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CONSEIL DES DROITS DE L'HOMME, SEPTEMBRE-OCTOBRE 2006/ 2e SESSION
__Les rapports : les formes contemporaines de racisme
Le Conseil des droits de l'homme a examiné, le
18 septembre 2006, le rapports présentés
par le Rapporteur spécial sur les formes contemporaines
de racisme, de discrimination raciale et de xénophobie
et l'intolérance qui y est associée.
M. Doudou Diène, Rapporteur spécial sur
les formes contemporaines de racisme, de discrimination
raciale, de xénophobie et de l'intolérance, a présenté,
outre son rapport annuel, des rapports concernant la situation
des populations musulmanes et arabes dans diverses régions
du monde ainsi que les programmes politiques qui incitent à
la discrimination raciale ou l'encouragent.
Le rapporteur a indiqué que ces rapports confirment
le constat qu'il avait déjà fait en 2005 devant
la Commission des droits de l'homme à savoir que la
recrudescence des phénomènes et des manifestations
de racisme, de discrimination raciale et de xénophobie
constitue aujourd'hui la plus grave menace contre la démocratie
et le "vivre-ensemble" des sociétés.
M. Diène a attiré l'attention sur un certain nombre
de tendances lourdes illustrant la gravité de cette situation.
Il a par ailleurs rendu compte des visites qu'il a effectuées
au Japon, au Brésil, en Suisse et
en Fédération de Russie. Les représentants
de ces pays ont fait des déclarations.
LA PRESENTATION DE RAPPORT
M. DOUDOU DIÈNE a souligné que les rapports qu'il présente cette année confirment le constat qu'il avait déjà fait l'an dernier devant la Commission des droits de l'homme à savoir que la recrudescence des phénomènes et des manifestations de racisme, de discrimination raciale et de xénophobie constitue aujourd'hui la plus grave menace contre la démocratie et le "vivre-ensemble" des sociétés.
M. Diène a notamment attiré l'attention sur les
tendances lourdes suivantes, qui illustrent la gravité
de cette situation: montée des violences racistes et xénophobes
découlant du passage à l'acte de groupes d'extrême
droite et néo-nazis, confirmée récemment
par des assassinats ouvertement racistes en Belgique et
en Fédération de Russie; amalgame des facteurs
de race, de culture et de religion, qui se traduit, entre autres,
par la recrudescence de la diffamation des religions; légitimation
intellectuelle de plus en plus ouverte du racisme et de la xénophobie
tant par les intellectuels reconnus que par les médias
influents; banalisation du racisme et de la xénophobie,
illustrée tant par la prégnance dans les programmes
des partis démocratiques de plates-formes politiques racistes
et xénophobes des partis d'extrême droite que par
la capacité des leaders de ces partis à mettre en
application ces plates-formes par des alliances de gouvernement
qui leur donnent légitimité et légalité;
criminalisation et traitement principalement sécuritaire
des questions d'immigration, d'asile et de statut des étrangers;
pratiques croissantes de différentes formes de racisme,
de discrimination et de xénophobie dans les zones d'entrée,
d'accueil et d'attente des pays, notamment dans les aéroports,
les ports et les frontières. Une autre tendance lourde
est l'aggravation des manifestations de racisme dans les sports,
en particulier le football, a ajouté M. Diène.
La problématique du multiculturalisme et notamment
sa reconnaissance politique, son respect, sa protection légale
et sa promotion sociale, culturelle et éducative, est une
des sources profondes de la recrudescence du racisme et de la
xénophobie, a poursuivi M. Diène. En outre, a-t-il
ajouté, les manifestations de racisme et de discrimination
les plus profondes et les plus durables sont le résultat
de constructions intellectuelles dans la longue durée.
S'agissant de la mission qu'il a effectuée au
Japon en juillet 2005, M. Diène a notamment indiqué
avoir constaté que ce pays est marqué par la
réalité du racisme et de la xénophobie
découlant tant de l'héritage historique de sa société
que de ses relations avec les pays voisins ainsi que de l'insularité
de sa population. Cette réalité touche trois catégories
de victimes : les minorités nationales, les descendants
de personnes originaires d'anciennes colonies japonaises, les
étrangers et les travailleurs migrants. M. Diène
a notamment précisé avoir suggéré
la rédaction d'une histoire générale de la
région.
En ce qui concerne la visite qu'il a effectuée
au Brésil en octobre 2005, M. Diène a fait
valoir que l'engagement ferme du gouvernement dans le combat contre
le racisme lui a été confirmé au plus haut
niveau de l'Etat par le président Lula. Au Brésil,
a poursuivi M. Diène, les communautés les plus
pauvres, invisibles dans les structures du pouvoir politique,
économique, social et médiatique, sont les communautés
historiquement discriminées, à savoir les communautés autochtones et les descendants d'Africains. Le Rapporteur spécial a souligné que dans ses recommandations, il encourage le gouvernement brésilien, compte tenu des résistances fortes à l'éradication du racisme dans les profondeurs de la société, à mettre en uvre de manière déterminée son programme de lutte contre le racisme en tenant compte de sa profondeur historique et culturelle et de sa prégnance dans les mentalités et les structures de la société. M. Diène a par ailleurs encouragé les autorités brésiliennes à généraliser le programme de discrimination positive.
S'agissant de la Suisse, où il a effectué
une visite en janvier 2006, M. Diène a indiqué qu'il
présenterait un rapport exhaustif sur cette visite à
la quatrième session du Conseil. Le Rapporteur spécial
a indiqué avoir constaté en Suisse la place croissante
prise, dans les discours politiques et dans les médias,
par la rhétorique de la "défense de l'identité
nationale" et de la "menace de la présence
allogène". Cette rhétorique est révélatrice
de l'existence, dans la société suisse, d'un courant
politique favorable à un enfermement identitaire face à
l'immigration et donc animé par des tendances xénophobes.
«La Suisse illustre, à cet égard, une des
causes profondes de la montée du racisme et de la xénophobie
en Europe: le rôle important de l'instrumentalisation politique
du racisme dans le débat politique», a déclaré
M. Diène.
Faisant part des observations préliminaires sur la visite
qu'il a effectuée en Fédération de
Russie en juin 2006, le Rapporteur spécial a par ailleurs
déclaré que, bien que sa mission lui ait permis
de constater l'absence de racisme d'Etat dans ce pays, il a pu
y noter l'existence d'une dynamique profonde de racisme et
de xénophobie dans la société russe.
Cette visite fera également l'objet d'un rapport exhaustif
qui sera présenté lors de la quatrième session
du Conseil, a indiqué M. Diène.
LE RAPPORT
Le rapport sur les formes contemporaines de racisme, de
discrimination raciale, de xénophobie et de l'intolérance
qui y est associée (E/CN.4/2006/16 et Add.1 à
4) indique que pour le rapporteur, l'actualité du racisme,
de la discrimination raciale, de la xénophobie et de l'intolérance
qui y est associée est révélatrice des tendances
lourdes suivantes: la recrudescence du racisme, de la discrimination
raciale et de la xénophobie, nourrie par l'intolérance
et l'hostilité à l'immigration, la montée
générale de la diffamation des religions, notamment
l'antisémitisme et la christianophobie et plus particulièrement
l'islamophobie, l'importance croissante dans les constructions
identitaires du refus du multiculturalisme, la tendance à
une hiérarchisation des discriminations raciales, la légitimation
intellectuelle de plus en plus ouverte du racisme, de la discrimination
raciale et de la xénophobie, la banalisation du racisme
par la prégnance dans les programmes des partis démocratiques
de plates-formes politiques racistes et xénophobes des
partis d'extrême droite, ainsi que l'aggravation des manifestation
de racisme dans le sport, notamment le football.
Le Rapporteur spécial recommande, outre l'adoption
de législations contre le racisme, la promotion du lien
entre le combat contre le racisme et la construction d'un multiculturalisme
démocratique, interactif et égalitaire. Il invite
le Conseil à attirer l'attention des Etats membres sur
la profondeur historique et culturelle du racisme. Il l'invite
aussi à souligner la gravité des manifestations
et pratiques racistes et xénophobes dans les zones d'entrée,
d'accueil et d'attente des pays (aéroports, gares, ports,
etc..). Il est capital que ces zones ne deviennent pas des zones
de non-droit pour les non-nationaux en général et
surtout pour les immigrés et demandeurs d'asile.
L'additif 2 au rapport concerne la mission que le
Rapporteur spécial a effectuée au Japon du
3 au 11 juillet dernier. Durant cette mission, le Rapporteur spécial
a examiné les facteurs de discrimination qui touchent différents
groupes minoritaires, notamment les minorités issues d'un
système de classes apparenté au régime des
castes, les autochtones, les descendants de personnes originaires
d'anciennes colonies japonaises, les étrangers et les travailleurs
migrants. Le Rapporteur spécial est arrivé à
la conclusion que la discrimination raciale et la xénophobie
étaient présentes au Japon et qu'elles touchaient
trois catégories de victimes: les minorités nationales
(Burakus, Aïnous et habitants d'Okinawa); les personnes et
descendants de personnes originaires d'anciennes colonies japonaises
(Coréens et Chinois); les étrangers et les migrants
originaires d'autres pays asiatiques et du reste du monde. Les
manifestations de cette discrimination sont tout d'abord d'ordre
social et économique. Il y a une profonde discrimination
d'ordre culturel et historique qui touche principalement les minorités
nationales et les descendants de personnes originaires d'anciennes
colonies japonaises; cela transparaît essentiellement
dans la reconnaissance et la transmission insuffisantes de l'histoire
de ces communautés et dans la perpétuation de l'image
discriminatoire de ces groupes.
Pour ce qui est des politiques et des mesures adoptées
par les pouvoirs publics, le Rapporteur spécial se félicite
de la promulgation d'une série de lois qui renforcent certains
droits dans le cas de certaines minorités mais note avec
préoccupation qu'il n'y a pas de législation nationale
interdisant la discrimination raciale et garantissant un recours
judiciaire aux victimes. Le Rapporteur spécial recommande
notamment la reconnaissance de l'existence de la discrimination
raciale au Japon et l'expression d'une volonté politique
pour la combattre; l'adoption d'une loi nationale contre la discrimination;
la mise en place d'une commission nationale de l'égalité
des droits de l'homme; la réécriture et l'enseignement
de l'histoire des groupes marginalisés.
L'additif 3 au rapport concerne la mission que le
Rapporteur spécial a effectuée au Brésil
du 17 au 26 octobre 2005. Le Rapporteur spécial a constaté
que la discrimination raciale était profondément
enracinée au Brésil et qu'au cours de ces cinq derniers
siècles, elle avait marqué de son empreinte la structure
de la société tout entière. Cette discrimination
touche principalement la communauté amérindienne
autochtone et la population d'ascendance africaine, mais elle
s'exerce aussi à l'égard de certains travailleurs
migrants, réfugiés et demandeurs d'asile en provenance
de pays d'Amérique du Sud et des Caraïbes. Le fait
que la carte de la marginalisation politique, sociale et culturelle
se confonde avec celle des spécificités humaines
et culturelles de ces communautés démontre le caractère
foncièrement structurel du racisme et de la discrimination
raciale.
Le Rapporteur spécial se félicite de ce que les
autorités fédérales reconnaissent l'existence
et l'intensité du phénomène du racisme et
salue l'adoption de plusieurs textes législatifs et la
mise en place d'un certain nombre d'institutions visant à
le combattre. Il relève toutefois une résistance
aux politiques allant dans ce sens à différents
niveaux de la société en général et
de la part de certaines autorités fédérales
et locales, et la persistance de l'idéologie de la démocratie
raciale au sein de la population et de certaines institutions.
Il prend note avec une vive préoccupation du recours
important de certains éléments de la police fédérale
et locale à la violence et à des actes criminels
contre de jeunes Afro-Brésiliens et contre la communauté
autochtone. Le Rapporteur spécial formule donc un certain
nombre de recommandations visant à traduire la volonté
politique des autorités brésiliennes en une double
stratégie juridique et culturelle qui permette de supprimer
les causes profondes du racisme et de la discrimination raciale
dans la société et d'en éliminer les conséquences.
L'additif 4 au rapport porte sur la mission que le
Rapporteur spécial a effectuée en Suisse
du 9 au 13 janvier 2006. Dans ce rapport, le Rapporteur spécial
s'interroge sur la signification profonde de la déclaration
d'un porte-parole de l'UDC qui, à la suite de sa visite,
a dit : "J'accepte qu'un représentant de l'ONU nous
fasse des critiques puisque nous sommes maintenant Membres de
l'ONU, mais c'est quand même le comble que ces remarques
viennent d'un Sénégalais". Le Rapporteur spécial
a noté avec satisfaction les réactions du Département
fédéral des affaires étrangères, qui
a déploré vivement que le porte-parole d'un parti
gouvernemental mette en cause la compétence d'un Rapporteur
spécial des Nations unies, ainsi que du Département
fédéral de l'intérieur, qui a indiqué
que cette remarque, qu'il a qualifiée d'incongrue, démontre
l'inculture de son auteur quant à la qualité des
intellectuels africains. La société suisse est davantage
que par le passé progressivement marquée par une
grande diversité culturelle, ethnique et religieuse; or,
là comme partout ailleurs, la remise en question de
l'identité nationale par cette diversité est source
d'une tension identitaire, poursuit le rapport.
Le Rapporteur spécial a noté, tant dans le discours
politique que dans les plates-formes politiques, ainsi que dans
une partie des médias, la place croissante de la rhétorique
de la "défense de l'identité nationale"
et de "la menace de la présence allogène".
Il a en outre fait le constat de l'absence de clarté et
de détermination politique à combattre le racisme
et la xénophobie. L'absence d'une législation nationale
globale contre le racisme, la discrimination raciale et la xénophobie
constitue un obstacle majeur à l'efficacité du combat
de la Suisse contre le racisme, souligne le rapport. En outre,
la législation sur les étrangers et sur l'asile,
par sa dimension restrictive et répressive, est révélatrice
d'une tendance au traitement uniquement sécuritaire des
questions de l'immigration et de l'asile ainsi qu'à la
criminalisation de l'étranger, de l'immigré et du
demandeur d'asile. Le nombre élevé d'actes de violence
policière à connotation raciste et xénophobe
contre ces groupes ainsi que l'impunité judiciaire et administrative
dont jouissent, selon les victimes, leurs auteurs constituent
des indicateurs alarmants non seulement de la prégnance
d'une culture de racisme et de xénophobie dans ces institutions
centrales de la loi et de l'ordre mais surtout de l'absence de
directives politiques déterminées à l'intention
de l'institution policière.
Le rapport du Rapporteur spécial sur la situation
des populations musulmanes et arabes dans diverses régions
du monde (E/CN.4/2006/17) s'articule autour des conclusions
suivantes : la gravité de la recrudescence, dans la plupart
des régions, des manifestations et expressions de discrimination
contre les populations musulmanes et arabes et d'actes de violence
contre leurs lieux de culte et de culture; la centralité,
dans ces manifestations, de l'hostilité à l'islam
avec la légitimation intellectuelle ouverte de l'islamophobie;
l'assimilation de l'islam au terrorisme et la surdétermination
de son traitement principalement sécuritaire par le contrôle
de son enseignement et la surveillance de ses lieux de culte et
de ses pratiquants.
Enfin, la mise à jour de l'étude réalisée
par le Rapporteur spécial au sujet des programmes politiques
qui incitent à la discrimination raciale ou l'encouragent (E/CN.4/2006/54) souligne que la recrudescence du racisme, de la discrimination raciale et de la xénophobie est l'expression d'une régression majeure du progrès démocratique par son instrumentalisation politique et idéologique traditionnelle par les partis d'extrême droite, sa légitimation intellectuelle ouverte par des intellectuels et des médias influents, l'infiltration progressive de la rhétorique et des plates-formes racistes et xénophobes dans les programmes politiques de partis démocratiques sous couvert de lutte contre le terrorisme, l'immigration illégale et la défense de l'identité nationale, et la banalisation populaire de la culture et de la mentalité racistes et xénophobes. Toutes les formes, anciennes et nouvelles, de racisme et de discrimination raciale sont désormais revigorées, souligne le document. Le combat contre le racisme, la discrimination raciale et la xénophobie doit s'articulier autour d'une double stratégie, à la fois politique et juridique, d'une part, et éthique, intellectuelle et culturelle, de l'autre.
LES DECLARATIONS DE PAYS CONCERNES__
M. ICHIRO FUJISAKI (Japon) a salué les efforts
déployés par M. Diène afin de présenter
un rapport détaillé à l'issue de sa visite
au Japon. Il a toutefois souligné que certains éléments
du rapport doivent être rectifiés. En outre, de l'avis
du Japon, certaines parties du rapport ne relèvent pas
du mandat du Rapporteur spécial. Le Japon a pris toutes
les mesures possibles pour combattre la discrimination raciale,
a-t-il assuré. La Constitution japonaise garantit l'égalité
en droit de tous, sans aucune discrimination, a-t-il rappelé.
Or, il y a eu des affaires dans lesquelles des tribunaux ont jugé
que des actes de citoyens constituaient une discrimination au
sens de la Constitution, a fait valoir le représentant
japonais. En ce qui concerne les Dowa (ou Buraku), le gouvernement
a appliqué des politiques spéciales à l'égard
des districts Dowa dans le but d'améliorer rapidement les
conditions économiques de ces districts; suite à
ces efforts, d'importantes améliorations ont été
apportées, notamment en matière de logement et d'infrastructures,
a déclaré le représentant japonais. Il a
en outre attiré l'attention sur la loi pour la promotion
de la culture du peuple ainu, entrée en vigueur en juillet
1997 et dont l'objectif est d'instaurer une société
respectant la fierté raciale du peuple ainu, tout reconnaissant
la contribution de la culture et des traditions de ce peuple au
développement d'une culture variée au Japon.
En ce qui concerne la question des ressortissants étrangers
résidant au Japon, le représentant a rappelé
que la Constitution japonaise garantit les droits de l'homme fondamentaux
aux résidents étrangers au Japon, à l'exception
des droits qui, du fait de leur nature, sont interprétés
comme n'étant applicables qu'aux seuls citoyens japonais.
MME MAGALI NAVES (Brésil) a salué
le rapport de M. Diène , mais a tenu à souligner
certains aspects qui n'ont pas été assez pris en
considération, en particulier les initiatives du gouvernement
et la participation de la société civile. L'Etat
brésilien a ainsi, entre autres initiatives de lutte contre
le racisme et la discrimination, créé un Secrétariat
d'Etat aux politiques de promotion de l'égalité
raciale en 2003, qui a rendu possible la création du poste
de Rapporteur spécial pour les droits des personnes d'ascendance
africaine et contre la discrimination raciale dans l'Organisation
des Etats américains. Il a de même participé
aux efforts de rédaction et de négociation du projet
de convention interaméricaine contre le racisme et toutes
les formes de discrimination, qui met à jour et élargit
la protection accordée par le Comité pour l'élimination
de la discrimination raciale. Le Brésil s'est aussi battu
pour la création d'un Groupe de travail sur le racisme
auprès de la réunion des hautes autorités
aux droits de l'homme du Mercosur et des pays associés.
De même, le gouvernement a participé à
une réunion d'experts sur les Plates-formes politiques
qui incitent au racisme et à la xénophobie, réunion
organisée par M. Diène. D'autre part, l'intensification
du travail en partenariat entre l'administration fédérale,
les gouvernements locaux et les municipalités ont permis
la création, en 2004, d'un Forum intergouvernemental de
promotion de l'égalité raciale. Malgré tous
ces progrès, la promotion de l'égalité raciale
au Brésil est confrontée à plusieurs facteurs
qui identifient discrimination raciale et discrimination économique.
Les processus d'éducation antidiscriminatoire réalisés
à partir de campagnes médiatiques visent à
promouvoir la conscience de l'existence du racisme et à
démontrer que les politiques universalistes sont insuffisantes
pour traiter les méfaits historiques du racisme. Cependant,
les efforts engagés sont constants et progressifs, a fait
valoir la représentante, rappelant que les résultats
seront engrangés sur le long terme.
M. BLAISE GODET (Suisse) a félicité
le Rapporteur spécial sur le racisme pour son travail et
son analyse de la situation en Suisse. Le représentant
a pris note des commentaires oraux de M. Diène et y répondra
ultérieurement, dès que le rapport final sera connu.
Cependant, concernant un commentaire à connotation xénophobe
proféré par un responsable politique suisse à
l'encontre de M. Diène, le représentant a fait savoir
que les autorités fédérales s'étaient
publiquement désolidarisées de ces propos après
les avoir fermement condamnés. Quant au système
politique suisse, où les solutions centralisatrices ne
sont pas envisageables, il présente pour avantage que pour
chaque décision de fond, des majorités doivent être
dégagées dans les urnes de tous les cantons. L'avantage
de ce processus assez long est qu'une fois les solutions largement
acceptées au plan politique, elles sont appliquées
de manière conséquente.
La Suisse se félicite de la reconnaissance par le Rapporteur
spécial de l'utilité des programmes gérés
par le Service de lutte contre le racisme du Département
fédéral de l'intérieur. Avec la création
de ce service, a fait valoir le représentant, la Confédération
a intégré la lutte contre le racisme comme tâche
permanente de l'Etat. La mise sur pied de ce service a aussi permis
de renforcer la sensibilisation des citoyennes et citoyens. Le
Service de lutte contre le racisme a pu assurer que tous les offices
fédéraux soient engagés dans la lutte contre
le racisme. De concert avec l'Office fédéral des
migrations, il a intensifié sa collaboration avec les cantons
dans le domaine de l'intégration et de la lutte contre
la discrimination. Avec la nouvelle loi sur les étrangers,
soumise à votation ces prochains jours, la base légale
de cette politique d'intégration sera encore renforcée,
a dit le représentant.
MME MARINA KORUNOVA (Fédération de
Russie) a indiqué que son pays appréciait hautement les activités du Rapporteur spécial sur les formes contemporaines de racisme. Elle a précisé que la Fédération de Russie avait l'intention d'étudier soigneusement les recommandations du Rapporteur spécial et de prendre les mesures nécessaires pour résoudre les problèmes qui demeurent. La Constitution russe garantit l'égalité des droits de chacun indépendamment de toute considération, a poursuivi la représentante. La législation pénale accorde une attention particulière à la prévention du racisme et de la discrimination, a-t-elle ajouté.
LES REPONSES DU RAPPORTEUR
M. DIÈNE a souhaité répondre à l'intervention de la délégation japonaise
selon laquelle la problématique historique se situerait
en dehors du mandat du rapporteur spécial, ce mandat ayant
trait aux formes contemporaines de racisme. On ne saurait ignorer
que le racisme est un iceberg et que ses formes visibles ne sont
que les manifestations et les expressions actuelles du phénomène.
Le racisme est un mutant et l'Histoire est la scène principale
où il s'exprime. On ne peut toucher aux formes contemporaines
du racisme sans en aborder les formes profondes. Le Japon sait
bien que les minorités chinoise et coréenne au Japon
sont actuellement les plus discriminées, a ajouté
M. Diène.
En ce qui concerne le Brésil, a poursuivi M.
Diène, le problème est que ce pays est certes en
train de rompre avec l'héritage raciste de la société
brésilienne mais qu'il ne tient pas compte suffisamment
de la profondeur culturelle du racisme.
S'agissant de la Suisse, M. Diène a reconnu que
si la déclaration du porte-parole de l'UDC était
malheureuse, les autorités suisses au plus haut niveau
ont condamné cette déclaration.
Enfin, a ajouté M. Diène, le problème
rencontré en Fédération de Russie est que le vide idéologique de l'après-période soviétique a été remplacé par un nationalisme dont des groupes ont donné une lecture ethnique.
Source : Nations unies, Genève, septembre 2006.
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