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CONSEIL DES DROITS DE L'HOMME, JUIN 2006 / LA SESSION INAUGURALE
__"La philosophie du Conseil des droits de l'homme est de
privilégier la responsabilité"
Déclaration de Micheline Calmy-Rey, conseillère
fédérale, responsable du Département fédéral
des affaires étrangères, le 19 juin 2006
au Palais des Nations, à Genève, lors de
la première session du Conseil des droits de l'homme.
Nous vivons un moment d'histoire. Depuis qu'elle a été
lancée, l'idée de créer un Conseil des droits
de l'homme des Nations unies a germé, a fait son chemin,
s'est nourrie de quelques volontés et a été
portée à maturité par cette alchimie particulière
des moments forts de l'histoire humaine.
En tant que représentante de l'Etat hôte et afin d'alléger nos débats, au nom et à la demande des délégations présentes dans cette salle, permettez-moi de remercier et de féliciter toutes les personnes qui ont uvré à la création de ce nouvel organe.
Nous devons rendre hommage au secrétaire général
des Nations unies, Monsieur Kofi Annan. Sans son courage et sa
vision, le processus de réforme de l'Organisation n'aurait
jamais atteint l'ampleur que nous connaissons. C'est lui qui,
dans son rapport du 21 mars 2005 intitulé : "Dans
une liberté plus grande : vers le développement,
la sécurité et les droits de l'homme pour tous",
a mis en avant la création d'un Conseil des droits de l'homme.
J'associerai à cet hommage le président de l'Assemblée
générale, Monsieur Jan Eliasson, et son équipe
pour le travail opiniâtre et efficace accompli à
New York. Il faut souligner de même le rôle capital
du haut commissaire, Madame Louise Arbour, et son bureau, tout
comme celui des ONG et autres experts en droits humains qui n'ont
cessé de nous assister, nous conseiller et nous guider
tout au long des négociations ayant mené à
l'adoption de la résolution 60/251 de l'Assemblée
générale. Sans leur expertise et leur vigilance,
le projet n'aurait peut-être jamais abouti. Enfin, nos félicitations
vont également à M. Luis Alfonso De Alba pour son
élection en tant que premier président du Conseil
des droits de l'homme. Ses talents diplomatiques sont de bon augure
pour le déroulement de nos travaux.
Permettez-moi de vous adresser à toutes et à
tous la plus cordiale bienvenue ici à Genève. Ce
succès de la communauté internationale, de l'ONU
et de tous ses acteurs m'amène à penser que, malgré
l'époque difficile que nous traversons, rien n'est impossible.
Savoir que l'Organisation des Nations unies, pilier universel
de la paix et de la sécurité internationale et humaine,
peut se réformer vers quelque chose de meilleur, de plus
fort, de plus efficace, suscite un immense espoir.
Cette avancée majeure dans l'histoire onusienne de
la protection des droits humains n'est cependant pas totalement
acquise. Nous avons posé le cadre général. Ce cadre doit maintenant être rempli. La tâche sera probablement ardue, mais je continue à croire fermement qu'il est possible de créer avec le Conseil un espace de dialogue, et non de confrontation systématique, quand il s'agit de débattre des droits humains sur le plan multilatéral. Le Conseil doit être le cur d'un système envoyant influx, informations, décisions et recommandations vers tous les membres de la communauté internationale. Un de ses défis sera notamment d'avoir un impact direct sur le quotidien des gens, en particulier les personnes dont les droits sont bafoués. Nous savons que la capacité du Conseil à assurer une mise en uvre effective de ses décisions et recommandations sera particulièrement observée, mais rappelons qu'il s'agit aussi et surtout d'une responsabilité incombant à chaque Etat.
A cet égard, le rôle des procédures
spéciales et des ONG est capital. Sans elles, le Conseil tourne en vase clos, déconnecté de la réalité du terrain. Le système des procédures spéciales doit non seulement être maintenu, réexaminé et amélioré, il doit aussi et surtout être renforcé. Les procédures spéciales devraient en outre disposer de plus de moyens pour pouvoir remplir leurs mandats à la satisfaction de tous. La participation de la société civile aux travaux du Conseil doit quant à elle être préservée et garantie. Enfin, il s'agira dans quelques années de se poser à nouveau la question de faire du Conseil un organe principal des Nations unies, ce que beaucoup de délégations ont appelé de leurs vux au cours du processus de négociation. La Suisse considère son élection au Conseil comme un honneur, mais également et surtout comme une responsabilité. Je veillerai tout particulièrement à ce que les engagements volontaires pris par mon pays pour accompagner sa candidature soient mis en uvre au cours des trois années à venir.
Nous sommes en outre prêts à nous soumettre à
l'examen périodique universel et à améliorer
notre propre situation en matière de droits humains sur
la base de ses recommandations. La philosophie du Conseil des
droits de l'homme est de privilégier la responsabilité.
La pratique des engagements volontaires, si elle est effectuée
de bonne foi, est un instrument remarquable pour donner de l'impulsion
et faire progresser la protection des droits humains au niveau
national et international. Cette pratique doit se généraliser,
et même devenir un des critères principaux lorsqu'il
s'agit d'élire des nouveaux membres au Conseil. Malgré
la continuité de ce qui a été élaboré
jusqu'à présent, un des défis majeurs auxquels
nous serons confrontés au cours de l'année à
venir est d'assurer un nouveau départ au Conseil. Cette
tâche n'est pas aisée car je sais combien le travail
de la Commission a imprégné notre labeur quotidien
ici à Genève. Ce défi n'est cependant pas
insurmontable. Il s'agit maintenant d'inventer, sur la base de
nos expériences, ces nouveaux mécanismes
dont la résolution 60/251 de l'Assemblée générale
a jeté les bases.
Pour y contribuer, la Suisse a récemment distribué
une étude présentant différentes options
pour le mécanisme d'examen périodique universel.
Nous organiserons le 28 août [2006], à Lausanne,
un nouveau séminaire consacré à cette question.
Tous les pays seront invités. Si je mets l'accent sur l'examen
périodique universel, c'est que ce mécanisme me
semble particulièrement représentatif du nouvel
esprit que nous souhaitons donner au Conseil : renforcement du
dialogue, des capacités, de l'objectivité, de la
prévention et accent sur la responsabilisation des acteurs,
tout en remplissant les trois mandats de base que sont la promotion,
la protection et la prévention. En ce qui concerne le devoir
de protection, la Suisse veillera à ce que le Conseil soit
en mesure de traiter en tout temps des situations particulièrement
graves de violation des droits humains, notamment lorsque des
pays ne sont pas en mesure de faire face à leurs obligations
de protéger les populations vivant sur leur territoire.
Au cours de la session qui s'ouvre aujourd'hui, le Conseil
devra déjà donner la preuve qu'il est capable non
seulement de traiter de questions institutionnelles, mais également
de substance. Il est donc primordial qu'au cours de cette session
nous puissions adopter la Convention sur les disparitions forcées
et prendre une décision sur le projet de Déclaration
sur les droits des peuples autochtones.
J'aimerais mentionner également un autre thème
important que le Conseil aura sans doute à aborder, celui
du respect des droits humains dans la lutte contre le terrorisme.
Certes les Etats ont non seulement le droit, mais aussi le devoir
de protéger leurs populations contre les actes terroristes.
Ils doivent s'efforcer de prévenir les attentats, de réprimer
leurs auteurs et de répondre aux besoins des victimes.
Mais, pas à n'importe quel prix. Pour la Suisse, toute
stratégie antiterroriste doit s'insérer dans le
respect des droits humains. Il s'agit de ne pas prendre des
mesures qui saperaient les mêmes valeurs fondamentales que
celles qu'on entend justement protéger.
La question des femmes me tient particulièrement à cur. Women's rights are human rights, dit-on. Prenant
cette devise au pied de la lettre, la Suisse entend utiliser le
processus de réforme engagé au sein des Nations
unies pour attirer l'attention sur la place des droits des
femmes dans le contexte onusien, en vue de leur consolidation.
A ces fins, nous avons pris l'initiative de rédiger une
déclaration qui sera adressée au secrétaire
général des Nations unies, avec le soutien des femmes
ministres des affaires étrangères en fonction.
La Suisse dispose d'une longue tradition d'accueil d'organisations
internationales, dont les plus anciennes ont été
créées au XIXe siècle. Aujourd'hui, près
de 30 organismes internationaux et organisations intergouvernementales
siègent en Suisse, avant tout à Genève. Traditionnellement,
la politique d'accueil de la Suisse est axée sur les
cinq domaines clés que sont la paix, les droits humains
et le droit international humanitaire, la santé, le travail
et l'économie.
L'installation du Conseil des droits de l'homme des Nations
unies à Genève s'inscrit donc clairement au sein
de ces domaines clés, et confirme et renforce Genève
dans son rôle de capitale de l'humanitaire et des droits
humains. Cette ville héberge en effet non seulement
le nouveau Conseil, mais aussi - entre autres institutions - le
Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, le
Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés,
le Comité international de la Croix-Rouge ainsi que la
Fédération des sociétés de la Croix-Rouge
et du Croissant-Rouge. Avec l'arrivée du Conseil des droits
de l'homme des Nations unies, de nouvelles formes de collaboration
pourront être créées et des relations existantes
approfondies, en particulier avec le monde académique.
En tant qu'Etat hôte, il est prioritaire pour la Suisse
de veiller à ce que le Conseil bénéficie
des meilleures conditions possibles pour mener à bien ses
activités. J'y veillerai.
Monsieur le Président, votre tâche, au cours de
cette année de transition, sera ardue et pleine de défis
à relever. La Suisse entend travailler avec vous et avec
tous les acteurs du Conseil dans un esprit constructif et ouvert.
Le monde nous regarde. Tâchons d'être à la
hauteur des ambitions que nous nous sommes données lors
du Sommet M+5 en septembre [2005]. Tâchons aussi et surtout
d'être à la hauteur des attentes des plus faibles,
des plus vulnérables, de celles et ceux qui souffrent et
dont les droits fondamentaux ne sont pas ou pas pleinement respectés.
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