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CONSEIL DES DROITS DE L'HOMME, SEPTEMBRE-OCTOBRE 2006/ 2e SESSION
__Les rapports : la situation des détenus à Guantánamo
Le Conseil des droits de l'homme a examiné, le 21
septembre 2006, le rapport sur la situation des
personnes détenues à Guantánamo Bay,
soumis par la Présidente Rapporteuse du Groupe de travail
sur la détention arbitraire, le Rapporteur spécial
sur l'indépendance des juges et des avocats, le Rapporteur
spécial sur la torture et autres peines ou traitements
cruels, inhumains ou dégradants, la Rapporteuse spéciale
sur la liberté de religion ou de conviction et le Rapporteur
spécial sur le droit qu'a toute personne de jouir du meilleur
état de santé physique et mentale possible.
Présentant le rapport conjoint sur la situation
des personnes détenues à Guantánamo,
Mme Leïla Zerrougui a notamment indiqué que ce rapport
conclut en particulier que la "guerre contre la terreur"
à laquelle se livrent les Etats-Unis n'est pas un conflit
armé justifiant des détentions d'une durée
indéfinie. Certains moyens d'obtention des preuves contre
les personnes internées se sont révélés
dégradants et peuvent être assimilés à
des tortures, a-t-elle ajouté. Le gouvernement des Etats-Unis
doit fermer le camp de Guantánamo et faire juger les prisonniers
par des tribunaux compétents, concluent les experts. En outre, il doit veiller à ce que les détenus puissent déposer plainte, et s'abstenir d'extrader les prisonniers vers des États où leurs droits seraient violés. Les Etats-Unis, en tant que pays concerné, ont fait une déclaration suite à la présentation de ce rapport.
Sont également intervenus les représentants des
pays suivants : Royaume-Uni, Canada, Indonésie, États-Unis, Norvège, République tchèque, Iran, Tunisie, Ghana, Singapour, Cuba, Finlande, Suisse, Malaisie, Chine, République populaire démocratique de Corée, Equateur, Pérou, Algérie, Venezuela, Pakistan, Inde, et Brésil. "Human Rights Watch" a également fait une déclaration au nom de plusieurs autres organisations non gouvernementales.
Chacun des cinq détenteurs de mandat ayant participé
à la rédaction du rapport sur Guantánamo
ont ensuite fait des remarques de conclusion.
LA PRESENTATION DU RAPPORT
MME LEILA ZERROUGUI, Présidente-Rapporteuse du Groupe de travail sur la détention arbitraire, a présenté
le rapport sur la situation des détenus à Guantánamo
Bay qu'elle a préparé avec quatre autres experts
des Nations unies, le Rapporteur spécial sur l'indépendance
des juges et des avocats, M. Leandro Despouy; le Rapporteur
spécial sur la torture et autres peines ou traitements
cruels, inhumains ou dégradants, M. Manfred Nowak;
la Rapporteuse spéciale sur la liberté de religion
ou de conviction, Mme Asma Jahangir; et le Rapporteur spécial
sur le droit qu'a toute personne de jouir du meilleur état
de santé physique et mentale possible, M. Paul Hunt.
Mme Zerrougui a rappelé qu'elle s'intéressait,
avec ses collègues, depuis quelques temps déjà,
à la situation à Guantánamo. Les auteurs
du rapport ont donc demandé au gouvernement des Etats-Unis
l'autorisation de se rendre sur place pour enquêter de manière
impartiale et objective sur la situation des détenus. Le
gouvernement des Etats-Unis a invité trois des experts
à se rendre dans cette installation pendant une journée,
avec l'interdiction d'avoir des entretiens privés avec
les détenus, ce qu'a déploré Mme Zerrougui
compte tenu des assurances qu'avaient données le gouvernement
des États-Unis s'agissant des principes d'indépendance
et d'objectivité dans les enquêtes.
Les experts n'ayant pu se rendre à Guantánamo
dans ces conditions, ils ont donc interrogé d'anciens détenus
résidant actuellement à l'étranger, ainsi
que leurs avocats. Le rapport reprend aussi des informations disponibles
dans le domaine public; les experts ont aussi eu accès
à des documents déclassifiés des États-Unis.
Le rapport conclut en particulier que la "guerre contre
la terreur" à laquelle se livrent les Etats-Unis n'est
pas un conflit armé justifiant des détentions d'une
durée indéfinie, a dit Mme Zerrougui, déplorant
en particulier les procédures pénales d'exception
qui ont été mises en place dans le cadre de juridictions
militaires. Certains moyens d'obtention des preuves contre les
personnes internées se sont révélés
dégradants et peuvent être assimilés à
des tortures, a aussi dit Mme Zerrougui. Dans de nombreux cas,
les opérations de transfert, d'alimentation et de soins
forcés des prisonniers constituent aussi des formes de
torture, a-t-elle ajouté. D'autres indications montrent
que certains prisonniers se sont vus privés de leur droit
au libre exercice de leur religion. Bon nombre de détenus
ont vu leur droit à la santé remis en cause, et
on doit aussi déplorer plusieurs suicides parmi ces détenus.
Le gouvernement des Etats-Unis doit fermer le camp de Guantánamo,
estiment les experts, et faire juger les prisonniers par des tribunaux
compétents. Le Gouvernement doit veiller à ce que
les détenus puissent déposer plainte, a fait valoir
Mme Zerrougui, estimant qu'il doit aussi s'abstenir d'extrader
les prisonniers vers des Etats où leurs droits pourraient
être violés. Les auteurs du rapport rappellent qu'en
juillet 2006, une décision de la Cour suprême
des États-Unis a déclaré hors-la-loi les
commissions militaires, une décision jugée encourageante.
La Cour a aussi confirmé que l'article 3 de la Convention
de Genève établit des normes minimales des droits
de l'homme et qu'il s'applique pleinement en l'espèce.
Malgré la décision de la Cour suprême, le
gouvernement des Etats-Unis n'a malheureusement pris aucune mesure
pour fermer le centre de détention, a regretté Mme
Zerrougui, relevant qu'il vient, au contraire, de lancer la construction
d'un nouveau bâtiment pour recevoir davantage de détenus.
Mme Zerrougui s'est aussi dite inquiète d'un nouveau
projet de loi préparé par le gouvernement des États-Unis,
loi qui donnerait une base juridique à la violation de
ses obligations au regard du droit international. Certes,
le manuel de service des forces armées des Etats-Unis interdit
formellement la torture, mais l'adoption de cette loi donnerait
une définition tellement vague de la torture que la porte
serait ouverte à tous les abus, a souligné Mme Zerrougui.
Aux termes de cette loi, toute personne soupçonnée
de terrorisme pourrait aussi être déférée
à un tribunal d'exception, ce que déplorent les
auteurs du rapport.
Mme Zerrougui a demandé au Conseil des droits de l'homme
d'accorder toute son attention aux problèmes soulevés
dans le rapport et d'exhorter le gouvernement des États-Unis
à mettre un terme aux exactions décrites, d'abolir
son programme de détentions secrètes et de respecter,
dans la lutte contre le terrorisme, ses obligations au regard
du droit international.
LE RAPPORT
Le rapport sur la situation des personnes détenues
à Guantánamo Bay (E/CN.4/2006/120), conclue
que le droit international relatif aux droits de l'homme est applicable
à l'analyse de la situation des détenus à
Guantánamo Bay. La guerre contre le terrorisme ne constitue
pas un conflit armé aux fins de l'applicabilité
du droit international humanitaire, estiment les auteurs du
rapport, concluant que les personnes détenues à
Guantánamo Bay doivent pouvoir contester la légalité
de leur détention devant un organe juridictionnel compétent
et obtenir leur remise en liberté s'il est établi
que la détention n'a pas de base légale.
Les tentatives du Gouvernement des Etats Unis qui cherche à
redéfinir la "torture" dans le cadre de la lutte
contre le terrorisme afin de permettre certaines méthodes
d'interrogatoire qui ne seraient pas licites avec la définition
de la torture internationalement acceptée donnent matière
à la plus extrême préoccupation. La violence
excessive utilisée dans de nombreux cas pendant le transport,
dans les opérations menées par les Forces de réaction
immédiate et dans le contexte de l'alimentation forcée
de détenus qui faisaient la grève de la faim doit
être considérée comme représentant
une torture selon la définition de la Convention contre
la torture. En outre, le gouvernement des Etats Unis devrait veiller
à ce que chaque détenu puisse exercer le droit de
plainte pour dénoncer le traitement qui lui est fait et
que cette plainte soit traitée sans délai et, si
l'intéressé le demande, confidentiellement.
Les conditions de détention à Guantánamo
dans leur ensemble constituent une violation du droit à
la santé parce qu'à l'origine, il y a eu un
manquement aux obligations et qu'elles ont causé une profonde
dégradation de la santé mentale de nombreux détenus.
Les informations faisant état de violations des normes
éthiques commises par des professionnels de la santé
à Guantánamo sont très préoccupantes,
de même que les effets de ces violations sur la qualité
des soins de santé, y compris des soins de santé
mentale, que les détenus reçoivent. Le traitement
et les conditions subis par les détenus ont conduit à
des grèves de la faim prolongées. L'alimentation
forcée de détenus informés constitue une
violation du droit à la santé ainsi que des obligations
éthiques de tout professionnel de la santé qui peut
y avoir participé. Par ailleurs, les personnes soupçonnées
de terrorisme devraient être détenues conformément
à la procédure pénale avec les garanties
consacrées par les instruments internationaux applicables.
En conséquence, le gouvernement des Etats Unis doit
soit traduire sans délai en justice tous les détenus
de Guantánamo, soit les remettre en liberté sans
plus attendre.
Le gouvernement des Etats Unis devrait fermer sans délai
le centre de détention de Guantánamo Bay, estiment
les auteurs du rapport. Jusqu'à ce que cela soit fait et
que les détenus puissent être transférés
dans des centres de détention avant jugement sur le territoire
des États-Unis, le Gouvernement doit s'abstenir de toute
pratique constituant une torture ou un traitement ou une peine
cruel, inhumain ou dégradant, de toute discrimination fondée
sur la religion et de violations du droit à la santé
et de la liberté de religion. En particulier, toutes les
méthodes d'interrogatoire spéciales autorisées
par le Département de la défense devraient immédiatement
cesser d'être appliquées.
LA DECLARATION DE LA DELEGATION AMERICAINE
M. WARREN TICHENOR (Etats-Unis) a souligné que
son pays partageait nombre de préoccupations exprimées
par les cinq procédures spéciales au sujet de Guantánamo
et plus particulièrement de son avenir. Les Etats-Unis
n'ont aucun intérêt à être les geôliers
du monde, a-t-il déclaré. En fait, le président
Bush et d'autres hauts responsables ont dit à de nombreuses
occasions qu'ils aimeraient voir Guantánamo fermé.
Mais, nous ne pouvons fermer Guantánamo que si nous
pouvons nous protéger, ainsi que nos alliés,
contre la menace que constituent les hommes dangereux qui y
sont détenus, tout en assurant que les détenus
transférés ou libérés sont traités
avec humanité, a déclaré le représentant
américain. Il a indiqué que les Etats-Unis ont demandé
aux autres pays de travailler avec eux afin de transférer
aussi rapidement que possible les détenus restants qui
sont éligibles, de manière à réduire
la population de Guantánamo.
Étant donné qu'il faut uvre de concert pour avancer, les Etats-Unis sont profondément déçus
par l'approche des rapporteurs spéciaux telle que reflétée
par le rapport présenté aujourd'hui au Conseil,
a déclaré le représentant des États-Unis.
Les Etats-Unis regrettent que les rapporteurs spéciaux
aient décliné leur invitation à visiter Guantánamo
en suivant des règles comparables à celles appliquées
aux membres du Congrès des Etats-Unis et à des responsables
ou parlementaires étrangers ou aux représentants
d'autres organisations internationales.
Ainsi, les cinq rapporteurs spéciaux ont-ils préparé
un rapport qui avance, sans preuve réelle à l'appui,
des conclusions qui avaient été décidées
a priori. Ce rapport est en outre erroné du point de
vue juridique : il ignore le texte et l'histoire de la négociation
du Pacte international relatif aux droits civils et politiques
qui démontrent que, contrairement à ce qu'affirment
les rapporteurs, ce Pacte ne s'applique pas hors du territoire
d'un Etat partie. Le rapport refuse en outre de reconnaître
que l'installation de Guantánamo est régie par le
droit des conflits armés ou par le droit humanitaire international.
Le gouvernement américain a distribué un document
qui réfute ce rapport qui peut également être
consulté sur le site Internet de la Mission des Etats-Unis._Le
représentant des États-Unis a invité le Conseil
à se reporter au rapport élaboré par Mme
Anne-Marie Lizin, Représentante spéciale du
Président de l'Organisation pour la sécurité
et la coopération en Europe (OSCE), à l'intention
de l'Assemblée parlementaire de l'Europe. Le rapport équilibré
et équitable de Mme Lizin a conclu que le centre de
détention de Guantánamo protégeait pleinement
le droit des détenus. Des copies du rapport de Mme
Lizin sont également disponibles sur le site internet de
la Mission des Etats-Unis.
En outre, la pratique et la politique des États-Unis
a considérablement évolué au fil du temps,
a-t-il fait valoir. Récemment, a-t-il indiqué, la
Cour suprême des États-Unis a statué que l'article
3 de la Convention de Genève s'appliquait au conflit avec
Al-Qaida. Conformément à cette décision,
un projet de loi a été soumis au Congrès
qui prévoit la mise en place de commissions militaires
constituées de manière régulière et
qui seraient chargées de juger les détenus que nous
pensons responsables de graves crimes de guerre, a précisé
le représentant des Etats-Unis. En outre, le Département
de la défense a récemment publié un manuel
révisé sur les interrogatoires qui est pleinement
conforme aux obligations internes et internationales du pays.
LE DEBAT AU CONSEIL
M. RODOLFO REYES RODRÍGUEZ (Cuba) a dénoncé
les pays, qui ont, par leur vote complice au Conseil des droits
de l'homme, souscrit aux violations commises par l'armée
américaine à Guantánamo. Il a affirmé
que plus de 14'000 personnes ont été victimes
de tortures et de disparitions extrajudiciaires, sous couvert
de la lutte antiterroriste. Interrogeant les Rapporteurs,
il a demandé, notamment, si une enquête était
en cours pour éclaircir la question des agissements de
la CIA en Europe. Que pensez-vous des tentatives de l'administration
Bush de légaliser la torture comme une technique interrogatoire,
a-t-il encore demandé. Et qu'en est-il des tribunaux extrajudiciaires
qui restreindraient les droits des prisonniers ? Rappelant la
grève de la faim et le suicide de trois prisonniers, il
a réaffirmé que la base de Guantánamo, établie
sur territoire cubain, était illégale et a demandé
aux Rapporteurs, dans le cas où elle serait fermée,
comment ils comptaient faire la lumière sur ce qui s'y
était passé.
M. VESA HIMANEN (Finlande, au nom de l'Union
européenne) a remercié les cinq auteurs du rapport
et leur a demandé comment, si le camp de Guantánamo
était fermé, on pourrait garantir que les droits
des prisonniers transférés seraient garantis dans
les pays où ils seraient extradés ou rapatriés.
Le représentant a aussi demandé aux experts des
détails sur leur proposition de faire juger les prisonniers
devant des tribunaux internationaux. Le représentant finlandais
a aussi voulu connaître la position des experts sur le point
de vue du gouvernement des États-Unis, qui estiment que
la nourriture forcée des prisonniers est un procédé
autorisé dans la mesure où il vise à préserver
la vie des prisonniers.
M. BLAISE GODET (Suisse) a indiqué que
la Suisse a pris connaissance avec grand intérêt
du rapport présenté par les cinq procédures
spéciales sur la situation à Guantánamo.
La Suisse partage une grande partie des préoccupations
exprimées par ce rapport. Elle tient notamment à
rappeler l'interdiction absolue de la torture et des traitements
cruels, inhumains et dégradants. Le traitement des détenus
de Guantánamo devrait être conforme à cet
impératif. Il en va de même de la pratique du transfert
de détenus vers des pays où la torture est pratiquée.
Ayant pris note demande de fermeture du centre de Guantánamo,
la Suisse aimerait savoir quelle solution envisagent les procédures
spéciales pour que les détenus soient détenus
ailleurs. Que pensent les rapporteurs des assurances diplomatiques
?
M. MOHAMED ZIN AMRAN (Malaisie) a souhaité
exprimer la préoccupation particulière des pays,
tels le sien, dont des ressortissants sont détenus à
Guantánamo. Il a dénoncé la pratique des
transferts de prisonniers et a exprimé l'adhésion
de son pays aux conclusions des Rapporteurs.
M. LA YIFAN (Chine), évoquant l'invitation
faite par le gouvernement des Etats-Unis à des Rapporteurs
de visiter le centre de détention de Guantánamo,
a demandé aux Rapporteurs pourquoi ils n'avaient pas répondu
à ce geste de bonne volonté.
M. CHOE MYONG NAM (République populaire démocratique
de Corée) s'est félicité du rapport des
experts sur Guantánamo et exprimé sa condamnation
de la violation systématique des droits de l'homme qui
se pratique dans ce centre, en contravention à toutes les
dispositions du droit international. Le risque existe d'une prolifération
de ce genre de centres de détention, et la République
populaire démocratique de Corée est convaincue que
l'enquête des experts doit se poursuivre. Le représentant
a demandé quels étaient les projets de l'équipe
à cet égard dans le proche avenir.
M. SEYED KAZEM SAJJADPOUR (Iran) a souhaité
savoir si l'hypothèse sous-jacente des personnes qui ont
conçu le centre de détention de Guantánamo
et les procédures d'internement les concernant consiste
à penser que les droits de l'homme ne sont pas égaux
et ne s'appliquent pas à tous. Un changement radical ne
s'impose-t-il pas dans la pensée des élites des
Etats-Unis ? Il semble y avoir des constructions nouvelles à
Guantánamo; cela signifie-t-il que ce centre va continuer
d'exister ? Y a-t-il aux Etats-Unis des possibilités de
recours pour les personnes qui ont été détenues
pendant longtemps et ont finalement été libérées
en étant reconnues innocentes ?
M. GALO LARENAS SERRANO (Equateur), affirmant
que la lutte contre le terrorisme devait impérativement
s'inscrire dans le respect du droit international et des droits
de l'homme fondamentaux, a demandé aux Rapporteurs quel
serait, selon eux, le moyen le plus efficace de mener ce combat.
M. MANUEL RODRIGUEZ CUADROS (Pérou) a
estimé que le rapport, sérieux et juridiquement
bien informé, établit des faits indiscutables liés
à des conditions de détention déplorables,
au recours excessif à la force et au déni du droit
à un procès équitable, entre autres. Il faut
trouver un moyen de rétablir les droits des détenus
qui soit compatible avec les exigences du droit international.
La lutte contre le terrorisme doit se faire dans le respect des
droits de l'homme, a rappelé le représentant péruvien.
Revenant sur la proposition de faire juger les présumés
terroristes devant un tribunal international compétent,
il a demandé aux experts de préciser leur idée
sur ce point.
M. IDRISS JAZAÏRY (Algérie) a estimé
que le rapport présenté sur la situation des personnes
détenues à Guantánamo serait utile pour tous,
y compris pour les Etats-Unis. La logique même du terrorisme
est d'amener les Etats à se comporter comme les terroristes
eux-mêmes, afin que les Etats se discréditent auprès
des masses, a souligné le représentant algérien.
M. ENZO BITETTO GAVILANES (Venezuela) a approuvé
la poursuite des travaux de l'équipe d'experts et a estimé
qu'elle devrait, à l'avenir, obtenir davantage de participation
du gouvernement des Etats-Unis à ces travaux. Il a souligné
la nécessité de mener la lutte contre le terrorisme
dans le respect des droits de l'homme. Il a relevé qu'alors
que les Etats-Unis mentionnent le souhait de fermer la base de
Guantánamo, la Rapporteuse a fait état de la construction
d'un nouveau bâtiment; il a souhaité savoir ce qu'il
en était.
MME MARIETTE GRANGE (Human Rights Watch, au nom
également de plusieurs autres organisations non gouvernementales),
a demandé dans quelle mesure la nouvelle loi soumise par
le gouvernement des Etats-Unis au Congrès constituait une
violation des normes du droit international, en particulier du
Pacte international relatif aux droits civils et politiques.
LES COMMENTAIRES DES RAPPORTEURS
MME ASMA JAHANGIR, Rapporteuse spéciale sur la liberté de religion ou de conviction, a lancé un appel aux Etats-Unis pour qu'ils permettent aux experts du Conseil d'avoir accès aux détenus, de manière à ce qu'elle puisse constater par elle-même que les violations du droit à la liberté de religion des détenus ont bien cessé, comme l'affirme le gouvernement des États-Unis.
M. MANFRED NOWAK, Rapporteur spécial sur la question
de la torture, a relevé que la les États-Unis affirment
que la fermeture de Guantánamo ne pourrait intervenir que
si les exigences légitimes de sécurité sont
satisfaites. Il a rappelé que les cinq procédures
spéciales avaient refusé l'invitation que leur avaient
adressée les États-Unis à se rendre à
Guantánamo car les conditions imposées par les autorités
étaient inacceptables étant donné que les
experts n'étaient pas autorisés à s'entretenir
en privé avec les détenus. M. Nowak a indiqué
que pour les détenteurs de mandats concernés, cet
examen de la situation à Guantánamo n'est qu'un
début; ils ont en effet l'intention de se pencher sur les
lieux de détention secrets existants ailleurs, des allégations
semblables à celles dont a fait l'objet le centre de détention
de Guantánamo ayant en effet surgi au sujet de centres
de détention se trouvant sur d'autres territoires que celui
des Etats-Unis. Les experts souhaiteraient qu'un mandat spécifique
leur permette de poursuivre leur enquête dans d'autres lieux
de détention, a indiqué M. Nowak.
MME LEÏLA ZERROUGUI, Présidente-Rapporteuse
du Groupe de travail sur la détention arbitraire, a rappelé
que le droit de contester la légalité de la détention
est un droit reconnu à toute personne privée de
liberté. Toute personne détenue doit donc disposer
d'un droit de recours effectif. Elle a encore rappelé que
toute personne soupçonnée d'avoir commis une infraction
doit disposer des droits prévus à l'article 9 et
à l'article 14; articles que les Etats-Unis connaissent
puisqu'ils ont ratifié le Pacte international relatif aux
droits civils et politiques.
M. PAUL HUNT, Rapporteur spécial sur le droit
qu'a toute personne de jouir du meilleur état de santé
physique et mentale possible, a relevé qu'il n'avait pas
reçu d'invitation officielle à se rendre à
Guantánamo. Il a fait observer à la délégation
des Etats-Unis que le document qu'elle a fait circuler visant
à réfuter le rapport dénaturent certaines
parties du rapport des experts du Conseil, qualifiant de "conclusions"
un paragraphe qui fait clairement état d'«allégations»
sérieuses et crédibles.
Par ailleurs, le Rapporteur spécial chargé du
droit à la santé a réitéré
que, contrairement à ce qu'affirme la délégation
des Etats-Unis selon laquelle le taux de maladie mentale n'y sont
pas plus élevé que dans d'autres centres de détention,
l'étude des experts a pu constater le contraire. Il a notamment
rappelé le nombre exceptionnellement élevé
des suicides enregistrés à Guantánamo. La
question de l'alimentation forcée vue comme un moyen de
protéger le droit à la vie et à la santé
des détenus a été posée, mais le Rapporteur
spécial a dit ne pas imaginer que l'on puisse soutenir
que les Etats-Unis se préoccupent, ce faisant, des droits
de l'homme des prisonniers de Guantánamo, compte tenu des
autres éléments décrits dans le rapport.
M. LEANDRO DESPOUY, Rapporteur spécial sur l'indépendance
des juges et des avocats, a relevé que la "lutte efficace
contre le terrorisme" semble être difficilement compatible
avec le respect des droits de l'homme. Les Etats-Unis savent que
les commissions militaires violent le droit international, a-t-il
déclaré. Que se passerait-il si les Etats-Unis légalisaient
ces tribunaux ? Et bien, cela irait tout simplement à l'encontre
du droit international, a insisté M. Despouy. L'objectif
des Rapporteurs spéciaux est de s'occuper non seulement
de Guantánamo mais aussi de tous les centres de détention
secrets, a-t-il rappelé. Vous disposez d'une preuve - ce
rapport - mais nous avons maintenant besoin d'une preuve que vous
souhaitez collaborer avec nous, a déclaré M. Despouy.
Source : Nations unies, Genève, septembre 2006.
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