|
Retour

|
CONSEIL DES DROITS DE L'HOMME, SEPTEMBRE-OCTOBRE 2006/ 2e SESSION
__Les rapports : les disparitions forcées ou involontaires
Le Conseil des droits de l'homme a examiné, le
19 septembre 2006, le rapport du Groupe de travail sur
les disparitions forcées ou involontaires.
Présentant le rapport du Groupe de travail sur les disparitions
forcées ou involontaires, M. Stephen J.Toope, Président-Rapporteur,
a informé le Conseil qu'au cours de la dernière
année écoulée, le Groupe de travail a notamment
éclairci 1'309 cas de disparitions forcées et lancé
une étude comparative sur le traitement pénal des
disparitions à travers le monde. Il a par ailleurs indiqué
que le Groupe de travail est gravement préoccupé
que les gouvernements de plusieurs pays n'ont jamais répondu
aux demandes d'information du Groupe de travail ou à ses
rappels; d'autres gouvernements ont pour leur part fourni des
réponses de pure forme qui ne contenaient pas d'informations
pertinentes.
M. Toope a souligné qu'aujourd'hui, la disparition
forcée est un problème mondial qui ne se limite
à aucune région spécifique. Le Président
du Groupe de travail a enfin rendu compte de la visite que le
Groupe a effectuée en Colombie. La Colombie est
intervenue en tant que pays concerné.
LA PRESENTATION DU RAPPORT
M. STEPHEN J.TOOPE a souligné que le Groupe de travail est aujourd'hui plus actif que jamais, en grande partie en raison du personnel supplémentaire qui lui a été affecté. Au cours de la dernière année écoulée, le Groupe de travail a notamment éclairci 1'309 cas, comblé l'énorme retard de cas en provenance de Sri Lanka, mené des visites dans deux pays, préparé un commentaire général et lancé une étude comparative sur le traitement pénal des disparitions à travers le monde, a rappelé M. Toope. Bien que le Groupe ait clarifié plus de 7'000 cas au cours des cinq dernières années, le nombre total de cas encore à l'examen qui n'ont pas été clarifiés ou dont le Groupe a cessé l'examen s'établit à plus de 40'000 et concerne 79 Etats, a-t-il précisé. Le Groupe de travail
est gravement préoccupé que, sur ces Etats, les
Gouvernements du Burundi, de la Guinée, d'Israël,
du Mozambique, de la Namibie et des Seychelles, pas plus que l'Autorité
palestinienne, n'ont jamais répondu aux demandes d'information
du Groupe de travail ou à ses rappels, a indiqué
M. Toope. D'autres gouvernements ont fourni des réponses
de pure forme qui ne contenaient pas d'informations pertinentes,
a-t-il ajouté. Aussi, le Groupe de travail exhorte-t-il
ces gouvernements à s'acquitter de leurs obligations. Cette
année, pour la première fois, le Groupe de travail
a inclus dans son rapport chacun des pays qui ont des cas en suspens,
a par ailleurs fait observer le Président-Rapporteur.
M. Toope a d'autre part souligné qu'aujourd'hui, la
disparition forcée est un problème mondial qui ne
se limite à aucune région spécifique. Si,
par le passé, les disparitions forcées pouvaient
être considérées comme étant l'apanage
des dictatures militaires, essentiellement en Amérique
latine, elles se produisent aujourd'hui aussi dans des situations
plus complexes de conflit interne, comme cela est le cas en Colombie,
au Népal, en Fédération de Russie,
en Irak et au Soudan. Dans d'autres pays, comme
l'Algérie et les Philippines, la répression
politique des opposants s'est traduite par des centaines de cas
de disparitions, a poursuivi M. Toope. Dans certains cas, des
changements politiques radicaux, comme en Iran, créent
les conditions qui aboutissent à des centaines de cas de
disparitions, a-t-il ajouté.
En outre, du fait que tous les cas de disparitions ne sont probablement pas rapportés, en particulier - mais pas uniquement - en Afrique, le Groupe de travail s'attend à ce qu'un grand nombre de rapports de disparitions liés à des conflits actuels puissent être soumis dans les années à venir. M. Toope a fait observer que le Groupe de travail a relevé avec préoccupation que très peu d'Etats en dehors de l'Amérique latine ont mis en place un délit pénal spécifique de disparition forcée ou involontaire
Dans son rapport de cette année, le Groupe de
travail a mis en relief quatre principaux sujets de préoccupation
ayant trait, respectivement, à la disparition d'enfants;
au harcèlement et aux menaces dont sont victimes les défenseurs
de droits de l'homme, les proches des personnes disparues, les
témoins et les avocats : au fait que les activités
antiterroristes soient utilisées par un nombre croissant
d'Etats comme une excuse pour ne pas respecter les obligations
découlant de la Déclaration sur la protection
de toutes les personnes contre les disparitions forcées;
ainsi qu'au fait que dans certaines situations d'après
conflit, les mécanismes de vérité et de réconciliation
sont utilisés comme moyen d'assurer la transition des sociétés
affectées de la guerre vers la paix et que de telles circonstances
peuvent donner lieu à l'adoption de lois d'amnistie et
à l'application d'autres mesures pouvant aboutir au même
résultat, à savoir l'impunité.
S'agissant de la visite que le Groupe a effectuée en
Colombie, M. Toope a notamment indiqué que le rapport
concernant cette mission (additif 1 au rapport du Groupe de travail)
souligne le fossé existant entre le cadre juridique très
complet relatif aux disparitions et le manque de résultats
concrets, découlant parfois d'un manque perceptible de
volonté politique de mettre un terme à la pratique
des disparitions et de traduire les responsables en justice.
LE RAPPORT
Le rapport du Groupe de travail sur les disparitions forcées
ou involontaires (E/CN.4/2006/56 et Add.1) rappelle que depuis
sa création, le Groupe a transmis plus de 50'000 dossiers
individuels aux gouvernements de plus de 90 pays. Dans le présent
rapport, le Groupe de travail manifeste une grave préoccupation
au sujet des situations de disparition dans le monde entier. Il
constate avec une profonde inquiétude qu'un très
grand nombre de disparitions lui a été signalé
durant l'année écoulée. Pendant la période
examinée, le Groupe de travail a communiqué aux
gouvernements de 22 pays 535 cas nouveaux de disparitions déclarées.
Dans le même intervalle, il a éclairci 1'309 cas
dans 17 pays, soit une augmentation marquée par rapport
aux années précédentes. Ce résultat
est dû en grande partie au renforcement des moyens donnés
au Secrétariat de traiter l'arriéré de dossiers
en attente, notamment en provenance de Sri Lanka.
Le Groupe de travail est toujours particulièrement préoccupé
par les renseignements qui signalent des disparitions d'enfants
et, dans quelques cas, de personnes physiquement et mentalement
diminuées. Il rappelle que les Etats ont l'obligation de
protéger tous les groupes en situation de vulnérabilité.
Il continuera de suivre la question de près et traitera
en urgence de tous les cas de cette nature. La protection de tous
les défenseurs des droits de l'homme, des familles à
la recherche de leurs proches disparus, des témoins et
des avocats est, de même, un souci constant du Groupe de
travail. Le Groupe de travail exprime de nouveau fortement
sa crainte profonde que les activités antiterroristes soient
utilisées par un nombre d'Etats grandissant comme un prétexte
pour ne pas respecter les obligations qui résultent de
la Déclaration sur la protection de toutes les personnes
contre les disparitions forcées. Des indications crédibles
font état de la répression de groupes d'opposition
dans de nombreux Etats au nom de la "guerre contre la terreur".
D'autre part, la pratique du "transfert extraordinaire"
est utilisée pour transporter des personnes soupçonnées
de terrorisme vers d'autres Etats où elles sont soumises
à des interrogatoires agressifs. Le Groupe de travail continue
de recevoir des informations concernant l'existence de centres
secrets de détention où des personnes soupçonnées
de terrorisme sont détenues en total isolement du monde
extérieur. Dans ces trois situations, des personnes disparaissent.
Or, il est solidement établi que la disparition est souvent
un premier stade avant la torture et même l'exécution
extrajudiciaire. Le Groupe de travail relève que, dans
certaines situations d'après conflit, les mécanismes
de manifestation de la vérité et de réconciliation
figurent parmi les moyens appliqués pour faire passer les
sociétés touchées de la guerre à la
paix et du conflit au gouvernement de l'après conflit Il
redoute que ces situations conduisent parfois à l'adoption
de lois d'amnistie et à l'application d'autres mesures
qui donnent toutes le même résultat: l'impunité.
Pour parer à ce risque, le Groupe de travail, désireux
de contribuer au développement progressif du droit international
dans ce domaine délicat, a adopté, à sa
77e session, un commentaire général de l'article
18 de la Déclaration.
. L'additif 1 au rapport rend compte de la mission que
le Groupe de travail a effectuée en Colombie du
5 au 13 juillet 2005. Il donne un aperçu du cadre constitutionnel
et juridique relatif aux disparitions forcées mis en place
depuis la dernière mission du Groupe de travail en 1988.
Il met en évidence le décalage qui existe entre
un système juridique très perfectionné et
les très mauvais résultats obtenus en pratique par
les mécanismes juridiques. En conséquence, les membres
du Groupe de travail formulent des recommandations qui visent
à mettre fin au phénomène des disparitions
dans le pays, à protéger les familles de victimes
et les organisations non gouvernementales qui tentent de localiser
les personnes disparues et de savoir ce qu'il est advenu d'elles,
à en finir avec le silence, dû à la peur et
à l'impunité, qui entoure les disparitions et à
veiller à ce que les mécanismes juridiques existants
concernant les disparitions en Colombie soient plus efficaces.
LA DECLARATION DE LA COLOMBIE
M. CARLOS FRANCO (Colombie) a commenté le rapport
du Groupe de travail sur les disparitions forcées en rappelant
que c'est l'Etat colombien qui avait invité le Groupe à
se rendre dans le pays. Il a en outre fait valoir que les mesures
adoptées par la Colombie afin de lutter contre la grave
violation des droits de l'homme que constituent les disparitions
forcées ont permis de faire passer le nombre de plaintes
pour disparition forcée de 927 en 2004 à 210 en
2005 et à 25 en 2006. En outre, le rapport du Groupe de
travail ne tient pas compte des exigences en matière de
démobilisation ou de paix et de la nécessité,
dans ce contexte, d'établir un équilibre entre justice
et paix. Le représentant a qualifié d'infondées
les accusations graves concernant la Colombie qui émaillent
le rapport du Groupe de travail.
On dirait que le rapport doute de toute information officielle
et tient pour vraies les opinions contraires au Gouvernement,
sans qu'il soit besoin de les démontrer. A compter du mois
prochain, a notamment indiqué le représentant colombien,
le Registre unique des personnes disparues sera mis à disposition
du public. En outre, le bureau du Procureur général
a récemment indiqué qu'en application de la loi
de justice et de paix, il avait recueilli des informations afin
de procéder aux exhumations d'au moins 2'500 personnes
illégalement enterrées.
LES COMMENTAIRES DU RAPPORTEUR
M. STEPHEN TOOPE, a reconnu que les efforts déployés par la Colombie en matière de lutte contre les disparitions
forcées sont remarquables; mais le cadre mis en place n'a
pas été efficace, a-t-il ajouté. Reconnaissant
la nécessité de maintenir un équilibre entre
justice et paix, il a attiré l'attention de la Colombie
sur l'Observation générale relative à l'article
18 de la Déclaration sur la protection de toutes les
personnes contre les disparitions forcées, qui traite
précisément de cet équilibre délicat.
M. Toope a reconnu qu'une coquille s'est glissée dans
sa déclaration écrite au sujet de l'Algérie où les disparitions remontent en effet aux années 1990; il convenait donc d'employer le passé et non pas le présent pour faire référence aux disparitions dans ce pays. Pour ce qui est de Sri Lanka, où plus de 6'000 cas ont pu être élucidés avec l'aide du Gouvernement, de nouveaux cas ont effectivement été portés à l'attention du Groupe de travail, pour la première fois depuis plusieurs années, a indiqué M. Toope. Ainsi, 11 actions urgentes concernant 17 personnes ont-elles été transmises le mois dernier, a-t-il précisé.S'agissant du Chili, M. Toope a rappelé le caractère
humanitaire du mandat du Groupe de travail dont la vocation n'est
pas de critiquer des Etats mais de trouver des personnes disparues
et d'éclaircir leur sort.
S'agissant des Etats-Unis, le Président-Rapporteur
du Groupe de travail s'est dit étonné par l'assertion
selon laquelle la pratique du transfert d'une personne vers un
autre pays (rendition) ne serait pas illégale alors
que cette pratique échappe à tout cadre juridique.
Si on ne sait pas où une personne a été transférée,
il s'agit d'un cas de disparition aux yeux du Groupe de travail,
même si cela est provisoire.
M. Toope a indiqué que les affaires concernant la République
populaire démocratique de Corée sont considérées comme n'ayant pas été élucidées car les familles concernées n'ont pas accepté les explications fournies par le pays. En ce qui concerne les questions relatives à la lutte contre le terrorisme, M. Toope a souligné
que la reconnaissance publique de la détention est cruciale
pour le Groupe de travail
Source : Nations unies, Genève, 19 septembre
2006.
|