déportées, en particulier
aux Tatars de Crimée, de demander la restitution de leurs
anciens biens confisqués ou une indemnisation adéquate.
AUTRES DECISIONS ADOPTEES AU COURS DE LA SESSION
Déclaration sur la crise humanitaire au Liban. Durant
cette session, le Comité a également tenu, le 3
août, un débat général sur la crise
humanitaire au Liban, à la suite duquel a été
adoptée une déclaration dans laquelle le Comité,
profondément préoccupé que la poursuite du
conflit risque d'intensifier la discrimination raciale et les
sentiments de haine dans la région et dans le reste du
monde, appuie pleinement les déclarations faites par le
secrétaire général des Nations unies et par
la haut commissaire aux droits de l'homme s'agissant de la situation
au Liban.
Examen de situations au titre de la procédure de
bilan. Au cours de la présente session, le Comité
s'est aussi penché, au titre de la «procédure
de bilan», applicable aux Etats parties dont les rapports
sont très en retard, sur les situations au Malawi, aux
Seychelles, en Namibie et à Sainte Lucie. Des délégations
du Malawi et de la Namibie étaient présentes lors
de l'examen des situations de ces deux pays. En ce qui concerne
le Malawi, le Comité a décidé de proposer
une assistance technique au pays pour l'aider à rédiger
le prochain rapport qu'il présentera à cet organe.
S'agissant des Seychelles, le Comité a notamment décidé
d'envoyer au pays des observations finales préliminaires
à caractère confidentiel en lui demandant de transmettre
ses commentaires à leur sujet. En ce qui concerne la Namibie,
le Comité a décidé d'adresser une lettre
au pays lui rappelant son engagement de présenter un rapport
à cet organe d'ici le 30 juin 2007. S'agissant enfin de
Sainte-Lucie, le Comité a décidé d'envoyer
au pays une lettre lui rappelant ses obligations en matière
de présentation de rapport.
Décisions adoptées au titre des mesures d'alerte
rapide et des procédures d'action urgent. Au titre
de la prévention de la discrimination raciale et des mesures
d'alerte rapide et procédures d'action urgente, le Comité
a examiné des demandes d'action qui lui ont été
adressées en provenance de six pays : Brésil, Nicaragua,
Pérou, République démocratique populaire
lao, République démocratique du Congo et Suriname.
S'agissant de la demande en provenance de ce dernier pays, le
Comité a décidé, face à l'impasse
dans laquelle il se trouve, de saisir également le Haut
Commissariat aux droits de l'homme et le Conseil des droits de
l'homme. Pour les autres demandes, le Comité a décidé
de réclamer des informations complémentaires aux
pays concernés.
Source : Nations unies, Genève, août 2006.
|