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CONSEIL DES DROITS DE L'HOMME, SEPTEMBRE-OCTOBRE 2006 / 2e SESSION
__Israël-Palestine : le rapport de John Dugard, Rapporteur spécial sur la situation des droits de l'homme dans les territoires palestiniens occupés
Le Conseil des droits de l'homme s'est penché,
le 29 septembre 2006, sur le suivi de la résolution
adoptée lors de sa première session extraordinaire,
le 6 juillet 2006, qui portait sur la "situation des droits
de l'homme dans le territoire palestinien occupé".
Le Conseil a entendu dans ce cadre M. John Dugard, Rapporteur
spécial sur la situation des droits de l'homme dans les
territoires palestiniens occupés depuis 1967, concernant
la mission d'enquête qui lui a été confiée
par le Conseil dans la résolution S-1/Res-1. Le
Rapporteur, qui n'a pu se rendre dans la région en l'absence
de réponse d'Israël à ses demandes, a souligné
que sa mission devait viser à dresser un état
de la situation des droits de l'homme suite au lancement sur Gaza
de l'opération militaire israélienne "Pluies
d'été". Les sources de seconde main et
la visite qu'il a faite dans la région en juin 2006 confirment
les inquiétudes exprimées par le Conseil à
la suite des arrestations de civils et de membres du Parlement
et du gouvernement, ainsi que de violations diverses constatées.
La présentation du Rapporteur a été suivie
d'un débat auquel ont participé plusieurs délégations
d'Etats et d'organisations non gouvernementales. Les intervenants
ont été nombreux à condamner le refus d'Israël
de laisser travailler la mission d'établissement des faits
de M. Dugard, ainsi que les violations des droits de l'homme du
peuple palestinien par la puissance occupante. Plusieurs intervenants
ont souligné la nécessité pour le Conseil
de tout faire pour assurer la mise en uvre rapide de sa résolution.
La communauté internationale a été appelée
à faire pression sur Israël pour qu'il respecte ses
obligations au regard du droit international humanitaire et
que cessent les violations des droits de l'homme du peuple palestinien.
Les Etats suivants ont participé au débat
: Israël, Palestine, Syrie, Algérie, Pakistan (au
nom de l'Organisation de la Conférence islamique), Bahreïn
(au nom du Groupe arabe), Tunisie, Arabie saoudite, Finlande (au
nom de l'Union européenne), Malaisie, Indonésie,
Sénégal, Cuba, Mali, Bangladesh, Canada, Mexique,
Fédération de Russie, Chine, Iran, Egypte, Libye,
Soudan, Etats-Unis et République populaire démocratique
de Corée. Israël et la Syrie ont exercé le
droit de réponse.
Des représentants des organisations non gouvernementales
suivantes ont aussi fait des déclarations : United Nations
Watch; Amnesty International (au nom également de Human
Rights Watch); Al-haq law in the service of man; B'nai B'rith
(au nom également du Comité de coordination d'organisations
juives); Organisation internationale des femmes sionistes; Organización
de solidaridad de los Pueblos de Africa, Asia y America Latina
(au nom également de la Fédération des femmes
cubaines et de l'Union nationale des juristes de Cuba) et l'Organisation
internationale pour l'élimination de toutes les formes
de discrimination raciale.
LA PRESENTATION DU RAPPORT
[Suivi de la résolution adoptée, le 6
juillet 2006, par le Conseil lors de sa première session
extraordinaire, consacrée à sur la situation
dans le territoire palestinien occupé.]_
M. JOHN DUGARD, Rapporteur spécial sur la situation
des droits de l'homme dans les territoires palestiniens occupés
depuis 1967, a rappelé que le 6 juillet 2006, le Conseil
a adopté au cours de sa session spéciale, la résolution
S-1/Res-1, par laquelle il décidait de dépêcher
une mission d'enquête urgente dirigée par le Rapporteur
spécial. Il a indiqué que bien que le mandat n'ait
pas été précisé au delà de
cette demande, il était clair que la mission visait
à dresser un état de la situation des droits de
l'homme suite au lancement sur Gaza de l'opération militaire
israélienne "Pluies d'été".
Le Rapporteur a indiqué que l'assentiment du gouvernement
israélien a été sollicité, conformément
aux dispositions prévues. Celui-ci n'a cependant pas donné
suite à cette demande, ni aux courriers répétés
qui ont suivi. Sans réponse d'Israël après
un mois, il a malheureusement dû conclure que ceci attestait
du refus d'Israël de lui permettre de mener à bien
cette mission.
M. Dugard a informé le Conseil qu'il a néanmoins
préparé un rapport qui se base à la fois
sur des sources secondaires et sur la visite qu'il avait effectuée
dans la région en juin 2006. Ce rapport conforte, a-t-il dit, les inquiétudes exprimées par le Conseil à la suite des arrestations de civils et de membres du Gouvernement, ainsi que de violations diverses constatées. Depuis le 25 juin, Israël s'est en effet engagé dans une opération militaire qui, par le fait qu'elle cible volontairement les civils et les infrastructures civiles, constitue de fait une punition collective. Il a mentionné notamment la destruction par Israël de l'unique centrale énergétique de Gaza, qui a occasionné une crise humanitaire grave. Hier, a-t-il dit, un rapport a été publié par une organisation non gouvernementale en Israël, qui qualifie cette destruction de crime contre l'humanité. Ce n'est pas le seul, a-t-il relevé, qu'Israël ait commis. Le Rapporteur spécial a conclu en invitant le Gouvernement israélien lui-même à envisager de poursuivre les responsables.
La note du Secrétaire général transmettant
le rapport du Rapporteur spécial sur les violations
du droit international humanitaire et des droits de l'homme dans
les territoires palestiniens occupés depuis 1967 (A/HRC/2/5)
attire l'attention des membres du Conseil sur le fait que ce rapport
fait suite au voyage entrepris par le Rapporteur entre le 9 et
17 juin 2006, c'est-à-dire avant l'adoption de ladite décision
S-1/Res-1. L'essentiel du rapport concerne le siège
et le conflit de Gaza. Le 25 juin 2006, après la capture
du caporal Gilad Shalit par des militants palestiniens et la poursuite
des tirs de roquettes artisanales Qassam contre Israël, ce
pays a fait de multiples incursions militaires et bombardé
systématiquement Gaza, causant de nombreux morts et blessés
et la destruction de maisons, de champs et d'ouvrages d'infrastructures,
commettant ainsi sur une grande échelle une violation des
droits de l'homme et du droit international humanitaire. En particulier,
Israël a violé l'interdiction d'utiliser aveuglément
la puissance militaire contre des civils et des biens de caractère
civil. La situation en Cisjordanie s'est également nettement
dégradée.
Le Mur en construction sur le territoire palestinien
est maintenant présenté par le nouveau gouvernement
israélien comme une mesure politique visant à annexer
10% du territoire palestinien situé entre la Ligne verte
et le Mur, où vivent 76% des colons israéliens.
Lorsque l'ouvrage sera achevé, 60'500 Palestiniens
de Cisjordanie vivant dans 42 villages et bourgades seront,
selon les estimations, enfermés dans la zone
comprise entre le Mur et la Ligne verte. Les 500'000 Palestiniens
qui vivent près du Mur doivent avoir un permis pour le
franchir et on estime à 40% la proportion des demandes
de permis rejetées.
En outre, poursuit le rapport, Israël poursuit sa politique
de "dépalestinisation" de Jérusalem.
Par ailleurs, les colonies continuent de grandir, en infraction
avec la 4e Convention de Genève. Les colons de Cisjordanie
et de Jérusalem-Est sont maintenant plus de 440'000.
Le nombre de postes de contrôle a augmenté, passant
de 376 en août 2005 à plus de 500, ajoute le rapport.
La démolition de maisons reste un trait constant de l'occupation,
précise-t-il.
La vie familiale des Palestiniens souffre de plusieurs législations
et pratiques israéliennes. Récemment, la Haute Cour
israélienne a confirmé une loi interdisant aux Arabes
israéliens qui épousent des Palestiniens de vivre
avec eux en Israël. Plus de 10'000 Palestiniens, dont
des femmes et des enfants, sont détenus dans des prisons
israéliennes. La situation humanitaire est consternante
tant en Cisjordanie que dans la bande de Gaza. Au moins 4
Palestiniens sur 10 vivent au-dessous du seuil officiel de pauvreté;
le taux de chômage est d'au moins 40 %.
Une circonstance aggrave la situation, à savoir que
le secteur public, qui représente 23% du total des emplois
dans le territoire palestinien, garde ses salariés, mais
ne peut les payer du fait que le gouvernement israélien
ne verse pas les fonds qu'il doit à l'Autorité palestinienne,
notamment des recettes fiscales représentant de 50 à
60 millions de dollars par mois. De plus, les Etats-Unis et
l'Union européenne ont interrompu le financement de l'Autorité
palestinienne au motif que le Hamas, parti élu aux affaires
en janvier 2006, est inscrit par leur législation sur la
liste des organisations terroristes. Le fait est que le peuple
palestinien a été soumis à des sanctions
économiques, premier exemple d'un tel traitement à
l'égard d'un peuple occupé.
Cette situation ne change pas, même si Israël
est en infraction avec de nombreuses résolutions du Conseil
de sécurité et de l'Assemblée générale
et s'il n'a pas donné suite à l'avis consultatif
de la Cour internationale de Justice du 9 juillet 2004. Le Quartet
lui-même fait fi de cet avis consultatif, qu'il ne mentionne
même pas dans ses déclarations publiques. Cela a
considérablement terni l'image de l'Organisation dans le
Territoire palestinien occupé. Si les Palestiniens tiennent
en haute estime les agents des Nations unies qui travaillent sur
le terrain avec dévouement et détermination, ils
se méfient beaucoup du rôle de l'Organisation à
New York et à Genève.
LE DEBAT
M. ITZHAK LEVANON (Israël) a remercié Mme
Louise Arbour pour avoir accepté l'invitation qui lui
a été adressée d'effectuer une visite en
Israël et dans les territoires palestiniens. "Nous pensons
que Mme Arbour réussira là où M. Dugard a
échoué", a-t-il déclaré.
Israël espérait que le Conseil des droits de
l'homme saurait se départir des pratiques de deux poids,
deux mesures qui ont caractérisé la Commission.
Mais les résolutions et rapports issus de ce Conseil depuis
sa création ont montré qu'il en était autrement,
mettant évidence le caractère unilatéral
et déséquilibré de ce nouvel organe. Un seul
pays a été pointé du doigt par des résolutions,
alors que le Conseil n'est pas parvenu à traiter des graves
situations dans d'autres parties du monde.
Pire encore, deux sessions extraordinaires ont été
consacrées aux prétendues violations des droits
de l'homme par Israël, sans aborder les faits qui ont suscité
les actions israéliennes d'autodéfense, à
savoir les attaques aveugles des roquettes Qassam du Hamas et
des roquettes Katioucha du Hezbollah- deux organisations terroristes
- contre les villes et villages israéliens.
Le représentant israélien a rappelé qu'en
juin 2006, près d'un an après qu'Israël
ait unilatéralement retiré tous ses citoyens et
soldats de la bande de Gaza, "les terroristes palestiniens
ont pénétré le territoire souverain d'Israël",
tués deux soldats des forces armées israéliennes
et kidnappé un caporal de l'armée âgé
de 19 ans, Gilad Shalit. Simultanément, des roquettes
Qassam étaient aveuglément lancées contre
le territoire civil israélien.
Ici réside la raison de l'escalade récente
de la violence, a souligné le représentant israélien.
Le 26 septembre, a-t-il ajouté, le Rapporteur a demandé
à Israël et à la communauté internationale
de prendre langue avec le gouvernement palestinien dirigé
par le Hamas; le Rapporteur spécial n'est pas sans savoir
que le Hamas est une organisation dont la Charte fondatrice est
profondément antisémite et appelle à l'anéantissement
d'Israël. Il y a une semaine seulement, le Premier ministre
du Hamas, M. Ismail Haniyeh, a déclaré qu'en ce
qui le concerne, il ne dirigerait pas un gouvernement qui reconnaît
Israël.
Avec qui, exactement, le Rapporteur entend-il que nous prenions
langue, a demandé le représentant israélien
? Le rapport du Rapporteur, comme le précédent,
ne fait que saper tout effort visant à faire avancer "une
cause palestinienne".
M. MOHAMMAD ABU-KOASH (Palestine) s'est dit lassé
des discours du représentant d'Israël, qui semble
incapable d'apporter quelque élément nouveau que
ce soit au débat. Son immuable message : "Israël
est au-dessus des lois" est inacceptable, a estimé
le représentant palestinien.
Ce dernier a rappelé que le Conseil a décidé
d'envoyer une mission d'établissement des faits dans le
territoire palestinien occupé, décision pleinement
justifiée par la violation constante par Israël des
principes consacrés par le droit international : siège
économique, bouclement des territoires, arrestations arbitraires,
construction d'un mur de séparation qui a provoqué
le déplacement forcé de milliers de personnes, emprisonnement
de 10'000 Palestiniens, violation des accords signés en
refusant de reverser les droits de douane au gouvernement palestinien.
Il est incroyable d'entendre que cette puissance, qui dispose
d'un armement sophistiqué incluant des armes nucléaires,
se dise "terrifiée" par les quelques armes primitives
dont disposent les combattants palestiniens, a dit leur représentant.
Ce dernier dit espérer que les autorités israéliennes
d'occupation accepteront de laisser la haut commissaire aux droits
de l'homme, Mme Louise Arbour, entrer dans le territoire occupé
pour qu'elle puisse y accomplir sa mission.
M. KHALIT BITAR (Syrie), remerciant le Rapporteur
pour son rapport, rédigé dans des circonstances
difficiles de non-collaboration d'Israël, a demandé
combien de délégations nationales ont déjà
visité le territoire palestinien occupé et ont témoigné
des mêmes faits que ceux qui sont mentionnés dans
le rapport : violations des droits de l'homme, déplacements
de populations, etc. Il a noté que, par chance, les médias
ont été témoins de ces faits, de sorte qu'ils
ne peuvent pas tomber dans l'oubli.
Après cela, a-t-il dit, le Conseil va-t-il encore rester
silencieux ? Va-t-on attendre encore 40 ans pour rétablir
les droits de peuples arabes ? Le Conseil, a-t-il rappelé,
a adopté des résolutions qui doivent maintenant
être appliquées. Il a demandé au Rapporteur
quels sont les moyens qu'il estime susceptibles de rétablir
la population palestinienne dans ses droits.
M. IDRISS JAZAÏRY (Algérie) a dit
avoir entendu avec inquiétude la présentation du
rapport de M. Dugard sur les violations perpétrées
par Israël dans les territoires palestiniens occupés.
Le Conseil des droits de l'homme n'est pas un forum politique
et encore moins un Conseil de sécurité : c'est la
conscience de l'humanité. Ignorer les violations perpétrées
par Israël équivaudrait à remettre en cause
la crédibilité de cet organe dans cette région
comme ailleurs.
Le Conseil a adopté en juillet une résolution
sur la situation dans les territoires occupés; or cette
résolution n'a absolument pas été mise en
uvre, a poursuivi le représentant algérien. Israël
continue de faire fi du droit international humanitaire et a encore
interdit la visite du Rapporteur, a-t-il souligné. Le
terrorisme fondateur, c'est l'occupation, sans laquelle il n'y
aurait pas eu de résistance - résistance qui
est un devoir, incombant à tout peuple occupé, et
ne saurait être qualifiée de terrorisme, a insisté
le représentant algérien.
MME TEHMINA JANJUA (Pakistan, au nom de l'Organisation
de la Conférence islamique) a remercié le Rapporteur
de son rapport sur la situation dans le territoire palestinien,
rappelant que le Conseil s'était réuni en session
extraordinaire pour traiter des violations des droits de l'homme
qui s'y déroulent. La représentante a dénoncé
les violations des droits de l'homme des Palestiniens qui se commettent
chaque jour, les opérations militaires brutales à
Gaza, dénoncées également par le Rapporteur
spécial, de même que le blocus économique
auquel est soumis le peuple palestinien. Le Conseil avait, au
terme de sa session extraordinaire, adopté une résolution
demandant la fin des opérations militaires israéliennes
dans le territoire occupé, conformément aux dispositions
du droit international et du droit international humanitaire.
M. Dugard n'a pu mener à bien la mission d'établissement
des faits que le Conseil lui avait confiée, faute d'avoir
obtenu l'autorisation d'Israël, a déploré la
représentante. Il faudra que le Conseil réfléchisse
aux moyens pratiques de faire appliquer sans délai sa résolution,
a-t-elle estimé.
M. ABDULLA ABDULLATIF ABDULLA (Bahreïn au
nom du Groupe arabe) a salué la décision
de la Haut-Commissaire de visiter le territoire palestinien occupé
et remercié M. Dugard pour son rapport. Il a rappelé
qu'Israël rejetait systématiquement les résolutions
et demandes de collaboration du Conseil et continuait à
violer les droits des Palestiniens. Il a invité communauté
internationale à souscrire à l'initiative de paix
proposée par les pays arabes pour rétablir la paix
dans la région.
M. SAMIR LABIDI (Tunisie) a souscrit aux déclarations
faites cet après-midi par Bahreïn, l'Algérie
et le Pakistan. Malgré le refus d'Israël de permettre
à M. Dugard d'effectuer une visite comme le Conseil le
lui a demandé, le Rapporteur a présenté un
rapport qui traduit la situation misérable du peuple palestinien
soumis à l'occupation israélienne. Le nombre de
morts palestiniens dépasse les 4'000 depuis le début
de la deuxième Intifada. La situation est liée au
maintien de l'occupation du territoire palestinien et au fait
que les Palestiniens se voient priver de leur droit de créer
un Etat souverain. La Tunisie appelle toutes les parties à
mettre en uvre la résolution adoptée à l'issue
de la première session extraordinaire du Conseil des droits
de l'homme.
M. ABDULWAHAB A. ATTAR (Arabie saoudite) a rappelé
que le Conseil avait décidé de se saisir des violations
des droits du peuple palestinien, victime d'actes illégaux
au regard du droit international, en particulier du droit international
humanitaire, commis par Israël. Les actes arbitraires commis
par cette puissance occupante ne sont pas nouveaux et ont été
examinés, en son temps, par la Commission des droits de
l'homme.
Le rapport de M. Dugard ne fait que confirmer la réalité
des violations constantes commises par Israël. Au terme de
sa session extraordinaire, le Conseil avait notamment décidé
d'envoyer une mission d'établissement des faits dans le
territoire palestinien occupé, mission qui a pour l'instant
échoué devant l'intransigeance d'Israël. Il
est d'autant plus important que le Conseil trouve le moyen de
faire appliquer sa décision qu'il est en pleine phase d'organisation
de ses travaux.
M. VESA HIMANEN (Finlande, au nom de l'Union
européenne et des pays en voie d'adhésion)
a insisté sur la nécessité de la collaboration
de tous les gouvernements avec le Conseil. Il a appelé
les deux parties à respecter les dispositions des droits
de l'homme et demandé en particulier à Israël
la libération des ministres et législateurs palestiniens.
Il a aussi invité Israël a s'abstenir de toute action
qui pourrait compromettre une solution au conflit, exprimant la
préoccupation de l'Union européenne à l'égard
des activités de peuplement en Cisjordanie, de même
que dans et autour de Jérusalem est.
Il a ajouté que l'Union ne reconnaissait aucun changement
aux frontières de 1967 que ceux sur lesquels les deux parties
sont d'accord. Il a indiqué que les obstacles à
la liberté de mouvement des Palestiniens compromettent
fortement la réalisation et le respect de leurs droits
économiques, sociaux et culturels. Il a invité
Israël à restituer au gouvernement palestinien les
revenus correspondant au transfert des taxes douanières.
L'Union a-t-il encore dit, a décidé de prolonger
le mécanisme par lequel les pays de l'Union peuvent aider
directement les Palestiniens. Il a rappelé enfin que la
paix et la sécurité dans la région ne peuvent
être obtenues qu'au travers d'une solution globale.
M. IDHAM MUSA MOKTAR (Malaisie) s'est félicité
que ce dialogue permette de se pencher sur la question de la mise
en uvre des résolutions et des décisions du Conseil.
Il est impératif que les décisions prises par le
Conseil soient exécutées pleinement et sans retard;
à cet égard, il est important d'appliquer les décisions
prises par le Conseil à l'issue de sa première session
extraordinaire en juillet dernier, a-t-il déclaré.
Aussi, a-t-il appelé Israël à appliquer pleinement
la résolution adoptée à l'issue de cette
session extraordinaire et à faciliter l'envoi d'une mission
d'établissement des faits dirigée par le Rapporteur
sur la situation des droits de l'homme dans les territoires palestiniens
occupés depuis 1967.
MME WIWIEK SETYAWATI (Indonésie) a dit
apprécier le travail considérable des Rapporteurs
spéciaux qui ont été chargés d'enquêter
sur la situation au Liban et dans le territoire palestinien occupé,
estimant que les événements de l'été
ont accentué les inquiétudes au sujet de la situation
au Proche-Orient. Les attaques menées en juillet et en
août n'ont fait qu'aggraver la situation humanitaire décrite
par M. Dugard. L'Indonésie demande au Haut-Commissariat
de faire appliquer les décisions du Conseil avec plus de
fermeté. Les peuples libanais et palestinien méritent
davantage que des témoignages de sympathie, a dit la représentante,
et le respect de leurs droits fondamentaux doit être un
test de la volonté du Conseil d'imposer une culture du
respect de l'état de droit et des principes universels
consacrés par les instruments internationaux des droits
de l'homme et du droit humanitaire.
M. ABDOUL WAHAB HAIDARA (Sénégal),
remerciant M. Dugard pour son rapport, a indiqué que la
dégradation de la situation sur le terrain n'est pas de
nature à faciliter le dialogue. Il a estimé essentiel
que le Conseil identifie les voies et moyens d'une mise en uvre
effective des décisions et résolutions qu'il a adoptées,
en vue de sauvegarder sa crédibilité.
M. JUAN ANTONIO FERNANDEZ PALACIOS (Cuba) a rendu hommage
à la persévérance, au courage et à
l'intégrité dont fait preuve M. Dugard tout au long
des années. La communauté internationale n'a eu
de cesse que de reconnaître les droits inaliénables
du peuple palestinien et les violations des droits de l'homme
qui sont le fait de la puissance occupante, a-t-il rappelé.
Les pays non-alignés, réunis cette année
à La Havane, ont adopté une déclaration
sur la Palestine dont Cuba appelle à tenir compte ici,
au Conseil.
Dans cette déclaration, ces pays regrettent profondément
que le peuple palestinien continue de souffrir de l'occupation
brutale de ses terres depuis 1967 et expriment notamment leur
préoccupation face à l'aggravation de la crise humanitaire
suite au plan de séparation unilatéral adopté
par Israël.
MME FATOUMATA DIALL (Mali) a déclaré
que le rapport du professeur Dugard, particulièrement explicite,
confirme les inquiétudes du Mali s'agissant de la grave
situation des droits de l'homme dans le territoire palestinien
occupé. Il appartient au Conseil de tirer la leçon
des échecs passés pour agir dorénavant de
manière plus décisive en faveur du peuple palestinien,
a dit la représentante.
M MUSTAFISUR RAHMAN (Bangladesh) a regretté
que le Rapporteur n'ait pas pu visiter le territoire palestinien
occupé. Il a dénoncé la détention
par Israël de membres du gouvernement palestinien et la construction
d'un mur de séparation qui prive les Palestiniens de sa
liberté de mouvement et nie le droit des réfugiés
à retourner sur leur terre natale. Il a appelé au
démantèlement du mur ainsi que des colonies israéliennes
construites sur territoire palestinien.
M. TERRY CORMIER (Canada) s'est dit préoccupé
par la situation humanitaire à Gaza et a appelé
Israël et l'Autorité palestinienne à respecter
les principes du droit international humanitaire. Le Canada
a des réserves quant au mandat déséquilibré
du Rapporteur spécial qui ne met l'accent que sur les seules
pratiques israéliennes sans traiter de la situation des
droits de l'homme à Gaza d'une manière générale.
Les autorités palestiniennes ont des responsabilités
à assumer pour éviter que des roquettes n'atteignent
le territoire palestinien, a souligné le représentant
canadien.
M. PABLO MACEDO (Mexique) a exprimé sa
satisfaction de ce que le Conseil puisse désormais se charger
lui-même du suivi de ses résolutions. Cette manière
de procéder ne pourra que renforcer sa crédibilité.
Dans le cadre des principes démocratiques, du droit international
et de son propre règlement, toutes ses décisions
doivent être exécutées de la même manière,
c'est pourquoi le Mexique demande que soient adoptées des
décisions avec mise en uvre immédiate.
Le Conseil s'est entretenu depuis dix jours avec ses experts
et Rapporteurs spéciaux - un dialogue qui doit entraîner
non seulement la tolérance, mais aussi la paix internationale.
La mise en uvre de la résolution portant sur la situation
au Liban sera rendue possible par la nomination d'une commission
d'experts, commission déjà à l'uvre sur le
terrain et pour deux semaines encore. Le représentant a
déploré que la mission dans le territoire occupé
palestinien n'ait pu être menée à bien. Le
Conseil devra à cet égard s'employer à faire
appliquer toutes ses décisions avec la même énergie.
Le représentant a enfin salué le travail du groupe
de travail chargé d'étudier les modalités
d'application du nouvel examen périodique universel, un
mécanisme qui sera d'une grande utilité pour le
fonctionnement du Conseil.
M. SERGEY CHUMAREV (Fédération de Russie)
a rappelé que son pays a voté en faveur de la résolution
adoptée au cours de la première session du Conseil
et invité celui-ci à assurer sa mise en uvre effective
et rapide.
M. ZHAO XING (Chine) a rappelé que la
Commission adoptait en son temps une centaine de résolutions
chaque année et que leur mise en uvre posait problème,
ce qui a entamé sa crédibilité et abouti
à son effondrement. Le Conseil, en ce qui le concerne,
doit marquer un nouveau départ; si ses résolutions
ne parviennent pas à être mises en uvre dès
le début, on peut craindre pour la crédibilité
de ce nouvel organe, a déclaré le représentant
chinois.
M. ALIREZA MOAIYERI (Iran) a rappelé que
la population de Gaza est soumise à des bombardements constants
et des incursions militaires incessantes. Les assassinats ciblés,
la construction du mur de séparation se poursuivent; les
représentants du peuple palestinien sont toujours détenus;
le peuple palestinien est puni pour avoir élu des autorités
politiques qui n'avaient pas l'heur de plaire aux grandes puissances.
Celles d'entre ces dernières qui ont décidé
de priver le peuple palestinien de toute source de financement
ont ainsi contribué directement à une crise humanitaire
dont ils doivent être tenus responsables, a estimé
le représentant. Ce dernier a rappelé enfin que
la cause profonde de la crise actuelle tient dans l'occupation
prolongée dont souffre un peuple qui ne demande qu'à
pouvoir exercer son droit fondamental à l'autodétermination.
M. AMIN MELEIKA (Egypte), dénonçant
les violations massives de droits de l'homme par Israël dans
le territoire palestinien occupé telles que rapportées
par M. Dugard, a questionné la crédibilité
du Conseil, s'interrogeant sur la raison qui le poussait à
ne pas agir: incapacité, a-t-il demandé, ou absence
de volonté ? Il a instamment demandé que le nouveau
Conseil n'applique pas deux poids, deux mesures et protège
les droits des peuples sans distinction.
Un représentant du YEMEN a relevé que
le Rapporteur avait, dans son rapport, avait souligné la
gravité des violations commises par les forces d'occupation
israéliennes contre le peuple palestinien dont tous les
droits sont violés. Il a par ailleurs relevé que
le Rapporteur concluait également qu'Israël est une
puissance occupante et devrait donc être traité conformément
au droit international relatif à l'occupation. Il faut
forcer Israël à lever son embargo injuste afin de
mettre un terme au massacre contre la population palestinienne,
a déclaré le représentant yéménite.
M. ABDULHAKIM ZAMOUNA (Libye) a condamné
la décision d'Israël de ne pas laisser travailler
le Rapporteur et a appelé la communauté internationale,
y compris le Quartet, à exercer des pressions sur Israël
pour qu'il respecte ses obligations du droit international et
cesse ses violations des droits de l'homme du peuple palestinien.
M. OMAR DAHAB MOHAMED (Soudan), se référant
à l'enlèvement par Israël de membres du Parlement
palestinien, a invité le Conseil à condamner la
provocation israélienne, sans précédent dans
l'histoire, a-t-il dit.
M. WARREN W. TICHENOR (Etats-Unis) a rappelé
qu'en vertu de la résolution 60/251 portant création
du Conseil des droits de l'homme, cet organe est responsable
de la promotion universelle du respect de tous les droits de l'homme
et libertés fondamentales pour tous, sans distinction d'aucune
sorte et de manière équitable et juste. Or,
la manière, totalement déséquilibrée,
dont le Conseil se concentre sur Israël jusqu'ici n'est pas
conforme à cette résolution et, si cela continue,
posera des problèmes de crédibilité pour
cet organe. Les points de l'ordre du jour et les résolutions
devraient être destinés à faire avancer, et
non pas retarder, les progrès sur un règlement final
entre Israël et les Palestiniens.
Ce Conseil doit être plus équilibré dans
ses travaux, a insisté le représentant des Etats-Unis.
La communauté internationale, à juste titre, est
préoccupée par les violations des droits de l'homme
des Palestiniens; mais en exprimant cette préoccupation,
elle devrait exprimer une préoccupation semblable à
l'égard des attaques terroristes aveugles tuant des civils
innocents. Le Conseil devrait veiller à ce que l'accent
qu'il met sur le conflit israélo-palestinien n'empêche
pas l'examen d'autres situations tout aussi urgentes ailleurs
dans le monde.
M. CHOE MYONG NAM (République populaire démocratique
de Corée) a déploré la gravité
de la situation au Proche-Orient, relevant que l'action israélienne
cause des centaines de morts et des destructions importantes.
La faute en incombe aussi aux Etats-Unis et aux Etats d'Europe
qui ont tout fait pour empêcher toute condamnation de l'Etat
d'Israël. Le représentant a dit que son pays était
particulièrement conscient des souffrances du peuple palestinien
du fait de sa propre histoire, marquée par l'occupation
japonaise et la division territoriale imposée par les Etats-Unis
depuis un demi-siècle.
M. HILLEL NEUER (United Nations Watch) a appelé
le Conseil à être équitable et à respecter
les recommandations du Secrétaire général
et ne pas concentrer sa critique sur un pays. Il a estimé
que les débats de la première session tout comme
ceux de la présente session ne démontraient pas
la volonté du nouveau Conseil de se démarquer des
manières regrettables de procéder de feu la Commission.
Il a encouragé le Rapporteur à élargir
son mandat pour considérer également les violations
des droits de l'homme commises par les autorités palestiniennes.
MME MARIANNE LILLIEBJERG (Amnesty International,
au nom également de Human Rights Watch) a déclaré
que la situation humanitaire et des droits de l'homme est terrible
dans les territoires palestiniens et continue de se détériorer.
Depuis le début de 2006, Israël a lancé des
milliers d'attaques dans ces territoires. Les attaques israéliennes
se sont en outre intensifiées contre les infrastructures
et des restrictions supplémentaires ont été
imposées aux mouvements de personnes et de marchandises.
Il faudrait que le Conseil déploie une équipe
d'experts internationaux dans les territoires occupés et
en Israël pour mener une enquête afin de recommander
des mesures spécifiques à prendre pour protéger
les vies des civils.
M. GARETH GLEED (Al-haq, law in the service of
man) a déclaré que son organisation suit le problème
des violations des droits de l'homme dans les territoires palestiniens
occupés depuis près de trente ans maintenant. La
situation actuelle est particulièrement grave, Israël
montrant clairement son intention de poursuivre son extension
territoriale et la construction du mur de séparation entre
les deux peuples. Le Rapporteur a d'autre part parfaitement raison
de conclure que les actions violentes d'Israël contre le
peuple palestinien correspondent à des punitions collectives,
a estimé le représentant. Le Conseil des droits
de l'homme doit continuer à jouer son rôle de contrôleur
permanent de la situation des droits de l'homme du peuple palestinien,
a estimé le représentant.
M. KLAUS NETTER (B'nai B'rith, au nom également
du Comité de coordination d'organisations juives) a
accusé les rapports de M. Dugard de fomenter l'antisémitisme.
Il a relevé que selon les définitions du droit international,
seul des individus peuvent être accusés de "crime
de guerre". Accuser l'Etat de crime de guerre contribue,
a-t-il estimé, à diaboliser les Juifs et l'Etat
juif. Il a par ailleurs accusé le rapport de M. Dugard
d'être biaisé puisqu'il ne mentionne pas les violations
commises du côté palestinien. Précisant qu'Israël
n'est pas signataire du Protocole I des Conventions de Genève,
il a indiqué qu'il ne pouvait par conséquent être
accusé de violer ses dispositions. Il a finalement recommandé
qu'il soit mis fin au mandat de M. Dugard pour ne plus attiser
la haine contre Israël.
MME RAMA ENAV (Organisation internationale des femmes
sionistes) a déclaré que l'une des preuves évidentes
de la nature unilatérale du rapport de M. Dugard réside
dans le fait que son mandat préjuge déjà
en lui-même des résultats de ses conclusions en présumant
des violations israéliennes tout en ignorant complètement
les violations évidentes de la partie palestinienne. Elle
a notamment dénoncé les violations graves commises
par les Palestiniens du point de vue de l'implication des enfants
dans les conflits armés.
MME LOURDES CERVANTES(Organización de solidaridad
de los Pueblos de Africa, Asia y America Latina au nom également
de la Fédération des femmes cubaines et de l'Union
nationale des juristes de Cuba) a estimé qu'il n'existait
aucun autre lieu au monde où se commettaient autant de
violations systématiques des droits d'un peuple que la
Palestine, à tel point que l'on peut parler d'un génocide.
Exemple des méfaits de l'unilatéralisme dans les
relations internationales, l'Etat agresseur étant abrité
par son alliance inconditionnelle avec la première puissance
mondiale. Cette dernière bloque toute décision au
Conseil de sécurité par son droit de veto, a déclaré
la représentante.
MME HANAN SHARFELDDIN (Organisation internationale
pour l'élimination de toutes les formes de discrimination
raciale) a noté qu'Israël est toujours membre
du Conseil tout en continuant à violer les droits de l'homme
et les Conventions de Genève, puisque les autres Etats
ne s'acquittent pas de leurs responsabilités pour faire
cesser ces actes. Le moment est venu, a-t-elle dit, de réagir
à la politique d'apartheid par des sanctions, comme la
communauté l'a fait à l'encontre de l'Afrique du
Sud.
DROIT DE REPONSE
M. ITZHAK LEVANON (Israël) a rejeté l'affirmation
de la Syrie que les citoyens du Golan ne jouissent pas de leurs
droits. Il a accusé la Syrie de donner asile à
des terroristes et d'organiser des rencontres entre des terroristes,
de même que de permettre le transfert d'armes par son territoire,
en violation du droit. Comment la Syrie, qui viole les dispositions
du droit international, se permet-elle de donner des leçons
aux autres, a-t-il demandé, citant le proverbe qui dit
que : "celui qui habite une maison de verre ne devrait pas
jeter de pierres chez son voisin".
M. KHALIT BITAR (Syrie) a demandé si l'occupation
est une démocratie, comme vient de le laisser entendre
Israël à propos des habitants du Golan. L'occupation
est une agression continue au regard du droit international.
Source : Nations unies, Genève, septembre 2006.
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