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CONSEIL DES DROITS DE L'HOMME, SEPTEMBRE-OCTOBRE 2006/ 2e SESSION
__Les rapports : la violence contre les femmes et sur la traite des êtres humains.
Le Conseil des droits de l'homme a procédé,
le 20 septembre 2006, à l'examen de rapports sur
la violence contre les femmes et sur la traite des êtres
humains.
Le rapport de Mme Yakin Erturk, Rapporteuse spéciale
sur la violence contre les femmes, ses causes et ses conséquences,
porte cette année sur "le critère de la
diligence due en tant que moyen de mettre un terme à la
violence contre les femmes", y compris le droit de vivre
une vie sans violence. L'obligation de diligence signifie que
les Etats ont le devoir de prendre des mesures positives pour
prévenir les actes de violence à l'égard
des femmes, les protéger de tels actes, en punir les auteurs
et offrir réparation aux victimes.
A ce jour cependant, l'application du critère de la
diligence due consiste simplement à réagir à
la violence au moment où elle se produit, sans tenir compte
le plus souvent de l'obligation de prendre des mesures de prévention
et d'accorder réparation, ni de la responsabilité
des acteurs non étatiques.
La Rapporteuse spéciale a ensuite rendu compte de ses
visites en Russie, en Iran, au Mexique, et
en Afghanistan. L'Afghanistan, l'Iran, le Mexique et la
Fédération de Russie sont intervenus en tant que
pays concernés.
Mme Sigma Huda, Rapporteuse spéciale sur la
question de la traite des êtres humains, en particulier
des femmes et des enfants, a rappelé que ce phénomène
est une violation fondamentale des droits de l'homme et qu'elle
suscite encore des problèmes aux ramifications nombreuses.
Mme Huda a consacré son rapport à la traite à
des fins sexuelles et en particulier au rôle des consommateurs
de services sexuels dans la création de la demande. Cette
demande, fondée sur des rapports de pouvoir mettant en
jeu des considérations de race, de nationalité,
de caste ou de couleur, correspond à une "forme très
sexualisée de racisme". Or, cette demande est l'un
des facteurs les moins bien étudiés dans le cadre
des politiques de lutte contre la traite des êtres humains.
La Bosnie-Herzégovine et le Liban sont intervenus en
tant que pays concernés.
LA PRESENTATION DES RAPPORTS
MME YAKIN ERTURK, Rapporteuse spéciale sur la violence
contre les femmes, ses causes et ses conséquences, a souligné les aspects-clefs de son rapport qui examine "le critère de la diligence due en tant que moyen de mettre un terme à la violence contre les femmes". Rappelant que l'obligation de diligence signifie que les Etats ont le devoir de prendre des mesures positives pour prévenir les actes de violence à l'égard des femmes, les protéger de tels actes, en punir les auteurs et offrir réparation aux victimes, elle a indiqué avoir observé deux lacunes graves dans la mise en uvre de ce principe. Elle a noté tout d'abord que le critère de la diligence due était essentiellement appliqué pour répondre à la violence au moment où elle se produit, mais rarement pour prévenir la violence.
Les causes conduisant à la violence, comme la discrimination
fondée sur le sexe ou des structures de pouvoir inégalitaires
ne sont pas mises en question fondamentalement, comme cela devrait
être le cas de la part de tout Etat qui souhaite honorer
ses obligations dans la lutte contre la violence à l'égard
des femmes. La Rapporteuse spéciale a d'autre part fait
remarquer que le principal défaut du critère de
la diligence due était que cette procédure était
par trop centrée sur l'Etat. À cet égard,
elle a insisté sur la nécessité de mettre
en place des normes universelles contraignantes et engageant également
la responsabilité des acteurs non-étatiques concernés.
Dans cette perspective, elle a recommandé le développement
et la mise en place de normes et critères transnationaux.
Mme Ertürk a indiqué qu'elle avait réalisé
en 2006 des missions en Turquie, en Suède et aux Pays-Bas,
dont elle rendra compte en 2007. Elle a ensuite rendu compte des
missions qu'elle a effetuées en 2005 en Fédération
de Russie, en Iran, au Mexique et en Afghanistan.
Evoquant sa visite en Fédération de Russie,
Mme Ertürk a notamment rendu compte de son séjour
dans le Nord-Caucase où elle a remarqué que l'impact
de la transition politique et économique s'était
fait ressentir de manière très négative et
disproportionnée sur les femmes. Elle a rappelé
par ailleurs que la Fédération de Russie n'avait
pas de cadre légal pour traiter de la violence dans les
ménages et que ce vide législatif empêche
une attention et une protection adéquate des femmes victimes
de violence. Elle a aussi exprimé sa préoccupation
à l'égard de la violence pratiquée à
l'encontre des femmes en Tchétchénie, et qui sont
le fait à la fois des autorités tchétchènes
et d'agents de sécurité. Elle a notamment mentionné
des actes de violence et d'intimidation commis par les autorités
tchétchènes à l'égard de femmes dont
on considère qu'elles ne suivent pas les us et coutumes.
Elle a aussi fait part de témoignages de disparition,
de viols et de tortures à l'encontre de femmes tchétchènes
commis par des agents de sécurité. Notant que
la Russie avait affirmé que ces actes n'étaient
pas de la responsabilité de l'Etat, elle a indiqué
que cela ne dégageait pas pour autant l'Etat de son obligation
de protéger ses citoyens avec diligence.
Concernant son voyage en Iran, elle a informé
le Conseil que l'inégalité entre les sexes était
un aspect marquant de la société iranienne et relevait
d'une interprétation restrictive des textes religieux.
Si les femmes iraniennes ont accès à l'éducation,
et dans une certaine mesure au travail et à la participation
politique, l'absence de cadre légal pour assurer leur protection
les prive de pouvoir réel et les rend vulnérables
à l'égard de la violence commise dans le cadre public
et privé. Elle a préconisé une réforme
urgente du système judiciaire afin de permettre l'accès
des femmes à la justice. Mme Ertürk a aussi demandé
à l'Iran qu'il respecte son moratoire sur les lapidations
jusqu'à la disparition de cette pratique.
La Rapporteuse spéciale a ensuite rapporté ses
observations faisant suite à son voyage au Mexique
où elle a constaté un degré de violence généralisée
dont les femmes migrantes, pauvres ou autochtones sont tout particulièrement
victimes. Si le pays a souscrit à une série de normes
internationales et est partie aux principaux instruments sur les
droits de l'homme, il n'en demeure pas moins qu'il doit prendre
des mesures radicales pour faire face à l'absence de coordination
entre le gouvernement central et celui des états. Elle
a mentionné la situation particulièrement préoccupante
qui prévaut dans l'état de Chihuhua, où plus
de 400 assassinats de femmes ont été répertoriés,
notant qu'une situation semblable est signalée dans le
sud du pays, à la frontière du Guatemala, où
plus de 1'000 femmes ont été assassinées.
S'agissant de sa mission en Afghanistan, la Rapporteuse
spéciale a relevé les changements importants auquel
ce pays faisait face, soulignant que la situation des femmes y
demeure dramatique. Crimes d'honneur, violence conjugale, mariages
forcés et précoces sont courants. Elle a signalé
que 185 femmes et jeunes filles ont été tuées
cette année par des membres de leur famille. Ces violences
sont rendues possibles par le système patriarcal en place
et aggravées par le contexte général de pauvreté
et d'insécurité. Elle a insisté sur le fait
que la prise en compte de la situation des femmes était
indispensable pour permettre une transition du conflit à
la paix, d'une économie de guerre à la reprise économique,
des déchirements de la société vers la réconciliation
nationale. Elle a recommandé la création d'abris
pour les femmes et les filles victimes de violence.
La Rapporteuse spéciale a souligné que sa mission
prévue en Algérie a été reportée au dernier moment à la demande du Gouvernement. Elle a aussi fait mention de la situation des femmes au Darfour, notant que les violences sexuelles contre les femmes se poursuivaient.
LE RAPPORT SUR LA VIOLENCE CONTRE LES FEMMES
Le rapport sur la violence contre les femmes, ses causes
et ses conséquences (E/CN.4/2006/61) donne un aperçu
des activités menées par la Rapporteuse spéciale
en 2005, de même qu'une analyse du critère de la
diligence due en tant que moyen de mettre un terme à la
violence contre les femmes. L'obligation de diligence signifie
que les Etats ont le devoir de prendre des mesures positives pour
prévenir les actes de violence à l'égard
des femmes, les protéger de tels actes, en punir les auteurs
et offrir réparation aux victimes. A ce jour cependant,
l'application du critère de la diligence due est plutôt
étatocentrique et consiste simplement à réagir
à la violence au moment où elle se produit, sans
tenir compte le plus souvent de l'obligation de prendre des mesures
de prévention et d'accorder réparation, ni de la
responsabilité des acteurs non étatiques.
Le rapport s'étend sur les potentialités du critère
de la diligence due; celles-ci résident dans une interprétation
nouvelle de l'obligation de prévenir les actes de violence,
de protéger les victimes, de poursuivre les auteurs et
d'offrir réparation, et dans l'élaboration des paramètres
permettant de définir la responsabilité tant de
l'Etat que des acteurs non étatiques face à la violence.
Ce que recouvre le critère de la diligence due variera
nécessairement selon le contexte national, la dynamique
interne, la nature des acteurs et la conjoncture internationale.
Le rapport rappelle que l'éradication de la violence
à l'égard des femmes et la réalisation des
droits de l'homme à l'échelle universelle, sont
un objectif commun et une obligation pour tous. Malgré
cela, dans la pratique, les mesures prises pour faire face à
la violence contre les femmes ont été fragmentaires,
sans lien aucun avec la question des droits et de l'égalité
des femmes. Toutefois les progrès réalisés
jusqu'ici, quoique inégaux, laissent penser qu'il est possible
de faire évoluer les modèles, les institutions et
les relations fondés sur l'oppression. Le rapport relève
qu'opérer des changements en profondeur n'est pas chose
aisée, surtout quand on sait à quel point le patriarcat
est ancré dans les murs. De tels changements ébranlent
en outre le sentiment de sécurité qu'apporte le
statu quo, quel que soit le degré d'oppression qui l'accompagne.
Ils ne vont pas non plus sans risques, mais ils recèlent
la possibilité de progresser vers une plus grande émancipation
pour tous.
Le rapport conclut que si nous continuons de repousser les
limites de la diligence due en exigeant des États qu'ils
respectent pleinement le droit international, et notamment qu'ils
s'attaquent aux causes de la violence à l'égard
des femmes, et qu'ils demandent aux acteurs non étatiques
de prendre leurs responsabilités face aux actes de violence
qu'ils commettent, nous nous acheminerons vers une conception
des droits de l'homme en accord avec nos aspirations qui tendent
vers l'édification d'un monde juste et sans violence.
L'additif 1 au rapport contient un aperçu des
allégations générales et individuelles, ainsi
que des appels urgents transmis aux gouvernements et des réponses
reçues.
Les rapports de la Rapporteuse spéciale concernant les visites qu'elle a effectuées en Fédération de Russie, en Iran, au Mexique et en Afghanistan figurent dans les additifs 2, 3, 4 et 5.
LA PRESENTATION DU RAPPORT SUR LA TRAITE DES HUMAINS
MME SIGMA HUDA, Rapporteuse spéciale sur la question
de la traite des êtres humains, en particulier des
femmes et des enfants, a rappelé que cette activité
est une violation fondamentale des droits de l'homme et qu'elle
suscite des problèmes aux nombreuses ramifications. Mme
Huda a précisé avoir consacré son rapport
à la traite à des fins sexuelles et en particulier
au rôle des consommateurs de services sexuels dans la création
de la demande. Cette demande, qui est souvent fondée sur
des rapports de pouvoir mettant en jeu des considérations
de race, de nationalité, de caste ou de couleur, correspond
à une "forme très sexualisée de racisme",
a expliqué Mme Huda. Or, cette demande est l'un des facteurs
les moins bien étudiés dans le cadre des politiques
de lutte contre la traite des êtres humains. Ces politiques
sont généralement axées sur la détection
et l'arrestation des trafiquants, ou sur la limitation des flux
de victimes par l'intermédiaire de campagnes d'éducation.
Ces mesures sont utiles mais insuffisantes, et il convient aussi
d'agir sur la demande, a fait valoir Mme Huda. Cette dernière
a estimé que la criminalisation des victimes de la prostitution
et de la traite doit être condamnée.
Au contraire, des mesures doivent être prises pour ne
pas vulnérabiliser davantage ces victimes et la Rapporteuse
spéciale a exposé un certain nombre de "bonnes
pratiques" appliquées à cet égard en
Suède, au Venezuela, en République de Corée.
Mme Huda a aussi estimé que la pratique montre qu'il est
contre-productif de distinguer entre la demande s'agissant des
victimes de la traite et de personnes prostituées, une
distinction très difficile à étayer. Certains
Etats comme la Norvège interdisent à leurs fonctionnaires
d'avoir recours à des services sexuels payants; les Nations
unies disposent d'un code de conduite qui interdit à son
personnel d'utiliser les services de personnes prostituées
ou se prostituant.
LE RAPPORT SUR LA TRAITE DES HUMAINS
Le rapport de la Rapporteuse spéciale sur les droits
fondamentaux des victimes de la traite des êtres humains,
en particulier les femmes et les enfants (E/CN.4/2006/62)
vise notamment à clarifier la définition de la traite
adoptée dans le Protocole additionnel à la Convention
des Nations unies contre la criminalité transnationale
organisée visant à prévenir, réprimer
et punir la traite des êtres humains, en particulier des
femmes et des enfants. La Rapporteuse spéciale souhaite
aussi dissiper un malentendu fréquent sur la nature d'une
"approche de la traite sous l'angle des droits de l'homme".
Certains milieux ont cru comprendre, à tort, qu'une approche
de la traite sous l'angle des droits de l'homme était quelque
peu incompatible avec le recours à la loi pénale
pour punir les consommateurs de services sexuels. Pour parvenir
à cette conclusion, il faut nécessairement prendre
pour hypothèse que les hommes ont le droit fondamental
d'avoir recours aux services de personnes prostituées.
Cette hypothèse est écartée par le rapport
: le recours à des personnes prostituées n'est
pas un droit fondamental des hommes.
Après avoir étudié les mesures d'action
adoptées par plusieurs Etats, la Rapporteuse constate que
si la criminalisation ne garantit pas qu'une activité cessera
d'exister, elle constitue sans nul doute un moyen clair et efficace
de décourager cette activité. Il est aussi vrai
que la légalisation de la prostitution a pour effet de
faire passer des atteintes aux droits de l'homme pour un simple
travail légitime, "occultant" ainsi certaines
atteintes commises au vu de tous. L'obligation de décourager
la demande a directement trait à l'obligation pour l'Etat
de s'engager dans un projet normatif condamnant la demande. La
Rapporteuse spéciale souligne à cet égard
que toute sanction pénale relative à l'industrie
du sexe à des fins commerciales ne devrait pas servir à
réprimer les femmes et les enfants victimes de la traite.
Les lois et politiques internes qui sanctionnent les femmes
et les enfants prostitués contribuent à les rendre
vulnérables et plus susceptibles de devenir victimes du
proxénétisme.
Dans son raport sur la mission qu'elle a effectuée
en Bosnie-Herzégovine en février 2005 (Add.2),
la Rapporteuse spéciale note que, dans le domaine de la
prévention et de la répression de la traite, la
situation dans le pays a considérablement évolué
depuis l'adoption du Plan d'action national. Bon nombre d'étrangères
en situation irrégulière ont quitté le pays,
de nombreux bars ont fermé leurs portes et plusieurs individus
impliqués dans la traite sont maintenant en prison. La
législation et le cadre institutionnel ont été
modifiés afin d'améliorer la lutte contre la traite,
l'application des lois, les contrôles à la frontière,
l'identification, l'aide aux victimes et la poursuite des coupables.
La Rapporteuse spéciale relève que l'ampleur
comme la nature de la traite ont évolué. Les
trafiquants ont adapté leur mode opératoire à
la stratégie globale de lutte contre la traite adoptée
par le gouvernement. Par conséquent, la Rapporteuse
spéciale juge que cette stratégie doit être
revue en permanence pour éviter qu'elle ne soit dépassée
par les nouvelles méthodes adoptées par les trafiquants.
En particulier, elle estime qu'il faut prêter davantage
attention au phénomène naissant de la traite à
l'intérieur du pays et revoir et adapter les mécanismes
mis en place pour lutter contre la traite et protéger les
victimes, afin qu'ils s'appliquent également aux nationaux
et comprennent des mesures destinées expressément
à protéger ces derniers. Il faudrait aussi adopter
des mesures pour combattre un autre phénomène naissant,
à savoir la traite de ressortissants bosniaques à
destination de pays tiers. Par ailleurs, il est impératif
de mettre en place des méthodes et des structures particulières
pour lutter contre la traite des enfants et pour leur accorder
la protection à laquelle ils ont droit au titre de la Convention
relative aux droits de l'enfant.
Le Liban (Add.3), où elle s'est rendue en février
2005, est un pays de transit et de destination pour les travailleurs
domestiques migrants, dont un nombre considérable font
l'objet d'un trafic à des fins d'exploitation. C'est aussi
un pays de destination et de transit pour les femmes étrangères
exploitées par l'industrie du sexe. A cela s'ajoute le
problème de la traite des enfants à destination
du Liban et sur le sol libanais.
La Rapporteuse spéciale appelle le Liban à prendre
quatre grands types de mesures: a) renforcer la coopération
nationale et internationale; b) réformer la législation
pour ériger en crime toutes les formes de traite humaine
et consolider le droit du travail; c) identifier, protéger
et rapatrier en toute sécurité les victimes de la
traite; et d) faire en sorte que soient effectivement poursuivis
les auteurs de ces actes et d'actes criminels apparentés.
Les pays d'origine doivent assurer une protection consulaire effective,
de préférence en vertu d'accords bilatéraux
conclus avec le Liban sur les migrations. La société
civile, notamment les organisations de défense des droits
de l'homme, les médias et les syndicats, ainsi que la communauté
internationale, doivent s'intéresser de plus près
à la situation des travailleurs migrants, des femmes étrangères
dans l'industrie du sexe et des enfants des rues.
LES DECLARATIONS DES PAYS CONCERNES
M. ASSAD OMER (Afghanistan) a rappelé que son
pays est en pleine reconstruction après plus de vingt années
de guerre et surtout cinq années d'obscurantisme. Le rapport
de Mme Erturk témoigne que l'Afghanistan est encore loin
de la réalisation des objectifs en faveur desquels le pays
est engagé. Il n'en demeure pas moins que la Constitution
fait une référence explicite à la Déclaration
universelle des droits de l'homme, a fait valoir le représentant.
Sur les 249 députés que compte le parlement national,
figurent 70 femmes, soit 27% du nombre total de députés,
a-t-il également souligné. La question des femmes
fait partie des priorités de la politique de développement
mise en place en Afghanistan, a insisté le représentant
afghan.
On ne saurait ignorer que les femmes sont les premières
victimes de l'insécurité, de la pauvreté,
de la malnutrition et du taux élevé de la mortalité
maternelle, a poursuivi le représentant. Faisant face à
une insécurité grandissante due aux attaques de
terroristes venus de l'extérieur, l'Afghanistan parvient
tout de même, avec l'aide internationale, à encourager
les femmes à reprendre la place qui leur est due dans la
société afghane. Depuis la libération du
pays, le pourcentage de fréquentation scolaire des jeunes
filles ne cesse de croître, a fait valoir le représentant;
cet accroissement est autant visible dans les zones urbaines que
dans les zones rurales.
M. ALI REZA MOAYERI (Iran) a exprimé la
gratitude de son gouvernement pour la visite de Mme Yakin Ertürk
dans son pays, estimant que le rapport produit par l'experte conduira
à une meilleure compréhension de la situation et
de la promotion de la femme en Iran. Cependant personne n'est
parfait et des progrès dans ces domaines sont toujours
possibles, a reconnu le représentant, estimant qu'il ne
fallait pas réduire les rapports à de simples déclarations
politiques et que les organisations non gouvernementales ont un
rôle important à jouer dans la prise en compte de
ces problèmes. Quant aux crimes dits d'honneur, ils
sont un phénomène qui ne touche pas que l'Iran,
a rappelé son représentant, évoquant les
mesures prises pour réduire le nombre de cas recensés.
Le mariage précoce est devenu une pratique inacceptable
dans le système juridique iranien. Pour le prévenir
complètement, des mesures doivent encore être prises
dans certaines zones rurales du pays, a admis le représentant.
Il a enfin observé que les problèmes de genre doivent
être abordés sous l'angle du multiculturalisme et
de la diversité.
M. PABLO MACEDO (Mexique) a rappelé que
le gouvernement mexicain avait répondu par écrit
aux recommandations de la Rapporteuse spéciale. Il a reconnu
que malgré les mesures prises par le Gouvernement fédéral
et les gouvernements de Etats, de nombreux progrès restaient
à faire. Énumérant une série d'initiatives
qui ont été mises en place depuis la visite de la
Rapporteuse spéciale, il a notamment mentionné l'établissement
d'un Bureau chargé d'enquêter sur les délits
et les violences commis à l'égard des femmes. Cette
instance était en outre chargée de la coordination
des activités et de la collaboration avec les gouvernements
régionaux. Il a aussi indiqué que le Procureur de
la République avait récemment rendu un rapport sur
les violences commises contre les femmes dans l'État de
Chihuahua. Une base de données génétiques
a été mise en place pour établir un registre
des données biologiques des femmes disparues ou assassinées.
Le représentant mexicain a aussi mentionné un projet d'information géographique et statistique contribuant à répertorier les informations sur les violences commises contre les femmes dans tout le pays. En août 2006, a-t-il ajouté, la Commission pour le développement des peuples autochtones a mis en place un programme pour prévenir la violence familiale et conjugale chez les populations autochtones. Il a reconnu que ces mesures prendraient effet à long terme.
MME VALERY LOSHCHININ (Fédération de
Russie) a déclaré que le rapport de la Rapporteuse
spéciale sur la violence contre les femmes sur sa mission
en Fédération de Russie est émaillé
de préjugés et donne l'impression qu'il y aurait
presque une violence d'Etat contre les femmes en Fédération
de Russie. Ceux qui connaissent le rôle joué
par les femmes russes dans la vie et la société
russes savent à quoi s'en tenir. Les femmes représentent
56% de la population de la Fédération de Russie.
Quarante pour cent des petites et moyennes entreprises dans le
pays sont dirigées par des femmes. Elles constituent 70%
des fonctionnaires de l'Etat et 60% des juges. Le nombre de femmes
dans les forces armées et les forces de police est de plus
en plus important, a insisté la représentante russe.
Bien entendu, des problèmes subsistent, notamment
pour ce qui a trait à la criminalité violente et
à la persistance dans certaines familles de violence à
l'égard des femmes. Mais, pour faire face à
ce problème, la Fédération de Russie a adopté
les dispositions nécessaires dans la législation
générale et c'est ce qui explique qu'il n'y ait
pas de disposition séparée, dans la loi pénale,
traitant de la question de la violence contre les femmes, ce qui
ne signifie pas qu'il n'y ait pas de mesures prises pour protéger
les femmes, a indiqué la représentante russe.
M. SAMIR RIZVO (Bosnie-Herzégovine) s'est félicité du rapport de Mme Huda, dans lequel la Rapporteuse spéciale fait notamment état de la coopération des autorités de son pays. Le rapport mentionne également que la situation de la lutte contre la traite des femmes a évolué dans le bon sens, de nombreux coupables ayant été sanctionnés et des mesures de soutien mises en place à l'intention des victimes, comme des programmes de protection des témoins. Mais ce phénomène n'est pas encore maîtrisé, a reconnu le représentant, soulignant notamment que le cadre juridique et le domaine de l'application des lois devant encore être renforcés. La lutte contre la traite des êtres humains est une priorité du Gouvernement, qui uvre au renforcement de ses capacités d'action institutionnelle. La communauté internationale doit maintenir ses efforts pour aider la Bosnie-Herzégovine à enrayer ce fléau. La Bosnie-Herzégovine ne ménagera pas ses faibles moyens pour contribuer à cette action.
Le représentant a par ailleurs observé que certaines
recommandations du rapport ne prennent pas en compte les difficiles
conditions économiques et politiques que connaît
la Bosnie-Herzégovine (chômage, pauvreté et
situation politique complexe). Ces recommandations seront par
conséquent difficilement applicables dans les court et
moyen termes, a dit le représentant, espérant qu'elles
seront appliquées ultérieurement, à mesure
que la situation générale du pays ira s'améliorant.
M. GEBRAN SOUFAN (Liban) a indiqué que
le Liban ne se formalisait aucunement des critiques et remarques
le concernant dans le rapport de la Rapporteuse spéciale
sur la traite des êtres humains, mais accueillait au contraire
avec gratitude ses recommandations. Celles-ci, a-t-il affirmé
permettent de poser le cadre de travail pour l'élaboration
de mesures visant à remédier, notamment, aux problèmes
relatifs aux migrants employés comme travailleurs domestiques.
Il a souligné que la possibilité d'obtenir de meilleurs
résultats dépendra aussi des ressources dont disposera
le Liban, et de l'appui de la communauté internationale.
Il a conclu en affirmant que la culture des droits de l'homme
était profondément enracinée dans le pays.
LES COMMENTAIRES DES RAPPORTEURS
MME YAKIN ERTÜRK, Rapporteuse spéciale sur la
violences contre les femmes, a souligné l'utilité
de la discussion qui a eu lieu sur les violences contre les femmes
et remercié ceux qui ont directement réagi à
ses rapports par des remarques particulièrement constructives.
Elle a regretté la manière dont la Russie a reçu
son rapport, estimant que la volonté de comprendre son
rapport de manière erronée ne contribuait pas à
améliorer la situation des femmes en Russie; elle a invité,
à cet égard, la Russie à discuter
avec elle des points qu'elle juge litigieux ou incorrects. Elle
a aussi rappelé que les chiffres qu'elle donne s'appuient
sur les statistiques officielles; si ces chiffres devaient se
révéler incorrects, elle est disposée à
les rectifier et à en parler.
Mme Ertürk a par ailleurs présenté ses excuses
au gouvernement de l'Australie pour avoir donné l'impression que la citation, incluse dans le paragraphe 91 de son rapport, lui était imputée. Le Rapporteuse a indiqué que son prochain rapport thématique porterait sur le relativisme culturel, un point qui a soulevé
l'attention et l'intérêt de plusieurs pays. Se référant
à sa recommandation de rendre attentifs à leurs
responsabilités d'autres acteurs que les Etats, elle a
expliqué que si la responsabilité de veiller au
respect des droits de l'homme incombe certes à l'Etat,
dans le contexte de globalisation actuel, d'autres acteurs entrent
en jeu en relation avec les violences contre les femmes et il
convient de les prendre en compte. Elle a insisté, encore
une fois, sur la nécessité d'agir au niveau de la
prévention; la violence contre les femmes fait partie de
processus; c'est là qu'il faut agir et ne pas renoncer
devant les positions sociétales, a-t-elle dit.
MME SIGMA HUDA, Rapporteuse spéciale sur la
traite des êtres humains, en particulier des femmes et des
enfants, a remercié les pays qui l'ont autorisée
à leur rendre visite et estimé en particulier que
sa mission au Liban a été particulièrement
fructueuse. Concernant une question du Costa Rica, Mme
Huda a estimé que le contrôle de la criminalité
sur l'Internet doit notamment passer par une législation
nationale destinée à sanctionner les délinquants.
Par ailleurs, la centralisation des efforts des experts des Nations
unies passe par des visites communes, comme elle a pu en faire
l'expérience en Thaïlande. La diminution de
la demande nationale et l'aide aux victimes sont des sujets qui
demandent une réflexion approfondie, a souligné
la Rapporteuse spéciale, estimant qu'il pourrait être
utile en particulier de revoir les modalités d'extradition
et de parvenir à des arrangements avec des Etats tiers
accueillant les personnes convaincues de crimes dans d'autres
Etats.
La Rapporteuse a aussi remercié les organisations non
gouvernementales pour leur collaboration, notamment dans le domaine
de la mise é disposition de foyers pour femmes victimes.
Mme Huda a estimé que la criminalisation des clients de
la prostitution contribue à encourager les victimes à
demander une aide sociale et surtout à déposer des
plaintes pénales. Des campagnes d'éducation sont
dans tous les cas nécessaires. A la question de savoir
si la légalisation de la prostitution serait efficace pour
éradiquer la traite des femmes, la Rapporteuse a fait valoir
que cela ne serait probablement pas le cas. Elle a enfin précisé
qu'elle comptait à l'avenir aborder d'autres problèmes
dans ses rapports, comme par exemple celui de la traite des
jeunes filles dans le contexte des mariages forcés.
Source : Nations unies, Genève, septembre 2006.
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