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CONSEIL DES DROITS DE L'HOMME, JUIN 2006 / LA SESSION INAUGURALE
__19 juin, l'ouverture de la première session du Conseil - la suite du débat
Le Conseil des droits de l'homme a poursuivi, le 19
juin 2006, son débat "de haut niveau"
au cours duquel il a entendu les déclarations de vingt
et une personnalités qui se sont exprimées aussi
bien sur le mandat et les attributions du nouveau Conseil que
sur les mesures législatives et institutionnelles prises
par leurs pays en matière de défense des droits
de la personne.
De nombreux intervenants ont insisté sur la nécessité
pour le Conseil de tirer parti, autant que possible, des mécanismes
hérités de la Commission des droits de l'homme, dont le rôle important en matière normative a été salué. Il a aussi été dit à plusieurs reprises que le Conseil, dans lequel sont placées énormément d'espérances, devra uvrer de manière rapide et décisive pour asseoir sa crédibilité et adopter des méthodes de travail - au premier rang desquelles un nouveau mécanisme d'examen universel - qui lui permettront de ne pas prêter le flanc à des accusations de politisation de ses débats et de partialité dans le traitement des dossiers.
Des intervenants ont insisté sur le rôle que le
Conseil doit jouer en matière de lutte contre l'impunité
ou de coopération technique avec les Etats qui la réclament.
De même, de l'avis de certains intervenants, le Conseil
devra accorder une place aussi large que possible dans ses travaux
aux organisations non gouvernementales.
Entre autres interventions, M. Mahinda Samarasinghe,
ministre des droits de l'homme et de l'action humanitaire du Sri
Lanka, a dit espérer que la création du Conseil
marquerait une nouvelle ère dans laquelle l'accent sera
porté sur l'application généralisée
de normes établies depuis soixante ans. M. Philippe
Douste-Blazy, ministre des affaires étrangères
de la France, a estimé qu'un premier geste fort de ce Conseil
devrait consister à confirmer la mission des rapporteurs
spéciaux et la place unique des organisations non gouvernementales
en son sein. Selon le ministre français, le Conseil doit
en outre, dès aujourd'hui, adopter le projet de convention
sur la protection de toutes les personnes contre les disparitions
forcées. Ce sera un test de la volonté du nouveau
Conseil d'agir concrètement en faveur des droits de l'homme.
Le ministre des affaires étrangères de l'Allemagne,
M. Frank-Walter Steinmeier, a aussi souhaité le
maintien et le renforcement des procédures des rapporteurs
spéciaux. Au sujet de l'examen périodique universel,
la façon dont le Conseil exercera ce mandat aura une très
grande influence sur la future crédibilité du Conseil,
a-t-il par ailleurs souligné, ajoutant que l'Allemagne
fera campagne pour intensifier la coopération avec la société
civile. Le ministre de la justice du Maroc, M. Mohamed Bouzoubaâ,
a estimé que le nouveau Conseil devra insister sur la coopération
et sur l'assistance en matière de droits civils et politiques
d'une part, et de droits économiques, sociaux et culturels,
d'autre part. Il est également important que la spécificité
économique et culturelle des différents pays soit
prise en compte dans le cadre de ses travaux.
M. Celso Luiz Nunes Amorim, ministre des affaires étrangères
du Brésil, a déclaré que la faim et les maladies
peuvent, elles aussi, être considérées comme
une forme de torture, imposées par des sociétés
injustes. Les personnes touchées par ces fléaux
sont incapables de jouir de leurs droits humains ou civils et
politiques. La lutte contre la pauvreté et la maladie est
donc une manière de promouvoir les droits de l'homme et
de renforcer la démocratie. C'est pourquoi le Brésil
du président Lula s'est engagé à l'introduction
de nouveaux mécanismes de financement du développement
ainsi qu'à l'élimination des distorsions historiques
qui affectent le système commercial international.
Le ministre d'Etat aux affaires étrangères de
l'Inde, M. Anand Sharma, a estimé que le mécanisme
d'examen universel devrait permettre de prévenir la sélectivité
et les accusations de "deux poids et deux mesures" qui
empoisonnaient les débats des dernières sessions
de la Commission. Le Conseil devra adopter une approche équilibrée
de la défense des droits de l'homme; il devra en particulier
guider l'action de la communauté internationale dans sa
lutte contre le terrorisme.
Pour sa part, M. Oluyemi Adeniji, ministre des affaires
étrangères du Nigeria, rappelant que l'examen universel
est une procédure d'examen par les pairs déjà
appliquée en Afrique depuis trois ans, a souligné
que le Conseil devra mettre très rapidement sur pied son
mécanisme d'examen universel périodique et s'attacher
à adopter une jurisprudence en matière de choix
des moyens de résolution des différents problèmes
de droits de l'homme. Selon le ministre des affaires étrangères
de Maurice, M. Madan Murlidhar Dulloo, il faut faire preuve
de souplesse et de transparence dans l'ordre du jour et permettre
au Conseil de réagir correctement aux situations urgentes.
M. Vuk Draskovic, ministre des affaires étrangères
de la République de Serbie, a demandé au Conseil
de stigmatiser, par une résolution, les violations massives
et systématiques des droits des Serbes et des non-Albanais
dans la province de Kosovo et Metohija, sous administration des
Nations unies depuis 1999.
LE DEBAT
M. MAHINDA SAMARASINGHE, ministre de la gestion des catastrophes et des droits de l'homme du Sri Lanka, a dit espérer
que la création du Conseil marquerait le passage d'une
«ère de déclarations» à une «ère
d'application» au cours de laquelle la promotion et la protection
des droits de l'homme deviennent véritablement partie intégrante
de toutes les activités de la communauté internationale,
qu'elles soient liées au développement, à
la sécurité, à la résolution des conflits
ou aux initiatives de paix. Cette nouvelle ère devrait
donc voir l'accent porté sur l'application généralisée
de normes établies depuis soixante ans, renforçant
ainsi les institutions nationales chargées de la protection
des droits de l'homme. Sri Lanka, qui siège au nouveau
Conseil, s'engage à respecter pleinement ses engagements
en matière de respect des droits de l'homme, a dit le ministre,
faisant valoir que le Comité national permanent des droits
de l'homme, créé pour conseiller l'action de l'Etat
en cette matière, s'est réuni il y a peu pour faire
le bilan des mesures récemment prise : introduction d'un
programme de protection des témoins, élaboration
d'une charte des droits de l'homme, invitation des rapporteurs
spéciaux des Nations unies sur la torture et la liberté
d'expression, entre autres mesures importantes. Le président
de Sri Lanka envisage aussi de recommander la nomination d'un
comité parlementaire multipartite chargé de résoudre
les problèmes de procédure et de renforcer les objectifs
de gouvernance démocratique qui seront introduits à
l'occasion de la prochaine révision de la Constitution.
Le ministre sri-lankais a aussi déclaré que son
pays accordait une importance particulière à la
coopération avec les mécanismes des droits de l'homme,
y compris durant les périodes de conflit. S'agissant de
la situation des enfants, Sri Lanka compte ratifier prochainement
le Protocole facultatif se rapportant à la Convention relative
aux droits de l'enfant, qui concerne la vente d'enfants, la prostitution
des enfants et la pornographie mettant en scène des enfants.
Le Ministre a dénoncé les pratiques terroristes
des Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE) dans
ce domaine, qui n'hésitent pas à recruter des enfants
soldats. Le gouvernement de Sri Lanka note plus généralement
avec inquiétude que les actes de violence commis par les
LTTE ne sont pas limités aux attaques contre les cibles
militaires, mais de plus en plus également aux cibles civiles,
comme en témoigne le récent attentat perpétré
contre un bus dans lequel voyageaient des femmes et des enfants.
Quoi qu'il en soit, le gouvernement est convaincu que les solutions
aux problèmes actuels doivent être d'ordre politique
et non militaire. C'est pourquoi Sri Lanka espère que la
communauté internationale continuera de jouer un rôle
positif dans l'encouragement au dialogue entre toutes les parties.
M. JEAN ASSELBORN, Vice-Premier ministre et ministre
des affaires étrangères du Luxembourg, a
souligné que l'action du Conseil doit être construite
sur des bases solides, et notamment sur les acquis de la Commission
des droits de l'homme. Mais il faut aussi renforcer l'action de
l'ancienne Commission en utilisant avec détermination et
intelligence les potentialités qu'offre ce nouvel organe
et notamment le caractère permanent, son statut renforcé,
l'intégration de la dimension des droits de l'homme dans
tout le système des Nations unies, l'examen périodique
universel et la participation des organisations non gouvernementales,
a-t-il ajouté. Le Luxembourg est favorable à l'établissement
d'un dialogue régulier et ouvert entre le Conseil et le
haut commissaire aux droits de l'homme. C'est pourquoi une nouvelle
hausse de la contribution du gouvernement luxembourgeois au Haut
Commissariat vient d'être attribuée. M. Asselborn
a par ailleurs rappelé que le Luxembourg souhaite voir
l'adoption sans délai par le Conseil du projet de convention
sur les disparitions forcées, de nature à endiguer
une des pires formes de violations des droits de l'homme.
M. Asselborn a enfin rappelé que la dignité inhérente
à tout être humain doit être le fil conducteur
central de l'action du Conseil. Un autre défi à
relever pour les droits de l'homme est celui de la pauvreté.
Il a plaidé pour que le Conseil des droits de l'homme apporte
sa contribution à la réalisation des Objectifs du
millénaire pour le développement et des engagements
pris à New York en 2005. Pour cela, les travaux du Conseil
devraient conduire à préciser les obligations que
tous les Etats ont contractées.
M. PIERRE CLAVER MAGANGA MOUSSAVOU, ministre d'Etat
du Gabon, ministre de la refondation des droits de l'homme,
Chargé des missions, a déclaré que la création
d'un Conseil des droits de l'homme est une occasion historique
pour la communauté internationale d'améliorer la
protection et la promotion des libertés des peuples à
travers le monde. La situation internationale est particulièrement
délicate en ce moment et elle requiert une attention soutenue.
La recherche de la paix devrait rester une préoccupation
majeure dans l'esprit de la communauté internationale et
du nouveau Conseil. Pour le ministre, l'observation d'un Occident
vivant dans l'abondance et se défendant des convoitises
d'une Afrique squelettique avec des Africains cherchant par tous
les moyens à atteindre le paradis perdu au péril
de leur vie est un spectacle saisissant, peu réjouissant
pour la dignité humaine, conséquence d'un profond
déséquilibre entre les nations riches et pauvres.
Il convient de rappeler à tous et à chacun l'existence
d'une responsabilité commune de défendre l'homme
et ses droits, particulièrement à une époque
où la mondialisation risque de servir de prétexte
à certains pays pour en écraser d'autres, dans l'impunité.
Compte tenu de la détérioration de la situation
des droits de l'homme dans le monde, la communauté internationale
se devait de réagir, a poursuivi le ministre gabonais.
La situation actuelle a pour conséquence le maintien des
foyers de tension, des guerres civiles et des conflits inter-étatiques.
La pauvreté s'aggrave, les inégalités entre
les nations continuent de se creuser. La pandémie de VIH/sida
continue de décimer les populations et l'accès des
pays en développement aux nouvelles technologies n'est
pas toujours au rendez-vous. Tout se passe donc comme si l'on
ne s'attaquait pas aux causes profondes des problèmes dont
souffre l'humanité. C'est pourquoi le Conseil des droits
de l'homme doit déployer tous les efforts possibles pour
promouvoir le développement et la paix. Les guerres n'ont
jamais permis à l'humanité d'avancer. Seules la
paix et la sécurité amènent le développement
et le progrès des peuples. Le Gabon, qui a signé,
ratifié ou adhéré aux principaux instruments
relatifs aux droits de l'homme a la ferme intention de s'investir
dans tous les travaux du Conseil des droits de l'homme et à
coopérer pleinement avec la nouvelle instance.
M. VUK DRASKOVIC, ministre des affaires étrangères
de la République de Serbie, a déploré que
la communauté internationale soit encore très loin
de l'idéal de fraternité et d'égalité
entre tous les hommes et les femmes, et que le diktat des riches
contre les pauvres condamne des centaines de millions de personnes
à mourir de faim. Dans ce contexte, le Conseil s'est vu
investir, pour mener à bien sa mission, de pouvoirs bien
plus importants que la précédente Commission. Le
ministre a demandé au Conseil de stigmatiser, par une résolution,
les violations massives et systématiques des droits humains
des Serbes et autres non-Albanais dans une partie de l'Etat serbe,
la province de Kosovo et Metohija, qui est sous administration
des Nations Unies depuis 1999. Il a notamment expliqué
que plus deux cent vingt mille Serbes avaient été
expulsés du Kosovo depuis sept ans, que plus aucun juif
n'y résidait, que plus de quarante mille maisons appartenant
à des Serbes avaient été détruites
et que près de mille Serbes avaient été tués,
y compris des enfants. Ce matin [19 juin] encore, une église
serbe a été détruite au Kosovo. Les représentants
de l'Organisation des Nations unies font également la triste
constatation que le Kosovo est un véritable enfer pour
les non-Albanais, de même que pour certains Albanais également.
Les crimes ne sont pas dénoncés tant est forte la
culture d'impunité régnante.
Les dirigeants politiques de la majorité albanaise sont
félicités de leur promesse de respecter les droits
des Serbes pour autant que la province du Kosovo soit déclarée
un Etat internationalement souverain, ce qui est une démarche
très étrange, a estimé le Ministre. Cette
manipulation des droits de l'homme et des frontières nationales
sont deux violations majeures de la Charte des Nations unies.
La Serbie exige donc du Conseil qu'il protège de manière
inconditionnelle les droits des Serbes et autres non-Albanais
et qu'il garantisse que les frontières internationalement
reconnues de la Serbie ne soient pas changées d'une manière
contraire aux vux des Etats eux-mêmes. La Serbie a présenté
sa candidature au Conseil entre 2008 et 2011. Si elle était
admise, la Serbie s'efforcerait à assurer l'application
à tous les peuples des bénéfices des dispositions
de la Charte des Nations unies, a conclu M. Draskovic.
M. PHILIPPE DOUSTE-BLAZY, ministre des affaires étrangères
de la France, a rappelé que tous les États
membres du Conseil ont pris des engagements et il s'agit d'une
immense responsabilité. Un premier geste fort pour ce Conseil
devrait consister à confirmer la mission des rapporteurs
spéciaux et la place unique que doivent continuer à
occuper les organisations non gouvernementales au sein du Conseil.
Face à cette immense tâche, le Conseil des droits
de l'homme doit se montrer volontariste et ambitieux. M. Douste-Blazy
a également estimé que les sessions plus longues
et plus nombreuses du Conseil permettront d'assurer un suivi concret
et continu de ses décisions. Dans cet esprit, le droit
doit plus que jamais prévaloir. Pour cela, le Conseil peut
dès aujourd'hui adopter le projet de convention sur
la protection de toutes les personnes contre les disparitions
forcées. Selon le ministre français, ce sera
un test de la volonté du nouveau Conseil d'agir concrètement
en faveur des droits de l'homme. Il a rappelé que la France
est résolue à adopter dès cette session ce
projet de convention. La lutte contre l'impunité doit également
devenir un fil directeur de la coopération technique offerte
par le Conseil, a ajouté M. Douste-Blazy car le respect
des droits de l'homme contribue à la stabilité,
tandis que l'impunité représente le plus sûr
ferment d'une fragilisation des Etats et de l'éclatement
des sociétés. Pour mener à bien ces travaux,
la France compte sur l'autorité morale et l'expertise du
haut commissaire aux droits de l'homme et sur les défenseurs
des droits de l'homme qui sont à l'avant-garde du combat.
M. MOHAMED BOUZOUBAÂ, ministre de la justice du
Maroc, a déclaré que toutes les conditions
sont à présent réunies pour qu'un monde solidaire
voit le jour et pour que les hommes soient à même
de jouir de leurs droits matériels et moraux. Le Maroc
a toujours fondé sa politique sur les droits de l'homme
et sur la démocratie et appuie pleinement la mise en place
d'un nouveau Conseil des droits de l'homme. Nous espérons
que cette opportunité historique sera l'occasion de renforcer
la coopération et la synergie au niveau international en
ce qui concerne les droits de l'homme. Pour le Maroc, il convient
de s'appuyer sur les acquis de la Commission des droits de
l'homme tout en remédiant par ailleurs à ses insuffisances. Le nouveau Conseil devra insister sur la coopération et sur l'assistance en matière de droits civils et politiques, d'une part, et de droits économiques, sociaux et culturels, d'autre part. Il est également important que la spécificité économique et culturelle des différents pays soit prise en compte dans le cadre de cette nouvelle instance. Le Maroc appuie les propos du Secrétaire général selon lesquels le Conseil devrait s'attacher à renforcer la coopération internationale et ne pas devenir le théâtre d'affrontements stériles. Nous devons ainsi nous servir de ce Conseil en tant qu'instance de débats, d'adoption de normes et d'instrument de suivi de leur mise en uvre. A cet égard, le Conseil devrait d'ailleurs se fixer des objectifs concrets. Toute autre approche desservirait le Conseil, a estimé le ministre. Le Maroc est en outre favorable au renforcement de la diplomatie préventive en matière de droits de l'homme et à l'amélioration des niveaux de développement économique et culturels.
Venant à la situation dans son propre pays, le ministre a rappelé que les droits de l'homme sont au cur de la politique adoptée par son pays qui s'efforce de renforcer la démocratie et l'Etat de droit afin de faire en sorte que l'ensemble des membres de la société marocaine jouissent de leurs droits en étant à l'abri de la discrimination. A cet égard, il a notamment signalé l'entrée en vigueur il y a deux ans d'un nouveau Code de la famille. En outre, la question de la ratification du Statut de Rome de la Cour pénale internationale est actuellement à l'étude au sein du Ministère de la justice. Plus généralement, le ministre a souligné que son pays est engagé dans une uvre visant à assurer la conformité de sa législation aux différents instruments internationaux qu'il a ratifiés. Concluant son intervention, il a indiqué que son pays accueillera en juillet 2006 une Conférence afro-européenne sur le thème de l'immigration et du développement.
CELSO LUIZ NUNES AMORIM, ministre des affaires étrangères
du Brésil, a déclaré que la nomination
à la tête du Conseil d'un représentant du
Groupe des pays d'Amérique latine était un bel hommage
rendu aux activités des Etats de la région en faveur
des droits de l'homme, comme en témoigne l'action menée
en Haïti, visant non seulement au renforcement de sa sécurité
mais aussi son développement et son bien-être social
dans un contexte démocratique. Le Conseil des droits de
l'homme doit tirer parti des réussites de la Commission
et persévérer dans la voie du plein respect de la
dignité humaine, hors de toute idée préconçue
et biais politique. En matière de droits de l'homme,
il n'y a ni maître ni élève: chacun doit apprendre
de ses pairs. L'une des pires formes de la violation des droits
humains est la pratique de la torture, qui ne saurait être
tolérée en aucune manière. C'est pourquoi,
à la fin du mois, le Brésil aura ratifié
le Protocole facultatif à la convention contre la torture
autorisant les particuliers à l'invoquer devant les tribunaux.
La faim et les maladies peuvent, elles aussi, être considérées
comme une forme de torture, imposées par des sociétés
injustes - et même par la communauté internationale
tout entière. Les personnes touchées par ces fléaux
sont dans l'impossibilité de jouir de leurs droits humains
ou civils et politiques. La lutte contre la pauvreté et
la maladie est donc une manière de promouvoir les droits
de l'homme et de renforcer la démocratie. C'est pourquoi
le Brésil du président Lula s'est engagé
à l'introduction de nouveaux mécanismes de financement
du développement ainsi qu'à l'élimination
des distorsions historiques qui affectent le système commercial
international. Au plan interne, le gouvernement brésilien
a engagé des programmes de réduction et, à
terme, d'élimination des effets de la pauvreté et
de la répartition économique inégale : élimination
du travail des enfants, projets de soutien aux paysans, allocations
familiales aux plus démunis, entre autres mesures.
Compte tenu des nombreuses attentes dont il est l'objet, le
Conseil devra donc être efficace et proactif. Il appartient
à ses membres de tirer parti du legs de la Commission des
droits de l'homme, en particulier les mécanismes spéciaux
et le dialogue approfondi qui s'était instauré entre
cet organe et les organisations non gouvernementales. Par ailleurs,
il est fondamental que le Conseil adopte aussitôt que possible
la Convention internationale sur la protection des personnes contre
les disparitions forcées ainsi qu'une déclaration
universelle des droits des peuples autochtones. Enfin, le Conseil
devrait relancer les discussions autour d'un Protocole facultatif
concernant le droit de recours en cas de violation des droits
économiques, sociaux et culturels. L'un des principaux
défis que devra relever le Conseil sera celui de l'adoption
du mécanisme d'examen universel périodique des Etats,
a aussi dit le ministre, rappelant que son pays avait toujours
favorisé une approche équilibrée, impartiale
et universelle des droits de l'homme.
M. FRANK-WALTER STEINMEIER, ministre des affaires étrangères
de l'Allemagne, est convaincu que le Conseil des droits de l'homme représente une formidable occasion d'améliorer la protection des droits de l'homme. C'est un aboutissement visible des efforts visant à réformer les Nations unies, même si les premières intentions ont été réduites, a-t-il ajouté. Maintenant que le "gros uvre" du Conseil est achevé, il appartient aux membres élus de se montrer à la hauteur. Ce n'est qu'une première mesure vers la révision de la politique multilatérale des droits de l'homme qui aura lieu dans les prochains mois. Selon le ministre, il s'agit d'un principe particulièrement important. Le Conseil ne doit pas rester
silencieux face à des violations massives. L'Allemagne
souhaite aussi le maintien et le renforcement des procédures
des rapporteurs spéciaux. Au sujet de l'examen périodique
universel, la façon dont le Conseil exercera ce mandat
aura une très grande influence sur la future crédibilité
du Conseil.
M. Steinmeier a indiqué que l'Allemagne fera campagne
pour intensifier la coopération avec la société
civile, car sans une contribution soutenue de sa part, la conception
des droits de l'homme n'aurait pu être aussi développée
qu'elle ne l'est aujourd'hui. "Nous devons être partenaires
et non opposants», a-t-il dit. Parmi les thèmes qui
doivent être abordés dans les prochaines semaines,
la protection des droits de l'homme dans la lutte contre le terrorisme
doit attirer l'attention particulière des membres; de même
que l'éradication de la torture, qui reste une préoccupation
de premier plan. La lutte contre le racisme, l'antisémitisme
et la xénophobie sont aussi des défis qu'il faut
constamment relever", a souligné M. Steinmeier. En
conclusion, le ministre allemand des affaires étrangères
a déclaré que les Etats membres ont la responsabilité
de fixer des règles pour le compte de tous les êtres
humains. Pour cela, le Conseil des droits de l'homme doit être
fort, crédible et influent et qu'il jouisse de la coopération
de toutes les régions.
M. BAN KI-MOON, ministre des affaires étrangères
de la République de Corée, a déclaré
que l'inauguration du Conseil permet aux droits de l'homme de
trouver la place qui leur revient en tant que l'un des trois piliers
essentiels de l'action menée par les Nations unies. L'importance
accrue dont bénéficient aujourd'hui les droits de
l'homme est le fruit de la reconnaissance universelle que la paix
et le développement ne sauraient être préservés
ni réalisés en l'absence de respect des droits de
l'homme. L'expérience de la République de Corée
montre bien que la paix et la stabilité, le développement,
la promotion et la protection des droits de l'homme vont de pair
et se renforcent mutuellement. La République de Corée
espère que le Conseil sera plus fort et plus efficace que
l'ancienne Commission et souligne que les travaux qui seront accomplis
cette année par les membres du Conseil seront déterminants.
La portée de ces travaux ne doit donc en aucun cas être
sous-estimée. La Commission des droits de l'homme laisse
derrière elle un héritage sur lequel il convient
de s'appuyer. Un nouveau départ est toujours plein de promesses
mais seules la coopération de tous les acteurs permettra
de les réaliser. Ce dont nous avons besoin aujourd'hui,
a déclaré le ministre, c'est de l'engagement et
des efforts de tous pour faire des droits de l'homme une obligation
pour l'humanité et non une source de division entre les
nations. Les premiers membres du Conseil ont à cet égard
une responsabilité historique et le dialogue, la coopération
et l'engagement doivent être de mise.
Un certain nombre de principes doivent par ailleurs guider les membres du Conseil. Premièrement, le Conseil devrait veiller à ce que les droits de l'homme soient intégrés dans toutes les activités menées par les institutions du système des Nations unies. En second lieu, la communauté internationale doit redoubler d'effort pour assurer la mise en uvre des normes relatives aux droits de l'homme en vigueur. A cet égard, la République de Corée considère que l'examen périodique universel sera un outil fondamental
à la disposition du nouveau Conseil. Ce mécanisme ne doit pas simplement viser à évaluer la situation des droits de l'homme dans les pays mais à les aider à renforcer leurs capacités, tout en identifiant par ailleurs les domaines dans lesquels une assistance est requise pour assurer la mise en uvre des droits de l'homme. Compte tenu de l'importance de ce mécanisme, la République de Corée espère que l'on pourra rapidement parvenir à une décision sur le sujet. Il convient dans ce contexte que l'examen périodique universel soit complémentaire des autres mécanismes des droits de l'homme, tels que les mécanismes spéciaux et les organes conventionnels. En troisième lieu, il convient que le Conseil soit à même de répondre rapidement et efficacement aux situations de crise. La nouvelle instance devra donc éviter l'inertie dont a fait preuve la Commission au cours des dernières années de son mandat. Quatrièmement, le Conseil devra associer à ses travaux les entités de la société civile, les institutions nationales des droits de l'homme et les différents organismes des Nations unies. La République de Corée insiste enfin sur la nécessité pour le Conseil de renforcer son dialogue avec le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme.
M. ANAND SHARMA, ministre d'Etat aux affaires étrangères
de l'Inde, a déclaré que les Etats membres ont approuvé leur engagement indéfectible au renforcement des mécanismes des droits de l'homme en faisant du conseil un organe subsidiaire de l'Assemblée générale, afin qu'il soit un instrument au service de tous. Cette création est un véritable tournant dans le chemin parcouru depuis la création d'un organisme des droits de l'homme en 1948, et ce dans un siècle témoin de catastrophes humanitaires et de violations massives des droits de l'homme. En créant le Conseil, la communauté internationale a de fait réaffirmé son engagement à améliorer le cadre d'action en faveur des droits de l'homme. Ce Conseil est très attendu par les peuples du monde entier, qui espèrent tous qu'il saura se faire l'écho des besoins des populations les moins favorisées. La Commission a uvré de manière importante dans le domaine normatif, mais sa politisation a nui à son image. Une nouvelle culture de travail doit donc être instaurée qui fasse un trait sur les erreurs du passé. Le mécanisme d'examen universel devrait permettre de prévenir la sélectivité et les accusations de "deux poids deux mesures" qui empoisonnaient les débats des dernières sessions de la Commission. Le Conseil devra adopter une approche équilibrée
de la défense des droits de l'homme; il devra en particulier
guider l'action de la communauté internationale dans sa
lutte contre le terrorisme, lequel constitue une atteinte au droit
à la vie notamment. Le Conseil devrait imaginer des moyens
d'assurer une aide technique capable d'encourager ceux qui en
ont besoin à solliciter une aide qui leur permette de remplir
leurs devoirs en matière de droits de l'homme.
L'Inde est depuis toujours à l'avant-scène de la protection des droits de l'homme. Une véritable culture de protection et de promotion des droits de l'homme résulte de la vision des Pères fondateurs de la démocratie indienne, qui prônaient la réalisation progressive des droits économiques, sociaux et culturels ainsi qu'une culture de respect des droits de l'homme. L'Inde a ainsi pris des initiatives importantes en matière d'autonomisation des femmes : un tiers des sièges dans les collectivités urbaines leur sont ainsi réservés. Quant au droit au travail, il est progressivement mis en uvre à l'échelle du pays entier. Mais cet attachement est aussi manifeste dans la politique étrangère de l'Inde, qui participent activement aux principaux forums internationaux, de même qu'elle a toujours suivi et accompagné les mouvements d'émancipation nés de la décolonisation. Gandhi disait que les moyens importent autant que les fins : les objectifs de droits de l'homme sont certes importants, mais les efforts pour les réaliser ne doivent pas engendrer de clivages ni d'autres inégalités.
MME RITA KIEBER-BECK, ministre des affaires étrangères
du Liechtenstein,a rappelé que les travaux de la Commission
sont parvenus à leur fin en raison de problèmes
politiques. Aujourd'hui, le discours du Conseil des droits de
l'homme doit se fonder sur un véritable dialogue basé
sur l'universalité, la nature interdépendante et
la protection universelle de tous les droits de l'homme. Cela
signifie que les Etats membres doivent assurer ensemble ces normes
et que le Conseil puisse réagir aux crises de manière
crédible. Selon la ministre, l'assistance technique doit
constituer une activité fondamentale du nouveau conseil.
Il faut également éviter le gaspillage des ressources
humaines et financières, a-t-elle ajouté.
Une participation universelle pour développer les normes
est essentielle, a déclaré Mme Kieber-Beck. Au cours
de cette session, le Conseil doit donner le ton juste pour toutes
les activités futures dans le domaine des droits de l'homme.
Il faut une volonté politique générale pour
engager une véritable discussion afin de donner un nouveau
départ aux droits de l'homme. Cette session doit aboutir
à un programme de travail simple et générique
pour les prochaines sessions sans placer l'accent sur un sujet
particulier. Il faut établir des procédures claires,
comprenant des délais précis sur toutes les matières
qui n'ont pas encore été traitées. Il faut
enfin un programme de travail fondamentalement différent
de celui de la Commission.
M. NANA AKUFO-ADDO, ministre des affaires étrangères
du Ghana, a déclaré que son pays est convaincu
que le nouveau Conseil des droits de l'homme constitue une base
sérieuse en vue de la construction d'un édifice
solide et durable pour la promotion et la protection des droits
de l'homme à travers le monde. Il a rappelé que
son pays s'est engagé au cours des dix dernières
années dans la voie de la promotion de la démocratie,
des droits de l'homme et de l'Etat de droit et que le Ghana était
fier d'avoir été élu au Conseil avec un nombre
de voix record. Il était nécessaire de mettre en
place une nouvelle institution capable de relever avec efficacité
les défis actuels en matière de droits de l'homme,
malgré les progrès significatifs qui ont pu être
accomplis grâce à la Commission des droits de l'homme.
Pour éviter de reproduire les erreurs du passé,
nous devons tous être guidés par les principes de
l'universalité, du dialogue international et de la coopération.
Nous devons être fermes mais justes.
En ce qui concerne le mécanisme d'examen périodique universel, le Ghana souhaite qu'il soit appliqué à tous les Etats dans des conditions d'égalité et de justice. C'est la seule façon de garantir la crédibilité et l'intégrité du nouveau Conseil. Le ministre s'est dit convaincu que le nouveau mécanisme universel proposé sera de nature à améliorer la situation des droits de l'homme au plan mondial si son action est fondée sur l'ouverture, le dialogue et la coopération. Pour le Ghana, un tel mécanisme doit venir en complément des mécanismes existants. Le ministre a par ailleurs estimé que les mandats des membres du tout organe subsidiaire qui viendrait se substituer à la Sous-Commission de la promotion et de la protection des droits de l'homme devraient être limités dans le temps. En conclusion, le ministre a informé les membres du Conseil que la Commission nationale de réconciliation qui était chargée d'enquêter sur les violations des droits de l'homme perpétrées depuis l'indépendance du pays avait présenté ses conclusions au gouvernement et que celui-ci avait les avaient avalisées en adoptant les directives nécessaires à leur mise en uvre.
M. OLUYEMI ADENIJI, ministre des affaires étrangères
du Nigeria, a estimé que le fait que le Conseil
se réunira pas moins de trois fois l'an est une manifestation
importante et rassurante qui permettra de mieux répondre
aux crises de droits de l'homme. Dans le même ordre d'idées,
le Conseil devra mettre très rapidement sur pied son mécanisme
d'examen universel périodique et s'astreindre à
adopter une jurisprudence en matière de choix des moyens
de résolution des différents problèmes de
droits de l'homme. L'examen universel est une procédure
d'examen par les pairs déjà appliquée en
Afrique depuis trois ans. Il favorise la transparence et l'auto-évaluation.
Il place aussi les Etats membres face à leurs obligations
non seulement de respecter les droits de l'homme mais aussi de
donner des preuves à cet égard. Le respect des droits
de l'homme est une affaire de respect des pactes nationaux et
internationaux, lesquels sont les fondements de l'Etat de droit
et du respect des droits fondamentaux des citoyens. Le Nigeria
appuiera la création de deux groupes de travail intergouvernementaux
qui seront chargés, entre les sessions, d'imaginer les
procédures et les modalités d'application de l'examen
universel.
Le ministre a aussi regretté que les progrès
économiques et scientifiques n'aient pas permis d'éliminer
les violations systématiques des droits de millions de
personnes dans le monde: une grande majorité de la population
mondiale vit encore dans la pauvreté la plus extrême,
les maladies et la malnutrition tuant des millions d'enfants alors
que les ressources existent pourtant qui permettraient de résoudre
ces problèmes. Dans la promotion des droits de l'homme,
il convient donc de parvenir à un équilibre entre
les droits économiques, sociaux et culturels et les droits
civils et politiques. La discussion des uns abstraction faite
des autres est en effet totalement illusoire. Dans tous les cas,
c'est la tolérance qui doit prévaloir dans toutes
les initiatives et actions en faveur des droits de l'homme.
M. MADAN MURLIDHAR DULLOO, ministre des affaires étrangères
de Maurice, a souligné que le Conseil des droits de l'homme devait constituer une véritable charnière dans le système des Nations Unies, voire même pour l'humanité tout entière. Les Etats membres ont été investis par l'Assemblée générale d'importantes responsabilités. Le Conseil doit fonctionner de manière efficace pour parvenir à ses objectifs. La résolution 60/251 représente un jalon dans la mise en uvre de toutes les réformes des Nations unies. La coopération de toutes les parties prenantes permettra de faire fonctionner correctement le Conseil qui va devenir l'organe principal des droits de l'homme des Nations unies. Pour M. Dulloo, la promotion des droits de l'homme ne doit pas nécessairement verser dans l'affrontement. Grâce au dialogue, le Conseil s'efforcera de créer un sentiment de propriété commune des droits de l'homme.
La crédibilité, l'objectivité et l'efficacité
dans la promotion des droits de l'homme sont les normes qui doivent
caractériser l'activité du Conseil, a souligné
le ministre. "Nous ne pouvons pas rater ce nouveau départ",
a-t-il affirmé. Le Conseil disposera de nouveaux instruments.
Maurice souhaite que des procédures claires soient mises
en place immédiatement pour garantir l'efficacité
du Conseil, notamment au sujet du mécanisme d'examen universel.
Le Conseil doit également agir sur la base d'informations
crédibles, a-t-il estimé. Les voies de communication
et de concertation avec les autres organes des Nations unies devront
aussi être définies. Le Conseil a pour intention
d'aider chaque État pour que les droits fondamentaux soient
exercés par tous. En conclusion, le ministre a déclaré
que la première session était vitale. "L'image
que nous allons projeter va être très importante.
Il faut éviter ce qui a constitué un obstacle dans
le passé, c'est-à-dire la politisation. Il faut
faire preuve de souplesse et de transparence dans l'ordre du jour
et permettre au Conseil de réagir correctement aux situations
urgentes", a-t-il déclaré.
M. AHMAD SHABERY CHEEK, Secrétaire parlementaire
au Ministère des affaires étrangères de la
Malaisie, a déclaré que les victimes de violations
des droits de l'homme espèrent que le nouveau Conseil des
droits de l'homme permettra d'initier des changements directs
et positifs dans leur quotidien. Mais une réforme institutionnelle
n'est pas, en elle-même, de nature à faire avancer
la cause des droits de l'homme. Ce dont nous avons besoin, c'est
d'une évolution dans les mentalités et dans la culture
de ceux qui sont impliqués dans la promotion et la protection
des droits de l'homme. Nous sommes tenus d'une responsabilité
collective d'agir en vue de parvenir à un environnement
qui permette au nouveau Conseil de fonctionner conformément
au mandat qui lui a été confié. Dans ce contexte,
nous devons nous appuyer sur les acquis de la Commission des droits
de l'homme et nous garder des erreurs du passé à
savoir, la sélectivité, la politisation et la politique
du deux poids-deux mesures. Les principes de l'universalité,
de l'indivisibilité et de l'interdépendance des
droits de l'homme doivent s'y substituer.
Pour la Malaisie, le nouveau Conseil devra être une
instance utile permettant de renforcer le dialogue et la compréhension
mutuelle entre les différentes cultures, civilisations et religions. Il convient également de renforcer la capacité des États membres à s'acquitter de leurs obligations grâce à la coopération technique et à l'assistance. Il est également important que le nouveau Conseil puisse bénéficier de la participation de la société civile et notamment des organisations non gouvernementales uvrant dans les domaines du développement, de la protection de l'environnement et du désarmement. Compte tenu du temps limité dont il dispose à sa première session, il conviendrait que le Conseil mette en place des groupes de travail intersession chargé de rationaliser les l'ensemble des mandats, mécanismes, fonctions et responsabilités de l'ancienne Commission et afin de préciser les modalités de l'examen périodique universel.
M. THÉODORE KASSIMIS, vice-ministre des affaires
étrangères de la Grèce, a réaffirmé
l'engagement de son pays à la promotion et à la
protection des droits de l'homme, dans le respect de la Charte
des Nations unies. La Grèce a ratifié tous les instruments
régionaux et internationaux de droits de l'homme et continue
de contribuer activement aux travaux des organes de l'Organisation
dans ce domaine. Elle coopère en particulier avec les organes
de traités ainsi qu'avec les rapporteurs spéciaux.
Au plan interne, la Grèce a pris des mesures importantes
de protection des droits de l'homme. Son Parlement a aussi adopté
des mesures d'action positive en faveur des femmes qui reproduisent
quasiment in extenso les dispositions de la Convention des Nations
unies sur l'élimination de toutes les formes de discrimination
à l'encontre des femmes. La Grèce s'est aussi dotée
d'un nouveau Médiateur dont la mission est de veiller au
respect des droits des enfants, comme il a été recommandé
par le Comité des droits de l'enfant, de même qu'elle
a pris des mesures de collaboration régionale avec l'Albanie
notamment dans le domaine de la lutte contre la traite des êtres
humains.
M. Kassimis a rappelé le rôle important joué
par la Commission des droits de l'homme, tout en relevant qu'il
n'y a à l'heure actuelle aucune matière à
satisfaction devant la situation des droits de l'homme dans le
monde. Les violations de ces droits, perpétrées
de manière directe ou indirecte, continuer d'entacher nos
sociétés. Le droit à la vie, qui est le droit
le plus fondamental, est quotidiennement violé par des
actes de fanatisme et de terrorisme. Un grand travail attend le
Conseil pour répondre aux attentes des victimes. La Grèce
continuera de collaborera avec toutes les parties concernées
afin de faire en sorte que le Conseil dispose de la force et des
moyens de répondre aux défis actuels que posent
la promotion et la protection des droits de l'homme.
M. FUAD HASANOVIC, vice-ministre des affaires étrangères
de l'ex-République yougoslave de Macédoine, a souligné
qu'à travers le Conseil des droits de l'homme, l'objectif
est de créer un organe efficace qui serve les droits de
l'homme de tous. La résolution 60/251 a posé des
bases solides, mais la responsabilité incombe aux Etats
de remédier aux défauts connus de l'ancienne Commission.
Il faut faire un effort sérieux pour éviter les
stéréotypes du passé. Le Conseil ne doit
pas se limiter à une réaction mais doit également
se concentrer sur les mécanismes de prévention,
a estimé M. Hasanovic.
Selon le ministre, la résolution 60/251 fournit des
éléments solides pour développer la créativité
des États membres. Le mécanisme d'examen universel
doit être basé sur un dialogue interactif et assorti
d'un mécanisme de suivi efficace, estime M. Hasanovic.
Il faut faire preuve de sens pratique et rechercher des résultats.
Nous devons nous rappeler les succès historiques de la
Commission. Elle n'a cependant pas réussi à appliquer
sur le terrain les normes qu'elle a élaborées. Le
Conseil ne devra donc pas faiblir sur ce point. Le Conseil a le
devoir et l'obligation morale d'agir. M. Hasanovic s'est dit convaincu
que l'esprit constructif s'imposera au sein du Conseil.
M. GIANNI VERNETTI, vice-ministre des affaires étrangères
de l'Italie, a déclaré que son pays s'est
d'ores et déjà félicité à plusieurs
reprises de l'institution d'un nouveau Conseil qui représente
l'une des avancées les plus importantes de la communauté
internationale depuis le Sommet mondial de 2005. La création
d'une telle instance s'imposait depuis longtemps déjà.
L'avenir du Conseil est notre présent a déclaré
le ministre, ajoutant que la contribution des membres du Conseil
à la présente session sera déterminante de
la réussite de la nouvelle instance. Le fait que les Etats
membres soient tenus, préalablement à leur élection
au Conseil, de tenir leurs engagements en matière de droits
de l'homme est un pas important vers une protection effective
des droits de l'homme dans le monde. La pleine coopération
des Etats observateurs sera également déterminante,
a estimé le Ministre et, à ce titre, l'Italie n'épargnera
pas ses efforts pour réaliser les objectifs du Conseil.
L'Italie est d'avis que le mécanisme d'examen périodique
universel représente une chance unique de lancer un processus
inclusif par lequel chaque Etat devra se soumettre à un
examen universel de sa situation en matière de droits de
l'homme et constitue une réponse adéquate à
la question de la sélectivité maintes fois posée
du temps de la Commission des droits de l'homme. Quant aux mécanismes
spéciaux, ils seront réformés et renforcés
et seront des instruments utiles au service du nouveau Conseil.
L'Italie souhaite présenter sa candidature aux Conseil
des droits de l'homme pour 2007 et rappelle à cet égard
qu'elle a régulièrement et activement participé
aux travaux de la Commission depuis 1957. Dans le contexte de
cette candidature, l'Italie souhaite lancer un certain nombre
d'initiatives destinées à promouvoir la démocratie
et le respect de tous les droits de l'homme. L'Italie est fermement
engagée en faveur de l'abolition universelle de la peine
de mort et elle souhaite par ailleurs accorder une attention privilégiée
à la question de la lutte contre la torture et les traitements
cruels, inhumains ou dégradants qui, malheureusement, demeurent
l'une des pires formes de violation des droits de l'homme. L'Italie
est en outre attachée à la promotion et à
la protection des droits de l'enfant ainsi qu'à l'élimination
de toutes les formes de discrimination à l'égard
des femmes. L'Italie accordera enfin la plus grande attention
à la proposition de réforme des organes conventionnels.
MME BELELA HERRERA, vice-ministre des affaires étrangères
de l'Uruguay, a déclaré qu'il convient de
se projeter dans l'avenir pour imaginer le Conseil comme une instance
puissante au service de tous les droits civils, politiques, économiques,
sociaux et culturels des peuples et des gens. Le Conseil pourra
prouver que la cause des droits de l'homme n'est pas une simple
utopie, mais bien la meilleure contribution au maintien de la
paix et de la sécurité sur la planète. L'Uruguay,
membre fondateur des Nations unies, a toujours su préserver
- hormis en quelques moments douloureux de son histoire - une
longue tradition de respect des droits de l'homme et a toujours
milité pour cette cause au plan international. L'Uruguay
a entrepris la tâche difficile mais nécessaire de
"régler la dette" laissée par le gouvernement
militaire des années 1970-1980 en matière de violations
des droits de l'homme et aussi de renforcer ses législations
en matière de droits de l'homme. Le processus d'établissement
d'un organe national des droits de l'homme est en cours, avec
l'aide du Haut Commissariat.
L'Uruguay s'engage à faire avancer les travaux du Conseil
en militant pour l'application de cinq principes fondamentaux:
l'instauration d'un cadre de travail impartial et objectif; l'application
du mécanisme d'examen universel, pierre angulaire du respect
des droits de l'homme; amélioration des procédures
spéciales, pour prévenir et agir en cas de violations
sérieuses des droits de l'homme dans des pays; amélioration
des mesures de lutte contre toutes les formes de racisme et de
xénophobie, ainsi que renforcement de la protection des
droits des enfants; maintien de la participation de la société
civile, dans ses différents éléments, aux
travaux du Conseil afin qu'il puisse tirer parti des énormes
possibilités ainsi présentées.
MME AKIKO YAMANAKA, vice-ministre des affaires étrangères
du Japon, a dit espérer que le haut commissaire aux droits de l'homme jouera un rôle encore plus visible au sein du nouveau Conseil des droits de l'homme. L'importance de se doter d'une perspective des droits de l'homme dans tous les domaines a été réitérée en 2005 par Kofi Annan, a rappelé Mme Yamanaka. Selon la vice-ministre, le Conseil doit se fonder sur les actions de la Commission tout en les renforçant. Elle a ajouté que le Japon a le souci de parvenir à un équilibre entre la mise en uvre des principes universels et les situations particulières de chaque pays.
Les Etats membres du Conseil doivent insister sur trois points
: -l'efficacité: le Conseil doit rapidement parvenir à
un accord sur les méthodes de travail; -l'esprit constructif
en imposant une nouvelle protection des droits de l'homme basée
sur une compréhension mutuelle; -et une réaction
rapide face aux violations graves des droits de l'homme. Pour
parvenir à ces trois objectifs, les Etats membres doivent
assumer leurs responsabilités, a affirmé Mme Yamanaka.
Le succès du Conseil dépendra de la manière
dont il réussira à résoudre les violations
sérieuses des droits de l'homme. L'objectif commun est
de promouvoir les droits de l'homme, a-t-elle rappelé.
«Nous espérons que cet objectif commun étant
bien présent dans l'esprit de tous, le nouveau Conseil
fera preuve d'un esprit de coopération et qu'il ne cessera
pas d'être un rayon d'espoir pour les personnes qui sont
en lutte», a conclu Mme Yamanaka.
BERNARDO IVO CRUZ, Sous-Secrétaire d'Etat aux
affaires étrangères du Portugal, a déclaré
que son pays est convaincu que le nouveau Conseil peut véritablement
permettre de renforcer la capacité des Nations Unies à
protéger et à promouvoir les droits de l'homme.
Les critiques à l'égard de l'ancienne Commission
ne doivent pas faire oublier les acquis de cette instance sur
lesquels le Conseil devra s'appuyer. La Commission a été
une instance fondamentale en matière de promotion des droits
de l'homme et de codification des normes applicables en la matière,
le projet de Convention internationale contre les disparitions
forcées ou involontaires en est un exemple édifiant.
La création d'un nouveau Conseil des droits de l'homme
est une occasion historique de renforcer le système de
protection des droits de l'homme des Nations unies. La communauté
internationale doit cependant mieux comprendre les différentes
réalités en matière de droits de l'homme
dans le monde.
M. Ivo-Cruz a souligné qu'il était temps de passer du plan des principes à celui de leur mise en uvre. Ainsi, nous devons admettre que les droits civils et politiques ne sont pas les premières priorités pour les personnes qui souffrent de la faim ou de la maladie. Pour autant, un bien être économique et matériel sans libertés civiles et politiques est inacceptable. Il convient donc de ne pas nier la nature générale des droits de l'homme. Bien qu'il ne soit pas membre du Conseil, le Portugal est fermement engagé à faire de cette nouvelle instance un organe efficace des Nations unies. Dans ce contexte, le Portugal a l'intention de présenter un projet de résolution d'ordre procédural sur le Groupe de travail sur le Protocole facultatif au Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels et espère qu'elle pourra être adoptée par consensus. Plus généralement, le Portugal rappelle que c'est le dialogue, la participation et l'engagement en faveur de la cause des droits de l'homme qui doivent guider les Etats dans le cadre du nouveau Conseil.
Source : Nations unies, Genève, 19 juin 2006.
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