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CONSEIL DES DROITS DE L'HOMME, SEPTEMBRE-OCTOBRE 2006/ 2e SESSION
__Les rapports : droits des populations autochtones

Le Conseil des droits de l'homme a examiné, le 19 septembre 2006, le rapport du Rapporteur spécial sur les droits de l'homme et libertés fondamentales des populations autochtones.

Le Rapporteur spécial sur la situation des droits de l'homme et des libertés fondamentales des populations autochtones, M. Rodolfo Stavenhagen, a relevé un fossé entre les progrès inscrits dans la législation de nombreux pays, qui reconnaît les peuples autochtones et leurs droits, et les réalités quotidiennes qui expriment les nombreuses difficultés à mettre en œuvre comme il convient ces mesures législatives. Les gouvernements devraient élaborer à cet égard une politique coordonnée et systématique, avec la participation des peuples autochtones, qui fasse intervenir, de manière transversale, les différents ministères concernés par les questions autochtones. M. Stavenhagen a encore évoqué sa visite en Afrique du Sud et en Nouvelle Zélande. Ces deux pays ont pris la parole en tant que pays concernés.

LA PRESENTATION DU RAPPORT

M. RODOLFO STAVENHAGEN a notamment observé que les pays d'Amérique latine accordent une importance particulière aux droits des peuples autochtones, alors que d'autres textes juridiques existent aussi en Afrique et en Asie. Tous ces textes sont toutefois encore loin d'avoir changé la situation effective des droits des peuples autochtones. Dans de nombreux pays, les normes et principes internationaux ne sont pas appliqués au plan interne car souvent méconnus par les juristes chargés de les appliquer. Le problème principal est cependant le fossé qui existe entre la loi et la pratique administrative. On le voit clairement dans les structures de l'administration publique, où sévit encore la rigidité et le manque de participation de la population.

Le secteur judiciaire, les juridictions supérieures en particulier, s'est parfois engagé dans la problématique de l'application effective des droits des peuples autochtones, avec parfois des résultats favorables. Au niveau régional, les systèmes interaméricain et interafricain des droits de l'homme commencent de jouer un rôle important, a aussi remarqué M. Stavenhagen.

LE RAPPORT

Le rapport sur la situation des droits de l'homme et des libertés fondamentales des populations autochtones (E/CN.4/2006/78) est axé sur l'écart entre les progrès inscrits dans la législation de nombreux pays, qui reconnaît les peuples autochtones et leurs droits, et les réalités quotidiennes qui expriment les nombreuses difficultés à mettre en œuvre comme il convient ces mesures législatives. Le rapport contient en outre des renseignements sur les communications dénonçant des violations des droits de l'homme et les réponses des gouvernements. Le Rapporteur spécial estime que les gouvernements devraient élaborer une politique coordonnée et systématique, avec la participation des peuples autochtones, qui fasse intervenir, de manière transversale, les différents ministères concernés par les questions autochtones. En collaboration avec les institutions représentatives des peuples autochtones, ils devraient établir des mécanismes de consultation et de participation autochtones pour toute mesure d'ordre général ou particulier qui touchent ces peuples, une attention particulière étant portée à la législation, aux ressources naturelles et aux projets de développement.

Parallèlement aux nouvelles législations, les gouvernements devraient créer des dispositifs d'observation et d'évaluation des mécanismes établis et des pratiques suivies et d'application des normes énoncées avec la participation des peuples autochtones. Quant aux parlements, ils devraient mettre en place, là où elles n'existent pas encore, des commissions sur les affaires autochtones et sur les droits de l'homme; celles qui existent déjà devraient être chargées de veiller, en consultation avec les peuples autochtones, à ce que les projets de loi répondent effectivement à leurs besoins et demandes. De même, les Parlements devraient suivre de près l'utilisation qui est faite des budgets alloués à la protection et à la promotion des droits des peuples et communautés autochtones. En cas de contradiction entre des lois, estime le Rapporteur spécial, il faudrait donner la priorité et la primauté à celles qui protègent les droits des peuples autochtones, et les conflits découlant de ces contradictions devraient être résolus de bonne foi et d'un commun accord. M. Stavenhagen recommande encore que les postes de "médiateur" chargé des droits des autochtones et leur fournir les ressources budgétaires et institutionnelles nécessaires soient renforcés.Haut de page

Le rapport est complété de plusieurs additifs. Le premier (E/CN.4/2006/78/add.1, à paraître en français) est consacré à une analyse de la situation dans plusieurs pays et à d'autres activités du Rapporteur spécial.

Le deuxième (E(CN.4/2006/78/Add.2) est consacré à la mission du Rapporteur spécial en Afrique du Sud à l'été 2005, et formule des recommandations visant à aider les parties intéressées à combler les lacunes existantes et à trouver des solutions durables qui contribuent à améliorer la situation des droits fondamentaux des peuples autochtones du pays. Le Rapporteur spécial recommande notamment que les communautés autochtones soient reconnues en tant que telles dans la Constitution et que les institutions juridiques qui maintiennent la classification stigmatisante de «métis» soient supprimées.

Le troisième additif (E/CN.4/2006/78/Add.3, à paraître en français) porte sur la mission effectuée par le Rapporteur spécial en Nouvelle Zélande en 2005 et s'achève par des recommandations visant à consolider les acquis réalisés à ce jour de façon à réduire les inégalités et protéger les droits des Maoris.

L'additif E/CN.4/2006/78/Add.4 est un rapport intermédiaire sur les meilleures pratiques pour la mise en œuvre d'appliquer les recommandations du Rapporteur spécial.

LES DECLARATIONS DE PAYS CONCERNES

MME GLAUDINE MTSHALI (Afrique du Sud) a déclaré que son pays avait apprécié la visite que M. Stavenhagen tout en déplorant qu'il n'ait pas eu le temps de consulter toutes les parties intéressées par la situation des populations autochtones. La représentante a rappelé que depuis la fin de l'apartheid, l'Afrique du Sud n'a ménagé aucun effort pour enraciner la démocratie et rétablir les droits d'une population noire victime de plus de trois siècles de marginalisation. Le gouvernement a ainsi pris de nombreuses mesures pour promouvoir les droits des peuples autochtones, dans le domaine juridique, linguistique et social. Les spoliations de terres sont redressées par une campagne de restitution des terres autochtones dans le cadre de la politique foncière générale. La définition des "peuples autochtones" que donnent les Conventions de l'Organisation internationale du travail ne peut s'appliquer strictement à l'Afrique du Sud, a fait remarquer la représentante de l'Afrique du Sud : en effet, si elle l'était, tous les Noirs d'Afrique du Sud devraient être considérés comme autochtones.Haut de page

M. DON MACKAY (Nouvelle Zélande) s'est exprimé sur le rapport relatif aux droits de l'homme et libertés fondamentales des populations autochtones et sur la visite du Rapporteur spécial dans son pays. Il a informé le Conseil que le rapport avait donné lieu à une discussion très nourrie, en Nouvelle Zélande, et que le gouvernement avait répondu à divers points soulevés. Les injustices de l'histoire doivent être prises en compte, mais, de manière générale, les politiques doivent se fonder sur les besoins, a souligné le représentant. Se référant à la suggestion du Rapporteur spécial d'introduire de nouveaux amendements constitutionnels, il a indiqué que cette question donnait lieu à des débats divergents et que cette décision relevait, en fin de compte, d'un processus démocratique auquel était associée la population maorie tout comme la population non maorie.

M. GALO LARENAS SERRANO (Equateur) s'est félicité de l'esprit constructif qui caractérise a le rapport rédigé par M. Rodolfo Stavenhagen suite à sa visite dans le pays. Il a souligné que ce rapport affirme clairement que l'Equateur a adopté des normes constitutionnelles reconnaissant les droits des peuples autochtones. Le représentant a toutefois souligné qu'il existe également des normes juridiques secondaires en la matière qui sont importantes. Il a en outre fait valoir les budgets relativement importants consacrés à l'institution chargée des questions autochtones en Equateur.

LES COMMENTAIRES DU RAPPORTEUR

M. RODOLFO STAVENHAGEN a répondu aux questions et commentaires des membres du Conseil faisant valoir notamment que la question des définitions est, comme il a été dit, très importante. Elles peuvent varier en fonction des circonstances et des pays et il convient à ce titre de surveiller les travaux et projets juridiques à l'étude en Afrique et en Asie, car ils contiennent des éléments de réponse très intéressants. Ce problème se résoudra progressivement avec l'aide des peuples autochtones eux-mêmes, a estimé M. Stavenhagen.

Un autre problème est celui du fait que si les citoyens d'un même ont tous théoriquement les mêmes droits de par la loi, et donc le même accès théorique aux services de l'Etat, on constate dans les faits que toutes les couches de la population ne jouissent pas des mêmes services aux mêmes moments. Le Rapporteur spécial préconise à cet égard la systématisation de la production de statistiques ventilées concernant la fourniture de ces services, seul moyen de déterminer où doit se situer l'action réparatrice nécessaire. Il s'agit d'une démarche qui est adoptée par les États mais avec des résultats encore inégaux. Quant au droit des peuples à revenir librement sur leurs terres d'origine, il revient tout simplement à prendre en compte le droit des peuples autochtones à être consultés.

M. Stavenhagen a commenté des observations faites par plusieurs délégations quant à l'effet de l'adoption par le Conseil de la Déclaration sur les droits des peuples autochtones, estimant que ce texte est fondamental pour la protection de ces droits au plan international et régional. Il permettra aussi de renforcer les travaux des instances des Nations unies et aura une incidence sur les politiques nationales d'interprétation, et donc d'application locale, des instruments internationaux. Enfin, le Rapporteur spécial a précisé qu'il espérait fortement collaborer avec l'instance de contrôle de la conduite des sociétés transnationales.

Source : Nations unies, Genève, 19 septembre 2006.
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