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NATIONS UNIES, CONSEIL DES DROITS DE L'HOMME, GENEVE, DECEMBRE 2006
__Darfour : le Conseil poursuit ses débats

Le Conseil des droits de l'homme a poursuivi, le 12
décembre 2006, ses débats dans le cadre
de sa 4e session extraordinaire, consacrée à la
situation des droits de l'homme au Darfour.
De nombreuses délégations ont fait état
de la coopération du gouvernement du Soudan avec les institutions
des Nations unies et le Conseil. D'autres délégations,
constatant que, sept mois après la signature de l'Accord
d'Abuja, la situation sur le terrain ne s'est pas vraiment améliorée, ont demandé aux parties qui n'ont pas encore signé cet accord de s'y résoudre et d'uvrer, elles aussi, au respect des droits de l'homme dans la région. Des délégations ont rappelé au gouvernement
soudanais son obligation de protéger ses populations civiles.
Les violations des droits de l'homme et du droit international
humanitaire dirigées contre les groupes les plus vulnérables
- femmes, enfants et personnes âgées - ont été
dénoncées par des délégations par
ailleurs inquiètes des entraves à l'action des travailleurs
humanitaires. Les parties en conflit ont toutes été
appelées par plusieurs délégations à
coopérer avec l'enquête en cours de la Cour pénale
internationale sur les crimes commis au Soudan et à lutter
contre l'impunité dont bénéficient trop souvent
les auteurs de violations des droits de l'homme.
Plusieurs délégations se sont dites alarmées
par le débordement du conflit dans les pays voisins
du Soudan, le Tchad et la République centrafricaine.
LA SUITE DU DEBAT
M. SHIGERU ENDO (Japon) a déclaré que la gravité
de la situation au Darfour est source d'une vive préoccupation
pour la communauté internationale et pour le Japon,
qui estime que cette question mérite pleinement la tenue
de cette session extraordinaire. Le Japon espère que les
groupes qui n'ont pas encore signé l'accord de paix le
feront au plus tôt. Dans ses efforts pour contribuer à
améliorer la situation, le Japon a déjà consenti
une aide importante, en particulier l'octroi d'une aide financière
de 30 millions de dollars, a fait savoir le représentant.
Le Japon approuve aussi le principe de l'envoi d'une mission d'experts
indépendants qui évaluerait la situation de manière
objective, a conclu le représentant.
M. CHEIKH TIDIANE THIAM (Sénégal) a estimé
que cette 4e session extraordinaire témoigne que le Conseil
entend s'acquitter de son mandat conformément à
la résolution 60/251 de l'Assemblée générale.
Le Darfour est en proie à des troubles dont la densité
et la complexité rendent plus difficile le retour vers
la paix, en dépit des efforts déployés par l'Union africaine, l'Organisation des Nations unies et divers partenaires, de concert avec le Gouvernement soudanais. Les défis auxquels doit faire face la Mission de l'Union africaine ne peuvent être relevés sans appui de la communauté des donateurs à la mise en uvre de l'Accord de paix d'Abuja, avec l'implication de toutes les parties au conflit, a souligné le représentant sénégalais. Il faut adopter des mesures concrètes pour permettre la jouissance effective des droits de l'homme par le biais d'une assistance humanitaire renforcée et adaptée aux besoins, en particulier ceux des personnes déplacées et autres groupes vulnérables.
Les parties concernées doivent être appelées
à renoncer à la violence. Le succès de
la mission d'évaluation que le Conseil devrait envoyer
sur le terrain dépendra de l'objectivité et de l'impartialité
avec lesquelles ses membres exerceront leurs attributions ainsi
que de la pleine coopération du gouvernement soudanais.
M. SÉRGIO ABREU E LIMA FLORENCIO (Brésil)
a estimé que la tenue de cette session extraordinaire confirme
la capacité du Conseil de se saisir des questions violations
de droits de l'homme les plus urgentes. Il s'est félicité
de la volonté du Groupe africain de participer au débat
et a salué la décision du gouvernement soudanais
d'inviter certains membres du Conseil sur le terrain. Cette attitude
facilite le dialogue sur cette question difficile. Il a exprimé
sa préoccupation s'agissant de la situation au Darfour.
Tous les chiffres dont nous disposons sont alarmants, a-t-il insisté,
rappelant que 2,7 millions, soit un tiers de la population locale,
ont été touchés par le conflit, dont les
femmes et les enfants sont les principales victimes. Le rôle
des Nations unies est crucial et déterminant, a-t-il
fait observer, et il n'y aura pas de paix durable dans la région
sans la participation de la communauté internationale.
Le représentant brésilien a en outre souligné que le Conseil doit disposer d'informations de première main et s'est, pour cette raison, montré en faveur de l'envoi d'une mission sur le terrain. L'objectif du Conseil ne doit pas être de trouver des coupables, a-t-il souligné, mais d'instaurer la confiance entre les uns et les autres. Il a ainsi préconisé d'aider le Soudan à mettre en uvre le programme de désarmement et de renforcer ses capacités à gérer les aspects touchant les droits de l'homme de cette crise.
M. ELCHIN AMIRBAYOV (Azerbaïdjan) a félicité
le gouvernement soudanais pour sa coopération avec la communauté
internationale, en particulier avec les institutions des Nations
unies et le Conseil des droits de l'homme, ainsi que pour avoir
permis aux membres du Conseil de récolter des informations
de première main sur son sol. Le gouvernement soudanais
a consenti des efforts méritoires pour appliquer le plan
de paix du 5 mai 2006, a estimé le représentant,
déplorant que certaines parties aient refusé d'y
souscrire et choisi de mener des opérations factieuses
causant la perte de nombreuses vies humaines. La complexité
de la situation interdit de la dépeindre en termes manichéens,
a aussi estimé le représentant. S'il est impossible
de nier la gravité de la situation des droits de l'homme
résultant de la violence, il faut toutefois s'attacher
à envisager les possibilités d'améliorer
cette situation plutôt que de condamner les actions insuffisantes
menées à ce jour.
L'approche du Conseil ne doit pas se résumer à
discuter de la situation, mais bien à aider le Gouvernement
du Soudan à relever les défis auxquels il est confronté.
Dans ce contexte, la mission d'évaluation doit être
composée d'un élément technique et d'un élément
politique. L'objectivité ne peut être sélective,
c'est pourquoi les membres du Conseil doivent s'efforcer de parvenir
à un consensus et au compromis, a conclu le représentant
azerbaïdjanais.
M. MUSTAFIZUR RAHMAN (Bangladesh) a mis l'accent sur la nécessité de veiller à ce que les droits de l'homme soient placés au-dessus de toute manuvre politique. De récentes évolutions au sein du Conseil ont suscité des préoccupations dans l'esprit de beaucoup, a-t-il ajouté. Le Bangladesh est très inquiet face aux informations rapportées s'agissant de la situation des droits de l'homme et de la situation humanitaire au Darfour, a poursuivi le représentant. Si ces informations
sont vraies, alors la situation est indéniablement grave.
Mais il faut avoir conscience du fait qu'il existe d'autres versions
des faits qui ne nous parviennent pas à tous, a ajouté
le représentant. Il a recommandé que la communauté
internationale se penche non seulement sur les problèmes
au Darfour qui impliquent le gouvernement, mais aussi sur la question
des producteurs et des fournisseurs d'armes et de munitions aux
acteurs non étatiques. Différentes évaluations
existent quant au nombre de personnes déplacées
internes ou quant au nombre de morts, a poursuivi M. Rahman. La
délégation soudanaise affirme pour sa part que la
situation s'améliore depuis la signature de l'Accord de
paix sur le Darfour. Il est donc important pour le Conseil
de disposer d'informations précises et authentiques afin
de pouvoir prendre une décision objective et impartiale.
Aussi, une mission d'établissement des faits au Darfour
composée de personnes compétentes et responsables
dont l'intégrité est reconnue constitue-t-elle la
seule option. A cet égard, la proposition de l'Union africaine
serait le meilleur choix présenté jusqu'ici, a estimé
le représentant du Bangladesh.
M. MOHAMMED HINDAWI (Jordanie) a indiqué
qu'il a écouté avec attention les messages formulés
par Kofi Annan et Louise Arbour. Il a à cet égard
souligné que sa délégation n'a aucun doute
quant à l'intégrité du secrétaire
général et de la haut commissaire. La situation
au Darfour est critique, a-t-il acquiescé, mais il a relevé
que le tableau brossé par les deux hauts responsables
des Nations unies est bien différent de celui exposé
par le président de l'Union africaine. Ce dernier,
a-t-il précisé, a essayé de mettre en évidence
les mesures prises par le gouvernement du Soudan pour régler
cette situation. Aussi, M. Hindawi a-t-il expliqué qu'en
raison de l'existence d'informations conflictuelles, le Conseil
a besoin d'informations neutres, exactes, claires et impartiales.
Pour les obtenir, il faut établir une mission de haut niveau
composée d'experts et qui soit menée par le président
du Conseil, a-t-il précisé. Pour conclure, il a
estimé que le Conseil doit saisir cette occasion historique
rendue possible par la coopération affichée du Soudan
au travail du Conseil.
M. MURAD HAMAIMA (Libye) a notamment expliqué
que la proximité géographique de son pays, voisin
du Soudan, explique son souci constant de trouver une solution
au conflit. Les parties en présence ne sont pas toutes
signataires de l'accord de paix, a observé le représentant,
tandis que d'autres fournissent des armes aux combattants et perpétuent
ainsi les affrontements. Les informations reçues de
la région sont conflictuelles, aussi convient-il d'envoyer
une mission composée de membres du Conseil, a estimé
le représentant.
M. SAMEH SHOUKRY (Egypte) s'est dit très
préoccupé par l'évolution de la situation
au Darfour. Il s'est dit convaincu que le Conseil peut jouer un
rôle important pour promouvoir et protéger les droits
de l'homme de tous, y compris au Darfour. L'Egypte se réjouit
de la décision de prorogation de six mois de la Mission
de l'Union africaine au Darfour, qui témoigne de la volonté
- mais aussi de la capacité - de l'Afrique de résoudre
ses propres problèmes. Pour restaurer la paix et la sécurité
dans la région, il faut que la communauté internationale
fournisse l'appui technique et financier nécessaire au
gouvernement soudanais et renforce sa capacité de fourniture
de l'aide humanitaire nécessaire, tout en restreignant
l'afflux d'armes et de munitions dans la région. L'envoi
d'une mission impartiale permettra de faire toute la lumière
sur la situation. Il faut que le Conseil veille à rester impartial et se départisse de toute politisation tout en mettant en uvre ses décisions.
M. LUIS VARELA QUIRÓS (Costa Rica) a fait
part de sa préoccupation face aux informations alarmantes
qui font état de violations des droits de l'homme au Darfour
et qui proviennent de sources différentes, d'institutions
des Nations unies, d'organisations non gouvernementales, de la
presse internationale et du gouvernement du Soudan. Il a expliqué
que suite à sa récente visite, la Haut-Commissaire
a attiré l'attention sur les graves violations des droits
de l'homme et lancé un appel pour protéger les victimes
et pour aider les efforts de la Cour pénale internationale
pour que ces crimes contre l'humanité ne restent pas impunis.
Au vu la gravité de ce qui nous est signalé, il
apparaît judicieux d'envoyer une mission d'enquête
dans cette zone pour évaluer la situation et formuler des
recommandations, a-t-il expliqué. La communauté
internationale ne saurait rester indifférente, a-t-il insisté,
et le Conseil est appelé à réagir de manière
efficace et prompte pour que la violence cesse au Darfour. Il
a ainsi espéré que cette session extraordinaire
débouchera sur un consensus et viendra soulager les populations
du Darfour de leurs souffrances.
M. CHOE MYONG NAM (République populaire démocratique
de Corée) a dit que son pays suit de près la
situation compliquée qui prévaut au Darfour, source
importante de problèmes, et estime que la priorité
doit être accordée à la résolution
du conflit par des moyens pacifiques. À cet égard,
l'accord de paix d'Abuja est un bon pas dans la bonne direction.
Le problème doit être analysé avec impartialité
et objectivité. Certaines parties, du fait de leur partialité,
enveniment ce problème, a estimé le représentant,
qui a espéré que la session extraordinaire contribuera
à renforcer la stabilité au Soudan et dans la région
MME SIRI TELLIER (Fonds des Nations unies pour la
population, FNUAP) a attiré l'attention du Conseil sur les effets négatifs sans précédent du conflit armé au Darfour sur les femmes et les fillettes, notamment en raison des nombreux viols qui s'y produisent. Le programme actuellement mis en uvre par le FNUAP au Darfour entend prévenir les violences sexuelles et aider les survivants de ces violences, tout en réduisant les taux de mortalité maternelle et infantile. Les données disponibles indiquent qu'en avril dernier, les programmes soutenus par le FNUAP avaient permis d'accroître de 50% l'accès des survivants aux soins médicaux et aux soins de santé génésique; cinq mois plus tard, en septembre 2006, les données indiquent que ce taux s'est réduit en raison de l'intensification des combats et de l'insécurité. Aujourd'hui, au Darfour, les femmes et les fillettes sont de plus en plus vulnérables aux attaques.
M. PAUL KAVANAGH (Irlande) a souligné
que la gravité de la situation au Darfour n'a pas été
exagérée, en dépit de ce que prétendent
certaines délégations. La situation ne s'améliore
pas, bien que certains aient prétendu le contraire,
a-t-il ajouté, ajoutant que ces faits ont été
rapportés par des sources indépendantes. L'Irlande,
a-t-il poursuivi, n'a pas d'intérêt stratégique,
politique, militaire ou économique au Soudan ou ailleurs
en Afrique. Notre objectif est de promouvoir la paix, la stabilité,
le développement durable et le respect des droits de l'homme,
a-t-il insisté. Il a ainsi rappelé que le Gouvernement
irlandais et le parlement se sont engagés à promouvoir
une résolution du conflit et que de nombreux travailleurs
humanitaires irlandais se sont rendus sur le terrain. Il a appelé
à un arrêt immédiat des violations des droits
de l'homme et du droit international humanitaire au Darfour et
dans la région.
Le gouvernement du Soudan a la responsabilité de protéger ses citoyens contre les violences et de garantir le respect des droits de l'homme, a-t-il fait observer, appelant toutes les parties à mettre un terme à l'impunité en mettant en uvre les résolutions du Conseil de sécurité. Il a dans ce contexte estimé qu'il serait utile
à cet égard que le Conseil des droits de l'homme
envoie un message fort demandant la fin de la culture de l'impunité.
Toutes les parties devraient coopérer pleinement dans le
cadre des enquêtes menées par la Cour pénale
internationale, a-t-il précisé. Pour conclure, il
s'est montré en faveur de l'envoi d'une mission d'évaluation
sur le terrain, qui soit crédible, objective et indépendante.
M. SEJDI QERIMAJ (Albanie) a indiqué que
son gouvernement est très préoccupé par la
violation des droits de l'homme au Darfour, les assassinats, le
déplacement forcé de civils, les viols, les attaques
contre les troupes africaines et les employés des organisations
internationales. Le représentant s'est dit conscient de
la complexité de la situation générale sur
le terrain et salue les efforts du gouvernement soudanais visant
à résoudre les problèmes par un processus
politique, conforme aux conclusions des consultations de haut
niveau sur la crise au Darfour. Seule la sincère collaboration
des parties intéressées permettra de résoudre
cette crise, a estimé le représentant albanais,
appelant les membres du Conseil à adopter le projet de
résolution déposé par l'Union européenne,
MME ELISABET BORSIIN BONNIER (Suède) a
relevé que les déplacements forcés à
grande échelle, les tueries, les disparitions forcées
et actes de torture, prenant particulièrement pour cibles
les populations civiles, se produisent au Darfour dans un climat
d'impunité. Toutes les parties au conflit sont grandement responsables de cette situation; mais c'est au Gouvernement soudanais qu'incombe la principale responsabilité de protéger ses citoyens, a rappelé la représentante suédoise. Les milices doivent être désarmées et non pas armées, a-t-elle ajouté. Toutes les parties au conflit doivent ensemble uvrer à la mise en uvre de l'Accord de paix sur le Darfour, a insisté la représentante.
MME KHADIJA RACHIDA MASRI (Union africaine) a expliqué que, depuis le début du conflit au Darfour, l'Union africaine a déployé des efforts considérables pour amener les protagonistes à mettre fin au conflit et pour améliorer les conditions difficiles et pénibles des populations du Darfour. Elle a ainsi rappelé que de nombreuses rencontres de haut niveau ont été organisées pour aboutir à la signature des Accords de paix au Darfour. Toutefois, a-t-elle souligné, il est clair que la mise en uvre de cet accord, qui n'a pas été signé par certaines factions qui continuent de perturber la sécurité, demeure un défi. Ceci nécessite une mobilisation plus énergique et un appui concret de la communauté internationale pour mettre fin à cette situation.
Mme Masri a fait observer que l'Union africaine n'a cessé
de déployer des efforts diplomatiques, et notamment rappelé
qu'une consultation de haut niveau coprésidée par
le président de la Commission de l'Union africaine et par
le secrétaire général des Nations unies s'est
tenue le 16 novembre 2006 pour créer des conditions acceptables
à la mise en application effective des accords de paix
et appeler toutes les parties à mettre fin immédiatement
aux hostilités et actes de violence.
Le souci majeur de l'Union africaine, a poursuivi la
représentante de l'Union africaine, demeure la paix
et la sécurité dans la région. Et elle
attend du Conseil des droits de l'homme qu'il prenne une décision
sur le Darfour fondée sur l'éthique de la responsabilité
collective de protéger et de contribuer de manière
constructive à la consolidation de cette paix et à
la protection des droits de l'homme, a-t-elle précisé.
Pour conclure, elle a souligné que la décision qui
sera prise par le Conseil devrait constituer certainement un tournant
historique et décisif pour l'avenir du Conseil, pour garantir
son efficacité et son efficience dans le traitement des
questions humanitaires. Le Groupe africain soutenu par l'Union
africaine est convaincu qu'une mission du Conseil conduite par
le président et les membres du Bureau sera le signal fort
qui encouragera et amplifiera l'action de ceux qui se sont engagés
au Darfour pour alléger le sort tragique des populations.
M. AHMED MOHAMED MASOUD AL RIYAMI (Oman) a déclaré
que la communauté internationale doit accorder toute l'attention
nécessaire au Darfour, notamment par la mise à disposition
d'une aide appropriée. Toutes les parties n'ayant pas encore
signé l'accord de paix d'Abuja doivent le faire sans tarder,
a demandé le représentant. Il a espéré
que le Conseil adoptera les mécanismes permettant au Gouvernement
soudanais de résoudre la situation des droits de l'homme
au Darfour.
M. GEBRAN SOUFAN (Liban) a fait observer que c'est la première
fois que deux groupes régionaux se mettent d'accord pour
convoquer une session extraordinaire du Conseil. L'Afrique
mérite toutefois qu'on lui consacre encore plus de dialogue
et d'ouverture ce afin de s'assurer que les initiatives ne consistent
pas seulement en résolutions politisées, qui
font plus de mal que de bien. Le Président du Conseil est
le principal porte-parole du Conseil et bénéficie
de la confiance de tous; aussi, devrait-il incontestablement présider
la mission d'évaluation de la situation que le Conseil
s'apprête à envoyer au Darfour, a estimé le
représentant libanais.
M. AHMAT ABDOULAYE OGOUM (Tchad) a fait observer que
le conflit au Darfour affecte dangereusement la sécurité
du Tchad et de toute la région. Cette session extraordinaire
témoigne de la gravité de la situation, a-t-il souligné.
Depuis 2003, le conflit au Darfour est caractérisé
par des atteintes aux droits de l'homme, des déplacements
de population, des crimes, des tortures et des viols. Et ces atteintes
aux droits fondamentaux se répètent maintenant au
Tchad. Le représentant a ainsi fustigé les groupes
armés du Darfour soutenus par le gouvernement soudanais,
qui s'adonnent à des violations au Tchad contre les populations
civiles. Les autorités soudanaises qui sont responsables
des agissements des milices janjaouid, ainsi que ces milices elles-mêmes
sont tenus de respecter le droit international et devront répondre
de leurs actes.
Ces attaques ont eu pour conséquences de nombreux
déplacements de populations, a-t-il déploré,
ajoutant que de plus en plus de personnes, en proie à des
nouveaux harcèlements, cherchent à s'éloigner
des frontières. Ces attaques, a-t-il précisé,
ont un caractère raciste, à l'instar de ce qui s'est
passé au Darfour. Il a également souligné
que les objectifs de ces milices janjaouid ne sont pas uniquement
matériels, mais que ces dernières cherchent à
affaiblir les populations locales et les forcer à quitter
leurs terres. Pour conclure, il a cité le rapport de juin
2006 d'Amnesty International qui montre qu'une grave crise commence
au Tchad, crise qui est liée à celle du Darfour.
Les attaques sont perpétrées par les mêmes
auteurs que celles commises au Darfour, a insisté le représentant.
M. EVERETT RESSLER (Fonds des Nations unies pour
l'enfance, UNICEF), observant que plus d'un enfant sur cinq
au Darfour est victime de malnutrition grave, a déploré
les difficultés croissantes que rencontrent les travailleurs
humanitaires dans cette région. Depuis mai 2006, l'UNICEF
a été informée de 23 cas d'organisations
non gouvernementales contraintes de retirer leur personnel pour
cause d'insécurité sur le terrain. L'UNICEF estime
qu'à la suite de ces retraits, 700'000 personnes ont été
abandonnées à une situation de grande vulnérabilité.
Les organisations non gouvernementales ne sont pas seules touchées,
a poursuivi le représentant, rapportant que plusieurs employés
des services publics d'approvisionnement en eau potable de l'ouest
du Darfour ont été tués. La situation
des femmes et des enfants est d'autant plus préoccupante,
a dit le représentant, que les conditions d'accès
aux populations se compliquent. Un sentiment d'impunité
règne au Darfour, auquel il convient de remédier
de toute urgence, a encore dit le représentant.
M. KHALIT BITAR (Syrie) a dit faire confiance
au gouvernement soudanais pour le règlement de la crise
au Darfour. Le gouvernement a déjà fait preuve de
ses capacités en la matière, a-t-il fait observer.
Tout intervenant étranger doit cesser de s'ingérer
dans les affaires intérieures du Soudan, a poursuivi
le représentant syrien. L'Accord de paix d'Abuja peut constituer
le point de départ du règlement de la crise, a-t-il
ajouté. La Syrie est d'avis que la mission d'évaluation
que le Conseil s'apprête à envoyer dans la région
devrait être dirigée par le Président du Conseil.
M. SILVANO TOMASI (Saint-Siège) s'est
montré préoccupé face aux violations terribles
des droits de l'homme qui ont lieu dans la région du Darfour,
citant notamment que les assassinats d'enfants, les viols de femmes
et fillettes et les attaques contre les personnes déplacées
sont monnaie courante. Ce sont les civils non armés qui
sont le plus visés, a-t-il déploré. Le représentant
s'est en outre inquiété des répercussions
écologiques et humaines de cette violence aveugle. Le Conseil,
a-t-il poursuivi, s'est saisi du sort de ces populations et s'est
engagé à les protéger contre les violations
de leurs droits fondamentaux. La priorité est de prendre
des mesures pour mettre fin aux abus, aux destructions et à
l'impunité.
Les victimes ne sont pas uniquement des statistiques, ce
sont de vraies personnes, a insisté le représentant.
Il a ainsi appelé à accorder plus d'importance à
mettre un terme aux tueries et aux abus, plutôt que de suivre
des intérêts commerciaux et politiques. Il a expliqué
que l'accord de paix a généré beaucoup d'espoir.
Il y a d'autres mesures pratiques à prendre, a-t-il poursuivi,
soulignant notamment qu'il importe de recueillir des informations,
d'assurer l'assistance humanitaire, d'évaluer les responsabilités
et de désarmer les groupes. Une solution juste sera trouvée
lorsque les voix des populations du Darfour seront entendues,
a-t-il souligné. Pour conclure, il a estimé que
ce conflit constitue un défi humanitaire considérable,
mais qu'il offre également une occasion de faire face aux
problèmes dans un esprit de coopération et, partant,
de construire un avenir plein d'espoir pour le Soudan et pour
la totalité du Continent africain.
M. ANTON PINTER (Slovaquie) a souligné
que son pays s'était félicité de la signature
de l'accord de paix d'Abuja en mai dernier. Malheureusement, a-t-il
constaté, sept mois après cet accord, la situation
sur le terrain ne s'est pas améliorée, et même
s'est détériorée, selon certaines informations.
Les attaques récentes contre la population civile, la
destruction de douzaines de villages dans le nord du Darfour ainsi
que les heurts dans le nord de la région témoignent
de l'ampleur de la violence. Qui plus est, le conflit a entre-temps
débordé sur les pays voisins que sont le Tchad et
la République centrafricaine. Particulièrement inquiétantes
sont les violations des droits de l'homme et du droit international
humanitaire dirigées contre les groupes les plus vulnérables,
femmes, enfants et personnes âgées. L'impunité
est un problème préoccupant dans ces circonstances,
a encore relevé le représentant, avant d'appeler
à la recherche d'un consensus autour du texte de la résolution
qui sera soumise au vote du Conseil.
M. GERHARD J.W. PUTMAN-CRAMER (Bureau de coordination
des affaires humanitaires, OCHA) a donné lecture d'un
message de M. Jan Egeland, secrétaire général
adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours
d'urgence, dans lequel ce dernier rappelle qu'il y a moins de
trois semaines, il a averti le Conseil de sécurité
que les semaines à venir allaient être celles du
"quitte ou double" pour trois millions de personnes.
Depuis, les événements sur le terrain n'ont cessé
de se dégrader; les tendances sont alarmantes et s'étendent
au Tchad et à la République centrafricaine. Quant
aux travailleurs humanitaires, ils sont de plus en plus fréquemment
attaqués. Davantage de violences pour les civils, davantage
de populations déplacées et moins d'accès
à ceux qui ont le plus besoin d'aide; telle est la situation
actuelle, insiste M. Egeland dans son message. Davantage de
travailleurs humanitaires ont été tués ces
six derniers mois qu'au cours des deux dernières années
écoulées, ajoute-t-il. Ces faits de base ne
peuvent être contestés; aussi, une action urgente
est-elle nécessaire et le Conseil doit-il exercer une pression
sur toutes les parties concernées.
M. JUAN ANTONIO MARCH (Espagne) a fait observer
que la situation des violations des droits de l'homme au Darfour
est une des situations les plus graves qui se soient produites.
C'est pourquoi la convocation de cette session était nécessaire.
Il a estimé que le Conseil des droits de l'homme doit
montrer aux victimes, à l'opinion publique internationale
et aux gouvernements qu'il demeure alerte et qu'il est capable
de réagir face aux violations des droits de l'homme.
Il a ainsi insisté sur l'importance de faciliter le dialogue
et la coopération, et ce en vue d'aider de manière
utile ceux qui peuvent et qui doivent prendre des mesures urgentes
pour améliorer la situation sur le terrain. Le représentant
a à ce titre espéré que cette session aboutira
à un consensus. Le Conseil des droits de l'homme joue en
partie sa crédibilité, a-t-il averti, et nous devons
faire preuve de responsabilité. Enfin, il a espéré
que les autorités soudanaises sauront relever le défi
auquel il est confronté et a souhaité l'assurer
de l'appui de l'Espagne dans ses efforts. Le Conseil est un organe de dialogue et non de confrontation qui doit toujours uvrer en faveur des victimes, a-t-il conclu.
M. JEAN FEYDER (Luxembourg) a rappelé
que cela fait maintenant trois ans que la tragédie du
Darfour frappe la population civile. Des récits de
villages détruits, de traitements brutaux, de torture de
civils, jusque dans les pays voisins, nous parviennent tous les
jours. Quotidiennement, des centaines de civils, particulièrement
de femmes et d'enfants, font l'objet de viols et d'abus sexuels,
utilisés comme armes de guerre. Le Luxembourg appelle donc
toutes les parties prenantes au conflit à cesser immédiatement
les hostilités contre les civils, à respecter les
droits de l'homme et le droit international humanitaire, les accords
de cessez-le-feu et les résolutions pertinentes du Conseil
de sécurité. Le gouvernement du Soudan a la responsabilité
d'assurer une protection adéquate de la population civile,
a dit le représentant. Il a dit sa consternation devant
les attaques contre les travailleurs humanitaires et a appelé
les parties à garantir le libre accès aux personnes
ayant besoin d'assistance. Le Luxembourg souhaite enfin que la
question de l'impunité soit traitée avec tout le
sérieux qu'elle mérite, a déclaré
son représentant.
M. FARAG BIN GHANEMN (Yémen) a exprimé
l'espoir que cette session ne serait pas politisée et permettrait
de régler la question du Darfour en toute équité.
Pour cela, il faut parvenir à trouver des moyens novateurs
de recueillir des informations sûres, sans avoir à
se fier aux médias. L'Accord d'Abuja est un premier
pas vers la résolution de la crise au Darfour, a par ailleurs
souligné le représentant yéménite.
Cet accord doit donc être appuyé par tous. Il faut
en outre trouver des moyens de fournir une assistance, à
savoir une bonne base économique, à la population
du Darfour. De l'avis du Yémen, le Conseil et les membres
de son bureau doivent donc mener une mission d'évaluation
des faits au Darfour.
MME ERIKA FELLER (Haut Commissariat pour les réfugiés)
a rappelé que les déplacements sont le résultat
de combats entre tribus et d'attaques par des milices armées,
des nomades ou le gouvernement du Soudan. Le nombre des déplacés
se monte maintenant à 1,9 millions de personnes, a-t-elle
expliqué. Fournir une assistance dans ce contexte constitue
un énorme défi. Elle a également fait observer
que les quelques améliorations devant découler des
Accords de paix ont du mal à se produire. Le Haut Commissariat
pour les réfugiés a peu accès aux personnes
déplacées, a-t-elle expliqué, ajoutant que
les jours passent et que les conséquences humaines sont
de plus en plus floues. La population du Darfour paie le prix
fort, les familles sont écartelées et les femmes
violentées. Des hommes armés pénètrent
dans les camps la nuit, assaillant hommes et femmes. Elle
a également attiré l'attention du Conseil sur le
fait que les patrouilles pour aller chercher du bois de chauffe
ont dû être suspendues dans de nombreuses localités
pour des raisons de sécurité. Il faut voir comment
remédier aux conséquences humanitaires, a-t-elle
souligné, insistant sur la nécessité que
le Gouvernement soudanais remplisse ses obligations et assure
stabilité et sécurité pour sa population
et les travailleurs humanitaires. Il faut reconnaître la
neutralité et le caractère non politique du travail
humanitaire, a-t-elle conclu.
M. PASQUALE D'AVINO (Italie) a dit son inquiétude
devant la détérioration de la situation sécuritaire,
humanitaire et des droits de l'homme au Darfour. Les attaques
contre les civils se multiplient, aggravées par celles
dirigées contre les travailleurs humanitaires qui leur
portent secours. Le représentant a réclamé
la fin de l'impunité contre les auteurs des violations
et demandé au Conseil de prendre des mesures adéquates.
Le représentant s'est dit encouragé par la réaction
rapide que le Conseil après d'appel du secrétaire
général à la prise en compte de la situation
au Darfour. Le représentant italien a dit espérer
que la session extraordinaire permettra de parvenir à un
résultat efficace et objectif, fondé sur un consensus.
M. ZOHRAB MNATSAKANIAN (Arménie) a relevé
que la présente session extraordinaire du Conseil témoigne
de la vive préoccupation de la communauté internationale
à l'égard de la situation humanitaire très
grave qui prévaut au Darfour, conformément à
ce qu'indiquent les informations émanant de diverses sources
et non pas seulement des Nations unies elles-mêmes. Des
mises en garde ont été adressées à
plusieurs reprises au sujet de cette situation, a rappelé
le représentant arménien. Aussi, l'Arménie
se réjouit-elle de l'émergence d'un consensus quant
à l'urgence d'envoyer une mission d'évaluation dans
la région. L'Arménie reconnaît également
la coopération du gouvernement soudanais avec la Rapporteuse
spéciale spécial sur la situation des droits de
l'homme au Soudan et souligne que cette coopération doit
être maintenue.
M. CARLOS PEREIRA MARQUES (Portugal) a rappelé
que depuis le début du conflit au Darfour entre les forces
du Gouvernement soudanais et les milices alliées d'une
part, et les groupes rebelles d'autre part, plus de 2 millions
de personnes ont été déplacées et
que près de 200'000 personnes ont trouvé la mort.
La dimension de la tragédie humaine est effrayante, a-t-il insisté. Nous avons tous le devoir d'agir, a-t-il poursuivi, car nous avons eu à dire «plus jamais» trop souvent. Le représentant a souhaité saluer le travail de l'Union africaine et les efforts des Nations unies et a appelé le Soudan à respecter ses engagements. Il a en outre salué la volonté du gouvernement du Soudan de participer au dialogue de cette session extraordinaire. Le dialogue et la coopération avec l'Etat concerné est la manière la plus efficace de mettre en uvre les recommandations du Conseil. Il a ainsi espéré que le Conseil sera en mesure d'adopter un consensus à la fin de la présente session et mettre en uvre un mécanisme de suivi crédible et efficace capable d'avoir un impact positif sur la situation des victimes. Les faits et la dimension de la crise sont bien
documentés par les rapports des Nations unies et de l'Union
africaine, a-t-il expliqué, soulignant que la valeur
ajoutée de la mission d'évaluation au Darfour sera
d'évaluer les conséquences de la crise et de faire
des recommandations pour mettre un terme aux violations des droits
de l'homme et garantir que leurs auteurs soient traduits en justice.
MME CAROLINE MILLAR (Australie) a déclaré
que la situation au Darfour appelle un sentiment d'urgence collective
de la communauté internationale. Comme l'a dit Kofi Annan,
il convient d'agir immédiatement en faveur du Darfour.
Cette session extraordinaire doit permettre d'engager une action
bénéficiant d'un large soutien. Ses résultats
devront faire l'objet d'un suivi rigoureux. La réputation
du Conseil dépendra en grande partie des résultats
de cette session extraordinaire et de la clarté et de l'efficacité
de ses résultats. Il convient donc d'envoyer une mission
urgente composée d'experts en droits de l'homme, à
même de procéder à une évaluation impartiale.
Le représentant a par ailleurs fait valoir que le gouvernement
australien a pour sa part déjà accordé une
importante aide financière humanitaire au Darfour depuis
2004 et a délivré 15'000 visas humanitaires depuis
la mi-2003.
M. TONIS NIRK (Estonie) a souligné l'importance
pour le Conseil de répondre immédiatement aux situations
d'urgence humanitaire, conformément à ce qui lui
est demandé dans la résolution 60/251 de l'Assemblée
générale portant création du Conseil. Or,
la situation au Darfour relève incontestablement d'une
situation d'urgence humanitaire. L'Estonie est gravement préoccupée
par les violations des droits de l'homme et du droit international
humanitaire au Soudan. Plus de 70% de la population du Darfour
n'a pas accès à une alimentation de base et la population
civile est victime d'une violence extrême. Face à
cette situation, règne un climat d'impunité. Dans
ce contexte, l'Estonie estime qu'il est crucial que soit de toute
urgence envoyée dans la région une mission d'évaluation
composée d'experts compétents et indépendants
et incluant des procédures spéciales thématiques
ainsi que Mme Sima Samar, Rapporteuse spéciale sur la situation
des droits de l'homme au Soudan.
M. JUAN MARTABIT (Chili) a rappelé que
sa délégation a à de maintes reprises souligné
qu'il est du devoir du Conseil de s'intéresser à
la situation des droits de l'homme au Darfour. La présentation
très détaillée faite par la haut commissaire
à l'ouverture de la 3e session du Conseil a montré
l'urgence de tenir une session extraordinaire, a-t-il estimé.
Citant Louise Arbour, il a rappelé que le gouvernement
du Soudan et les milices armées continuent d'être
responsables de violations sérieuses des droits de l'homme
et du droit international humanitaire. De plus, les attaques
et les violations contre les villages se poursuivent et ont atteint
les niveaux de 2004. Ces informations ne laissent aucun doute
s'agissant des violations des droits de l'homme commises et des
souffrances des populations, a-t-il insisté. Aussi, il
a estimé indispensable que le Conseil envoie une mission
d'évaluation sur le terrain, mission qui rendra compte
à la 4e session du Conseil. Il a souhaité que cette
mission soit composée d'experts et proposé qu'elle
soit présidée par une personnalité éminente.
Pour conclure, il a lancé un appel pour que la coopération
établie entre le Soudan et la Rapporteuse spéciale
s'intensifie.
M. ALIREZA MOAIYERI (Iran) a observé que
le gouvernement du Soudan a déjà pris un certain
nombre de mesures positives, en particulier la coopération
avec les Nations unies, les mécanismes régionaux
tels que l'Union africaine, et la société civile
une coopération qui doit être reconnue par le Conseil.
L'Iran estime que l'Union africaine doit jouer un rôle important
dans la gestion de la situation afin de permettre de réaffirmer
la capacité des Etats africains de résoudre les
problèmes de leur continent. C'est pourquoi l'Iran appelle
les membres du Conseil à adopter les propositions formulées
par le Groupe africain. Le représentant s'est dit inquiet
de la politisation du conflit au Darfour par un groupe d'Etats.
Il est également clair que l'on est confronté à
un cycle de violence dans le contexte de l'anarchie où
est plongée la région, a poursuivi le représentant,
compte tenu que certaines parties n'ont pas ratifié l'accord
de paix d'Abuja. Il est impératif que toutes les parties
respectent le droit international humanitaire et les droits de
l'homme, a conclu le représentant de l'Iran.
M. WARREN W. TICHENOR (Etats-Unis) a indiqué
que son pays était consterné par la violence au
Darfour soudanais et se réjouissait donc de la convocation
de la présente session extraordinaire du Conseil, qui permet
d'attirer l'attention sur la crise en cours. Il est important
de dire clairement que la communauté internationale respecte
la vie humaine. Les Etats-Unis réitèrent leur
forte préoccupation face à la situation humanitaire
déplorable qui prévaut sur le terrain au Darfour,
en raison de la poursuite de la violence exercée par toutes
les parties et exacerbée par le manque d'accès humanitaire
à certaines zones qui se prolonge.
Aussi, les Etats-Unis demandent-ils au gouvernement soudanais
et à tous les groupes armés, notamment aux groupes
rebelles qui n'ont pas signé l'Accord de paix sur le Darfour,
de s'abstenir de toute violence et de rechercher une solution
pacifique à la crise. En attendant la restauration
de la paix et de la sécurité, le gouvernement du
Soudan doit assumer sa responsabilité de protéger
tous les individus contre toute violation des droits de l'homme.
Les Etats-Unis demandent en outre que le Gouvernement soudanais
cesse d'employer les milices janjaouid contre les civils innocents
du Darfour.
Les États-Unis sont par ailleurs alarmés par
la propagation de la violence au Tchad et dans la République
centrafricaine voisins, ce qui constitue une menace plus large
pour la stabilité régionale de l'Afrique et le bien-être
des citoyens de ces pays. Il faut que le gouvernement soudanais
accepte immédiatement et totalement l'Accord de paix signé
le 16 novembre 2006 à Addis-Abeba, qui demande une opération
hybride impliquant les Nations unies et l'Union africaine au Darfour
- opération qui aurait un caractère essentiellement
africain et serait commandée et contrôlée
par les Nations unies. La communauté internationale
n'acceptera pas la tentative du gouvernement soudanais de renégocier
l'Accord d'Addis-Abeba. Une opération de maintien de
la paix effective et forte doit être déployée
dès maintenant, a insisté le représentant
des Etats-Unis.
M. ANDREJ LOGAR (Slovénie) a souligné
que la question du Darfour est présente dans l'esprit de
tous depuis longtemps. Les informations faisant état de
la situation déplorable du Darfour sont nombreuses et fiables,
a-t-il expliqué, soulignant à que la mise à
jour de la situation sur le terrain effectuée par Louise
Arbour est à cet égard effrayante. Il a ainsi rappelé
que le gouvernement du Soudan doit respecter sa principale
obligation qui est de protéger sa population et souhaité qu'il s'assure que les sévices perpétrés ne restent pas impunis. Il a expliqué que sa délégation est surtout préoccupée par la situation des enfants, qu'il a qualifié d'avenir du Darfour. Il a ainsi indiqué que près de 1,8 million d'enfants ont été affectés par le conflit, qu'ils en aient été témoins ou qu'ils en aient directement soufferts. Cette violence contre les enfants aura des conséquences à long terme, a-t-il averti. Pour conclure, il a estimé que cette session extraordinaire est un test crucial pour le Conseil. Il a exhorté toutes les parties à mettre de côté les sympathies politiques, régionales, culturelles et religieuses et à assurer que la situation au Darfour fasse l'objet d'une évaluation objectif, indépendante et fiable.
MME ORSOLYA TOTH (Hongrie) a déclaré
que son pays est très inquiet des conditions régnant
au Darfour, que ce soit dans le domaine humanitaire, des droits
de l'homme ou en matière de sécurité. Il
convient dans ce contexte de veiller plus particulièrement
aux intérêts des plus vulnérables, femmes
et enfants en particulier. Le gouvernement du Soudan doit assumer
une double responsabilité : d'abord celle de protéger
ces personnes des attaques, ensuite de ne pas se livrer lui-même
à de tels agissements. Le gouvernement doit également
garantir des recours juridiques indépendants et impartiaux
au profit des victimes. La Hongrie estime que la communauté
internationale dispose dès à présent d'informations
fiables et crédibles sur la situation des droits de l'homme
au Darfour, et ce grâce aux rapports du secrétaire
général des Nations unies, du Rapporteur spécial
et du Haut Commissariat aux droits de l'homme. C'est pourquoi
le Conseil devrait envoyer une mission sur place chargée
d'identifier les moyens de venir en aide au Gouvernement du Soudan
dans ses efforts d'application des recommandations visant à
améliorer la situation des droits de l'homme au Darfour,
qui est très grave, a estimé la représentante
hongroise.
MME MARIE LOUISE OVERVAD (Danemark) a rappelé
que son pays avait appuyé la convocation de la présente
session extraordinaire sur le Darfour. Il est important de reconnaître
le caractère urgent de la situation au Darfour. La crise
s'étend dans la partie orientale du Tchad et dans la partie
septentrionale de la République centrafricaine, a relevé
la représentante. Nous assistons à une catastrophe
provoquée par l'homme d'une ampleur horrible, a-t-elle
poursuivi; des centaines de milliers de personnes ont déjà
perdu la vie et des millions d'individus continuent d'être
déplacés. Le viol et les meurtres aveugles sont
quelques-unes des terribles armes utilisées dans ce conflit
qui se détériore.
Au cours de la présente session extraordinaire, il convient pour le Conseil de trouver un moyen d'uvrer à la recherche de moyens qui permettront d'éviter une nouvelle escalade de la violence et des violations des droits de l'homme. Lors de sa récente session, le Conseil a adopté une résolution sur le Darfour qui n'a pas constitué une réponse suffisante à la situation véritable telle qu'elle existe actuellement; nous devons remédier à cela et cette session extraordinaire constitue à cet égard un pas dans la bonne direction. Une autre étape nécessaire consistera à envoyer une mission d'expert indépendante, a affirmé la représentante danoise. En effet, une quantité importante d'informations crédibles existent déjà; mais des informations complémentaires pourraient nous aider à décider d'un suivi concret et effectif à notre prochaine session.
M. FRANCISCOS VERROS (Grèce) a salué
l'ampleur du soutien fourni par les délégations
de tous les groupes géographiques à la demande de
convocation d'une session spéciale du Conseil sur la situation
du Darfour. C'est une preuve que des délégations
peuvent, quand les situations l'exigent, dépasser les clivages
des groupes géographiques pour agir selon des critères
objectifs, a-t-il estimé. Il a souligné que la tragédie
du Darfour est reconnue par la société internationale
comme ayant les dimensions d'une crise humanitaire majeure, avec
des effets atroces pour les groupes les plus vulnérables
de la population. Il est par conséquent évident
que la convocation du Conseil répond à une nécessité
objective, loin d'émaner d'une volonté de sélectivité,
a-t-il fait observer. D'autre part, il a indiqué que sa
délégation partage la conviction que l'impunité
pour ceux qui se sont rendus coupables de tels crimes serait inconcevable.
Il a rappelé la compétence de la Cour pénale
internationale à cet égard. Pour conclure, le représentant
grec s'est montré convaincu que l'organisation d'une mission
spéciale au Darfour mandatée par le Conseil s'impose
face à la situation actuelle. Le rôle du président
quant à la composition de cette mission pourrait être
décisif, a-t-il estimé, soulignant qu'une formule
qui ferait l'unanimité est loin d'être impossible.
M. WEGGER STROMMEN (Norvège) a déclaré
que son pays est très inquiet de la situation au Darfour
: la spirale de violence et les attaques menées contre
des villages ont des conséquences dramatiques pour les
populations civiles de la région. Ces derniers jours,
des travailleurs humanitaires ont dû être évacués
et redéployés au nord et au sud du Darfour, suite
à des attaques directes contre eux. Le manque d'accès
et les entraves aux opérations humanitaires compromettent
toute l'aide humanitaire au Darfour. Les combats doivent cesser,
a demandé le représentant, les civils protégés
et les agences humanitaires respectées. Le gouvernement
soudanais doit assumer ses responsabilités touchant à
la protection de ses populations. De même, toutes les parties
en conflit devraient s'engager à garantir l'accès
humanitaire.
La Norvège estime que seul un processus politique
crédible sera à même d'apporter des solutions
durables à la crise au Darfour. Toutes les parties,
même celles n'ayant pas signé les accords de paix,
devraient à cet égard s'engager à respecter
les accords de cessez-le-feu. La Norvège estime par ailleurs
dignes de foi les informations fournies par le Haut Commissaire
aux droits de l'homme et le Secrétaire général
et est favorable à l'envoi d'une mission indépendante
du Conseil sur le terrain, dont la mission serait d'émettre
des recommandations sur la conduite à tenir.
M. ITZHAK LEVANON (Israël) a déclaré
que s'il existe un signe positif et encourageant depuis la création
du Conseil, c'est incontestablement celui qu'envoie la présente
session extraordinaire sur le Darfour afin de traiter ce que M.
Jan Egeland a qualifié de pire catastrophe humanitaire
du monde et d'affront à l'humanité. Le gouvernement
soudanais prêche la rhétorique de la paix, mais promeut
la réalité de la destruction, a déclaré
le représentant israélien. Il faut veiller à
ne pas répéter l'Histoire, a-t-il averti. Ces jours-ci,
a-t-il ajouté, on se moque du souvenir des horreurs de
l'Holocauste avec des initiatives telles que la Conférence
sur le déni de l'Holocauste convoquée en Iran. Y
aura-t-il dans soixante ans une conférence qui déniera
le fait que des centaines de milliers d'innocents ont péri
au Darfour ?
M. MOHAMMAD ABU-KOASH (Palestine) s'est dit impressionné
par les paradoxes dont le Conseil est témoin. Kofi Annan
a lancé un message enregistré ce matin, alors qu'il
ne l'avait pas fait lors des sessions extraordinaires précédentes
sur la Palestine et le Liban. Est-ce une coïncidence que
le secrétaire général des Nations unies intercède
en faveur de la session extraordinaire sur le Darfour, celle-là
même initiée par le groupe des pays occidentaux,
s'est-il demandé. Il s'est également dit impressionné
par la déclaration éloquente faite par le haut commissaire,
ainsi que le nombre de rapports sur le Darfour produits par le
Haut Commissariat. Nous nous demandons pourquoi la haut commissaire
n'a rédigé aucun rapport sur les violations des
droits de l'homme commises par Israël, a-t-il souligné.
D'autre part, il s'est dit amusé de voir qu'Israël
se soit porté co-auteur de la résolution sur la
situation des droits de l'homme au Darfour. Il a ainsi souligné
qu'Israël soutient l'envoi d'un Rapporteur spécial
au Soudan, alors qu'il refuse la mission du Rapporteur spécial
sur la Palestine et s'oppose à la Commission d'enquête
sur le massacre de Beit Hanoun. Pour conclure, il a félicité
les efforts déployés par le Soudan et l'Union africaine
pour faire face à cette situation et demandé à
la communauté internationale d'assister le Gouvernement
du Soudan dans ses efforts. La résolution qu'adoptera le
Conseil ne doit pas refléter les positions d'un seul groupe,
mais respecter les préoccupations du Groupe africain qui
est le groupe concerné, a-t-il souligné.
MME AMY LAURENSON (Nouvelle-Zélande) a
admis que le Gouvernement du Soudan a coopéré avec
les Rapporteurs spéciaux en visite sur son sol. Cependant,
il faudra faire davantage pour remédier à la situation.
Il appartient notamment à toutes les parties en conflit
de mettre un terme à la violence, à signer les accords
de paix et à les respecter. La sécurité des
organisations humanitaires doit être garantie et les responsables
des attaques contre les civils traduits en justice. Dans les circonstances
actuelles, le déploiement d'une mission des Nations
unies est la meilleure chance de protéger, promouvoir et
contrôler la situation des droits de l'homme dans cette
région et de garantir la sécurité des
travailleurs humanitaires et des civils. Le Conseil doit identifier
quelles contributions efficaces et concrètes elle peut
apporter aux efforts de la communauté internationale, a
conclu la représentante.
M. ALEX VAN MEEUWEN (Belgique) a déclaré
que des témoignages convergents émanant de sources
dignes de foi prouvent qu'en ce moment, plus de trois millions
de personnes au Darfour ont un besoin urgent de protection, d'aide
et d'assistance. Il a insisté sur la nécessité
de protéger, de prévenir et de mettre fin à
l'impunité et donc de garantir le fonctionnement de la
justice. La première responsabilité de protéger
les civils contre les violations des droits de l'homme et la violence
incombe au gouvernement du Soudan, a rappelé le représentant
belge. Il a demandé au Soudan de mettre fin à
l'impunité et de coopérer avec la Cour pénale
internationale. En décidant d'envoyer une mission d'évaluation
de la situation constituée de personnes véritablement
indépendantes et expertes, la communauté internationale
enverra un message sans équivoque. La violence au Darfour
doit cesser maintenant, a conclu le représentant belge.
MME ALICIA MARTIN (Nicaragua) a estimé
que la tenue de cette session extraordinaire vient renforcer la
crédibilité du Conseil. Il est temps de mettre
fin au conflit qui a cours au Darfour, a-t-elle souligné,
rappelant que ce sont les civils et surtout les femmes et les
enfants qui sont le plus touchés par le conflit. Elle a
reconnu que le Gouvernement soudanais a fait des efforts pour
régler cette situation. Sans paix durable, les droits de
l'homme ne pourront prévaloir, a-t-elle insisté,
ajoutant que pour surmonter la situation, le Gouvernement du Soudan
doit pouvoir compter sur l'aide de la communauté internationale.
Rappelant qu'il importe que le Conseil trouve des moyens urgents
pour faire face à la crise humanitaire, elle s'est montrée
en faveur de l'envoi d'une mission spéciale d'évaluation
de la situation des droits de l'homme au Darfour et espéré
qu'un esprit de coopération prévaudra au sein du
Conseil.
MME ISABEL FROMMELT (Liechtenstein) a notamment
déclaré que la coopération est le terme clé
quand il s'agit de mettre un terme aux violations des droits
de l'homme et du droit international humanitaire au Darfour.
Le gouvernement du Soudan a l'obligation de protéger les
civils, en particulier les femmes et les enfants, contre toutes
les formes de violence. Le fait que certaines parties au conflit
n'aient pas signé les accords de paix au Darfour ne justifie
pas que le Gouvernement omette de prendre toutes les mesures nécessaires
pour protéger les populations civiles, a dit la représentante,
estimant par ailleurs que la lutte contre l'impunité est
vitale pour éviter une nouvelle détérioration
de la situation des droits de l'homme. La représentante
a appelé les parties au conflit à garantir un accès
libre aux populations ayant besoin d'assistance.
DROIT DE REPONSE
MME FOROUZANDEH VADIATI (Iran) a jugé
ironique que le représentant du régime israélien,
puissance occupante, détourne l'attention du Conseil en
évoquant la Conférence qui se tient actuellement
à Téhéran. Il ne s'agit pas ici du déni
de l'Holocauste, mais d'étudier divers aspects de l'Holocauste.
Le peuple palestinien, quant à lui, est victime d'un holocauste.
Source : Nations unies, Genève, décembre
2006.
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