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CONSEIL DES DROITS DE L'HOMME, JUIN 2006 / LA SESSION INAUGURALE
__Le projet de déclaration sur les droits des peuples autochtones
Le Conseil des droits de l'homme a procédé,
le 27 juin 2006, à l'examen du rapport du Groupe
de travail chargé d'élaborer un projet de déclaration
des Nations unies sur les droits des peuples autochtones.
Présentant le rapport du Groupe de travail, son
Président-Rapporteur, M. Luis Enrique Chávez,
a notamment déclaré que le fait que le projet de
déclaration sur les droits des peuples autochtones ne fasse
pas l'objet d'un consensus dans son intégralité
ne devrait pas empêcher le Conseil de se prononcer sur ce
texte. Nous sommes en effet arrivés à un point d'équilibre,
a estimé le Président. Ce document n'est certes
pas parfait, mais il est le seul sur lequel on puisse raisonnablement
travailler. Avec ce projet de déclaration, a-t-il déclaré,
le Conseil a une occasion historique d'agir; il ne doit pas la
laisser passer.
Dans le cadre du débat qui a suivi, la plupart
des orateurs ont estimé que le moment était venu
d'adopter le projet de déclaration sur les droits des peuples
autochtones après vingt-et-un ans d'un travail ininterrompu
sur la question de la reconnaissance et de la protection des droits
des peuples autochtones. Certains, intervenants, notamment le
Canada, l'Australie et la Fédération de Russie,
ont toutefois souligné que le texte proposé ne recueillait
pas le consensus et ont souhaité une prorogation du mandat
du Groupe de travail afin de parvenir à un consensus. La
plupart des intervenants ont souligné pour leur part que
le projet soumis à l'examen du Conseil des droits de l'homme
était sans doute le meilleur texte possible et ont invité
les Etats ayant exprimé des réserves à les
retirer pour se joindre au consensus. Différer l'examen
de ce projet de déclaration serait prendre le risque de
le menacer, ont-ils estimé.
Répondant aux différents intervenants, M. Chávez
a estimé que même en l'absence de consensus sur le
projet de déclaration, dont les éléments
ont été abordés dans leur ensemble par le
Groupe de travail, il convient à présent de prendre
une décision sur le fond.
Ont fait des déclarations, les représentants
des Etats membres suivants : Mexique, Canada, Brésil (au
nom également du Groupe des pays d'Amérique Latine
et des Caraïbes), Chine, Fédération de Russie,
Autriche au nom de l'Union européenne, Guatemala, Afrique
du Sud, Japon, Philippines, Algérie, Cameroun, France,
Finlande, Uruguay, Equateur, Cuba, Inde, Bangladesh et Pérou.
Les représentants de l'Australie, de l'Espagne, de la République
du Congo, du Panama, de l'Iran, de la Bolivie et du Chili ont
également pris la parole, ainsi que les représentants
des organisations non gouvernementales suivantes: Asociacion kunas
unidos por napguana; International Work Group for Indigenous Affairs;
Foundation for Aboriginal and Islander Research Action; Tebtebba
Foundation; Association russe des peuples autochtones du nord,
de la Sibérie et de l'Extrême Orient; Organisation
internationale de développement de resources indigènes;
Conférence circumpolaire inuit; Amnesty international;
Indian Law Resource Centre; Comision juridica para el autodesarollo
de los pueblos originarios andinos; Indian Movement Tupaj Amaru;
Indian Council of South America; International Human Rights Association
of American Minorities; Service international pour les droits
de l'homme.
Des organisations non gouvernementales ont notamment estimé
qu'un petit groupe de pays - le "Canzus" (Canada, Australie,
Nouvelle-Zélande et Etats-Unis) - empêchait de parvenir
à un meilleur résultat que le texte proposé,
mais ont souhaité que ce texte soit adopté en dépit
de certaines lacunes.
L'EXAMEN DU RAPPORT DU GROUPE DE TRAVAIL
M. LUIS ENRIQUE CHÁVEZ, Président-Rapporteur Groupe de travail chargé d'élaborer un projet de déclaration sur les droits des peuples autochtones, a notamment déclaré que le rapport du Groupe de travail fait la lumière sur les questions en suspens et sur les solutions qui peuvent être avancées. A la fin de la dernière session, des questions étaient en suspens comme la question de la mention de l'intégrité territoriale ou celle de l'indemnisation qui a fait l'objet d'un long débat mais il n'a pas été possible de concilier les différentes positions. Il n'a pas été possible de parvenir à un consensus sur la question de la terre. Le Groupe de travail a décidé de supprimer les articles 8 et 11 du projet de déclaration sur les droits des peuples autochtones. Le Conseil est aujourd'hui saisi d'un projet de texte qui n'a
pas fait l'objet d'un consensus, mais cela ne devrait pas
empêcher le Conseil de se prononcer sur le texte. Nous sommes
arrivés à un point d'équilibre qui n'est
pas parfait mais qui est le seul sur lequel on puisse raisonnablement
travailler. Avec ce projet de déclaration, a déclaré
le Président-Rapporteur, le Conseil a une occasion historique
d'agir qu'il ne doit pas laisser passer.
Le rapport du Groupe de travail intersessions à composition
non limitée chargé d'élaborer un projet de
déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples
autochtones (E/CN.4/2006/79) souligne qu'une version révisée
des propositions présentées par le président-rapporteur
à la session précédente est reproduite à
l'annexe I au présent rapport, et prend en considération
les résultats des discussions en réunion plénière
et des consultations informelles tenues pendant la session. Les
propositions révisées reprennent intégralement
le texte fourni par les facilitateurs car celui-ci constitue la
base d'un accord provisoire.
LE DEBAT
MME XOCHITL GÁLVEZ (Mexique) a dit que son pays
avait conscience que le texte aurait pu être meilleur mais
qu'en l'état le consensus maximal avait été
obtenu. Certaines propositions d'amendements sont extrêmes,
d'autres ont pu être intégrées au texte. Le
président a toujours su faire preuve de l'esprit d'accommodement
nécessaire au consensus. Il est important de relever que
la déclaration n'a pas de pouvoir contraignant. Elle permettra
de favoriser le développement complet et harmonieux des
populations autochtones. Au Mexique, ce débat a eu lieu
il y a quelques années. Aujourd'hui, on constate que les
revendications des peuples autochtones n'ont pas donné
lieu à une remise en question des prérogatives fondamentales
de l'Etat. Au contraire, le processus engagé a permis d'aboutir
à des relations plus harmonieuses entre les communautés
du pays. Le Mexique aurait aimé pouvoir adopter le texte
par consensus. Toutefois, il n'est pas toujours bon que la
recherche du consensus se fasse au détriment des droits
fondamentaux des peuples, a dit la représentante.
M. PAUL MAYER (Canada) a estimé qu'il
restait toujours des questions clés en suspens, comme celle
des ressources des territoires autochtones. Il fait de discuter
de cela et malheureusement cela n'a pas eu lieu, a regretté
le représentant. Le Canada aimerait disposer de plus de
temps pour parvenir à un document plus efficace. Il a également
demandé que le Président du Groupe de travail présente
un rapport à la prochaine session du Conseil, au mois de
septembre 2006.
M. CLODOALDO HUGUENEY (Brésil, au nom
du Groupe des Etats d'Amérique latine et des Caraïbes)
a estimé que le projet de déclaration est prêt
pour adoption. Il est temps de mettre un point final à
un processus qui dure depuis plus de deux décennies.
Il représente une réponse à une demande historique
des peuples autochtones. La déclaration cherche à
abolir les discriminations à l'égard de ces peuples.
Les pays du GRULAC réaffirment leur engagement à
reconnaître et respecter les droits des peuples autochtones
pour mettre fin à l'histoire de marginalisation et d'exclusion
de ces peuples. Ils lancent un appel au Conseil afin qu'il adopte
le projet de déclaration sur les droits des peuples autochtones.
Au nom de son pays, le Brésil, M. Hugueney a
félicité le Président du Groupe de travail
pour la qualité de son travail et précisé
que si le texte proposé n'est pas idéal, il représente
néanmoins l'aboutissement des efforts déployés
par toutes les parties pour faire coïncider les aspirations
des peuples autochtones avec les préoccupations des Etats.
La déclaration reconnaît la diversité comme
une richesse pour les pays. Elle rappelle aussi les contributions
passées et actuelles des peuples autochtones au développement
moral et matériel de tous les Etats. Le Brésil est
convaincu qu'il s'agit là d'un texte d'une importance capitale
non seulement dans la lutte contre la discrimination et les distorsions
suscitées par des siècles d'exclusion, mais aussi
pour la promotion d'une relation harmonieuse entre ces peuples
et les autres éléments des sociétés
dans lesquelles ils vivent. Dans le même temps, l'exercice
des droits contenus dans la déclaration respecte le principe
de l'unité politique et territoriale des États,
a fait valoir le représentant du Brésil.
MME DONG ZHIHUA (Chine) a rappelé que
d'innombrables peuples vivent sur le territoire chinois. La communauté
internationale a la responsabilité de répondre aux
demandes des peuples autochtones pour garantir leur environnement
naturel et défendre leurs ressources. Le texte soumis
dans le rapport ne répond pas entièrement aux besoins
des peuples autochtones, mais la Chine espère que ce
te texte sera utilisé comme base d'un projet de texte en
vue de son adoption.
M. ALEXEI AKGIGITOV (Fédération de
Russie) a rappelé que son pays a toujours considéré
que la question des droits des peuples autochtones était
prioritaire et a souhaité parvenir à un texte qui
réponde à la fois aux besoins des Etats et à
ceux des peuples autochtones. La déclaration a vocation
à devenir un outil important à la fois au plan international
et national. Le texte du projet de déclaration à
l'examen du Conseil est loin d'être acceptable en l'état.
La Fédération de Russie est déçue
de la décision du Président-Rapporteur d'interrompre
les travaux sur le projet de déclaration et de présenter
un texte qui ne fait pas l'objet d'un consensus. En effet, ce
texte n'est pas acceptable à divers égards et il
ne saurait être qualifié de texte de compromis. La
Fédération de Russie estime que toutes les possibilités
de compromis n'ont pas été épuisées
et il convient de proroger le mandat du Groupe de travail pour
aboutir à un véritable projet de compromis.
M. WOLFGANG PETRITSCH (Autriche, au nom de l'Union
européenne) a déclaré que lors des
travaux préparatoires, le consensus n'a pu être obtenu
sur tous les articles de la déclaration, l'Union regrettant
que certains États où vivent de nombreuses populations
autochtones ne puissent donner leur accord à l'adoption
du texte. L'Union européenne estime pourtant que le compromis
final représente le meilleur résultat auquel il
est possible d'aboutir en l'état, c'est pourquoi elle soutiendra
l'adoption de la déclaration lors de cette première
session des travaux du Conseil.
M. CARLOS ARROYAVE PRERA (Guatemala) a rappelé
qu'un important accord a été signé au Guatemala
en 1995 pour protéger les peuples Maya, Garifuna et Xinka.
Cela a donné un nouvel élan au processus de paix.
Au sein du Groupe de travail, toutes les parties ont fait preuve
du maximum de souplesse pour dégager un consensus acceptable.
Le texte présenté par M. Chávez constitue
un compromis. Il s'agit d'un texte équilibré,
a estimé le représentant. Selon lui, la déclaration
devrait être adoptée à la présente
session. Si tel n'était pas le cas, l'équilibre
auquel est parvenu le Groupe de travail pourrait être rompu.
M. GLAUDINE J. MTSHALI (Afrique du Sud) a souscrit
à l'avis exprimé par le Secrétaire général
des Nations Unies selon lequel le Conseil des droits de l'homme
devrait se pencher sur l'adoption de la déclaration sur
les droits des peuples autochtones. En effet, il est important
que le Conseil commence ses travaux en se penchant sur des questions
ayant des prolongements concrets. L'Afrique du Sud est convaincue
que cette déclaration, une fois adoptée, permettra
de rétablir l'espoir des peuples les plus marginalisés
et vulnérables.
MME YUKIKIO YAMADA (Japon) a déclaré
que son pays accorde une grande importance au Groupe de travail
sur les droits des peuples autochtones; sa proposition est juste
et équilibrée. Au plan de la procédure, le
Japon craint cependant que si la proposition du Président,
présentée après la dernière session
du Groupe de travail, est adoptée sans discussion préalable
avec le Groupe de travail, cela ne crée un précédent
défavorable aux travaux futurs. Le Japon se déclare
néanmoins favorable à une collaboration avec d'autres
délégations afin de trouver un moyen d'atteindre
l'objectif commun qui est d'aboutir à une déclaration
forte.
M. JESUS ENRIQUE GARCIA (Philippines) a dit souhaiter
voir l'achèvement le plus tôt possible de la déclaration
et sa prochaine adoption par l'Assemblée générale.
Le représentant a néanmoins estimé que les
délégations devaient être encore en mesure
de proposer des modifications.
M. IDRISS JAZAÏRI (Algérie, au nom
également des pays du Groupe africain) s'est félicité
que le Président-Rapporteur ait décidé de
proposer un projet de déclaration sur les droits des peuples
autochtones, 11 ans après la résolution portant
création du Groupe de travail chargé de l'élaborer.
Le Groupe africain appuie le projet de déclaration. Les
Etats qui ont fait des propositions de modification du texte actuel
devraient les retirer afin que la déclaration soit adoptée
par consensus.
MME ODETTE MELONO (Cameroun) a dit que son pays
reconnaissait explicitement depuis 1996 déjà les
droits des minorités et populations autochtones, et en
particulier des Pygmées, le tracé d'un oléoduc
ayant été redessiné à maintes reprises
pour faire en sorte que ce peuple n'en subisse pas de conséquences
nuisibles. La délégation du Cameroun regrette que
certains points fondamentaux de la déclaration (terre,
ressources naturelles, nature des droits collectifs) ne fassent
toujours pas l'objet d'un consensus. Le Cameroun fait maintenant
appel à toutes les délégations afin qu'elles
fassent preuve de souplesse en vue de l'adoption par consensus
du projet de déclaration sur les droits des populations
autochtones.
M. JEAN-MAURICE RIPERT (France) a déclaré
que son pays espérait l'adoption par le Conseil de la
déclaration sur les droits des peuples autochtones.
Cet achèvement marquerait une avancée essentielle
dans la protection des droits de l'homme. Au niveau national,
le représentant a rappelé que la France conduit
des programmes de soutien à leur développement économique
et social dans un cadre adapté aux spécificités
de ces populations. Cependant, la France a relevé des difficultés
juridiques. Par exemple, pour la France, en vertu du principe
d'indivisibilité de la République et conformément
au principe d'égalité et de son corollaire, le principe
de non-discrimination, des droits collectifs ne peuvent prévaloir
sur les droits individuels. La France s'est néanmoins portée
co-auteur du projet de résolution qui porte adoption de
la déclaration.
MME ANNE NUORGAM (Finlande, au nom des pays
nordiques) a appuyé la déclaration sur les droits
des peuples autochtones, soulignant qu'il n'avait pas été
facile de parvenir à une conclusion. Le résultat
obtenu n'est certes pas parfait, mais la Finlande estime que c'est
le meilleur compromis auquel on pouvait parvenir. Pour la Finlande,
il est essentiel que le projet de déclaration soit adopté
par le Conseil. En effet, tout report risquerait de remettre en
cause le processus en faveur des droits des peuples autochtones
et la déclaration elle-même.
M. RICARDO GONZÁLEZ ARENAS (Uruguay) a
déclaré qu'il est grand temps de faire aboutir un
processus qui s'est étalé sur plus de deux décennies
maintenant. Des mesures doivent être prises pour corriger
les injustices historiques et contribuer ainsi au respect des
peuples autochtones. La déclaration sur les droits des
populations autochtones est un pas dans la bonne direction, c'est
pourquoi l'Uruguay appuiera son adoption.
M. CARLO LARENAS SERRANO (Equateur) a déclaré
que parmi toute la gamme des droits de l'homme, celui qui touche
les populations les plus anciennes devient un impératif
moral pour la communauté internationale. L'Equateur a toujours
été fidèle à cette cause. La communauté
internationale attend un signe du Conseil des droits de l'homme
pour une véritable convergence politique à ce sujet.
C'est pourquoi l'Equateur s'est porté co- auteur du
projet de résolution en vue de l'adoption de la déclaration.
M. MIGUEL ALFONSO MARTÍNEZ (Cuba) a dit
partager l'insatisfaction exprimée par d'autres délégations
sur les insuffisances du projet de déclaration. Le texte
élaboré par le président du Groupe de travail
n'a pas été adopté comme il aurait dû
l'être, dans le respect des formes officielles. Toutefois,
Cuba a décidé d'appuyer l'idée d'adopter
le plus rapidement possible les textes proposés par M.
Chávez et de renvoyer le texte à l'Assemblée
générale pour qu'elle puisse l'adopter à
sa prochaine session. Retarder une telle adoption ne conduirait
pas nécessairement à l'obtention d'un meilleur résultat.
M. AJAJ MALHORTA (Inde) a déclaré
que son pays a toujours été favorable à la
protection des droits des peuples autochtones. Certains aspects
du projet de déclaration n'ont pas permis l'obtention d'un
accord complet, mais il est néanmoins à espérer
qu'une majorité d'Etats - y compris d'Etats comptant d'importantes
populations autochtones - s'associera à l'adoption de ce
texte, comme le fera l'Inde.
M. NAYEM U. AHMED (Bangladesh) a déclaré
que l'adoption du projet de la déclaration devrait être
laissée de côté jusqu'au moment où
les Etats seront prêts.
M. EDUARDO RODRÍGUEZ-CUADROS (Pérou)
a salué l'esprit de compromis du Président-Rapporteur
et souligné que le projet de texte soumis à l'examen
du Conseil était l'aboutissement d'un long processus de
consultation. Le Pérou appuie le projet de déclaration
et lance un appel aux délégations qui ont exprimé
leurs doutes ou souhaité que l'on remette l'examen de ce
projet de texte à une session ultérieure pour qu'elles
surmontent leurs réticences et s'associent au consensus.
MME CAROLINE MILLAR (Australie, au nom des Etats-Unis
et de la Nouvelle-Zélande) a déclaré être
déçue du fait qu'aucun consensus n'a pu être
obtenu sur le contenu de la déclaration. Le texte du Président
doit certes servir de base à de futurs travaux mais, comme
il n'a pu être discuté collectivement par les membres
du Groupe de travail, l'adopter en l'état serait créer
un précédent fâcheux. Par ailleurs, certaines
de ses dispositions sont confuses, tandis que d'autres sont potentiellement
discriminatoires. La déclaration pourrait potentiellement
servir à justifier certaines exigences séparatistes.
Le texte n'est pas assez bon, il mériterait une prolongation
des consultations entre Etats. Un médiateur pourrait être
nommé qui aurait pour mission de rapprocher les positions
des parties avant de faire rapport au Conseil des droits de l'homme.
M. JOAQUÍN MARÍA DE ARESTEGUI LABORDE
(Espagne) a dit que son pays appuyait le texte proposé
par le Président du Groupe de travail car c'est le meilleur
texte possible. «Il s'agit d'une bonne solution de compromis
et en outre, nous considérons que c'est un bon texte»,
a déclaré le représentant espagnol. Ces propositions
reflètent de manière juste la grande majorité
des sensibilités exprimées pendant le processus
de négociations. Le processus est arrivé à
maturité. Le Conseil doit prendre des décisions
concrètes. C'est pour cela que cette déclaration
doit être adoptée. L'Espagne figure donc au nombre
des co-auteurs de la résolution et elle est en faveur de
son adoption.
M. ROGER JULIEN MENGA (Congo) a estimé
que ce projet de déclaration constitue un pan majeur de
l'ouvrage immense que représentent la promotion et la protection
des droits de tout être humain quel qu'il soit et interpelle
la communauté internationale dans son ensemble. Le représentant
a souligné que son pays avait adopté une loi destinée
à protéger les peuples autochtones et plus particulièrement
les pygmées. Le Congo appuie fermement le projet de déclaration
des Nations unies sur les droits des peuples autochtones.
MME UNA ALFU DE REYES (Panama) a déclaré
que son pays estime que les droits des peuples autochtones sont
un des piliers principaux des droits de l'homme, et a accueilli
avec satisfaction le rapport du Groupe de travail. Ce texte
est appelé à devenir une référence
dans le système international des droits de l'homme
et permettra de régler une dette vieille de cinq cents
ans vis-à-vis des peuples autochtones. Le texte est une
bonne base pour adopter la déclaration, de nouvelles consultations
n'apporteraient rien de neuf à cet égard. Le Panama
souhaite donc que le Conseil adopte la déclaration.
M. MOSTAFA ALAEI (Iran) a rappelé que
partout dans le monde, les peuples autochtones continuent de souffrir.
Les Etats devraient faire davantage pour s'acquitter de leurs
devoirs de protéger les peuples autochtones. Le représentant
a dit espérer que la déclaration soit adoptée
par consensus.
MME GUADALOUPE PALOMEQUE (Bolivie) a souligné
que le projet de déclaration revêtait une importance
particulière pour des millions de personnes à travers
le monde. Ce projet représente un pas dans la bonne direction.
Un petit pas qui jette les bases essentielles de la promotion
et du respect des droits des peuples autochtones. La Bolivie lance
un appel en faveur de son adoption par consensus par les membres
du Conseil.
M. JUAN MARTABIT (Chili) a dit que son pays avait
mis en place un processus de reconnaissance des populations autochtones,
en particulier les Mapuche, et de leurs droits en tant qu'acteurs
à part entière de la société. Le gouvernement
du Chili a toujours accordé une grande importance au projet
de déclaration sur les droits des peuples autochtones.
Pour cette raison, le Chili estime qu'il aurait été
bon de discuter plus avant de certaines de ses dispositions afin
qu'un consensus général puisse être trouvé.
Cependant, le Chili appuiera les pays qui souhaitent que le texte
soit adopté en l'état.
MME AZELENE (Asociacion kunas unidos por napguana,
déclaration conjointe de plus de deux cents peuples d'Amérique
latine) a déclaré avoir confiance dans le Conseil
des droits de l'homme pour que les peuples autochtones puissent
vivre dignement. Cela permettra l'établissement d'une nouvelle
relation entre les peuples autochtones et les autres peuples en
se fondant sur un respect mutuel. Cette déclaration devrait
être adoptée à la présente session.
M. HASSAN ID BALKASSM (African Indigenous Peoples
Caucus Statement) a exhorté le Conseil à adopter
la déclaration sur les droits des peuples autochtones.
Il a lancé un appel aux membres du Conseil afin qu'ils
ne votent pas en faveur d'amendements qui auraient pour effet
de retarder l'entrée en vigueur de la déclaration.
M. LES MALEZER (Conclave des peuples autochtones
du Paficique, au nom aussi de Foundation for Aboriginal and
Islander Research Action) a estimé que les intérêts
de tous les peuples autochtones ne sont pas complètement
reflétés dans le texte proposé. Mais, à
ce stade, le Conclave a tout de même décidé
d'appuyer le texte de la déclaration, instrument nécessaire
pour la réussite de la deuxième Décennie
des droits des peuples autochtones. Elle est aussi nécessaire
pour créer des opportunités économiques favorables
aux peuples autochtones. Le Conclave recommande aux membres du
Conseil, s'ils ont un doute quant à la manière de
se déterminer sur le projet de déclaration, de se
reporter aux conclusions et recommandations des organes d'experts.
Le Conclave, avec d'autres organisations de peuples autochtones,
affirme à nouveau qu'il faut adopter la déclaration.
MME VICTORIA TAULI CORPUZ (Association russe des
peuples autochtones du nord, de la Sibérie et de l'Extrême
Orient) a demandé au Conseil que le projet de déclaration soit renvoyé devant l'Assemblée générale. Le conclave asiatique s'est déclaré être contre tout amendement susceptible de modifier le texte et de retarder l'adoption de la présente résolution. Le texte n'est pas parfait, mais il reprend les aspirations fondamentales des droits des populations autochtones d'Asie. Le conclave asiatique a déclaré ne pas avoir confiance dans les déclarations du Canzus (Canada, Australie, Nouvelle-Zélande et Etats-Unis) selon lesquelles ils vont renforcer les dispositions de la déclaration. Il s'agit juste de manuvres pour retarder le processus selon celui-ci. Pour le représentant, il n'est pas possible de parvenir à un meilleur consensus en raison des objections d'un petit groupe d'Etats. Cela étant, le texte aboutit à un équilibre convenable entre les intérêts des peuples autochtones et ceux des Etats et mérite d'être appuyé.
M. MIKHAIL TODYSHEV (Association des peuples autochtones
de la Fédération de Russie) s'est dit favorable
à l'adoption rapide et sans modification du projet de texte
de déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples
autochtones. Pour le représentant, il n'est pas possible
de parvenir à un meilleur consensus en raison des objections
d'un petit groupe d'Etats. Cela étant, le texte aboutit
à un équilibre convenable entre les intérêts
des peuples autochtones et ceux des Etats et mérite d'être
appuyé.
M. WILLIE LITTECHILD (Organisation internationale
de développement de ressources indigènes) a
déclaré représenter plus de sept cents peuples
autochtones, Premières Nations et gouvernements et organisation
tribales de l'Amérique du Nord. Il a déploré
que certains Etats, par ailleurs prêts à accuser
les autres de violations des droits de l'homme, continuent de
violer les droits civils, politiques, économiques, sociaux
et culturels que les populations autochtones cherchent précisément
à se faire reconnaître. Le représentant a
appelé le Conseil à rejeter toute proposition visant
à reporter encore, pour des motifs variés, la prise
de décision sur le texte proposé.
MME DALEE SAMBO DOROUGH (Conférence circumpolaire
inuit) a demandé aux Etats de rejeter toutes les propositions
faites par le Canada, l'Australie, la Nouvelle-Zélande
et Etats-Unis, car ce processus risquerait de ne jamais voir la
fin si un temps supplémentaire était encore accordé
pour engager de nouvelles négociations.
M. PETER SPLINTER (Amnesty international) a lancé
un appel aux membres du Conseil afin qu'ils s'assurent que le
projet de déclaration soit proposé à l'adoption
par l'Assemblée générale cette année.
Ce faisant, l'ONU renforcera le système global des droits
humains dans son ensemble. Elle fera aussi avancer de manière
importante la cause urgente de la reconnaissance, de la protection,
et de la promotion des droits humains de ceux qui ont le plus
besoin de voir leurs droits protégés. En effet,
la déclaration fixe des normes décisives pour la
survie, la dignité et le bien être des peuples autochtones
du monde.
M. ROBERT COULTER (Indian Law Resource Center)
a dit que les nations indiennes n'approuveront pas toutes une
déclaration adoptée par vote à la majorité,
procédure qui la rendrait trop faible pour répondre
vraiment aux besoins de millions de personnes dans le monde. Seule
une déclaration adoptée par consensus peut rendre
manifeste que les droits des peuples autochtones font partie du
droit international et qu'ils engagent pleinement les Etats. Le
représentant a appelé à la création
d'un nouveau mécanisme chargé de chercher et trouver
un consensus totalement inclusif entre membres du Conseil.
M. TOMÁS ALARCÓN (Comision juridica
para el autodesarollo de los pueblos originarios andinos)
a dit espérer voir le texte de la déclaration aboutir.
Les peuples autochtones de la région subandine s'associent
aux déclarations précédentes des peuples
autochtones du monde.
M. LAZARO PARY (Mouvement indien Tupaj Amaru)
a regretté que les propositions faites par son organisation
n'aient pas été reprises dans la proposition du
Président-Rapporteur du Groupe de travail chargé
de l'élaboration d'un projet de déclaration sur
les droits des peuples autochtones. Nous souhaitions que soit
adopté un instrument international suffisamment précis
et cohérent pour qu'il impose aux Etats des obligations
acceptables et susceptibles d'application effective. Avec ou sans
déclaration, les peuples autochtones continueront de se
battre pour leur droit à la terre et à la dignité.
Pour sa part, Tupaj Amaru prépare son propre projet de
déclaration sur la base du projet de la Sous-Commission
de la promotion et de la protection des droits de l'homme.
M. NOLASCO MAMANI (Indian Council of South America)
a dit revendiquer le droit des peuples autochtones à l'autodétermination
et à la jouissance de leurs ressources naturelles. Le représentant
a estimé que le texte qui a été soumis est
inacceptable, car il place les particuliers au même plan
que les peuples, les premiers obtenant le droit de vendre des
ressources naturelles appartenant à des collectivités.
En outre, le texte amendé unilatéralement par le
président du Groupe de travail a supprimé du texte
original le principe du droit à l'autodéfinition
des personnes appartenant aux populations autochtones.
M. RONALD BARNES (International Human Rights Association
of American Minorities) a déclaré que son organisation
et les peuples qu'elle représente avaient dû quitter,
suite à des désaccords, les délibérations
ayant trait au projet de déclaration sur les droits des
peuples autochtones. Néanmoins, elle ne fera pas obstacle
à la promotion de la reconnaissance et de la protection
des droits des peuples autochtones qui font l'objet des travaux
actuels du Conseil des droits de l'homme.
M. CHRIS SIDOTI (International Service for Human
Rights) a estimé que la proposition du Canada de repousser
la discussion ne représentait pas un simple délai
de quelques mois, mais bien quelques années de travail,
comme le Premier ministre canadien l'a d'ailleurs admis explicitement
lors d'entretiens dans les médias de son pays. Le vrai
choix pour les membres du Conseil, a dit le représentant,
est tout simplement de se prononcer, ici et maintenant, pour ou
contre les droits des populations autochtones.
M. JUAN PABLO VEGAS (Pérou) a déclaré
que la proposition de M.Chávez, qui ne contient aucun élément
qui n'ait pas été discuté au sein du Groupe
de travail, bénéficie de l'appui de nombreux Etats
et d'une grande majorité de peuples autochtones. Prolonger
les travaux sur cette question reviendrait à se priver
pour longtemps de déclaration sur les droits des peuples
autochtones. Cette déclaration n'attaque personne, elle
n'est pas un texte de confrontation. C'est un document constructif
et de rapprochement qui vise à établir de meilleures
relations entre les Etats et les peuples autochtones. En outre,
cette déclaration n'est pas un instrument contraignant.
C'est pourquoi le Pérou fera tout pour que le projet de
déclaration soit adopté par le Conseil lors de la
session en cours.
M. LUIS-ENRIQUE CHÁVEZ a déclaré qu'il est clair qu'il n'y a pas de consensus. Mais il est clair également que le texte et la proposition bénéficient d'un certain soutien, a-t-il ajouté. Tout le monde n'est pas d'accord pour que l'examen de cette question continue. Les positions sont même différentes parmi ceux qui ont demandé plus de temps. "Je me demande si cela sert de parler d'une éventuelle prolongation", a déclaré M. Chávez. Au-delà des questions de procédures, même en l'absence de consensus, c'est la solution la plus raisonnable à laquelle le Conseil peut parvenir. Le président du Groupe de travail a insisté sur le fait que ses propositions sont purement des décisions concernant des options sur lesquelles le groupe de travail n'a pas trouvé d'accord. Il a conclu en déclarant qu'il fallait prendre une décision sur le fond.
Source : Nations unies, Genève, 27 juin 2006.
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