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CONSEIL DES DROITS DE L'HOMME, JUIN 2006 / LA SESSION INAUGURALE
__Un projet de convention sur les disparitions forcées
Le Conseil des droits de l'homme a examiné, le
27 juin 2006, le rapport du Groupe de travail chargé
d'élaborer un projet d'instrument juridique normatif juridiquement
contraignant pour la protection de toutes les personnes contre
les disparitions forcées.
Le Président du Groupe de travail, M. Bernard Kessedjian,
a précisé que le projet de convention compte quarante-cinq
articles visant à interdire la pratique des disparitions
forcées, sans aucune exception, pratique qualifiée
de crime contre l'humanité quand elle est systématique.
La plus grande innovation réside dans les mesures prévues
pour prévenir le crime, qui tiennent à une action
administrative renforcée. Le droit des victimes et de leurs
familles, leurs enfants notamment, a fait l'objet d'une attention
particulière. Une discussion a permis d'établir
le concept de droit de savoir la vérité", droit
vital pour prévenir et réparer le crime de l'oubli,
auquel doivent s'opposer la vérité et la mémoire
vivante. Le projet propose aussi d'instituer un Comité
des disparitions forcées, composé de dix membres,
doté notamment de pouvoirs de visite dans les États.
Plusieurs membres du Conseil ont salué le fait que le
projet érige les pratiques de disparitions forcées
en véritables crimes, voire en crimes contre l'humanité
selon leur degré de gravité, et qu'il consacre le
principe des réparations dues aux victimes et à
leurs familles. Certains intervenants ont appelé à
l'adoption par acclamation du projet de convention pendant la
présente session du Conseil des droits de l'homme et son
renvoi à la prochaine session de l'Assemblée générale
pour adoption définitive. La Russie, entre autres Etats,
a fait valoir sa satisfaction de constater que le projet responsabilisait
les acteurs non étatiques auteurs de disparitions forcées.
Le rôle important des associations de familles de personnes
disparues, comme inspiratrices de l'action des instances des droits
de l'homme, a été plusieurs fois mentionné.
Les délégations des Etats membres suivants
se sont exprimées dans le cadre de l'examen du rapport
sur la convention relative aux disparitions forcée : Autriche
(au nom de l'Union européenne), Cuba, Uruguay, Mexique,
Inde, Indonésie, France, Argentine, Maroc, Brésil
(en son nom propre et au nom du Groupe des pays d'Amérique
latine et des Caraïbes), Fédération de Russie,
Japon, Guatemala, Equateur, Pakistan, Chine, Azerbaïdjan,
Algérie, Sénégal, Bangladesh et Cameroun.
Les représentants du Costa Rica, de l'Espagne, du Chili,
de la Belgique, des Etats-Unis, de la Grèce et de la Bolivie
ont également pris la parole, ainsi que le Comité
international de la Croix-rouge, le Centre d'information pour
les droits de l'homme aux Philippines, Federación Latinoamericana
de Asociaciones de Familiares de Detenidos-Desaparecidos (au nom
également de Amnesty International, Commission internationale
des juristes, Service international pour les droits de l'homme,
Fédération internationale des ligues des droits
de l'homme, Human Rights Watch), Fédération mondiale
des associations des Nations unies, Familles des victimes des
disparitions forcées, Assemblée permanente des droits
de l'homme, Union d'action féminine, Conseil consultatif
des droits de l'homme du Maroc.
LA PRESENTATION DU RAPPORT DU GROUPE DE TRAVAIL
M. BERNARD KESSEDJIAN, président Groupe de travail
intersessions, à composition non limitée, chargé
d'élaborer un projet d'instrument normatif juridiquement
contraignant pour la protection de toutes les personnes contre
les disparitions forcées, présentant son rapport
a précisé que le document était le résultat
équilibré obtenu auprès des discussions ardues
et objectives ayant caractérisé trois ans de travaux.
Le Groupe de travail a notamment bénéficié
de l'expertise de M. Louis Joinet, parmi de nombreux experts et
associations concernées. Le projet de Convention compte
quarante-cinq articles allant à l'essentiel. Le texte
interdit désormais la pratique des disparitions forcées,
sans aucune exception, pratique qu'il qualifie de crime contre
l'humanité quand elle est systématique. La plus
grande innovation réside sans doute dans les mesures prévues
pour prévenir le crime, qui tiennent à une action
administrative renforcée.
Le droit des victimes et de leurs familles, leurs enfants notamment,
a fait l'objet d'une attention particulière. Une longue
discussion a permis d'établir, en droit, le concept de
"droit de savoir la vérité". Ce droit
est vital pour prévenir et réparer le crime de l'oubli,
auquel doivent s'opposer la vérité et la mémoire
vivante. La question des auteurs du crime - l'Etat, directement
ou par l'intermédiaire de ses agents - montre que les disparitions
forcées sont un crime d'Etat. Des interlocuteurs ont attiré
l'attention du Groupe sur la responsabilité d'autres acteurs,
non étatiques; le Groupe a donc adopté une disposition
reconnaissant leur pleine culpabilité le cas échéant,
tout en maintenant la nécessité pour les Etats coupables
de rendre compte et de procéder à des réparations.
Le projet propose aussi d'instituer un Comité des disparitions
forcées, composé de dix membres, doté
notamment de pouvoirs de visite dans les Etats.
Le rapport du Groupe de travail intersessions, à composition
non limitée, chargé d'élaborer un projet
d'instrument normatif juridiquement contraignant pour la protection
de toutes les personnes contre les disparitions forcées
(E/CN.4/2006/57) présente l'état d'avancement du
texte du projet de texte. Le Groupe de travail a poursuivi la
discussion du projet d'instrument, et a entrepris une révision
complète du texte. A la fin des débats, le Président
du Groupe de travail a constaté qu'il n'y avait pas d'obstacle
à la transmission du projet à la Commission et que
la négociation au sein du Groupe était donc terminée.
Le projet, sur lequel le Conseil devra se prononcer, figure en
annexe au rapport.
OBSERVATIONS ET QUESTIONS DES DELEGATIONS
MME ELISABETH ELLISON-KRAMER (Autriche, au nom de l'Union
européenne) a déclaré que les disparitions
forcées ne sont pas un crime du passé et ne sont
pas limitées à une région spécifique.
Sur les cinq continents, des personnes continuent à disparaître
sans que leur sort soit jamais élucidé. La nécessité
d'une convention internationale sur ce sujet est donc évidente.
La convention constituera un outil puissant permettant d'éviter
les disparitions forcées dans l'avenir. L'Union européenne
appelle la prompte adoption de la convention par le Conseil et
sa présentation devant l'Assemblée générale
cet automne.
M. JUAN ANTONIO FERNÁNDEZ PALACIOS (Cuba)
a déclaré que son pays aurait apprécié
que ce texte, qui consacre le droit de ne pas disparaître
et qui reconnaît le droit des victimes à obtenir
réparation, aille plus loin et que reconnaisse l'imprescriptibilité
du crime de disparition forcée. Mais l'adoption de cette
convention constituera une étape importante dans la lutte
contre cette pratique. Cuba demande que ce texte soit adopté
par consensus par le Conseil et soit rapidement renvoyé
à l'Assemblée générale pour adoption.
M. RICARDO GONZÁLEZ ARENAS (Uruguay) a
dit que son pays est convaincu que la convention marquera un progrès
dans la lutte contre ce fléau contre les droits de l'homme.
Cinq facteurs font la qualité de ce projet de convention,
a dit le représentant: il fonde le droit de chacun de ne
pas être soumis à cette forme de violation de ses
droits; il oblige les Etats à se doter des moyens de rechercher
et trouver les personnes disparues; il établit qu'il s'agit
d'un bien crime contre l'humanité; il pose le droit pour
les victimes de recevoir réparation et enfin oblige les
Etats de sanctionner particulièrement sévèrement
les coupables d'enlèvements d'enfants.
MME ELIA SOSA (Mexique) a rappelé que
la qualification du délit de disparition forcée
est encore une avancée plus grande que la convention elle-même.
Il est primordial de réaffirmer que la pratique généralisée
de disparitions forcées constitue bien un crime contre
l'humanité. Le Mexique a dit espérer que la convention
soit adoptée par acclamation et soit renvoyée cet
automne devant l'Assemblée générale.
M. AJAI MALHOTRA (Inde) a estimé que la communauté internationale doit mettre l'accent sur le renforcement de la capacité des Etats à mettre en uvre le texte présenté. L'Inde n'est pas convaincue de la nécessité d'une convention séparée et aurait préféré que l'on élabore un protocole facultatif au Pacte international relatif aux droits civils et politiques. L'Inde souligne que la définition de la disparition forcée énoncée par le projet de convention est ambiguë. L'absence des entités non étatiques n'est pas non plus la bienvenue.
MME WIWIEK SETYAWATI (Indonésie) a déclaré
qu'il fallait absolument éradiquer les disparitions forcées
et a assuré que son pays souscrivait pleinement au principe
de tolérance zéro à cet égard. Néanmoins,
un instrument aussi important que le projet de convention aurait
dû recueillir un consensus plus large au cours des discussions.
Lors des délibérations, certains pays ont en effet
avancé des préoccupations concernant certains points
précis du dispositif, préoccupations partagées
en partie par l'Indonésie. Toutefois, compte tenu de l'importance
de ce texte, l'Indonésie espère que le Conseil examinera
ce texte de manière positive.
M. JEAN-MAURICE RIPERT (France) s'est dit convaincu
que le projet de convention internationale comble un vide juridique.
La convention fait avancer le droit en définissant un nouveau
crime: le crime de disparition forcée, et en consacrant
le droit de ne pas disparaître et le droit de savoir. Ces
droits correspondent à des exigences fondamentales. La
convention constitue un véritable test pour le nouveau
Conseil. "Prenons nos responsabilités et adoptons
le projet de convention avant la fin de notre session", a
conclu le représentant.
M. SERGIO CERDA (Argentine) a déclaré
que le projet de convention pour la protection de toutes les personnes
contre les disparitions forcées devrait être adopté.
Il a estimé que l'opinion publique mondiale attend beaucoup
de la présente session du Conseil. Le Groupe de travail
a conclut ses travaux avec succès en 2005, aboutissant
au projet actuellement soumis, et il devrait être adopté
par consensus. Le texte tient compte de tous les besoins et préoccupations;
le résultat est un projet de convention équilibré.
Le représentant argentin a en outre souligné les
excellentes contributions conceptuelles et pratiques faites par
les organisations non gouvernementales, en particulier les associations
de victimes. Le texte comprend en outre des sanctions pénales
concernant l'enlèvement d'enfants dans le conteste des
disparitions forcées, question à laquelle l'Argentine
accorde une importance particulière.
M. OMAR KADIRI (Maroc) a déclaré
que la convention viendra combler un vide et renforcer ainsi l'arsenal
juridique international pour la protection des droits de l'homme.
Le Maroc a participé activement aux travaux de préparation
de ce texte important qui garantit en particulier aux victimes
le droit aux réparations. Le Maroc a aussi manifesté
sa ferme volonté de clore le dossier des disparitions forcées
s'étant produites au Maroc par le passé, et présenté
l'action de l'instance nationale de vérité et réconciliation
dans ce domaine. Le Maroc réaffirme ainsi son appui au
texte et exprime le souhait que la prochaine Assemblée
générale des Nations unies fera de même lors
de sa prochaine session.
M. CLODOALDO HUGUENEY (Brésil, au nom
du Groupe des Etats d'Amérique latine et des Caraïbes)
a lancé un appel au Conseil afin qu'il adopte par acclamation
le projet de convention pour la protection de toutes les personnes
contre les disparitions forcées, un texte dont la fonction
est humanitaire au sens strict du terme. Le Conseil devrait ensuite
transmettre le projet de convention à l'Assemblée
générale en vue de son entrée en vigueur
à brève échéance.
MME MARINA KORUNOVA (Fédération de
Russie) a déclaré que l'on ne saurait exagérer
l'importance du problème abordé par le projet de
convention, surtout quand on apprend les nouveaux crimes qui se
produisent pratiquement chaque jour, ainsi de l'enlèvement
et de l'assassinat récents de quatre diplomates russes
en Irak. Le Conseil doit donc accorder à ce thème
une attention égale à celle que lui portait l'ancienne
Commission. L'adoption du texte permettra de renforcer l'arsenal
juridique de protection des libertés et la Russie est particulièrement
satisfaite de la présence de dispositions responsabilisant
les acteurs non étatiques auteurs de tels crimes. Il s'agit
là d'une manière très opportune de refléter
les changements contemporains, a estimé la représentante.
M. TETSUYA KIMURA (Japon) a déclaré
que la communauté internationale se doit de combattre les
disparitions forcées. Le Japon se félicite des travaux
accomplis à cet égard par le Groupe de travail sur
les disparitions forcées, dont le rapport reflète
bien toutes les préoccupations qui se sont exprimées
lors des travaux. Le Japon souhaite se porter co-auteur du projet
de résolution présenté par la France sur
l'adoption du projet de convention sur la protection de toutes
les personnes contre les disparitions forcées.
MME CARLA RODRÍGUEZ MANCIA (Guatemala)
a dit sa satisfaction de constater que le projet de convention
tient compte du fait que les disparitions forcées peuvent
être le fait d'acteurs non étatiques. Il est aussi
bon que les Etats soient désormais formellement tenus de
poursuivre les auteurs des violations. A cet égard, le
Guatemala a déjà pris, au niveau interne, des dispositions
permettant d'intensifier les recherches de personnes disparues.
Le Guatemala approuve fermement le projet de convention et espère
qu'il sera adopté lors de cette session du Conseil.
M. GALO LARENAS SERRANO (Equateur) s'est félicité
de la qualité du rapport du Groupe de travail sur les disparitions
forcées. Il faut accorder la protection voulue au droit
à la vie. La disparition forcée est une violation
flagrante du droit à la vie dont les conséquences
sont particulièrement néfastes pour les familles
des victimes. L'Equateur est favorable à l'adoption du
texte sous la forme d'un instrument international juridiquement
contraignant.
MME TEHMINA JANJUA (Pakistan) a déclaré
que le renforcement du cadre juridique en matière de lutte
contre les disparitions forcées, une violation très
grave du droit à la vie, était une démarche
très importante. Le Pakistan a toujours appuyé les
travaux du Groupe, qui a fait un effort sincère pour parvenir
à un résultat équilibré. L'adoption
de la convention par le Conseil permettra à ce dernier
de se montrer sous un jour plus humain, a estimé la représentante.
M. DONG ZHIHUA (Chine) s'est félicité
que le Groupe de travail ait fondé son approche sur le
consensus. C'est seulement de cette manière que les instruments
internationaux peuvent jouer un rôle important. La Chine
espère que la convention pourra dissiper les hésitations
que pourraient avoir certains pays quant à son application.
M. MAMMAD TALIBOV (Azerbaïdjan) a déclaré
que le Groupe de travail avait parcouru un chemin important, le
Conseil devant maintenant se prononcer sur ses travaux. Le phénomène
des disparitions forcées est extrêmement grave, il
faut le combattre et le prévenir. L'Azerbaïdjan est
coauteur du projet de résolution, dont l'adoption symboliserait
l'engagement de la communauté internationale dans ce domaine.
M. IDRISS JAZAÏRY (Algérie) a déclaré
que son pays se félicitait du consensus qui semble se dégager
au sein du Conseil sur l'adoption du projet de convention internationale
sur la protection de toutes les personnes contre les disparitions
forcées. L'Algérie se joint à ce consensus
et souhaite que l'adoption de cette convention consacre une véritable
amélioration de la protection de la personne de par le
monde.
M. ABDUL WAHAB HAIDARA (Sénégal)
a déclaré qu'il était difficile d'être
toujours à l'abri d'une disparition forcée, le texte
considéré renforçant à cet égard
non seulement cette liberté fondamentale, mais toutes les
libertés individuelles au plan international.
M. HEMAYETUDDIN (Bangladesh) a souligné
que les disparitions forcées sont probablement l'une des
pires violations des droits de l'homme. Le Bangladesh s'est d'ailleurs
doté de lois très sévères pour lutter
contre ce phénomène. Il souhaite se joindre au consensus
sur l'adoption du projet de convention pour la protection de toutes
les personnes contre les disparitions forcées.
M. SAMUEL MVONDO AYOLO (Cameroun) a déclaré
que la question des disparitions forcées continue de s'aggraver
et prend actuellement une dimension universelle. Le représentant
a salué le côté équilibré du
projet et son rôle novateur. Les auteurs - étatiques
ou non - sont désormais prévenus de la gravité
de leurs actes. Le Cameroun s'est porté coauteur du projet
de résolution par lequel le Conseil proposera à
l'Assemblée générale d'adopter la convention.
MME CORDULA DROEGE (Comité international de
la Croix-rouge) s'est dite gravement préoccupée
par le sort des personnes disparues. La disparition forcée
est une violation grave du droit humanitaire et du droit international
des droits de l'homme. L'interdiction de la disparition forcée
ne doit être susceptible d'aucune exception. Pour lutter
contre les disparitions forcées, il faut agir de manière
préventive et c'est précisément la raison
pour laquelle le projet de convention est aussi important. Ce
projet énonce par exemple que toute personne privée
de liberté doit être enregistrée et doit bénéficier
d'un contact avec sa famille. Le CICR se félicite que de
tels éléments soient énoncés par une
convention mais appelle les Etats à redoubler d'efforts
pour mettre un terme aux disparitions forcées.
M. LUIS VARELA QUIROS (Costa Rica) a déclaré
que son pays avait participé activement aux travaux autour
de ce texte. Un instrument de nature universelle est nécessaire
qui puisse répondre aux besoins des Etats et fixer leurs
obligations en matière de lutte et de réparation.
Les victimes ne doivent pas être oubliées et il faut
espérer que la convention permettra le respect universel
de ce droit des personnes par les acteurs étatiques et
non étatiques.
M. JOAQUÍN MARÍA DE ARISTEGUI LABORDE
(Espagne) a toujours estimé que la lutte contre
les disparitions forcées était une priorité
absolue. Le Conseil devrait adopter ce projet de convention car
ce texte viendra utilement compléter les règles
internationales relatives à la lutte contre l'impunité,
notamment, et parce qu'il répond aux attentes légitimes
des victimes, des membres de leurs familles et de leurs proches.
L'Espagne souhaite être un des premiers signataires du texte.
M. PATRICIO UTRERAS (Chili) a rappelé
que le caractère préventif de cette convention est
primordial, notamment les obligations suivantes: l'interdiction
de la détention secrète qui oblige les États
à enregistrer toutes les détentions; l'obligation
de fournir des informations détaillées sur les conditions
de détention et la garantie d'une procédure judiciaire
rapide et avec un recours. Cette convention est une réponse
appropriée à l'attente de la communauté internationale.
Elle devrait être adoptée par consensus, a conclu
le représentant.
M. BART OUVRY (Belgique) a salué l'action
du Président du Groupe de travail, qui a permis d'aboutir
à un consensus sur le texte. Le représentant a dit
la détermination des familles des personnes disparues,
l'un des moteurs du travail des organes des droits de l'homme
en vue de l'adoption d'un texte susceptible d'améliorer
le sort des victimes et de leurs familles. Le représentant
belge a aussi souligné le rôle crucial de la société
civile et des organisations non gouvernementales dans les travaux
du Groupe de travail. La convention adoptée par l'Assemblée
générale devra ensuite être appliquée,
a prévenu le représentant.
MME PAULA BARTON (Etats-Unis) a demandé
au Conseil de faire référence au document écrit
soumis au Secrétariat qui contient l'interprétation
légale et les réserves des Etats-Unis s'agissant
du texte du projet de convention.
M. FRANCISCOS VERROS (Grèce) a remercié
le président du Groupe de travail et appelé le Conseil
à adopter le texte par consensus. Ce projet est un pas
important en direction des familles des personnes disparues et
comblera un vide juridique important, permettant notamment la
poursuite de ces crimes devant les juridictions pénales
internationales.
La représentante de la Bolivie a rappelé
que l'incertitude constante que vivent les familles en cas de
disparition constitue également un cas de torture. Il est
urgent de mettre en place des mécanismes juridiques internationaux
pour sanctionner toutes ces pratiques. La représentante
a prié tous les Etats membres du Conseil à adopter
le projet de convention a sa présente session.
MME MARY AILEEN BACALSO (Centre d'information pour
les droits de l'homme aux Philippines) a souhaité faire
entendre la voix du continent asiatique, où sont disparues
de très nombreuses personnes, que ce soit en Chine, au
Cachemire, en Indonésie, aux Philippines, à Sri
Lanka ou en Thaïlande. La société et les familles
ont été très choquées par ces disparitions
et attendent avec impatience l'adoption de la convention, qui
leur donnera des droits non seulement face aux criminels, mais
aussi vis-à-vis des Etats, qui seront obligés d'agir.
MME MARTA OCAMPO VÁSQUEZ (Federación
Latinoamericana de Asociaciones de Familiares de Detenidos-Desaparecidos)
a rappelé que les disparitions forcées constituent
la négation même de l'être humain. Ce projet
de convention vient combler une lacune intolérable pour
lutter contre cette violation si grave des droits de l'homme.
La convention fournira à la communauté internationale
un instrument juridique lui permettant de lutter efficacement
contre les disparitions forcées et constituera aussi un
message fort.
MME BRUMA MOLINA FAIDUTTI (Fédération
mondiale des associations des Nations unies) a dit que son
organisation saluait les conclusions du Groupe de travail, faisant
remarquer que c'est grâce à l'action des associations
des familles de victimes que ce problème est parvenu sur
le devant de la scène des droits de l'homme. La convention
une fois adoptée sera un instrument juridique important
car elle fondera le droit de chacun d'exiger de connaître
les circonstances d'une disparition forcée. La convention
prévoit aussi le principe important des réparations
dues aux victimes et à leurs familles. La convention mérite
donc pleinement d'être adoptée par le Conseil des
droits de l'homme, a dit la représentante.
MME MILDA SUMILLA (Familles des victimes des disparitions
involontaires) a rappelé que les yeux de milliers de
disparus étaient portés sur le Conseil des droits
de l'homme et qu'il devait absolument adopter cette convention.
M. HORACIO RAVENNA (Assemblée permanente des
droits de l'homme) a dit que l'instrument proposé,
avec ses "clairs-obscurs", comportait plusieurs aspects
très positifs: définition des disparitions comme
un crime contre l'humanité, réaffirmation du principe
d'extradition, suppression de la prescription. L'article 24 donne
une définition suffisamment ouverte de la notion de victimes.
La convention est une contribution capitale pour l'avenir des
droits de l'homme. Le Conseil doit continuer d'améliorer
les instruments de protection des droits de l'homme et, donc,
approuver le projet qui lui est soumis.
M. OUARDI ZAHNA (Union de l'action féminine)
a estimé qu'une une fois ratifiée, cette convention
constituera un instrument fondamental. Le représentant
a dit espérer que le Maroc ratifiera cette convention sans
réserve afin de renforcer les droits de l'homme dans ce
pays et lutter contre l'impunité.
M. MAHJOUB EL HAIBA (Conseil consultatif des droits
de l'homme du Maroc) a dit que son organisation, qui a participé
au processus de justice transitoire engagé au Maroc, estime
que la convention participera de manière décisive
à la défense du droit à la vérité
et qu'elle renforcera la paix et la sécurité dans
le monde. Le Conseil estime aussi que la convention permettra
la mise en place de bonnes conditions de réconciliation
dans les Etats touchés par les disparitions forcées.
Il est à espérer qu'elle entrera en vigueur au plus
tôt, a conclu le représentant.
M. BERNARD KESSEDJIAN, Président-Rapporteur du
Groupe de travail, a tenu à dire en conclusion qu'il était
très touché par les appréciations positives
portées sur le travail du Groupe de travail.
Source : Nations unies, Genève, 27 juin 2006.
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