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CONSEIL DES DROITS DE L'HOMME, JUIN 2006 / LA SESSION INAUGURALE
__Débat avec les mécanismes de l'ancienne Commission et les organes conventionnels
Le Conseil des droits de l'homme a tenu, le 23 juin
2006, un "débat interactif" avec le président
du Comité de coordination des procédures spéciales
de la Commission des droits de l'homme, le vice-président de la Sous-Commission de la promotion et de la protection des droits de l'homme et la Présidente de la réunion des présidents d'organes des traités des droits de l'homme.
Le président du Comité de coordination des
procédures spéciales, M. Vitit Muntarbhorn,
a lancé un appel au Conseil afin qu'il reconnaisse le caractère
fondamental des procédures spéciales et tienne
compte de ce qu'elles représentent un mécanisme
indispensable pour la promotion et la protection des droits de
l'homme. Dans le cadre de ses sessions ordinaires, le Conseil
devrait prévoir des débats interactifs plus longs
avec chaque titulaire de mandat. Le Conseil devrait aussi encourager
les Etats à répondre rapidement aux demandes de
visite faites par les procédures spéciales et à
faciliter leur accès aux victimes de violation des droits
de l'homme.
Le vice-président de la Sous-Commission de la promotion
et de la protection de droits de l'homme, M. Ibrahim Salama,
a estimé qu'une méthode resserrée de sélection
des experts serait la bienvenue. Dans le cadre de la période
de transition, M. Salama a demandé une évaluation
complète et générale des travaux réalisés
par les mécanismes de la Commission. Il faut également
établir une liste de priorités et dégager,
de manière claire, comment le futur organe remplaçant
la Sous-Commission sera amené à travailler.
La présidente de la Réunion des présidents
d'organes conventionnels, Mme Christine Chanet, a pour
sa part déclaré que les experts indépendants
appartenant aux sept organes conventionnels disposent d'informations
et d'expériences particulièrement importantes pour
la réussite de la mission du nouveau Conseil, qu'il s'agisse
par exemple de l'assistance technique aux Etats, de promotion
de la pleine application des obligations souscrites par Etats
au regard des droits de l'homme ou du suivi de leurs engagements
pris lors des conférences et sommets des Nations unies.
Par ailleurs, la procédure d'examen périodique
est soumise à des contraintes administratives qui en rendent
le fonctionnement assez lent, et il faudra prévoir des
garde-fous permettant de réagir très rapidement
en cas d'urgence.
Lors de la discussion qui a suivi, plusieurs membres
du Conseil des droits de l'homme ont estimé que les
activités des organes conventionnels sont vitales pour
la promotion du respect des engagements souscrits par les Etats.
Ces organes méritent peut-être d'être réformés,
mais l'opportunité de créer un organe unique a suscité
les interrogations de la part de plusieurs représentants.
La nécessité d'une réelle et complète
indépendance des experts membres de ces organes. Un autre
représentant a insisté sur le rôle fondamental
que les organisations non gouvernementales doivent continuer de
jouer dans les travaux de ces organes a également été
soulignée. Quant à l'examen périodique
universel, de l'avis de très nombreux intervenants, il ne doit pas faire double-emploi avec les mécanismes existants, notamment les organes conventionnels, ni entraver leur action, mais bien les faciliter et les compléter. Des représentants des pays suivants se sont exprimés lors des débats : Cuba, Autriche (au nom de l'Union européenne), Algérie, Canada, Fédération de Russie, Indonésie, Chili, Finlande, Japon, Argentine, Suisse, Philippines, Pakistan, Mexique, Sénégal, Brésil et République de Corée.
Les représentants d'organisations non gouvernementales
ont aussi contribué au débat en faisant valoir,
notamment, que le Conseil, dans l'exécution de son mandat,
devra s'inspirer des informations émanant des organes conventionnels,
tout particulièrement dans le contexte de l'examen périodique
universel. Sont intervenus les représentants des organisations
non gouvernementales suivantes: Human Rights Watch, (au
nom également de Service international pour les droits
de l'homme, Amnesty International et Fédération
internationale des ligues des droits de L'homme), Association
pour la prévention de la torture (au nom également
de l'Association pour la prévention de la torture et Fédération
internationale des ligues des droits de l'homme), Avocats du Minnesota
pour les droits de l'homme, Fédération internationale
des femmes diplômées des universités et le
Comité d'action internationale pour les droits de la femme.
DECLARATIONS LIMINAIRES
M. VITIT MUNTARBHORN, président du Comité
de coordination sur les procédures spéciales,
a lancé un appel au Conseil afin qu'il reconnaisse le
caractère fondamental des procédures spéciales
et tienne compte de ce qu'elles représentent un mécanisme
indispensable pour la promotion et la protection des droits de
l'homme. Le Conseil devrait associer les titulaires de mandats
à ses initiatives d'alerte précoce, à ses
débats thématiques et à ses sessions d'urgence.
Dans le cadre de ses sessions ordinaires, le Conseil devrait également
prévoir des débats interactifs d'au moins une heure
avec chaque titulaire de mandat. Il devrait par ailleurs encourager
ses membres à donner suite aux recommandations spécifiques
faites par les mécanismes spéciaux.
M. Muntarbhorn a suggéré que l'action des
procédures spéciales soit un élément
clé du futur examen périodique universel. Le Conseil devrait en outre encourager les États à renforcer leur coopération avec les procédures spéciales et à répondre à leurs questions de fond. Le Conseil devrait aussi encourager les Etats à répondre rapidement aux demandes de visite faites par les titulaires de mandat, de faciliter leur accès aux victimes de violation des droits de l'homme et à mettre en uvre les recommandations qu'ils formulent suite à leurs visites dans les pays. Il conviendrait également que le Comité de coordination soit pleinement associé à toutes les réformes en cours et que le Secrétaire général veille à ce que les procédures spéciales se voient allouer les moyens financiers et humains nécessaires.
M. IBRAHIM SALAMA, vice-président de la Sous-Commission
des droits de l'homme, a déclaré que le Conseil
des droits de l'homme ne peut être sain et apte que s'il
est bien servi techniquement. Il aura donc besoin d'un organe
tel que la Sous-Commission. Les membres de la Sous-Commission
ont commencé, en 2005, à songer à la réforme.
Tout d'abord, la Sous-Commission devrait changer de nom
et se nommer par exemple le "Comité consultatif
pour les droits de l'homme", a suggéré M. Salama. Plus de cohérence et des meilleurs liens sont nécessaires entre toutes les composantes du système des Nations Unies. Les institutions devraient se rencontrer périodiquement et concevoir leur ordre du jour collectivement. S'agissant des méthodes de travail, a poursuivi M. Salama, les droits de l'homme deviennant plus "techniques", il serait souhaitable que des sessions spécialisées soient organisées au sein de la Sous-Commission. M. Salama a également annoncé qu'une méthode resserrée pour choisir les experts serait la bienvenue afin de "ne pas laisser les rênes libres aux Etats membres".
Avec ces éléments, on pourrait aboutir à une réforme fondamentale de la Sous-Commission, estime-t-il. La qualité des travaux du Conseil dépendra de la qualité de toutes les composantes de la Sous-Commission. M. Salama a proposé qu'une évaluation complète et générale des travaux réalisés soit effectuée dans le cadre de mesures de transition. Il faut également établir une liste de priorités et dégager de manière claire comment le futur organe serait amené à travailler. Chaque Groupe de travail de la Sous-Commission devrait aussi effectuer sa propre évaluation sur ses activités. Il a ajouté que, si les Groupes de travail de la Sous-Commission se réunissaient avant la session de la Sous-Commission, des sessions de deux semaines au lieu de trois actuellement seraient suffisantes.
Au sujet du forum social, M. Salama a estimé
qu'il ne devait pas se perdre dans cet océan. Il mérite
d'être repensé. Il ne doit pas seulement produire
un rapport, mais aider à déceler les manques de
protection et sonner l'alarme en cas de manquement dans le suivi.
Pour conclure, M. Salama a affirmé que la future Sous-Commission
devrait avoir un rôle beaucoup plus important s'agissant
des questions de fond.
MME CHRISTINE CHANET, présidente de la Réunion
des présidents d'organes conventionnels, a déclaré
que les experts indépendants appartenant aux sept organes
conventionnels disposent d'informations et d'expériences
particulièrement importantes pour la réussite de
la mission du nouveau Conseil, qu'il s'agisse par exemple de l'assistance
technique aux Etats, de promotion de la pleine application des
obligations souscrites par les Etats au regard des droits de l'homme
ou du suivi de leurs engagements pris lors des conférences
et sommets des Nations unies.
Le Conseil sera aussi amené à évaluer
la réalisation par les Etats de leurs obligations, et ce
par une nouvelle procédure d'examen périodique universel
qui complète, mais ne remplace pas le travail des organes
conventionnels, les experts exerçant en effet leurs fonctions dans le cadre d'un mandat assez contraignant conféré par des traités. La procédure d'examen périodique est soumise à des contraintes administratives qui en rendent le fonctionnement assez lent, et il faudra prévoir des garde-fous permettant de réagir très rapidement en cas d'urgence, a poursuivi Mme Chanet, assurant que les organes conventionnels pourraient ici aussi se révéler très utiles.
Mme Chanet a également présenté les mesures
de rationalisation du travail et d'amélioration des procédures
liées à la présentation des rapports prises
par les organes conventionnels. Concernant la réforme des
organes conventionnels, la présidente a déclaré
que leurs membres étaient conscients qu'il s'agissait d'un
processus ouvert, basé sur le dialogue et la collaboration
entre toutes les parties prenantes, et assuré que les idées
formulées par la Haut-Commissaire à ce sujet, et
visant à l'application complète des obligations
souscrites par les États, ont été prises
en compte dans les discussions.
LE "DIALOGUE INTERACTIF"
M. JUAN ANTONIO FERNANDEZ PALACIOS (Cuba) aurait
préféré un dialogue plus spontané.
Le système de procédures spéciales se heurte
à des problèmes auxquels nous devons remédier.
Ainsi, la politisation a aussi gagné les rapporteurs
spéciaux par pays. Le nouveau Conseil s'inscrira-t-il dans la continuité de ce qui s'est passé jusqu'ici, a demandé le représentant cubain ? La délégation cubaine est favorable à la prorogation pour un an de tous les mandats. Quant à la Sous-Commission, elle devrait pouvoir se réunir au mois d'août.
MME ELISABETH ELLISON-KRAMER (Autriche, au nom
de l'Union européenne) a déclaré que
l'occasion est unique de renforcer la cohérence du système
de protection des droits de l'homme des Nations unies. L'Union
européenne accorde une grande importance au système
des procédures spéciales. Le Conseil des droits de l'homme ne peut que profiter grandement de leurs travaux qui doivent donc être fermement appuyés. La représentante autrichienne a insisté sur l'importance qu'il y a à veiller à ce que les titulaires de mandats soient indépendants et a invité tous les Etats à coopérer avec eux. L'Autriche souhaiterait obtenir des informations sur l'avancée des différentes études menées par la Sous-Commission. Elle est par ailleurs convaincue de l'utilité de l'uvre accomplie par les organes de traité. Pour ce qui est
de l'examen périodique universel, il est important qu'il
ne chevauche pas les activités des organes de traités
et qu'il puisse s'appuyer sur leurs travaux. Comment assurer un
bon équilibre entre les tâches respectives des organes
de traité et celles du futur mécanisme d'examen
périodique universel ?
M. IDRISS JAZAIRY (Algérie) a demandé
que les rapporteurs spéciaux soient élus par le
Conseil. Le représentant de l'Algérie estime que
leur désignation, même par les membres du bureau,
ne serait pas une bonne chose. Il a également insisté
sur l'idée d'indépendance des rapporteurs dans leurs
activités. Ils doivent être indépendants non
seulement des gouvernements mais aussi des organisations non gouvernementales.
Le représentant a estimé qu'il est préférable
de restructurer ce qui existe et d'en renforcer l'efficacité.
Il a enfin proposé de reconduire les mandats en l'état
jusqu'au moment où un réexamen des mandats aura
eu lieu.
M. HENRI PAUL NORMANDIN (Canada) a déclaré
que son pays était heureux du maintien des procédures
spéciales qui, pour être pleinement efficaces,
doivent recevoir la coopération pleine et entière
des Etats, en particulier de celle des membres du nouveau Conseil.
Pratiquement, a demandé le représentant, et pour
simplifier le travail, il a suggéré que soit publié
un rapport périodique résumant la réaction
des Etats aux demandes de visite qui leur sont formulées.
Le représentant a en outre demandé comment les procédures
coordonnaient leurs visites aux Etats et se consultaient pour
y déléguer les experts les plus compétents.
Le représentant canadien a souhaité connaître
la position des experts s'agissant de la possibilité de
créer un organe conventionnel unique, ainsi qu'à
la formalisation et à la clarification de la participation
des organisations non gouvernementales aux travaux des organes
conventionnels.
M. GRIGORI LUKIYANTSEV (Fédération
de Russie) a demandé aux experts de présenter
un rapport écrit résumant leur position s'agissant
des propositions de la Haut-Commissaire en matière de réforme
des organes conventionnels, ainsi que sur les conséquences
juridiques d'une éventuelle fusion de ces organes. Il s'agit
également de déterminer comment éviter tout
double emploi entre les fonctions du Conseil et celles des organes
conventionnels. Le représentant russe a demandé
l'avis des procédures spéciales sur la proposition
qui a été faite d'élaborer un "code
de conduite des procédures spéciales",
visant à en renforcer l'objectivité et la transparence.
M. MOCHAMAD S. HIDAYAT (Indonésie) a déclaré
que son pays appuie pleinement les procédures spéciales,
instrument puissant de protection des droits de l'homme. Il a
toutefois souligné que ces procédures ayant été
établies cas par cas par la défunte Commission des
droits de l'homme, le système ne s'est pas développé
de manière cohérente. Il faut donc continuer de
les rationaliser et mette au point un code de déontologie.
M. PATRICIO UTRERAS (Chili) a déclaré
que les procédures spéciales avaient joué
un rôle important dans l'évolution de la situation
des droits de l'homme en Amérique latine et a estimé
qu'elles devaient continuer à jouer pleinement leur rôle.
Il convient toutefois de renforcer leur efficacité tout
en conservant leur principale caractéristique, à
savoir, leur indépendance. Il serait également opportun
d'identifier les thèmes dont elles sont saisies afin de
mettre à jour d'éventuels doubles emplois. Il conviendrait
en outre de prévenir les relations entre les procédures
spéciales et l'architecture générale des
Nations unies. S'il convient également de les rationaliser,
cela doit être fait dans un objectif précis. Comment
utiliser les résultats du séminaire organisé
en octobre dernier et portant sur le renforcement des procédures
spéciales, s'est enfin demandé le représentant.
í M. VITIT MUNTARBHORN, président du Comité
de coordination des procédures spéciales, en
réponse aux diverses observations, a souligné qu'il
s'agissait d'un véritable nouveau départ. On parle
parfois d'un déficit de légitimité pour décrire
le passé, mais des traits positifs existaient dans la Commission,
dont les procédures spéciales. Sur le rôle
des procédures spéciales, M. Muntarbhorn a rappelé
qu'il s'agit avant tout d'experts indépendants qui offrent
une évaluation objective et qui agissent au nom de ceux
qui n'ont pas de voix. Il faut rechercher la coopération
du Conseil pour concrétiser une vision du système
pour l'avenir. M. Muntarbhorn a souligné qu'il fallait
respecter un certain caractère normatif mais tout en restant
à la portée des victimes._
Trois mots clés s'imposent, selon M. Muntarbhorn: coopération,
objectivité (pour évaluer la situation des droits
de l'homme il faut compter sur des experts indépendants)
et dialogue avec la société civile et les organes
conventionnels. Un changement doit intervenir, mais un changement
constructif. Il faudra dans le futur réagir rapidement
en cas de crise, faire participer les procédures spéciales
et leur conférer également un rôle central
dans l'examen périodique universel. M. Muntarbhorn a dit
espérer recevoir des invitations pour se rendre dans les
pays et être en mesure d'assurer un suivi. Au sujet du processus
de sélection, il a été rappelé que
les candidats au poste de rapporteur ne doivent pas occuper
de postes importants dans l'exécutif ou le législatif
de leur pays. Enfin, au sujet des méthodes de travail,
M. Muntarbhorn a rappelé qu'un manuel existait qui inspire
les experts en matière de déontologie.
í M. SALAMA, vice-président de la Sous-Commission,
a fait valoir qu'il convenait, certes, de rationaliser le travail,
mais qu'après tout c'était bien aux États
d'agir et de donner des instructions en ce sens aux organes conventionnels.
Traiter les droits comme une question politique est source d'erreur,
est aussi convenu M. Salama, qui a regretté que les Etats
et les experts des procédures spéciales aient tendance
à ne considérer les droits de l'homme que dans le
cadre strict de leurs mandats. Il est donc utile que la Sous-Commission
puisse élargir le champ de vision et conférer une
vision plus globale, intégrée du système.
Il faudrait donc que le Conseil donne à la Sous-Commission
une chance d'élaborer son futur mandat, qui serait
axé principalement sur la coordination.
í MME CHANET, présidente de la Réunion
des présidents des organes conventionnels, a rappelé
que toutes les informations qui sont recueillies par les organes
de traité sont prises croisées et vérifiées,
ce qui représente un travail considérable. Pour
ce qui est de la question de l'éventuel double emploi
entre les organes de traité et l'examen périodique
universel, elle considère qu'il s'agit en fait d'une
crainte par anticipation, résultant des termes de la résolution portant création du Conseil. Ce problème n'en sera plus un lorsque cette procédure d'examen universel sera mise en uvre. Le Conseil trouvera certainement un intérêt aux recommandations faites par les différents organes de traités. Il pourra croiser les informations fournies par les organes de traités et celles provenant des procédures spéciales et peut être vaudrait-il mieux parler de diversité que de double emploi.
MME SATU SUIKKARI (Finlande) s'est félicitée
du dialogue avec les procédures spéciales, la Sous-Commission
et les organes de traité. Elle a demandé au président
du Comité de coordination des procédures spéciales
de quelle manière il estime que les procédures spéciales
devraient participer au processus d'examen périodique universel
au sein du Conseil. La Finlande a par ailleurs demandé
à faire l'objet d'un examen.
M. SHIGERU ENDO (Japon) a déclaré
que son pays est conscient de l'importance de la tâche des
rapporteurs spéciaux, dont le fonctionnement devrait toutefois
être réformé. Le Japon se déclare favorable
à la prorogation du mandat de tous les mécanismes
spéciaux.
M. SERGIO CERDA (Argentine) a dit que son pays avait lancé une invitation ouverte aux experts des procédures spéciales, attitude qui devrait à être à la base du fonctionnement du système. Les experts doivent conserver toute leur indépendance et continuer d'avoir le courage de poser des questions parfois gênantes, a estimé la représentante argentine; ils doivent aussi être parties prenantes aux efforts de réforme engagés. Quant à la Sous-Commission, elle pourrait faire part de ses réflexions quant à la mise en uvre de l'examen périodique universel. L'unification des organes conventionnels mérite une importante réflexion, à laquelle doivent être associés tous les comités : mais, en toute probabilité, c'est une solution intermédiaire qui devra être trouvée.
M. NOEL SERVIGON (Philippines) a déclaré
que les mécanismes des droits de l'homme ont bel et bien
évolué et constituent désormais un réseau
complexe d'experts. Les Philippines se félicitent de l'adoption
récente de directives harmonisées sur la rédaction
de rapports périodiques et sur le document unique de base.
M. MANSOOR AHMAD KHAN (Pakistan) s'est notamment
demandé à quoi pensait M. Salama lorsqu'il évoquait
la modification du processus de sélection des membres de
la Sous-Commission. Dans quelle mesure les critères auxquels
pense M. Salama diffèreraient-ils de ceux qui sont déjà
en place ? Quant au Forum social, comment pourrait-on lui permettre
d'aboutir à des résultats plus concrets. La reconduction
des mandats devrait-elle s'appliquer uniformément à
tous les titulaires de mandat, s'est demandé le représentant
pakistanais. Le Pakistan appuie l'idée de la réforme
des organes de traités et souhaiterait par ailleurs savoir
ce que les experts pensent des préoccupations qui ont été
exprimées à propos de la création d'un organe
unique chargé de surveiller l'application des traités
dans le domaine des droits de l'homme.
M. JEAN-DANIEL VIGNY (Suisse) a rappelé
qu'en 2002, la Suisse avait déjà invité les
procédures spéciales à se rendre dans le
pays. Le représentant a déclaré que la
Suisse appuiera le renforcement des procédures spéciales.
Elle appuie en outre les recommandations visant à ce que
les procédures spéciales interagissent avec le Conseil
des droits de l'homme de manière directe, notamment pas
le biais d'un dialogue et de suivi des recommandations des procédures
spéciales par les Etats. Il faut par ailleurs que la procédure d'examen périodique universel intègre les recommandations des procédures spéciales afin de mieux assurer leur mise en uvre par les Etats. Mais l'examen
périodique universel ne doit pas faire double emploi avec
les procédures spéciales, a précisé
le représentant.
MME ELIA DEL CARMEN SOSA NISHIZAKI (Mexique)
a déclaré qu'il est nécessaire que toutes
les parties du système des Nations unies, et pas seulement
certains membres de la famille, se fondent sur les principes d'indépendance
et d'objectivité. "Chaque acteur doit faire connaître
sa position, c'est là que nous trouverons des idées
pour améliorer à l'avenir les travaux", a conclu
le représentant du Mexique.
MME BASSINE NIANG (Sénégal) a déclaré
qu'en cette période de transition entre la fin de la Commission
et le début du mandat du Conseil des droits de l'homme,
il est très important de tenir compte de l'expérience
du passé et d'identifier les forces et faiblesses des organes
pour les adapter aux exigences du Conseil.
M. SERGIO ABREU E LIMA FLORÊNCIO (Brésil)
a proposé de rationaliser les travaux des procédures
spéciales, qui entretiennent peu d'interaction avec les
délégations. On pourrait à ce titre prévoir
des réunions périodiques entre le Comité
de coordination des procédures spéciales et les
groupes régionaux, afin que leurs membres respectifs puissent
savoir à qui ils ont affaire. Le nombre des procédures
spéciales ayant augmenté au fil des ans, certaines
missions ne relèvent plus forcément des exigences
actuelles des droits de l'homme: il faudrait donc songer à
en supprimer quelques unes. Quant à la Sous-Commission,
elle a bien joué son rôle de pôle de réflexion,
a dit le représentant, relevant qu'il faudrait sans doute
faire un effort pour en renouveler les effectifs.
M. PARK YOUNG-HYO (République de Corée)
s'est dit favorable à la rationalisation et l'harmonisation
des méthodes de travail des organes de traités.
La République de Corée suggère qu'un groupe
de travail soit créé à cet effet.
MME PATRICIA SCANELLA (Human Rights Watch, au
nom également de Service international pour les droits
de l'homme, Amnesty International et Fédération
internationale des ligues des droits de L'homme) a fait une brève
déclaration par laquelle elle a estimé que le Conseil,
dans le cadre de son examen périodique universel, devrait
tenir compte des observations finales des organes de traités.
M. PATRICK MUTZENBERG (Organisation mondiale contre
la torture / OMCT, au nom également de l'Association
pour la prévention de la torture et Fédération
internationale des ligues des droits de L'homme) a rappelé
que les organes conventionnels ont un rôle particulièrement
important à jouer dans le cadre de la procédure
d'examen périodique universel. Cette procédure devra
permettre d'examiner la situation des Etats qui n'ont pas encore
ratifié les traités relatifs aux droits de l'homme
et revenir sur les raisons qui conduisent à cette situation.
La procédure d'examen périodique universel devra également permettre d'évaluer le degré de coopération des Etats parties et des organes conventionnels, et notamment leurs obligations de soumettre des rapports initiaux et périodiques. Si le Conseil des droits de l'homme veut être un organe crédible, il aura pour responsabilité de rappeler aux Etats parties que la non soumission ou la soumission tardive de rapports est un manquement à leurs obligations. Cependant, la procédure d'examen périodique universel ne devra pas "dupliquer" le travail des organes conventionnels qui restent les garants de la mise en uvre par les Etats parties des pactes et des conventions des Nations unies.
MME PENNY L. PARKER (Avocats du Minnesota pour les
droits de l'homme) a invité le Conseil à poursuivre sa collaboration avec la Sous-Commission des droits de l'homme ou, à défaut, avec tout autre organe doté d'attributions semblables et capable d'uvrer de manière indépendante dans le vaste domaine des droits de l'homme. Il faudrait, a dit la représentante, pouvoir renouveler les progrès sans précédent accomplis par la Sous-Commission, qui a su donner une voix aux organisations non gouvernementales, aux universitaires, aux défenseurs des droits de l'homme, notamment. Tout examen équitable de l'action de la Sous-Commission reconnaîtra en effet l'importance de la contribution des experts aux questions traitées par le Conseil, même s'il reste des progrès à accomplir dans la sélection des thèmes traités. Enfin, elle a souhaité que les organisations non gouvernementales qui s'exprimeront la semaine prochaine sur les questions autochtones auront le temps de parler de questions de fond, craignant que les débats ne sortent pas du cadre procédural.
MME CONCHITA PONCINI (Fédération internationale des femmes diplômées des universités) a lancé un appel au Conseil afin qu'il ne confonde pas la question de l'égalité entre les femmes et les hommes et les questions qui concernent spécifiquement les femmes, comme a pu le faire l'ancienne Commission des droits de l'homme qui, selon la représentante, n'a pas suffisamment abordé les questions défavorables aux femmes. Elle a invité le Conseil des droits de l'homme, les procédures spéciales et les organes de traité à tenir dûment compte de l'effet des normes sur la situation des femmes.
MME ANARUDHA RAO (Comité d'action internationale
pour les droits de la femme)_a demandé que la parité entre hommes et femmes soit intégrée dans tous les travaux du Conseil des droits de l'homme. Il faut créer plus de possibilités pour promouvoir les droits des femmes et au final aboutir à une démarche globale et cohérente sur l'égalité entre hommes et femmes. Cela renforcerait l'impact et éviterait les doublons.
Observations de conclusion
M. VITIT MUNTARBHORN, président du Comité
de coordination des procédures spéciales, s'est
dit satisfait de constater que les membres du Conseil sont très
favorables au maintien des procédures spéciales.
Il les a remerciés de leur suggestion d'organiser des rencontres
avec les groupes régionaux. Par ailleurs, il est essentiel
que le Conseil veille à la continuité de la protection
des droits de l'homme. Il semble par conséquent souhaitable
que le Conseil envisage de prolonger les mandats des procédures
spéciales.
L'examen périodique universel devra tenir compte
des recommandations des organes conventionnels, a répété
M. Muntarbhorn, relevant l'importance dans ce contexte de l'indépendance
des organes concernés, ainsi que leur caractère
proactif: ils doivent être capables d'enquêter et
de se rendre sur le terrain dès que nécessaire.
Ils doivent aussi être accessibles aux victimes. M. Muntarbhorn
a dit que c'était le rôle du Comité de coordination
de promouvoir le partage des missions entre experts des différents
organes des traités, ceci afin de rationaliser leur travail,
comme il a été suggéré. En fin de
compte, la qualité de ce travail dépend beaucoup
de la coopération avec les États : le choix des
titulaires, et donc la qualité des travaux, dépend
de leur coopération avec les organes conventionnels, a-t-il
conclu.
M. IBRAHIM SALAMA, vice-président de la Sous-Commission
de la protection et de la promotion des droits de l'homme,
a déclaré que dans sa réflexion relative
à son futur rôle, la Sous-Commission doit songer
aux autres composantes évoquées dans la résolution
62/251 et notamment à l'examen périodique universel.
Quant à la sélection des experts des différentes
procédures spéciales et organes de traités,
on pourrait songer que l'objectivité et l'indépendance
sont plus des objectifs que des critères de sélection
des experts. Dès lors on peut les resserrer en exigeant,
à titre d'exemple, qu'ils aient produit des écrits
importants sur les droits de l'homme ou qu'ils se soient illustrés
sur le terrain dans différents pays. M. Salama a par ailleurs
déclaré qu'il existe une alliance naturelle entre
les membres de la Sous-Commission et les organisations non gouvernementales.
Il a rappelé que les organisations non gouvernementales
sont essentielles aux experts dans le cadre de leurs travaux.
Au mois d'août 2006, la Sous-Commission tiendra sa dernière
session et il conviendra de repenser sa méthodologie et
peut être envisager d'élargir le rôle des ONG.
MME CHRISTINE CHANET, présidente de la Réunion
des présidents d'organes conventionnels, a souligné
qu'au cours de la séance d'aujourd'hui, seule une évaluation
très générale était possible et ce
n'est qu'au fur et à mesure qu'il sera possible de mieux
définir les relations entre les préoccupations,
les constatations et la nouvelle mission dévolue au Conseil.
Le travail des organes des traités doit être respecté.
Il doit être utilisé et confronté à
d'autres sources mais respecté en raison de son caractère
normatif. Pour que les recommandations soient utiles à
la revue universelle et que tout écueil de deux poids deux
mesures soit évité, la ratification universelle
paraît être une voie allant dans le sens de cette
recherche d'objectivité sur la situation des droits de
l'homme, a estimé Mme Chanet.
Source : Nations unies, Genève, 23 juin 2006.
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