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CONSEIL DES DROITS DE L'HOMME, SEPTEMBRE-OCTOBRE 2006/ 2e SESSION
__Les rapports : les droits de l'homme des migrants
Le Conseil des droits de l'homme a examiné, le
18 septembre 2006, le rapport présenté par
le Rapporteur spécial sur les droits de l'homme des
migrants.
M. Jorge Bustamante, Rapporteur spécial sur les
droits de l'homme des migrants, a déploré un regain de sentiments xénophobes dans le monde, avec ses conséquences pour les travailleurs sans papiers. La reconnaissance de l'existence, dans tous les Etats, d'une demande interne de main-d'uvre en situation irrégulière sera facilitée par l'introduction par les Nations unies d'une nouvelle norme statistique qui rendra compte de l'importance numérique, mais aussi de l'apport bénéfique des travailleurs migrants non déclarés aux économies des pays où ils sont installés.
Le Rapporteur spécial a précisé aussi
avoir reçu de nombreuses dénonciations de violations
des droits de l'homme de personnes migrantes telles que conditions
de détention inhumaines, mauvais traitement lors de contrôle
aux frontières, décès suite à l'usage
excessif de la force par des membres de la police, déportations
collectives, expulsions sommaires et violations des droits humains
des personnes déplacées.
Le Burkina Faso est intervenu en tant que pays concerné
par le rapport du Rapporteur spécial sur les droits de
l'homme des migrants.
LA PRESENTATION DU RAPPORT
M. JORGE BUSTAMANTE, Rapporteur spécial sur les droits
de l'homme des travailleurs migrants, a lui aussi déploré
un regain de sentiments xénophobes dans le monde, avec
ses conséquences pour les travailleurs sans papiers, comme
s'ils n'étaient plus des sujets de droit. Dans les pays
de destination, on enregistre des violations flagrantes des droits
des personnes migrantes, surtout en région et au mépris
des lois nationales. Cette attitude est adoptée à
des fins électoralistes, afin de gagner des voix lors d'élections
régionales, par exemple.
La reconnaissance de l'existence, dans tous les Etats, d'une demande interne en main-d'uvre en situation irrégulière demande sera facilitée par l'introduction par les Nations unies d'une nouvelle norme statistique qui rendra compte de l'importance numérique mais aussi de l'apport bénéfique des travailleurs migrants non déclarés aux économies des pays où ils sont installés. La production de telles statistiques aurait par ailleurs pour effet de couper l'herbe sous le pied des mouvements xénophobes qui mettent en avant le caractère prétendument indésirable des travailleurs migrants dans leurs pays. Ces statistiques permettraient aussi sans doute de combattre la xénophobie en général et de convaincre certains Etats encore récalcitrants de ratifier la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leurs familles adoptée en 1990.
M. Bustamante a souligné que les violations des droits
de l'homme des migrants en situation irrégulière
sont à mettre en rapport direct avec la vulnérabilité
de ces personnes. Ce constat est particulièrement évident
en ce qui concerne les femmes et les enfants, surtout lorsqu'ils
et elles font partie de populations autochtones. Les violations
dont le Rapporteur spécial a eu connaissance dans le contexte
des migrations temporaires sont la confiscation des documents
d'identité par les employeurs, le système des parrainages,
qui rend les migrants totalement dépendants de leurs employeurs,
le placement de certaines catégories en marge de la protection
du droit du travail, entre autres. Par ailleurs, on doit déplorer
la pratique croissante de l'engagement de travailleurs migrants
par le biais d'intermédiaires, le but étant pour
les employeurs d'échapper à leurs obligations au
regard du droit du travail. Le Rapporteur spécial a précisé
aussi avoir reçu de nombreuses dénonciations de
violations des droits de l'homme de personnes migrantes, qui portaient
notamment sur des conditions de détention inhumaines, de
mauvais traitement lors de contrôle aux frontières,
des décès suite à l'usage excessif de la
force par des membres de la police, les déportations collectives,
les expulsions sommaires et les violations des droits de l'homme
des personnes déplacées. Le Rapporteur spécial
constate aussi l'impunité dont bénéficient
les auteurs de ces violations ainsi que la fréquence de
la violence à l'encontre des femmes.
M. Bustamante a aussi fait état d'un très grand
nombre de rapports qu'il a reçus en 2006 concernant les
migrants ayant trouvé la mort en Méditerranée.
A cet égard, le Rapporteur spécial a dit encourageante
l'adoption de nouveaux amendements aux conventions maritimes,
en juillet 2006, qui permettront sans aucun doute de mieux protéger
les droits des migrants en mer. Les équipages, qui ont
en effet le devoir de sauver les naufragés, voient leurs
efforts souvent contrecarrés par les lois des pays où
ils font relâche, leur interdisant de laisser descendre
les personnes qu'ils auraient sauvées. Les amendements
des conventions maritimes permettent de remédier à
cette situation grave qui menace de vider de leur substance les
principes du droit maritime.
LE RAPPORT
Le rapport du Rapporteur spécial sur les droits de
l'homme des travailleurs migrants (E/CN.4/2006/73) signale
notamment le fait que la réticence à reconnaître la demande de main-d'uvre migrante, commune parmi les pays
d'accueil, prend une importance considérable quand il apparaît
clairement qu'il existe un lien entre cette réticence et
l'apparition d'idéologies hostiles aux immigrants, souvent
teintées de xénophobie et de racisme. Le déni
de la demande en question est une question importante car c'est
l'un des principaux facteurs qui favorisent l'immigration clandestine,
situation qui est au centre des abus et des nombreuses violations
des droits de l'homme subies par les migrants. Le rapport relève
aussi que la discrimination et l'idéologie antimigrants
sont des facteurs qui touchent tous les migrants, qu'ils soient
des migrants en situation régulière ou irrégulière,
temporaires ou permanents.
Le Rapporteur indique son intention de continuer d'examiner les aspects multidimensionnels des pratiques discriminatoires touchant les migrants, en mettant particulièrement l'accent sur la dimension sexospécifique de la migration. Il mettra également l'accent sur la situation des enfants participant à la migration comme enfants non accompagnés ou enfants de migrants, en soulignant les besoins de protection de ce groupe et en les traitant comme autant de droits. Dans un premier temps, le Rapporteur se concentrera sur l'analyse de la demande par une analyse de la demande réelle de main-d'uvre migrante des Etats membres par secteur économique, portant sur les cinq dernières années.
Le rapport est complété par le rapport
de la précédente Rapporteuse spéciale sur
les droits de l'homme des migrants Mme Gabriela Rodríguez
Pizarro, dont le mandat a expiré en juillet 2005. Le rapport
informe de la visite que Mme Rodríguez Pizarro a
effectuée au Burkina Faso (E/CN.4/2006/73/add.2).
Le rapport traite plusieurs des problèmes migratoires auxquels
le pays est confronté et recommande en particulier, concernant
les effets de la crise en Côte d'Ivoire sur le Burkina Faso,
que la priorité soit accordée aux programmes de
réinsertion économique des personnes rapatriées,
et que la situation des femmes et des enfants soit dans ce contexte
abordée expressément. Le rapport préconise
que soit envisagée la possibilité de créer
un fonds d'assistance à l'intention des rapatriés
et que soit mis en place un registre d'état civil où
pourraient être déposées les plaintes des
violations des droits de l'homme subies pendant la crise en Côte
d'Ivoire. 
La Rapporteuse spéciale estime également que
l'établissement d'une politique migratoire nationale
appropriée est nécessaire, comme en témoignent
les problèmes croissants posés par les flux qui
procèdent du Burkina Faso, ou transitent par ce pays à
destination des pays occidentaux. Le rapport préconise,
entre autres mesures, la conclusion d'accords bilatéraux
avec les pays expulsant des ressortissant vers le Burkina Faso,
afin que les rapatriements puissent avoir lieu dans le respect
des droits des migrants irréguliers. Un accord de ce type
est surtout nécessaire avec la Jamahiriya arabe libyenne,
précise le rapport. Un dernier chapitre est consacré
à la traite des enfants, des mesures plus vigoureuses étant
à cet égard nécessaire pour appuyer l'action
des comités de surveillance.
LA DECLARATION DU BURKINA FASO
M. MOUSSA B. NEBIE (Burkina Faso), intervenant au sujet
du rapport de la précédente Rapporteuse spéciale
sur les droits de l'homme des migrants sur sa mission au Burkina
Faso, a rappelé que son pays est un véritable
carrefour migratoire et une terre d'accueil et de transit pour
les travailleurs migrants de la région subsaharienne.
Le Burkina a toujours fait de l'intégration et de la politique
de bon voisinage un des points cardinaux de sa politique étrangère.
Le représentant, après avoir rectifié une
erreur sémantique concernant l'utilisation déplacée
dans le rapport du terme "stigmatisation" à propos
des "vétérans de la brousse", a rappelé
aussi que son pays a privilégié la solution de l'intégration
et de l'intégration des rapatriés à celle
qui aurait pu consister à les parquer dans des ghettos
à la périphérie des villes.
Quant aux difficultés socio-économiques dont
il est fait état dans le rapport, le représentant
a rappelé qu'elles ne sont pas spécifiques aux rapatriés
et qu'elles s'expliquent par la situation générale
de pauvreté dans le pays, les difficultés économiques
découlant de la fermeture des frontières avec la
Côte d'Ivoire suite à la crise ainsi que l'imprévisibilité
du retour massif des rapatriés au Burkina Faso. Le pays en appelle donc à la solidarité internationale et souhaite par ailleurs réaffirmer son engagement à mettre en uvre les accords régionaux et internationaux auxquels il est partie pour une meilleure protection des migrants vivant ou en transit sur son territoire, a dit le représentant.
Source : Nations unies, Genève, septembre 206.
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