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CONSEIL DES DROITS DE L'HOMME, SEPTEMBRE-OCTOBRE 2006/ 2e SESSION
__L'ouverture de la session : un dialogue avec Louise Arbour
Le Conseil des droits de l'homme a ouvert le 18 septembre
2006 sa 2e session en entendant Louise Arbour, haut
commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, qui a donné
lecture d'un message de Kofi Annan, et a procédé
à un bilan de l'évolution des droits de l'homme
depuis la première session du Conseil.
Dans son message au Conseil, le secrétaire général
des Nations unies demande notamment aux représentants d'éliminer
toute politisation et de faire preuve de vigilance s'agissant
des événements qui se déroulent partout dans
le monde. Il attire en particulier l'attention du Conseil sur
les violations dont sont victimes les habitants du Darfour
et qui menacent de s'aggraver à brève échéance.
Le président du Conseil a pour sa part rappelé l'engagement des membres du Conseil de renforcer le système des droits de l'homme et de travailler en faveur des victimes de violations des droits de l'homme en toutes circonstances et en tous lieux.
Rendant compte des évolutions dans le domaine des
droits de l'homme depuis la présentation de son rapport
annuel au mois de juin2006, Louise Arbour a notamment souligné
que les migrations constituent une préoccupation urgente
pour la communauté internationale.
Elle a par ailleurs exprimé sa vive préoccupation
que les populations civiles du Darfour continuent d'être
déplacées de force et des violations des droits
de l'homme commises à grande échelle par les forces
du gouvernement soudanais et des groupes armés. La violence
interethnique n'est pas le propre du Soudan, a poursuivila haut
commissaire, l'Irak étant un autre exemple. Le gouvernement
s'est engagé à faire respecter les droits de l'homme;
il s'agit d'une évolution positive qui ne peut cependant
masquer la situation encore accablante sur le terrain. Louise
Arbour a également attiré l'attention sur l'évolution
préoccupante de la situation à Sri Lanka et
s'est montrée "prudemment optimiste" s'agissant
du Népal.
En ce qui concerne la réforme du Conseil, Louise
Arbour a souligné que la disposition des pays à
se soumettre à un examen effectif déterminera la
réussite de ce nouvel instrument de contrôle que
constitue le mécanisme d'examen périodique universel.
Dans le cadre d'un débat interactif avec la haut
commissaire, certains intervenants ont notamment souligné
l'importance pour le Conseil d'éviter de retomber dans
les pratiques de deux poids, deux mesures et de politisation qui
ont caractérisé les travaux de la Commission des
droits de l'homme. A cet égard, certains ses sont félicités
de la procédure envisagée pour l'examen périodique
universel, soulignant qu'elle devra s'appliquer à tous
les pays sur un pied d'égalité. Les pays non alignés
soulignent à cet égard que cette procédure
devra se fonder sur les informations fournies par les Etats. Il
a aussi été souligné que les résolutions
adoptées par le Conseil devront être opérationnelles,
quelles que soient les réserves émises par les membres
qui auraient voté contre ou se seraient abstenus.
L'Organisation de la Conférence islamique
(OCI) a regretté les déclarations récentes
du pape Benoît XVI qui ont heurté la communauté
musulmane et a appelé de ses vux une approche éclairée,
propre à renforcer le dialogue entre christianisme et islam.
Le Saint-Siège a pour sa part rappelé que la citation
par le pape d'un empereur byzantin faisant référence
au fondateur de la religion islamique n'exprimait en rien son
opinion personnelle, et a appelé les médias à
assumer leurs responsabilités à cet égard.
LES DECLARATIONS D'OUVERTURE
Donnant lecture du message adressé au Conseil par
le secrétaire général des Nations Unies,
Kofi Annan, Louise Arbour a ouvert la deuxième session
du Conseil des droits de l'homme en rappelant que le Conseil
a été créé pour promouvoir le respect
universel de la protection de tous les droits de l'homme et des
libertés fondamentales pour tous, sans discrimination.
Il est attendu du Conseil qu'il donne une voix aux victimes sans
voix de violations partout dans le monde.
Insistant sur la responsabilité des membres du Conseil
pour établir les bases d'une réforme et d'un renforcement
du système des droits de l'homme, Kofi Annan rappelle les
deux tâches essentielles du Conseil : la revue périodique
universelle et le renforcement des procédures spéciales.
Il reconnaît que parvenir à un accord ne sera pas
aisé et a appelé les membres du Conseil à
uvrer dans un esprit de coopération et de respect mutuel
pour y parvenir, en évitant la politisation et l'application
de deux poids, deux mesures.
Rappelant les deux sessions extraordinaires qu'a convoquées
le Conseil s'agissant du Moyen-Orient, Kofi Annan lance un appel
aux membres du Conseil afin qu'ils fassent preuve de la même
vigilance à l'égard de violations et d'abus où
qu'ils se produisent. Il attire en particulier l'attention
du Conseil sur les violations dont sont victimes les habitants
du Darfour, et qui menacent de s'aggraver à brève
échéance.
LE RAPPORT DE LOUISE ARBOUR
LOUISE ARBOUR a procédé à une mise à jour destinée à fixer le cadre du travail de la présente session du Conseil. Elle s'est tout d'abord félicitée de la prochaine adoption de la Convention sur les droits des
personnes handicapées, qui permettra de prendre en
compte les droits, souvent négligés, de près
de 10% de la population mondiale. Les migrations constituent
une autre préoccupation urgente pour la communauté
internationale. Qu'elles soient abordées sous l'angle de
leur contribution au développement ou au contraire des
craintes qu'elles suscitent dans les pays d'accueil, il reste
encore à intégrer aux discours la notion de leur
relation étroite avec les droits de l'homme. Louise Arbour
a appelé les Etats à ratifier la Convention sur
les droits des migrants, un instrument qui souffre encore
d'un faible niveau de ratification.
Au Darfour, la communauté internationale est
parvenue à obtenir la signature d'un accord de paix entre
les parties au conflit, un accord qui n'a malheureusement pas
empêché la situation de se dégrader progressivement.
Des populations civiles continuent d'être déplacées
de force, l'accès humanitaire est limité, les violations
des droits de l'homme sont commises à grande échelle
par les forces gouvernementales et les groupes armés rebelles,
qui prennent délibérément pour cible des
civils. Malgré les assurances du gouvernement du Soudan,
les crimes sexuels continuent en toute impunité contre
la population. Le renvoi de la situation devant la Cour pénale
internationale par le Conseil de sécurité il y a
un an constitue un pas important vers la fin de l'impunité
qui règne au Darfour en faveur des responsables des violations
des droits de l'homme. Au vu de l'incapacité du gouvernement
soudanais à appliquer la justice, Louise Arbour a souligné
que la Cour pénale internationale doit être en mesure
d'accomplir sa tâche. Ceci exige que les Etats membres des
Nations Unies appuient la Cour sans équivoque.
La violence interethnique n'est pas le propre du Soudan, a
poursuivila haut commissaire, l'Irak représente
un autre exemple. Le gouvernement s'est engagé à
répondre aux fortes préoccupations en matière
de droits de l'homme et de renforcer l'état de droit. Elle
a salué, à cet égard, le Plan de réconciliation
nationale présenté par le Premier ministre. Il s'agit
d'une évolution positive qui ne peut cependant masquer
la situation encore accablante sur le terrain: la situation sécuritaire
est désastreuse, les violences restent impunies compte
tenu de l'insuffisance des mécanismes de protection et
des ressources défaillantes. Tous les acteurs concernés
doivent travailler de concert pour améliorer la situation
des populations civiles.
La haut commissaire a aussi déploré que Sri
Lanka soit retombée dans la spirale de la violence,
dénonçant des assassinats et des disparitions forcées
commises aussi bien par les forces gouvernementales que par les
Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE). Les populations
déplacées, le recrutement forcé d'enfants
par les LTTE sont également très préoccupants,
tout comme le manque de recours à la disposition des victimes.
Au Népal, Louise Arbour constate une timide amélioration
avec l'amorce d'un dialogue de paix qui semble annoncer la fin
d'une décennie de conflit. La situation des droits de l'homme
s'est améliorée, mais ces progrès restent
fragiles. Il est essentiel que les parties prenantes restent engagées
dans le processus de paix et respectent les droits de l'homme.
Dans tous les cas de conflits en cours ou non réglés,
et dans les situations fragiles de transition vers la paix, il
est évident que les violations entravent les espoirs de
sécurité, de stabilité et de paix. Les attentes
placées dans le Conseil pour faire face à ces défis
de manière globale doivent pouvoir compter sur l'engagement
et les efforts communs de ses membres et l'appui de tous les membres
des Nations unies.
S'agissant de la réforme du Conseil, Louise Arbour
a estimé que le Conseil parviendra à s'entendre
sur des modalités fondées sur une réelle
universalité et un traitement de tous les pays sur un pied
d'égalité. Elle a toutefois souligné que
la disposition des pays à se soumettre à un examen
effectif déterminera la réussite de ce nouvel instrument
de contrôle. L'examen des rapports des rapporteurs spéciaux
sera l'occasion d'illustrer concrètement la nécessité,
pour le Conseil, de remédier aux problèmes et surtout
d'adopter une démarche préventive. Un élargissement
de ses compétences lui permettra en effet de désamorcer
des situations dangereuses, a estimé la haut commissaire.
LE DEBAT AVEC LA HAUT COMMISSAIRE
M. MASOOD KHAN (Pakistan, au nom de l'Organisation de
la Conférence islamique - OCI) a indiqué que l'OCI
s'était efforcée de créer un climat favorable
et constructif afin de ne pas retomber dans les pratiques de deux
poids, deux mesures et de politisation qui ont miné la
Commission des droits de l'homme. Il a rappelé qu'au cours
de sa première session, le Conseil s'était déjà
heurté à deux problèmes : d'une part, certaines
résolutions ne sont pas appliquées fidèlement,
d'autre part, certains membres du Conseil ont déclaré
que les résolutions, pourtant adoptées par la majorité,
étaient partiales. A cet égard, une résolution
adoptée par le Conseil doit être opérationnelle,
quelles que soient les réserves émises par la minorité.
L'OIC, a-t-il encore indiqué, se réjouit de la procédure
décidée pour l'examen périodique universel
et appelle tous les processus de réforme à être
mis en uvre.
Selon l'OIC, deux questions demeurent en suspens : l'une a
trait à l'examen de la situation en Palestine, l'autre
à la diffamation des religions et l'incitation à
la haine religieuse. A cet égard, il a évoqué
avec regrets les déclarations du pape Benoît XVI
qui ont heurté la communauté musulmane, insistant
sur le fait que l'Islam appelle à l'amour et à la
paix et non pas à l'intolérance et à la violence.
Il a noté avec regret que de tels propos menaçaient
d'aggraver l'incompréhension entre l'Occident et l'Islam.
Exprimant son souhait que les tentatives pour revenir aux doctrines
médiévales soient remplacées par une approche
éclairée, propre à renforcer le dialogue
entre christianisme et islam, il a demandé que la question
de la tolérance religieuse soit portée à
l'ordre du jour du Conseil.
M. SILVANO TOMASI (Saint-Siège) a pris
note de l'appel à l'objectivité lancé par
le président du Conseil. Rappelant que la religion assume
un rôle important dans les affaires humaines, il a plaidé
en faveur d'une approche judicieuse visant à assurer un
équilibre entre respect des convictions et de la foi, respect
de la liberté d'expression et respect des droits de l'homme.
Suite à la réaction publique qu'ont suscitée
certains propos du pape Benoît XVI ces derniers jours, il
a rappelé que, dans sa déclaration du 12 septembre
dernier à l'Université de Ratisbonne, il citait
un empereur byzantin tout en relevant la brutalité des
propos de cet empereur et en indiquant qu'il n'y souscrivait pas.
L'objet de la citation était de faire référence
au caractère non raisonnable de la violence, laquelle est
incompatible avec la nature de Dieu et la nature de l'âme,
comme l'a souligné le pape considérant que cela
s'appliquait tant aux chrétiens qu'aux musulmans ou à
tout autre croyant.
[Le 17 septembre], le pape a réitéré
que la partie de la citation de l'empereur byzantin qui faisait
référence au fondateur de la religion islamique
n'exprimait en rien son opinion personnelle. Il est surprenant
que des manifestations aient commencé avant même
que le discours du pape n'ait été traduit dans une
quelconque langue accessible aux personnes ayant manifesté
et donc en se fondant sur les seuls gros titres des médias,
qui ont déformé ce discours et doivent donc assumer
leurs responsabilités. Beaucoup de progrès ont été
faits ces dernières années dans le sens d'une compréhension
mutuelle entre les religions, a souligné l'orateur, ajoutant
qu'il convient de renforcer encore davantage la connaissance des
autres croyances et cultures.
M. MANUEL RODRÍGUEZ CUADROS (Pérou)
a déclaré que l'occasion était maintenant
venue de prendre des décisions de fond susceptibles de
définir le profil et la vocation du nouveau Conseil des
droits de l'homme. Le Conseil viendra renforcer la capacité
des Nations unies à agir contre l'impunité des violations
des droits de l'homme. Il agira comme un intermédiaire
entre des individus et des Etats, dont il faut renforcer la capacité
d'assurer la prévention des violations des droits de l'homme
et la poursuite des responsables. L'essence du Conseil est d'être
un forum où puissent s'exprimer les victimes des droits
de l'homme, a dit le représentant péruvien. Les
travaux du Conseil devront se baser sur les principes de l'impartialité,
de la non-sélectivité, de l'opportunité et
de l'immédiateté, a affirmé le représentant.
M. PAUL MEYER (Canada) a souligné l'importance
des bureaux du Haut Commissariat situés dans les pays,
qui sont la façon la plus efficace d'appuyer les efforts
nationaux de mise en uvre des droits de l'homme et, pour les Etats,
de s'acquitter de leurs obligations dans ce domaine. Pour sa part,
le Canada a engagé un dialogue constructif avec les procédures
spéciales et en a invité plusieurs à se rendre
dans le pays. Le Canada accueille favorablement leurs observations.
S'agissant de la situation au Darfour, le représentant
canadien a demandé à la haut commissaire si l'accroissement
de la coopération et une présence élargie
du bureau du Haut Commissariat sur place seraient en mesure d'améliorer
la situation. Il a encore demandé ce que pouvait faire
le Conseil pour assister le Haut Commissariat dans cette tâche.
M. OMAR DAHAB MOHAMED (Soudan) a assuré
que son pays demeure déterminé à contribuer
aux droits de l'homme. Rappelant l'accord de paix d'Abuja
signé entre les groupes armés et le Soudan, il a
souligné que le Conseil de sécurité avait
lui-même adopté une résolution rendant hommage
à cet accord. Le Conseil de sécurité a donné
un avertissement aux groupes qui ont refusé de signer cet
accord et les a menacés de sanctions; mais cet avertissement
n'a pas été suivi d'effet. Les groupes armés,
en fait, sont seuls responsables des violations des droits de
l'homme qui ont été mentionnées par la
haut commissaire aux droits de l'homme, a affirmé le représentant
soudanais. Pour sa part, le Soudan s'efforce d'appliquer les dispositions
de l'accord de paix, mais ne dispose pas de suffisamment de ressources
financières pour une pleine mise en uvre. Il faut appuyer
le processus de paix et pour ce faire, le Soudan a besoin des
troupes de l'Union africaine, ainsi que d'un appui financier,
a-t-il souligné.
M. VESA HIMANEN (Finlande, au nom de l'Union
européenne) a lui aussi salué la ratification
de la Convention sur droits des personnes handicapées.
Il a par ailleurs rappelé que l'Union européenne
attache une grande importance à la protection des droits
des minorités sexuelles. Il a demandé à
la haut commissaire comment elle envisageait de promouvoir l'action
des Etats dans ce domaine. Le représentant a aussi salué
l'action du Haut-Commissariat en Colombie, où il exerce
une activité de surveillance et d'assistance technique,
demandant quelle est la probabilité d'un prolongement de
son mandat au-delà du mois d'octobre 2007.
Le représentant a aussi demandé quelles mesures
le Haut-Commissariat comptait engager en Afghanistan et en Ouganda,
de même qu'à Sri Lanka, où il reste à
élucider des cas d'assassinats politiques en particulier.
Il a demandé quels seraient les critères de composition
d'une commission internationale de surveillance des droits de
l'homme à Sri Lanka. Le représentant de l'Union
européenne s'est dit très préoccupé
par la situation des populations civiles au Darfour, insistant
sur la responsabilité du gouvernement soudanais de protéger
ses citoyens. Il s'agit là de tirer des leçons des
événements du Rwanda, a dit le représentant.
Les personnes chargées de la surveillance des droits de
l'homme doivent être en mesure d'assurer le maximum de protection
aux populations civiles, a dit le représentant.
M. BLAISE GODET (Suisse) a exprimé la
préoccupation de son pays s'agissant de la situation
prévalant au Soudan, appelant toutes les parties à
faire tout ce qui est en leur pouvoir pour protéger la
population civile et les acteurs humanitaires. Il a appelé
à revenir aux négociations, qui constituent, a-t-il
dit, la meilleure garantie pour parvenir à une résolution
durable du conflit. Il a aussi évoqué la préoccupation
de la Suisse s'agissant de la reprise des hostilités à
Sri Lanka, offrant les services de son pays, à titre
de facilitateur. Il a félicité le Gouvernement pour
les mesures prises pour lutter contre l'impunité, et a
en particulier exprimé son souci que lumière soit
faite sur le récent assassinat de 17 collaborateurs de
l'organisation humanitaire Action contre la Faim. Le représentant
suisse a encore souligné l'importance que revêtait
pour son pays le maintien d'un rôle fort du bureau dz Haut
Commissariat en Colombie.
S'exprimant sur la situation prévalant au Népal,
M. Godet a demandé comment la haut commissaire évaluait
les perspectives de son engagement dans ce pays au delà
de l'accord en vigueur, de même que le travail de l'Envoyé
spécialde Kofi Annan, nommé en août 2006.
MME SARALA FERNANDO (Sri Lanka) a indiqué
que son pays aurait souhaité que le Haut Commissariat aux
droits de l'homme contacte la Mission sri-lankaise plus tôt
afin de lui faire part des préoccupations que lui inspire
la situation à Sri Lanka. Elle a rappelé que Sri
Lanka est confrontée à des défis particuliers
en tant que pays affecté à la fois par un conflit
et par des catastrophes naturelles sans précédent
comme du raz-de-marée de décembre 2004. Elle a par
ailleurs souligné que Sri Lanka était associé
à la cause des enfants impliqués dans des conflits
armés, soulignant que le LTTE se livre à la conscription
forcée d'enfants. Des témoignages attestant
de cette pratique sont bien documentée par des institutions
internationales telles que le Fonds des Nations Unies pour l'enfance,
a-t-elle insisté. S'agissant de la résurgence actuelle
de la violence imputable au LTTE dans le pays, la représentante
a souligné que toutes les mesures gouvernementales pour
y répondre, qui sont clairement défensives, sont
rendues nécessaires par le danger que constitue le LTTE
pour des infrastructures stratégiques essentielles.
La représentante a en outre affirmé que son gouvernement
a toujours été engagé en faveur de la protection
des droits de l'homme dans la lutte contre le terrorisme. Elle
a fait valoir que le président Mahinda Rajapakse avait
annoncé la mise sur pied d'un groupe indépendant
international d'éminentes personnalités chargé
de faire office d'observateurs pour les enquêtes concernant
des allégations dans ce domaine. Le gouvernement reste
pleinement engagé en faveur du cessez-le-feu et apprécie
les efforts déployés par la communauté internationale
pour la reprise des pourparlers de paix. Il convient toutefois
de relever que le LTTE a toujours utilisé les périodes
de pourparlers de paix pour renforcer ses capacités militaires.
Aussi, le gouvernement sri-lankais prie-t-il instamment la communauté
internationale de mettre en place un mécanisme pratique
afin de prévenir la fourniture illégale d'armes,
ce qui est essentiel pour assurer une progression fructueuse vers
un règlement politique. Le gouvernement reste totalement
engagé à participer aux pourparlers de paix, a déclaré
la représentante.
M. JUAN ANTONIO FERNÁNDEZ PALACIOS (Cuba)
s'est référé à la "déclaration
de la Havane" adoptée par les membres du Mouvement
des non-alignés qui s'y réunissent en ce moment,
déclaration par laquelle ils posent notamment la nécessité
du respect des principes de non-sélectivité et de
strict respect du droit international et des résolutions
des Nations unies. Les ministres exhortent aussi le Conseil des
droits de l'homme à se centrer sur le dialogue, la coopération
et l'aide technique à l'appui du respect des droits de
l'homme au plan mondial. Les participants au Sommet du mouvement
des pays non alignés estiment que le processus d'examen
universel périodique doit se fonder sur les informations
fournies par les Etats concernés. Il doit aussi y avoir
un mécanisme de coopération axé sur les résultats
sur la base d'un dialogue interactif avec une participation pleine
et entière du pays concerné. L'objectif doit être
de renforcer la capacité des Etats membres, à leur
demande, afin de les aider à s'acquitter de leurs obligations
en matière de promotion et de protection des droits de
l'homme, et non de dénoncer des situations isolées,
ont aussi estimé les ministres des pays non alignés.
Le développement durable doit être promu ainsi que
l'élimination de la pauvreté extrême et de
la faim. Les organes conventionnels doivent être réformés
dans le sens d'une meilleure prise en compte de la situation propre
des Etats.
M. BAHA H. AL-SHIBIB (Irak) a salué les
observations et commentaires objectifs de Louise Arbour s'agissant
de la situation en Irak. Il a évoqué les assassinats
et les attaques suicides menées par des forces étrangères
entrées illégalement Irak, insistant sur le fait
que ces individus prenaient la religion comme excuse pour terroriser
la population, en sapant les efforts du gouvernement pour réaliser
l'union nationale. Le représentant irakien a demandé
le soutien de la communauté internationale pour gagner
la guerre contre le terrorisme et l'a exhortée à
faire front contre les pays qui permettent l'infiltration de terroristes
en Irak. L'Irak, a-t-il dit, n'est pas en mesure de lutter seul,
la collaboration des pays voisins est indispensable. Relevant
que les mouvements terroristes qui agissent en Iraq constituent
une menace non seulement pour le pays, mais pour toute la communauté
internationale, il a relevé que la lutte contre le terrorisme
s'inscrivait dans celle en faveur des droits de l'homme.
M. GYAN CHANDRA ACHARYA (Népal) a indiqué
qu'à l'instar de la Haut-Commissaire aux droits de l'homme,
il était lui aussi optimiste s'agissant du processus de
paix au Népal, où la souveraineté du peuple
a été restaurée, où un cessez-le-feu
est en vigueur et où un dialogue se poursuit entre le Gouvernement
et les maoïstes. Le gouvernement est désireux de poursuivre
ce processus jusqu'à sa conclusion logique, a-t-il indiqué.
D'ores et déjà, des résultats notables sont
constatés. Avec le soutien et la compréhension de
la communauté internationale pour résoudre le conflit,
davantage de progrès encore pourront être réalisés
sur la voie de la protection des droits de l'homme au Népal,
a-t-il affirmé.
M. CARLOS FRANCO (Colombie) a déclaré
que son gouvernement attache la plus grande importance à
la nécessité de tirer les leçons des initiatives
prises depuis dix ans en matière de protection des droits
de l'homme. Il a ainsi proposé au Haut-Commissariat de
se livrer à une réflexion sur la manière
la plus efficace d'agir en faveur de la protection des droits
de l'homme. Il faut aussi reconnaître la transparence dont
fait preuve le gouvernement en matière d'action dans le
domaine des droits de l'homme, a plaidé le représentant,
demandant la compréhension au Conseil et d'envisager les
moyens de prolonger la présence du Haut-Commissariat des
droits de l'homme en Colombie.
M. DONG-HEE CHANG (République de Corée)
a exprimé le soutien de sa délégation au
renforcement de la présence du Haut Commissariat sur le
terrain dans les pays évoqués par le Haut Commissaire,
notamment au Darfour et au Népal. Il a aussi souligné
que le Haut Commissariat devait mobiliser tous les moyens nécessaires
pour assurer la protection des populations dans les situations
d'urgence. A cet égard, il a demandé que le Conseil
soit informé de la mise à jour prévue du
plan d'action du Haut Commissariat pour le renforcement des ses
capacités, spécifiquement dans le cadre de l'unité
d'action rapide. Evoquant l'examen périodique universel,
le représentant de la République de Corée
a insisté sur la nécessité d'un traitement
de tous les Etats membres sur un pied d'égalité.
L'examen, a-t-il ajouté, doit être un mécanisme
coopératif, et doit aller au-delà de la critique;
il faut identifier les aspects dans lesquels il doit y avoir un
soutien de la communauté internationale.
M. MOHAMMAD ABU-KOASH (Palestine) a commenté
la déclaration faite ce matin par la Haut-Commissaire aux
droits de l'homme en relevant que Louise Arbour avait consacré
une page entière de son intervention à un pays en
développement pour le critiquer, tous les autres pays mentionnés
dans sa déclaration étant en outre des pays du Sud.
Tous les pays concernés par cette intervention ont fait
part de leur intention de faire de leur mieux pour faire face
aux problèmes rencontrés, a-t-il noté. Une
omission frappante, dans ce discours de Mme Arbour, est l'absence
de toute mention de l'occupation israélienne et de ses
pratiques, a-t-il poursuivi. Nous sommes victimes de la plus
odieuse des violations des droits de l'homme et nous considérons
que tous les membres du Conseil, de même que le Haut Commissariat
aux droits de l'homme, ont le devoir de traiter cette question
pour mettre un terme non seulement aux violations mais aussi à
l'occupation israélienne, a-t-il déclaré.
La Palestine, berceau de l'humanité, est attachée
à l'harmonie entre les religions et, à ce titre,
remercie l'Observateur du Saint-Siège pour sa déclaration
de ce matin, a-t-il ajouté.
M. GUSTI AGUNG WESAKA PUJA (Indonésie)
a souligné le rôle important du Haut Commissariat,
dont le fonctionnement devrait être amélioré
dans le sens de la transparence notamment. L'Indonésie
se félicite de l'adoption de la Convention sur les droits
des personnes handicapées, dont les droits doivent être
protégés. La participation des organisations non
gouvernementales aux débats du Conseil est un facteur important
dans la protection des droits de l'homme, a par ailleurs souligné
le représentant. Même si les Etats détiennent
la responsabilité majeure à cet égard, ils
ont tout à gagner de l'apport de ces organisations. L'Indonésie
s'engage à instaurer un dialogue transparent et ouvert
avec la Haut-Commissaire au sujet des droits de l'homme, a assuré
le représentant indonésien.
M. MOUSA BURAYZAT (Jordanie) a assuré
la haut commissaire aux droits de l'homme que son pays tiendrait
compte de tous ses commentaires et de tous ses rapports, tant
il est vrai que la Jordanie accorde beaucoup d'importance à
la protection des droits de l'homme, partout dans le monde. Il
a fait part de sa préoccupation face à la situation
de la population civile au Liban et en Palestine, ainsi qu'en
Irak. Le représentant jordanien a salué l'accord
conclu entre le Soudan et les groupes se trouvant dans ce pays
; le Conseil devrait saluer cet effort, l'accord ayant par ailleurs
été approuvé par la Ligue des Etats arabes,
a-t-il affirmé. La Jordanie se félicite en outre
du cessez-le-feu à Sri Lanka et de sa contribution au processus
de paix. La Jordanie entend éviter la politisation et la
sélectivité dans les actions du Conseil, a poursuivi
le représentant. Elle souhaite donc insister sur la situation
des civils au Liban ainsi qu'en Palestine et dans les territoires
palestiniens occupés. Il faut espérer que la Commission
d'enquête sur la situation au Liban pourra commencer ses
travaux au plus vite et présenter un rapport, a-t-il ajouté.
Le représentant jordanien a souhaité connaître
l'avis de la haut commissaire concernant les civils dans les régions
mentionnées; leur situation s'est-elle améliorée
ou aggravée ces derniers temps ? Il a également
souhaité connaître l'avis de la haut commissaire
concernant l'intolérance religieuse, l'oppression des musulmans
et la discrimination à leur encontre partout dans le monde.
M. ENRIQUE MANALO (Philippines) a exprimé
le souhait que les réformes mises en place aboutissent
à un Conseil des droits de l'homme efficace. Se référant
aux thèmes qui seront abordés dans le cadre de cette
session, il a relevé l'importance particulière que
son gouvernement attachait aux droits des personnes handicapées.
Il a aussi insisté sur la nécessité de considérer
le lien entre droits humains et immigration. En ce qui concerne
les réformes introduites dans le domaine des droits de
l'homme, il a insisté sur le respect des principes d'universalité
et d'égalité dans le traitement des Etats dans le
cadre de l'examen périodique. Enfin, reconnaissant que
l'action préventive est importante et plus rentable que
les mesures prises a posteriori, il a souhaité que les
aspects opérationnels de cette notion soient précisés.
M. SERGIO CERDA (Argentine) a estimé que
le Haut Commissariat des droits de l'homme peut jouer un rôle
plus actif dans l'adoption de mesures destinées à
éviter les doubles emplois et les chevauchements. Une évaluation
préparée par la haut commissaire aux droits de l'homme
sera utile à cet égard. Le représentant a
demandé à Louise Arbour si elle pouvait donner des
précisions sur les préparatifs de la création
du Sous-Comité de la prévention de la torture.
M. WARREN W. TICHENOR (Etats-Unis) a remercié
la haut commissaire aux droits de l'homme pour son rapport et
s'est félicité qu'elle ait appelé l'attention
sur les situations urgentes qui méritent de retenir
l'attention du Conseil, telles que celles au Darfour et à
Sri Lanka. Le représentant des Etats-Unis a souhaité
connaître les mesures que, de l'avis de la haut commissaire,
le Conseil pourrait prendre pour soutenir l'action du Haut Commissariat
au Soudan et à Sri Lanka.
M. MUSTAFISUR RAHMAN (Bangladesh) s'est déclaré
intéressé par la description de la situation des
droits de l'homme dans le monde par la haut commissaire, mais
a déploré que rien n'ait été dit concernant
les événements au Liban et dans le territoire palestinien
occupé. Le représentant a par ailleurs rappelé
que le consensus général est favorable à
un Conseil des droits de l'homme renforcé, capable de promouvoir
les droits de l'homme pour tous d'une manière impartiale
et non-sélective. Par ailleurs, le Haut Commissariat doit
être soutenu dans ses efforts en faveur des droits de l'homme,
a souligné le représentant. Il a aussi déclaré
que le respect universel des droits de l'homme dépend de
l'adoption d'un certain nombre de mesures précises, mesures
qui doivent être abordées sous l'angle du dialogue
constructif et de la coopération avec les États
concernés. Quant au dialogue interactif avec la haut commissaire,
il s'agit d'une nouveauté très appréciable,
a souligné le représentant, estimant que cette modalité
de travail doit être poursuivie à l'avenir.
M. ELCHIN AMIRBAYOV (Azerbaïdjan) a exprimé
l'adhésion de son pays à la déclaration du
Pakistan. En ce qui concerne le dialogue interactif, il a souhaité
connaître l'avis du Haut Commissaire sur les problèmes
rencontrés par rapport à la mise en uvre des décisions
du Conseil et a demandé, en particulier, quelles mesures
Louise Arbour préconisait pour assurer l'application des
résolutions du Conseil, et l'acceptation et l'identification
de tous les membres du Conseil aux décisions prises par
la majorité.
MME SUNILA ABEYESEKERA (Forum Asie-Pacifique,
au nom également de Pax Romana) a dit sa reconnaissance
pour la préoccupation exprimée par le Haut-Commissaire
concernant la situation à Sri Lanka. Les deux parties au
conflit, gouvernement et LTTE, ciblent les populations civiles
et les utilisent comme boucliers humains. Elles restreignent aussi
l'accès des organisations humanitaires aux populations
touchées. La légitimité des organisations
internationales de protection des droits de l'homme est sapée
par toutes ces violations. Il faut d'urgence mettre fin à
l'impunité. Il est indispensable à cet égard
que les deux belligérants restaurent un dialogue qui s'inscrive,
avec le soutien de la communauté internationale, dans un
cadre de recherche des responsabilités et de protection
des droits de l'homme. Un système de surveillance international
doit également contribuer à sortir Sri Lanka du
cycle de violence dans lequel il est plongé, a dit la représentante.
M. PETER SPLINTER (Amnesty International) a exprimé
sa satisfaction que le Conseil ait décidé de se
pencher d'urgence sur la situation vécue au Darfour, invitant
le Conseil à se montrer à la hauteur de ses responsabilités.
Il a informé le Conseil que les enquêtes effectuées
par Amnesty International laissent penser que les violences et
les exactions commises relevaient, comme au début de conflit,
des agissements des milices janjawid, agissant au Darfour et dans
l'est du Tchad. Evoquant la situation prévalant à
Sri Lanka, le représentant est d'avis que les commissions
d'enquête devaient être de composition internationale
pour être crédibles et efficaces.
M. ANDRES SANCHEZ (Commission colombienne des juristes)
a dénoncé les violations des droits de l'homme commises
par des anciens paramilitaires en Colombie, dans l'impunité
la plus totale. Il convient donc de renforcer, et non d'affaiblir,
la capacité d'action du bureau de la haut commissaire en
Colombie, a dit le représentant
M. CHRIS SIDOTI (International Service for Human
Rights) a rappelé que son organisation n'examinait
pas de situations dans des pays donnés et a souhaité
connaître la voie que, de l'avis de la haut commissaire,
le Conseil devrait suivre pour s'écarter de la rhétorique
et se pencher sur la situation sur le terrain.
LES REPONSES DE LOUISE ARBOUR
Répondant aux questions posées par les membres du
Conseil, Louise Arbour a rappelé que sa "mise
à jour" avait été préparée
avec, en point de mire, l'organisation des travaux du Conseil
et notamment l'examen thématique des dossiers et les rapports
sur les pays. Elle n'a délibérément pas évoqué
des questions qui seront traitées ultérieurement
pendant la présente session du Conseil.
Répondant aux questions qui ont été posées,
Louise Arbour s'est dite satisfaite de la constitution de la
Commission d'enquête au Liban, précisant que
les trois membres pressentis ont été contactés
et ont accepté cette mission. Ces personnalités
sont à Genève pour des sessions d'information et
ont entamé leurs travaux. Elles devraient se rendre le
23 septembre au Liban pour un séjour de deux semaines.
D'autres questions se posent, suite aux sessions extraordinaires
notamment, qui seront abordées en cours de session.
LouiseArbour a donné des précisions quant à
la surveillance des situations au Soudan et à Sri Lanka.
Dans le premier cas, la haut commissaire a déjà
fait part de ses inquiétudes s'agissant de la dégradation
de la situation sur le terrain. Une éventuelle amélioration
pourrait être apportée par le déploiement
de la mission de paix au Darfour, faute quoi, Louise Arbour
a dit ne pas voir de possibilité de renforcer la présence
du Haut Commissariat sur le terrain. En ce qui concerne Sri
Lanka, le Haut Commissariat dispose sur place d'un conseiller
chargé de développer des capacités nationales
en matière de protection des droits de l'homme. Le renforcement
de cette présence ne peut toutefois suffire à lui
seul à améliorer la situation, a prévenu
Louise Arbour, amélioration qui exigerait la coopération
active aussi bien du gouvernement que des Tigres de libération
de l'Eelam tamoul (LTTE). La Haut-Commissaire a aussi fait valoir
que l'action d'une instance d'enquête dépendrait
de son indépendance et de son impartialité. La situation
en Colombie continue d'être discutée avec le
Gouvernement et la présence du Haut Commissariat devrait
être garantie.
Enfin, à la question de savoir quelles mesures pratiques le Conseil devrait adopter pour garantir le respect des droits de l'homme, Louise Arbour a souligné qu'elle ne saurait donner des "recettes", mais a estimé que les mécanismes dont l'adoption est envisagée semblent adaptés pour faire du Conseil un instrument efficace.
Source : Nations unies, Genève, septembre 2006.
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