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CONSEIL DES DROITS DE L'HOMME, JUIN 2006 / LA SESSION INAUGURALE
__La présentation du rapport annuel du Haut-Commissariat
Le Conseil des droits de l'homme a tenu, le 23 juin
2006, un "dialogue interactif" avec la haut
commissaire aux droits de l'homme, Louise Arbour, concernant
les activités du Haut-Commissariat et la coopération
avec le Conseil.
Présentant son rapport annuel, qui a été
publié en février 2006, Louise Arbour a notamment
déclaré que la pauvreté continue d'être
la violation la plus grave et la plus insidieuse des droits de
l'homme. La prolifération d'actes et d'expressions
qui continuent à exacerber les tensions culturelles et
religieuses, a-t-elle également souligné, se soldent
parfois par des niveaux de violence sans précédent.
Dans certaines régions, la discrimination raciale est en
recrudescence en raison de la peur du terrorisme.
La haut commissaire a rappelé que la lutte contre
le terrorisme doit être fondée sur le droit.
Mépriser le droit se solderait par une érosion constante
des droits fondamentaux. Par ailleurs, l'existence de centres
secrets de détention représente une source de préoccupation
sérieuse, a-t-elle ajouté. Elle a également
rappelé que la présence du Haut-Commissariat sur
le terrain est une partie essentielle de son mandat. La volonté
des gouvernements d'inclure le Haut-Commissariat dans leurs efforts
pour encourager les droits de l'homme doit être vu comme
l'indicateur le plus positif pour l'encouragement de la protection
des droits.
Dans ce contexte, Louise Arbour a souligné que lorsque
les pays refusent l'accès au Haut-Commissariat ou aux procédures
spéciales ou lorsqu'ils freinent la coopération,
les Nations unies ne peuvent pas poser leur diagnostic. Sans une
analyse adéquate, les violations des droits de l'homme
ne reçoivent pas de réponse.
Dans ce contexte, elle a dit regretter que le Haut-Commissariat
n'ait pu mener à bien une analyse complète des faits
qui ont conduit à la mort probable de centaines de personnes
en mai 2005 dans la ville d'Andijan, dans l'Est de l'Ouzbékistan.
Elle a par ailleurs exprimé sa préoccupation face
aux situations en République populaire démocratique
de Corée, en Irak, en Birmanie, dans
les territoires palestiniens occupés, au Soudan
et en Somalie.
Dans le cadre du "dialogue interactif" qui a suivi la présentation du rapport, les intervenants se sont félicités que la haut commissaire insiste sur le lien entre pauvreté et droits de l'homme et mette par ailleurs l'accent sur la question de la mise en uvre effective des droits de l'homme. Nombre de délégations se sont dites favorables au renforcement de la présence sur le terrain du personnel du Haut-Commissariat, un représentant soulignant à cet égard que l'exemple du Népal montrait qu'une telle présence
était susceptible de faire la différence. Ils ont
également appuyé l'augmentation des ressources allouées
au Haut-Commissariat au cours des cinq années à
venir.
Louise Arbour s'est dite encouragée par les observations
faites dans le cadre du débat et a souligné qu'il
était important que les pays fassent preuve de toute
la transparence voulue lorsqu'ils feront l'objet de l'examen périodique
universel. Quelles que soient leurs capacités, a-t-elle ajouté, les Etats devraient assurer aux mécanismes des droits de l'homme le meilleur accès possible. Les représentants des pays suivants ont fait une déclaratio : Pérou, Mexique, Autriche (au nom de l'Union européenne), Chine, Inde, Etats-Unis, Thaïlande, Canada, République de Corée, Norvège, Sri Lanka, Royaume-Uni, Belgique, Fédération de Russie, Indonésie, Iran, Finlande, Pologne, Ouzbékistan, Japon, Suisse, Argentine, Guatemala, Uruguay, Syrie, Pakistan, Maroc, République populaire démocratique de Corée, Palestine et Jordanie.
Les représentants des organisations non gouvernementales suivantes ont également fait une déclaration : Service international pour les droits de l'homme, Commission internationale de juristes et Conseil consultatif d'organisations juives.
LA PRESENTATION DU RAPPORT DU HAUT-COMMISSARIAT
LOUISE ARBOUR a souligné que son rapport annuel,
qui a été publié en février 2006 à
l'intention de la Commission des droits de l'homme, ainsi que
ses autres rapports - thématiques ou sur des situations
de pays - qui seront présentés à la session
de septembre du Conseil et mis à jour si nécessaire,
doivent servir de base de réflexion sur des questions qu'elle
considère comme particulièrement importantes.
Selon la haut commissaire, la pauvreté continue d'être
la violation la plus grave et la plus insidieuse des droits de
l'homme. La discrimination est également une source
généralisée d'absence de liberté et
de dignité. Les discriminations contre les femmes demeurent
les violations les plus généralisées. Dans
certaines régions, la discrimination raciale est en
recrudescence en raison notamment de la peur du terrorisme,
a-t-elle relevé. La prolifération d'actes et d'expressions
qui continuent à exacerber les tensions culturelles et
religieuses se soldent parfois par des niveaux de violence sans
précédent. Les pratiques de discrimination s'insinuent
facilement, en les dévoyant, dans les efforts des gouvernements
visant à s'acquitter de leur responsabilité de lutter,
par des moyens légaux, contre la menace du terrorisme,
a estimé la haut commissaire.
Il est vital que la réaction au terrorisme par les
gouvernements soit ancrée dans le droit. Mépriser le droit se solderait par une érosion constante des droits fondamentaux, a averti Louise Arbour. Au delà de l'interdiction de la torture, les Etats doivent aussi protéger les personnes pour qu'elles ne soient pas soumises à la torture. L'existence de centres secrets de détention représente également une source de grave préoccupation, a-t-elle ajouté. La haut commissaire a tenu à saluer les vingt Etats qui ont signé le Protocole facultatif à la Convention
contre la torture, entré en vigueur le 22 juin 2006,
et les vingt-trois Etats qui ont déclaré leur intention
de le ratifier. Il s'agit d'une mesure importante pour prévenir
la torture et les mauvais traitements. Elle a demandé aux
Etats d 'enquêter et de poursuivre tous les abus de violations
des droits de l'homme, y compris ceux commis dans le contexte
de la lutte contre le terrorisme.
Louise Arbour a ensuite rappelé que la présence
du Haut-Commissariat sur le terrain est une partie vitale de son
mandat. La volonté des gouvernements d'inclure le Haut-Commissariat
dans leurs efforts pour encourager les droits de l'homme doit
être vu comme l'indicateur le plus positif pour la protection
de ces droits. L'accès accordé aux titulaires de
mandats de procédures spéciales est tout aussi important
car ils donnent une voix aux victimes d'abus des droits de l'homme
et offrent des conseils précieux au Conseil des droits
de l'homme. Par contre, lorsque les pays refusent l'accès
au Haut-Commissariat ou aux procédures spéciales
ou lorsqu'ils freinent la coopération, les Nations Unies
ne peuvent pas poser un diagnostic indépendant; sans une
analyse adéquate et la coopération, la capacité
de la communauté internationale de porter assistance est
entravée et les violations des droits de l'homme restent
sans réponse.
Dans ce contexte, Louise Arbour a dit regretter que le Haut-Commissariat
n'ait pu mener à bien une analyse complète des faits
qui ont conduit à la mort probable de centaines de personnes
en mai 2005 dans la ville d'Andijan, à l'est de
l'Ouzbékistan. Le gouvernement d'Ouzbékistan n'ayant
pas accédé à la requête du Haut-Commissariat
d'accéder au pays, ni de suivre les procès qui ont
suivi. Elle a ensuite déploré la grave situation
des droits de l'homme dans plusieurs pays. Elle a relevé
les problèmes en République populaire démocratique
de Corée où, selon des témoignages de
réfugiés, les conditions de vie dans les camps de
travail sont terribles. En Irak, les civils continuent
de subir des violences. Les assassinats de juges et d'avocats
sapent la capacité des tribunaux à exercer leurs
fonctions. Le Haut-Commissariat attend de pouvoir coopérer
avec le nouveau gouvernement. Au Myanmar [Birmanie], Louise
Arbour a noté l'aggravation de la situation humanitaire,
notamment dans l'est du pays avec le déplacement forcé
de milliers de civils et la situation d'Aung San Suu Kyi qui reste
assignée à résidence.
Les situations dans les territoires palestiniens occupés,
au Soudan et en Somalie ont également été soulevées. Pour conclure, Mme Arbour a déclaré que "cette analyse sombre ne doit pas nous réduire à l'impuissance. Il faut agir rapidement pour empêcher l'escalade. Des solutions, des ressources et des instruments existent pour changer la situation".
Le RAPPORT DE LA HAUT-COMMISSAIRE (E/CN.4/2006/10) retrace
un certain nombre d'activités qui ont été
entreprises depuis la session 2005 de la Commission des droits
de l'homme. En particulier, il s'attache à décrire
les mesures prises par le Haut-Commissariat en application du
Plan d'action publié en mai 2005. Ainsi, eu égard
à la conception stratégique des opérations
futures, elle met en lumière les activités qui visent
à renforcer la collaboration avec les pays, à établir
des liens entre les droits de l'homme et le développement,
à susciter des partenariats avec la société
civile et entre les organismes des Nations unies, ainsi qu'à
renforcer les compétences thématiques du Haut-Commissariat,
de même que les efforts faits en vue de donner davantage
de moyens d'action aux titulaires de droits.
Le rapport présente en outre le plan de gestion stratégique du Haut Commissariat pour 2006-2007, qui vise à traduire sur le plan opérationnel la conception stratégique énoncée dans le Plan d'action en repérant les priorités et les ressources nécessaires pour l'exercice biennal considéré eu égard à l'ampleur des défis à relever au cours des années à venir. La dernière partie du rapport évoque le rôle d'impulsion que le Haut-Commissaire aux droits de l'homme est appelé à jouer compte tenu, en particulier, de la réforme générale des mécanismes des Nations Unies qui s'occupent des droits de l'homme et des débats autour de l'établissement du Conseil des droits de l'homme. Le rapport de la Haut-Commissaire comporte deux additifs qui concernent, respectivement, les activités du bureau du Haut Commissariat au Guatemala (additif 1) et la mission de la Haut-Commissaire en Ouganda.
LE "DIALOGUE INTERACTIF"
MME ELIANE ESCUDERO (Pérou) a souligné le rôle phare de la haut commissaire dans le cadre de la grande réforme du système des Nations unies et s'est déclarée d'accord avec elle pour dire que la pauvreté extrême est l'une des violations des droits de l'homme les plus graves: elle touche une personne sur cinq au Pérou. La représentante s'est aussi dite satisfaite de voir l'accent mis sur la question des peuples autochtones. Ceux-ci attendent depuis des années l'adoption de la déclaration posant leurs droits et le Conseil doit donner un signal fort dans ce sens.
MME MARÍA DEL REFUGIO GONZÁLES DOMÍNGUEZ
(Mexique) s'est dite d'accord avec la haut commissaire
pour recommander la révision et le renforcement des procédures
spéciales héritées de la Commission, dont
l'efficacité doit absolument être améliorée.
D'ici là, le Mexique espère que leur mandat sera
reconduit d'une année. Le Mexique est aussi d'accord avec
la Haut-Commissaire dans sa dénonciation des violations
des droits de l'homme au motif de la lutte contre le terrorisme.
Il l'invite à continuer de porter une assistance technique
aux pays qui la réclament, notamment pour la création
d'organismes nationaux de suivi dans le domaine des droits de
l'homme. Le Mexique continuera de coopérer avec la Haut-Commissaire
et ses représentants sur le terrain.
M. WOLFGANG PETRICH (Autriche, au nom de l'Union
européenne) a déclaré que l'Union européenne appuyait pleinement l'approche de la haut commissaire qui donne la priorité à la mise en uvre des traités au plan national, et a demandé quelles sont les prochaines étapes importantes et la contribution possible des Etats dans ce domaine. Le représentant a aussi félicité l'action de la haut commissaire en Colombie, voulant savoir comment elle voyait la suite des événements dans ce pays.
Quant à sa visite au Soudan, quelles conclusions lui ont-elle permis de tirer et quel rôle la communauté internationale devrait-elle assumer s'agissant de ce pays ? Le gouvernement met-il en uvre les recommandations des Nations unies, a aussi voulu savoir le représentant. Le représentant autrichien a dit la préoccupation de l'Union européenne s'agissant de la situation des civils palestiniens, dont la situation ne cesse de s'aggraver, et précisé que l'Union européenne comptait fournir une assistance directe aux Palestiniens. Il a aussi demandé à Louise Arbour comment il serait possible de faciliter la réconciliation nationale en Birmanie et, d'une manière générale, comment aider les Etats à se doter de mécanismes de prévention nationaux.
M. SHA ZUKANG (Chine) a déclaré
que le Haut Commissariat aux droits de l'homme devrait faire le
point sur l'action engagée jusqu'ici, insister davantage
sur l'application du droit au développement, renforcer
ses services et son appui technique aux Etats et enfin améliorer
la transparence de ses travaux et leur contrôle par les
Etats membres. Le plan de gestion 2006-2007, a fait observer le
représentant de la Chine, devrait à cet égard
permettre de rationaliser la planification du Haut Commissariat.
Par contre, il reste toujours à remédier au déséquilibre
dans la répartition géographique de son personnel,
le statu quo actuel défavorisant les pays du Sud étant
inacceptable, a dit le représentant.
M. MURLIDHAR C. BHANDARE (Inde) a déclaré que le Conseil devait devenir une institution phare pour les nations du monde entier et qu'il devait s'efforcer de promouvoir une culture du dialogue. L'Inde considère que le Haut-Commissariat est un instrument important permettant de développer la capacité des États dans le domaine de la mis en uvre des droits de l'homme sur la base du volontariat. L'Inde souhaiterait donc que la part du budget ordinaire des Nations Unies consacrée au Haut-Commissariat soit revue à la hausse. L'Inde estime par ailleurs que la création d'un seul organe qui serait chargé d'examiner la mise en uvre de toutes les instruments internationaux dans le domaine des droits de l'homme risque de la même façon de remettre en cause l'équilibre délicat auxquels les États étaient parvenus en négociant de tels instruments. L'existence de différents comités
garantit une meilleure représentation des pays et de meilleurs
niveaux d'expertise.
M. WARREN W. TICHENOR (Etats-Unis) a dit que
son pays appuie fermement les activités du Haut-Commissariat
aux droits de l'homme et souscrit à l'avis selon lequel
il convient de doubler son budget au cours des cinq années
à venir. Le représentant a par ailleurs affirmé
que les détenus de Guantánamo étaient traités
de façon humaine et a rappelé que son pays était
fermement engagé dans la cause de l'éradication
de la torture.
M. CHAYIONG SATJIPANON (Thaïlande) s'est
félicité du plan d'action proposé par la
haut commissaire. Il a souligné que les Etats avaient un
rôle primordial à jouer pour assurer la jouissance
par leurs citoyens de leurs droits de l'homme. La Thaïlande
est favorable au déploiement de personnel international
dans les différentes régions et pays du monde et
au renforcement de la capacité de déploiement rapide
d'équipes du Haut-Commissariat et de ses moyens d'enquête.
La Thaïlande appuie les efforts déployés par
le Haut-Commissariat pour universaliser les droits de l'homme.
Peut être faudrait-il davantage aider les pays du tiers
monde dans l'établissement de leurs rapports aux organes
de traités. La Thaïlande espère par ailleurs
que le Haut-Commissariat traitera de façon égale
l'ensemble des droits de l'homme et souligne que le principe de
la répartition géographique devrait être promu
au sein du Haut Commissariat.
 LOUISE ARBOUR, répondant à la première série de questions du débat, a précisé que la stratégie de présence du Haut Commissariat dans les différents pays est explicitement formulée dans son Plan d'action stratégique. Le travail sur le terrain porte d'abord sur la coopération technique, notamment pour la préparation des rapports qui doivent être soumis aux organes chargés de surveiller la mise en uvre des instruments internationaux dans le domaine des droits de l'homme.
Dans ce contexte, le Haut Commissariat accorde une importance
particulière aux arrangements bilatéraux avec les
pays, comme c'est le cas avec le Népal et le Guatemala,
par exemple, et peut-être bientôt avec le Togo.
Le Haut Commissariat s'efforce aussi de renforcer sa présence
régionale. Le Conseil recevra des réponses détaillées
sur certains dossiers cet automne.
S'agissant du Népal, où le Haut Commissariat
est présent depuis un an, la Haut-Commissaire s'est félicitée
de ce que la collaboration avec les autorités est particulièrement
bonne. La Haut-Commissaire s'inquiète par contre de l'impunité
dont jouissent encore, au Darfour, les responsables de
violations des droits de l'homme; elle regrette que les efforts
du gouvernement pour mettre en place des mécanismes de
lutte contre ces violations soient restés lettre morte
et attend des signes probants, des enquêtes crédibles
et la condamnation de coupables, notamment de crimes sexuels,
ceci afin que la population ait enfin le sentiment d'avoir quelque
chose à attendre de la justice.
Louise Arbour s'est dite aussi convaincue que l'ouverture d'un
espace démocratique en Birmanie devra s'accompagner de progrès réels dans le respect des droits de l'homme, surtout ceux des populations civiles très vulnérables; le pays devrait accepter la participation de la communauté internationale, y compris celle des experts des Nations unies. Elle a donné des précisions relatives au budget mis à disposition du Haut Commissariat et dit qu'elle était convaincue que l'augmentation des ressources consentie par l'Assemblée générale au Haut Commissariat permettrait de renforcer ses effectifs et d'élargir ainsi la provenance géographique de ses collaborateurs. Les candidats potentiels doivent rester être alertes quant à la disponibilité des postes et ne pas hésiter à présenter leurs candidatures.
M. PAUL MEYER (Canada) a souligné qu'un
plein accès des procédures spéciales est
une garantie essentielle de la volonté de coopération
des pays. Une orientation plus opérationnelle du Haut-Commissariat
aux droits de l'homme semble donc une bonne chose, a-t-il déclaré.
Le représentant a ensuite demandé comment intégrer
les résultats des efforts Haut-Commissariat au niveau national
dans les activités du Conseil. Il a aussi demandé
comment le Haut-Commissariat pouvait contribuer à la meilleure
participation possible de la société civile.
M. DON DORG-HEE (République de Corée)
a estimé qu'un dialogue plus fréquent entre son
pays et le Haut-Commissariat était nécessaire. La
République de Corée appuie également l'idée
d'une présence renforcée du Haut-Commissariat dans
les pays. La coopération est essentielle pour améliorer
les droits de l'homme sur le terrain. La notion de démocratie
"complète" doit s'affirmer. Enfin,
avec la création du Conseil des droits de l'homme, le représentant
a déclaré qu'il semblait naturel que le rôle
du Haut-Commissariat aux droits de l'homme soit renforcé.
M. PETER F. WILLE (Norvège) s'est dit
favorable à la vision stratégique du Haut-Commissariat
pour encourager les liens entre développement et droits
de l'homme. Il a également rappelé le rôle
phare que peut jouer le Haut-Commissariat aux droits de l'homme
dans ce domaine.
MME SARALA M. FERNANDO (Sri Lanka) a estimé
que la situation en Palestine devrait être examinée
en priorité lors de la présente session. Ce pourrait
d'ailleurs être le seul sujet retenu pour la présente
session. Le Sri Lanka considère par ailleurs que la question
des droits des travailleurs migrants devrait être abordée
lors de la présente session. Favorable au renforcement
des capacités du Haut-Commissariat en matière de
coopération et d'assistance technique, le Sri Lanka rappelle
que celles-ci doivent se faire avec le consentement de l'Etat
concerné. Il souligne par ailleurs l'indivisibilité
de tous les droits de l'homme; leur protection doit être
un moyen de développement permettant d'éradiquer
les pires formes de violation des droits de l'homme que sont le
terrorisme et l'extrême pauvreté.
M. NICHOLAS THORNE (Royaume-Uni) s'est félicité
du plan stratégique de gestion proposé par la haut
commissaire. Le Royaume-Uni invite tous les Etats à accueillir
favorablement les visites du personnel du Haut-Commissariat et
estime qu'aucun pays ne devrait échapper à un examen
de sa situation des droits de l'homme par les organismes internationaux
pertinents. Le Népal est un bon exemple de la façon
dont la présence du Haut-Commissariat peut faire la différence
dans un pays.
A cet égard, le représentant s'est demandé
quand la haut commissaire comptait actualiser son rapport sur
la situation des droits de l'homme au Népal. Le représentant
britannique a par ailleurs exprimé sa préoccupation
concernant la situation dans le nord de l'Ouganda où
des milliers de personnes vivent dans des conditions effroyables.
Cette situation doit être examinée par les mécanismes
pertinents des droits de l'homme. La situation au Sud-Soudan est
également préoccupante et constitue une menace pour
la sécurité régionale. Le représentant
a exhorté l'Ouganda, le Soudan et la République
démocratique du Congo à travailler ensemble pour
parvenir à une solution. Il a par ailleurs prié
les parties au conflit soudanais du Darfour à s'acquitter
de leurs obligations en vertu des Accords de paix. Le Royaume-Uni
est en outre préoccupé par la situation des doits
de l'homme dans les territoires palestiniens occupés. Enfin,
le Royaume-Uni espère que la haut commissaire s'adressera
régulièrement aux membres du Conseil.
M. BART OUVRY (Belgique) a assuré la haut
commissaire aux droits de l'homme du soutien de son pays, y compris
au plan financie : la contribution de la Belgique sera "non
marquée" dès 2007, reflet de l'appréciation
par la Belgique des efforts de gestion engagés par le haut
commissaire. Le représentant belge a demandé à
Louise Arbour des précisions sur l'état de l'intégration
des droits dans toute l'action des Nations unies. Rappelant l'entrée
en vigueur très récente du Protocole facultatif
à la Convention contre la torture, il a aussi demandé
des précisions sur les conditions d'introduction des mécanismes
de protection nationale contre la torture.
M. GRIGORY LUKIYANTSEV (Fédération
de Russie) a dit souhaiter voir le rôle du haut commissariat
aux droits de l'homme renforcé et une bonne coopération
s'établir avec lui. La création du Conseil constitue
un pas important, mais non suffisant. La réforme doit aborder
d'autres composantes, et notamment les traités des droits
de l'homme. Le représentant de la Fédération
de Russie a demandé des explications au sujet du respect
de la répartition géographique équitable
des postes au Haut-Commissariat afin que mettre fin au déséquilibre
actuel.
M. MOCHAMAD S. HIDAYAT (Indonésie) s'est
félicité de la hausse budgétaire accordée
au Haut-Commissariat, mais a souligné que cela exige davantage
de transparence de la part de cet organe, qui devra pleinement
adhérer aux principes d'impartialité et d'objectivité.
Il a noté que 91 postes ont été créés
dans le cadre du nouveau budget, mais a rappelé la nécessité
de recruter des candidats provenant d'États sous représentés.
L'Indonésie, par exemple, n'a pas de ressortissants dans
de nombreux services des Nations Unies.
M. MOSTAFA ALAEI (Iran) a souligné que, ces dernières années, la communauté internationale a eu la possibilité de se prononcer clairement sur sa vision de la résolution des problèmes qui existent dans le système de protection des droits de l'homme des Nations unies. Le Haut Commissariat, son programme et ses activités devraient refléter certains principes fondamentaux, notamment ceux de non-sélectivité, d'égalité entre tous les droits et du respect de la diversité culturelle et religieuse. Faisant état de la préoccupation sérieuse de son gouvernement s'agissant de centres secrets de détention, le représentant iranien a aussi demandé au Haut Commissariat s'il avait l'intention d'envoyer des missions chargées d'enquêter, dans la mesure du possible, dans les pays éventuellement concernés.
Pour M. VESA HIMANEN (Finlande), le Haut Commissariat
doit être doté de ressources supplémentaires
et d'une indépendance renforcée. Il a demandé
comment l'intégration des droits de l'homme s'intègre
dans le programme de renforcement de la présence des Nations
unies sur le terrain. Par ailleurs, il a souhaité savoir
comment le Haut Commissariat pouvait contribuer au dialogue dans
les cas d'absence complète de coopération: quels
mécanismes existent-ils par exemple pour des situations
telles que la Corée du Nord, où la communauté
internationale ne bénéficie d'aucune collaboration
?
M. ZDZISLAW RAPACKI (Pologne) a salué
le rapport de la haut commissaire et indiqué que son pays
doublera sa contribution aux activités du Haut Commissariat.
Le plan d'action de la haut commissaire insiste à juste
titre sur les questions de la protection et de l'autonomie. La
Pologne se félicite de la volonté de la haut commissaire
de travailler en étroite coopération avec les gouvernements,
les organisations de la société civile et les autres
organismes des Nations unies.
M. BRADDIDIN OBIDOV (Ouzbékistan), a estimé
que les propos tenus par la haut commissaire jetait le discrédit
sur l'impartialité du système judiciaire de l'Ouzbékistan.
Maintes fois, a-t-il précisé, le Haut-Commissariat
a été tenu informé des suites des événements
qui se sont produits en mai 2005. Le gouvernement a décidé
d'enquêter de manière transparente et équitable
et de nombreux observateurs extérieurs ont été
à même de prendre connaissance du déroulement
des procédures.
M. SHIGERU ENDO (Japon) a dit espérer
que le Haut-Commissariat travaillera encore de manière
plus efficace à la cause des droits de l'homme. Par rapport
à la pauvreté, le Japon s'efforce de promouvoir
l'autonomie de chaque personne et assurer la sécurité
humaine. Il y a encore des pays en butte aux problèmes
des droits de l'homme mais certains s'efforcent de résoudre
ces problèmes, comme le cas du Cambodge. En revanche, certains
pays ne coopèrent pas, comme la République populaire
démocratique de Corée. Le Japon espère que
ce pays acceptera la visite d'un rapporteur spécial.
MME HEDDA SAMSON (Pays-Bas) a salué le
travail du Haut-Commissariat aux droits de l'homme. Elle a en
outre demandé à avoir plus d'informations sur le
sens de l'évolution de l'intégration des droits
de l'homme envisagée par le Haut-Commissariat.
M. ABDUL MONEIM TAHA (Soudan) a déclaré que pas moins de soixante-quinze observateurs des droits de l'homme sont à l'uvre dans son pays pour y superviser l'application des accords concernant le respect des droits humains, et notamment ceux des femmes. Le processus de paix vient de commencer au Darfour, région pour laquelle le gouvernement entend fermement mettre en place les mécanismes judiciaires post-conflits prévus. Le gouvernement a aussi débloqué 300 millions de dollars par an pendant deux ans pour la reconstruction du Darfour.
Seul un rôle négocié et clairement convenu
pour les personnes chargées de faire appliquer le plan
de paix au Darfour sera accepté par le Soudan, qui n'entend
pas se faire dicter des conditions.
M. BLAISE GODET (Suisse) a affirmé que
son pays appuie pleinement le Haut-Commissariat aux droits de
l'homme dans l'exercice de son mandat sur le terrain, en particulier
l'ouverture de Bureaux dans une série de pays. Les recommandations
sur le Soudan contenues dans le rapport de la Haut-Commissaire
semblant justifiées, la communauté internationale
doit proposer sur cette base des modalités de collaboration
avec le gouvernement de ce pays. Rappelant que nombre d'individus
se sont plaints de subir des abus quand ils dénoncent des
violations de leurs droits, le représentant a demandé
si la Haut-Commissaire avait constaté des améliorations
à cet égard. Il a aussi observé que les experts
de la Mission de droits de l'homme au Soudan ont en principe un
accès libre aux lieux de détention. Dans la capitale,
cet arrangement fonctionne, mais ce ne semble pas être le
cas dans les provinces. Y a-t-il eu une information dispensée
aux autorités locales concernant les obligations du Soudan
dans ce domaine, a demandé le représentant suisse,
qui a également voulu savoir si le Haut-Commissariat comptait
intensifier son dialogue avec les autorités du Myanmar
sur la question des droits de l'homme dans ce pays.
M. SERGIO CERDA (Argentine) a souscrit à
l'avis de la haut commissaire selon lequel la question de la pauvreté
devrait faire l'objet d'une attention particulière. Le
thème de la démocratie et des droits de l'homme
doit continuer d'être une préoccupation pour le Haut-Commissariat,
qui ne devrait pas limiter son action en la matière à
l'organisation de séminaires. L'Argentine est par ailleurs
d'avis que les services consultatifs et l'assistance technique
fournis par le Haut Commissariat doivent être renforcés.
En ce qui concerne l'une des tâches fondamentales du Conseil,
à savoir la révision des mandats des procédures,
le représentant argentin souhaiterait que la question soit
abordée dans son ensemble sur la base d'un document neutre
et objectif établissant des comparaisons entre les différents
mandats.
MME ANGELA MARÍA CHÁVEZ BIETTI (Guatemala)
s'est félicitée de la présence du Haut-Commissariat
dans son pays et a remercié la haut commissaire de sa récente
visite dans le pays. Le Guatemala souhaite continuer à
coopérer avec le Haut-Commissariat. Le Guatemala est aujourd'hui
un pays différent de celui qu'il était et n'épargnera
aucun effort pour parvenir à une paix durable.
M. RICARDO GONZÁLEZ ARENAS (Uruguay) a déclaré que le rapport présenté par la Haut-Commissaire attire l'attention sur les grandes problématiques. "Tant qu'il y aura des millions de personnes qui vivent dans l'extrême pauvreté, nous serons loin de l'objectif des droits de l'homme", a déclaré le représentant. Concernant les activités du Haut Commissariat, le renforcement des capacités au niveau local au moyen de l'assistance technique est important. Il faut que le Haut Commissariat aide à la mise en uvre du Protocole facultatif à la Convention contre la torture, a également estimé le représentant.
M. BASHAR JA'AFARI (Syrie) a dit regretter que
rien n'ait été dit sur l'occupation des territoires
arabes par Israël. Il a déploré les problèmes
humanitaires en Palestine, sur lesquels Louise Arbour porte l'attention,
mais a souligné qu'il s'agit d'une situation nouvelle,
alors que la situation désastreuse au Moyen Orient existe
depuis plus de quarante ans, a souligné le représentant.
M. MASOOD KHAN (Pakistan) a dit apprécier
l'accent mis par la haut commissaire sur l'éradication
de l'extrême pauvreté. Le Haut-Commissariat compte-t-il
développer un programme relatif au problème des
droits liés à la pauvreté, a demandé
le représentant. Il a aussi fait valoir que la liberté
de penser est très précieuse, mais qu'elle doit
s'exercer de manière équilibrée. Le Haut-Commissariat
devrait renforcer son dialogue sur les droits de l'homme avec
les gouvernements et la société civile. Le représentant
a aussi demandé que la situation en Palestine fasse l'objet
d'une attention soutenue.
M. MOHAMED LOULICHKI (Maroc) est convenu avec la haut
commissaire que la pauvreté est la violation la plus flagrante
des droits de l'homme. Tous les Etats doivent aussi agir dans
la lutte contre l'intolérance religieuse et contre la torture,
a ajouté le représentant. Le Maroc souscrit également
aux vues de la haut commissaire concernant l'administration de
la justice, l'octroi de réparations aux victimes des violations
des droits de l'homme et le rôle de la société
civile en matière de protection des droits de l'homme.
M. MYONG NAM CHOE (République populaire démocratique
de Corée) a déploré les propos tenus par
la haut commissaire au sujet de la situation dans son pays. Son
analyse, a-t-il estimé, est à la fois injuste et
partiale et pourrait conduire à la confrontation. Le représentant
a par ailleurs rejeté les allégations du représentant
japonais, dénonçant leur caractère politique.
M. MOHAMED ABU-KOASH (Palestine) a regretté
que l'on ne dise pas clairement qu'Israël est une force d'occupation.
Il a demandé au Conseil de prendre des mesures concrètes
pour mettre fin aux violations des droits de l'homme dans son
pays. Il a appelé de ses vux l'institution d'une mission
d'établissement des faits pour empêcher Israël
de tuer des civils et pour qu'Israël respecte le droit humanitaire
international dans tous les territoires arabes occupés
depuis 1967.
M. CHRIS SIDOT (Service international pour les droits
de l'homme) a déclaré au sujet des discriminations
qu'il était nécessaire d'ajouter les discriminations
fondées sur l'orientation sexuelle. Le représentant
aimerait connaître la situation actuelle sur ce sujet, jugé
tabou par le passé. Au sujet des procédures spéciales,
il faut trouver des solutions dans le monde entier. "Nous
ne voulons pas de répétition sans fin de résolutions
sans que cela débouche. Il faut trouver des mesures pratiques
pour aboutir à des changements sur le terrain. Nous
ne voulons plus de répétitions théoriques.
Nous nous féliciterons de l'action pratique du Conseil
des droits de l'homme", a déclaré le représentant.
M. NICHOLAS HOWEN (Commission internationale de juristes)
a estimé que la haut commissaire devrait pouvoir s'adresser
au Conseil des droits de l'homme dès qu'elle l'estimait
nécessaire. Il faut agir rapidement pour empêcher
une escalade des violations des droits de l'homme. Le Conseil
devrait adopter des nouvelles normes internationales contre les
disparitions et les peuples autochtones. Dans certains pays, l'indépendance
des magistrats constitue un problème, et le représentant
a souhaité que le Conseil s'intéressera de près
à cette question.
M. ALEXANDER GOLDBERG (Conseil consultatif d'organisations
juives) a dit que l'augmentation de son budget permettrait
au Haut Commissariat de renforcer ses activités. Il a espéré
que le Conseil travaillerait dans la transparence et que les organisations
non gouvernementales pourraient y faire entendre leur voix, elles
qui représentent des millions de victimes de violations
des droits de l'homme. L'action du Conseil devrait permettre d'améliorer
la vie de millions de personnes.
M. MUSA BURAYZAT (Jordanie) a dit qu'il fallait
accorder une place privilégiée aux défenseurs
des droits de l'homme. Il a rejoint la haut commissaire sur les
conséquences graves de l'occupation des territoires arabes
au Moyen Orient, qui appelle une solution négociée
et non militaire. La haut commissaire doit poursuivre ses efforts
de résolution de cette crise, a estimé le représentant.
 En réponse aux nombreuses observations
des délégations et des organisations non gouvernementales,
LOUISE ARBOUR a déclaré qu'elle aurait l'occasion
de répondre aux questions spécifiques dans les prochains
jours. Dans les grandes lignes, elle a dit être encouragée
par les réactions du Conseil. Au sujet de la pauvreté,
elle a rappelé que les actions du Haut-Commissariat n'étaient
pas de la simple rhétorique et qu'elle comptait lancer
des initiatives concrètes.
Concernant la question de la transparence, Louise Arbour a
dit espérer que les Etats reconnaissent les efforts déployés
par le Haut Commissariat à cet égard, en particulier
par la présentation d'un plan de gestion stratégique
et la présentation transparente des activités du
Haut-Commissariat. Elle a aussi salué les Etats donateurs
qui ont décidé de ne plus lier leur financement
à des activités spécifiques. S'agissant de
transparence, elle a demandé aux Etats qui seront appelés
à participer à l'examen périodique universel
de faire également preuve de transparence et n'invoqueront
pas l'argument des capacités pour entraver l'examen de
leur situation, mais qu'ils offrirons le plus grand accès
possible aux instances et mécanismes des Nations unies
dans le domaine des droits de l'homme.
Enfin, Louise Arbour a souligné que le Haut Commissariat
doit assumer un rôle de premier plan dans le domaine de
la recherche et dans les efforts de promotion des droits de l'homme.
Elle a exprimé l'espoir que le Conseil sera réactif
à ces efforts et s'avèrera un forum essentiel dans
le domaine de l'établissement de normes.
Source : Nations unies, Genève, 23 juin 2006.
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