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NATIONS UNIES, CONSEIL DES DROITS DE L'HOMME GENEVE, 15 NOVEMBRE 2006
__Gaza : le Conseil décide l'envoi d'une "mission d'établissement des faits" à Beït Hanou
Le Conseil des droits de l'homme a condamné,
le 15 novembre 2006, à Genève, l'attaque
israélienne à Beit Hanoun, dans le nord de la bande
de Gaza. Une résolution, adoptée par 32 voix
contre huit et six abstentions, demande d'y dépêcher
d'urgence une mission d'enquête.
La résolution "exprime son horreur devant
le fait qu'Israël ait pris pour cible et tué des civils
palestiniens dans leur sommeil à Beit Hanoun" et demande
que les auteurs de ces actes soient traduits en justice. Elle
dénonce aussi "la destruction massive par Israël
de maisons, biens et infrastructures palestiniens à Beit
Hanoun".
Le texte appelle la communauté internationale "à
prendre d'urgence des mesures pour faire cesser immédiatement
les violations flagrantes et systématiques des droits de
l'homme du peuple palestinien". Il ne mentionne pas les
attaques palestiennes contre Israël.
LA REUNION DU CONSEIL
Le Conseil des droits de l'homme a adopté une
résolution dans laquelle il décide d'envoyer
de toute urgence à Beit Hanoun une mission d'établissement
des faits de haut niveau, devant être nommée
par le président du Conseil, afin, entre autres, d'évaluer
la situation des victimes, de répondre aux besoins des
survivants, et de faire des recommandations sur les moyens de
protéger les civils palestiniens contre de nouvelles attaques
israéliennes. Il est demandé à la mission
de faire rapport au Conseil avant la mi-décembre 2006
sur les progrès réalisés dans l'accomplissement
de son mandat.
Dans cette résolution, adoptée par 32 voix pour,
huit contre et six abstentions et intitulée "Violations
des droits de l'homme résultant des incursions militaires
israéliennes dans le territoire palestinien occupé,
notamment l'attaque récente dans le nord de Gaza et l'attaque
contre Beit Hanoun", le Conseil condamne le meurtre israélien
de civils palestiniens, parmi lesquels des femmes et des enfants
ainsi que des médecins à Beit Hanoun et dans d'autres
villes et villages palestiniens; il demande que les responsables
soient poursuivis en justice. En outre, le Conseil lance un appel
en faveur d'une protection immédiate des civils palestiniens
dans le territoire palestinien occupé.
Plusieurs membres du Conseil ont fait des déclarations
sur l'adoption de cette résolution, ainsi que les représentants
d'Israël et de la Palestine.__Achevant son débat général,
le Conseil avait auparavant entendu des déclarations des
pays suivants : Syrie, Australie, Liban, République populaire
démocratique de Corée, Yémen, Colombie, Saint-Siège
et Norvège. Les représentants de l'Organisation
de la Conférence islamique (OCI) et de l'Union africaine
(UA) ont également pris la parole.
LA RESOLUTION
Par la résolution intitulée Violations
des droits de l'homme résultant des incursions militaires
israéliennes dans le territoire palestinien occupé,
notamment l'attaque récente dans le nord de Gaza et l'attaque
contre Beit Hanoun, adoptée par 32 voix pour, huit
contre et six abstentions, le Conseil exprime son horreur devant
le fait qu'Israël ait tué des civils palestiniens
à Beit Hanoun alors qu'ils dormaient et d'autres civils
qui fuyaient des bombardements israéliens antérieurs.
Le Conseil condamne le meurtre israélien de civils
palestiniens, parmi lesquels des femmes et des enfants ainsi que
des médecins à Beit Hanoun et dans d'autres villes
et villages palestiniens; il demande que les responsables soient
poursuivis en justice. Le Conseil dénonce la destruction
massive par Israël de maisons, de propriétés
et d'infrastructures palestiniennes à Beit Hanoun. Le Conseil
se dit alarmé par les violations massives et systématiques
des droits de l'homme du peuple palestinien dans le territoire
palestinien occupé par la puissance occupante, Israël,
et demande une action internationale urgente pour qu'il soit
immédiatement mis un terme à ces violations.
Le Conseil lance un appel en faveur d'une protection
immédiate des civils palestiniens dans le territoire palestinien
occupé. Il prie instamment toutes les parties concernées
de respecter les règles du droit humanitaire international,
de s'abstenir de toute violence contre la population civile et
de traiter en toutes circonstances les combattants et civils détenus
conformément à la Convention de Genève du
12 août 1949.
Le Conseil décide d'envoyer de toute urgence à
Beit Hanoun une mission d'établissement des faits de haut
niveau, devant être nommée par le président
du Conseil, afin, entre autres, d'évaluer la situation
des victimes; de répondre aux besoins des survivants; et
de faire des recommandations sur les moyens de protéger
les civils palestiniens contre de nouvelles attaques israéliennes.
Le Conseil demande au Secrétaire général
et à la Haut-Commissaire aux droits de l'homme de fournir
toute l'assistance administrative, technique et logistique nécessaire
pour permettre à la mission d'établissement des
faits de s'acquitter de son mandat rapidement et avec efficacité.
Le Conseil demande à la mission de lui faire rapport
avant la mi-décembre 2006 sur les progrès réalisés
dans l'accomplissement de son mandat.
Ont voté pour (32). Afrique du Sud, Algérie,
Arabie saoudite, Argentine, Azerbaïdjan, Bahreïn, Bangladesh,
Brésil, Chine, Cuba, Djibouti, Equateur, Fédération
de Russie, Gabon, Ghana, Inde, Indonésie, Jordanie, Malaisie,
Mali, Maurice, Maroc, Mexique, Nigéria, Pakistan, Pérou,
Philippines, Sénégal, Sri Lanka, Tunisie, Uruguay
et Zambie.
Ont voté contre (8). Allemagne, Canada, Finlande,
Pays-Bas, Pologne, République tchèque, Roumanie
et Royaume-Uni.
Abstentions (6). France, Guatemala, Japon, République
de Corée, Suisse et Ukraine.
Absent. Cameroun.
OBSERVATIONS SUR LE PROJET DE RESOLUTION ET EXPLICATIONS DE VOTE
M. ITZHAK LEVANON (Israël), intervenant à
titre de partie intéressée, a expliqué que
les Palestiniens de la bande de Gaza ont acquis des armes très
sophistiquées pour faire des victimes en Israël. Cette
résolution ne devrait pas desservir certains objectifs,
comme dévaloriser les mécanismes du Conseil ou exacerber
des extrémismes. Ceux qui appuieront cette résolution
ne serviront pas la cause de la paix au Moyen-Orient. Il convient
de faire preuve d'objectivité, a conclu le représentant
israélien.
M. MOHAMMED ABU-KOASH (Palestine), intervenant
à titre de partie intéressée, s'est félicité
que la présente session extraordinaire du Conseil ait pu
siéger. En réponse à l'intervention d'Israël,
il a demandé si ce sont les Palestiniens qui occupent les
trois-quarts du territoire israélien. Des prétextes
futiles ont été avancés par Israël pour
prolonger son occupation du territoire palestinien, a déclaré
le représentant palestinien. La situation est limpide :
ce sont les Palestiniens qui sont victimes d'une occupation.
Il faut que cette occupation cesse. Un accord a été
signé à Oslo; pourquoi ne l'applique-t-on plus ?
Le président du Conseil, M. LUIS ALFONSO DE ALBA,
a indiqué comprendre que la mission d'enquête de
haut niveau telle qu'envisagée dans le projet de résolution
devrait être composée d'au minimum deux personnes
et au maximum quatre.
M. PABLO MACEDO (Mexique) a déclaré
que son pays condamnait les attaques commises par Israël
et la mort de civils. De même que le Mexique condamne le
lancement de missiles sur le territoire israélien. Le Mexique
votera pour le projet de résolution.
M. CARLOS RAMIRO MARTÍNEZ ALVARADO (Guatemala)
a rappelé que son pays est préoccupé par
ce conflit et regrette la perte de vies humaines aussi bien dans
les territoires palestiniens occupés que sur le territoire
israélien. Ce conflit est grave et mérite d'être
abordé avec sérieux et équilibre. Il
ne convient pas d'adopter des résolutions qui ne condamnent
qu'une des partie au conflit. Le respect universel de la protection
des droits de l'homme ne pourra alors pas être garanti.
Par conséquent, le Guatemala s'abstiendra.
M. VESA HIMANEN (Finlande, au nom des membres de l'Union
européenne qui sont membres du Conseil et de la Roumanie)
a vivement déploré les actions militaires israéliennes
à Gaza, ainsi que le lancement de missiles sur le territoire
israélien. Malheureusement, le projet de résolution
dont le Conseil est aujourd'hui saisi n'appelle pas toutes les
parties concernées à cesser la violence. C'est
pour cette raison que les membres de l'Union européenne
qui sont membres du Conseil et la Roumanie ne seront pas en mesure
d'appuyer ce projet.
M. JUAN CARLOS FAIDUTTI ESTRADA (Equateur) a
déclaré que son pays appuie cette résolution
car ce texte lance un appel sans équivoque à la
communauté internationale s'agissant de la protection des
droits de l'homme. La logique de ce Conseil des droits de l'homme
vise la protection de l'être humain, du droit à la
vie. L'Equateur ne peut qu'appuyer toutes les mesures que la communauté
internationale peut prendre s'agissant de cette situation. Sur
le plan moral il est impératif d'établir les responsabilités
dans ce massacre. L'Etat de droit, s'il doit exister, a besoin
d'une volonté concrète. Le droit international humanitaire
l'exige aussi.
M. ICHIRO FUJISAKI (Japon), intervenant après
le vote de la résolution, s'est dit vivement préoccupé
par la situation à Gaza où nombreux sont les civils
palestiniens qui ont été victimes des récentes
attaques israéliennes, notamment celle contre Beit Hanoun.
Il faut qu'Israël s'abstienne de toute mesure susceptible
de provoquer de nouvelles victimes civiles. Pour sa part, l'Autorité
palestinienne devrait prendre toute mesure nécessaire afin
qu'il soit mis un terme aux tirs de roquettes contre Israël.
Le texte d ela résolution dont était aujourd'hui
saisi le Conseil n'était pas suffisamment équilibré,
a déclaré le représentant japonais. Il aurait
fallu creuser le débat, d'autant plus qu'Israël a
indiqué qu'il allait enquêter sur ce qui s'est produit
à Beit Hanoun. C'est pourquoi le Japon s'est abstenu, ce
qui ne signifie pas qu'il n'est pas préoccupé par
cette situation.
M. RICARDO GONZALEZ ARENAS (Uruguay) a rappelé
que son pays a voté en faveur de la résolution car
ce texte comporte des éléments qui relèvent
de la compétence du Conseil. Toutefois, l'Uruguay aspire
à ce que toutes les parties cessent les violences dans
la région.
M. ALBERTO DUMONT (Argentine) a indiqué
que son pays a suivi avec beaucoup d'attention l'escalade de violence
à Gaza et a demandé à Israël de s'abstenir
de mener des activités militaires, de même que l'Argentine
a demandé aux autorités palestiniennes de cesser
également ses activités violentes. Le plein respect
des droits de l'homme de la part de toutes les parties à
ce conflit est une condition sine qua non pour une paix durable.
M. JEAN-MAURICE RIPERT (France) a déclaré
que la France est consternée par les événements
tragiques qui ont coûté la vie à de nombreux
civils palestiniens dans la bande de Gaza, et en particulier dans
la localité de Beit Hanoun. Une fois de plus, des femmes
et des enfants sont les premières victimes de la violence
utilisée comme arme pour résoudre un conflit. Les
actions qui frappent les populations civiles violent le droit
international humanitaire et notamment les Conventions de Genève.
Elles doivent cesser. La France condamne les tirs d'artillerie
israéliens indiscriminés dans des zones habitées.
Il est légitime pour Israël de se défendre.
Mais ce faisant, Israël doit exercer la plus grande retenue
dans ses opérations militaires, notamment pour protéger
les populations civiles palestiniennes et respecter pleinement
le droit international humanitaire. Par ailleurs, la France
condamne la poursuite des tirs de roquette en direction du territoire
israélien, ainsi que les appels de certains groupes
armés palestiniens à la reprise des attentats suicides.
L'Autorité palestinienne a le devoir d'assurer l'ordre
public et de lutter contre le terrorisme. Il n'y a pas de solution
militaire au conflit israélo-palestinien. Il n'y a pas
d'alternative à la création d'un Etat palestinien
viable, démocratique et souverain, coexistant dans la paix
et la sécurité avec Israël, a ajouté
le représentant français. La France soutient le
principe de sessions spéciales portant sur des situations
d'urgence en matière de droits de l'homme. Elle les juge
cependant d'autant plus utiles que leurs conclusions visent à
l'apaisement sur le terrain en favorisant un dialogue entre toutes
les parties concernées.
La France regrette qu'il n'ait pas été possible
de se réunir dans des conditions permettant d'obtenir un
tel résultat. La France a voté en faveur de la résolution
présentée au Conseil de sécurité sur
la situation à Gaza parce qu'elle était équilibrée.
Il est regrettable que les auteurs de la résolution au
Conseil des droits de l'homme ne s'en soient pas inspirés.
La France pense qu'il aurait été possible que
le Conseil adopte un texte qui condamne les tirs de roquette contre
Israël et d'appeler toutes les parties à cesser immédiatement
toute violence. La France est préoccupée par
la manière dont se déroulent les sessions spéciales
du Conseil des droits de l'homme et regrette qu'il ne soit pas
possible de prendre le temps de négocier un consensus.
En s'abstenant, la France espère envoyer un appel en ce
sens à tous les membres du Conseil.
MME SARALA FERNANDO (Sri Lanka) a rappelé
que certaines positions de principe doivent être respectées
s'agissant de la Palestine. Aussi, Sri Lanka, par ailleurs toujours
engagé en faveur de la défense du droit humanitaire
international, a-t-elle voté en faveur de la résolution
adoptée par le Conseil. Il convient de revitaliser le processus
de paix entre Israëliens et Palestiniens, a ajouté
la représentante sri-lankaise.
M. BLAISE GODET (Suisse) a indiqué que
son pays n'a pas jugé possible de se rallier au texte car
elle l'estime déséquilibré. La Suisse
regrette que le Conseil des droits de l'homme ait dénoncé
les violations des droits de l'homme dans les territoires palestiniens
occupés sans dénoncer les tirs de roquette sur le
territoire israélien.
M. ALEJANDRO NEYRA SANCHEZ (Pérou) a indiqué
que son pays suivait avec préoccupation l'escalade de la
violence au Moyen Orient. Le Pérou a condamné l'attaque
israélienne contre Beit Hanoun, a-t-il rappelé.
Il a exprimé l'espoir que la mission d'établissement
des faits permettra d'alléger les souffrances des civils
palestiniens. C'est pourquoi le Pérou a voté en
faveur de la résolution adoptée cet après-midi
par le Conseil, a-t-il indiqué. Il a espéré
que cette mission permettra de faire la lumière sur le
caractère intentionnel ou non de l'attaque contre Beit
Hanoun. Il a souligné que la violence, indépendamment
de sa motivation, ne peut qu'engendrer le conflit. Il faut
absolument qu'Israéliens et Palestiniens s'abstiennent
de toute violence, a-t-il insisté.
M. SÉRGIO FLORENCIO (Brésil) a
expliqué que son pays a voté en faveur de cette
résolution car le Brésil déplore la mort
de civils. La violence n'est pas un instrument de paix. La communauté
internationale doit appuyer tout ce qui est fait en faveur de
la paix. Il conviendrait aussi de rétablir de la confiance
en libérant les prisonniers palestiniens. De même
que la libération du soldat israélien et la fin
des tirs de roquettes sur Israël seraient les bienvenus.
Source : Nations unies, Genève, 15 novembre 2006.
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