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CONSEIL DES DROITS DE L'HOMME, SEPTEMBRE-OCTOBRE 2006/ 2e SESSION
__Les rapports : liberté de religion et de conviction
Le Conseil des droits de l'homme a examiné, le
21 septembre 2006, un rapport consacré à
la liberté de religion et de conviction.
La Rapporteuse spéciale sur la liberté de religion
ou de conviction, Mme Asma Jahangir, a pu constater que
le droit à la liberté de religion ou de conviction
est souvent violé. Elle a porté son attention cette
année sur la question du port ostentatoire de symboles
religieux, constatant que, si dans diverses régions
du monde, on empêche de nombreux individus de s'identifier
par le port ostentatoire de symboles religieux, dans certains
pays, on demande au contraire aux gens de s'identifier en public
en exhibant des symboles, y compris des vêtements religieux.
Toute limitation du droit d'un individu d'exhiber ou de porter
des symboles religieux ne peut être basée que sur
des motifs de sûreté, d'ordre, de santé ou
de morale publics ou sur les droits et libertés fondamentales
d'autrui.
Mme Jahangir souligne par ailleurs qu'il existe des exemples
remarquables où des dialogues et d'intenses négociations
ont permis de contribuer à la prévention de la violence
entre groupes religieux, et a mis l'accent sur la nécessité
de l'éducation pour contrer l'intolérance religieuse.
Le Nigéria, la France, le Sri Lanka,
l'Azerbaïdjan, sont intervenus à titre de pays concernés.
LA PRESENTATION DU RAPPORT
MME ASMA JAHANGIR, Rapporteuse spéciale sur la liberté de religion ou de conviction, a souligné que dans le climat actuel de défiance à l'égard de l'universalité des droits de l'homme, les efforts visant à accroître la sensibilisation aux droits de l'homme ainsi que le respect de ces droits sont plus importants que jamais. Insistant sur le caractère intrinsèquement sensible de son mandat, elle a fait observer que, depuis les attaques du 11 septembre 2001, les tensions et les sensibilités concernant les
questions relatives à la religion et à la croyance
se sont exacerbées.
Mme Jahangir a indiqué qu'à l'issue de ses visites
dans différents pays, et sur la base des allégations
qu'elle a reçues, elle est en mesure d'affirmer que, de
toute évidence, le droit à la liberté de
religion ou de croyance est souvent violé; il est apparent
que l'on rechigne à protéger ce droit. La Rapporteuse
spéciale a souligné que dans son rapport au Conseil,
elle s'est concentrée sur le débat entourant
les symboles religieux. Dans diverses parties du monde, on
empêche les individus de s'identifier en portant des symboles
religieux, alors que dans certains pays, il est au contraire demandé
aux individus de s'identifier en exhibant des symboles religieux,
notamment des vêtements religieux en public. Exhiber ou
porter des symboles religieux fait partie de la manifestation
de la liberté de religion ou de croyance, a déclaré
Mme Jahangir.
Aussi, a-t-elle affirmé, toute limitation du droit
d'un individu d'exhiber ou de porter des symboles religieux ne
peut être fondée que sur des motifs de sûreté,
d'ordre, de santé ou de morale publics ou sur les droits
et libertés fondamentales d'autrui. En outre, a poursuivi la Rapporteuse spéciale, les lois limitant le droit d'exhiber ou de porter des symboles religieux devraient être proportionnelles aux buts spécifiques qu'elles cherchent à atteindre. À cet égard, a ajouté Mme Jahangir, il est important de souligner que les attitudes morales publiques devraient refléter une vue pluraliste de la société et non pas une seule culture ou religion.
Des atrocités continuent d'être commises contre
des communautés de religion ou de croyance, y compris au
nom de la religion, a poursuivi Mme Jahangir. Les dirigeants
politiques doivent rester neutres et s'engager collectivement
et ouvertement à combattre l'intolérance religieuse,
a-t-elle souligné. Il existe des exemples remarquables
où des dialogues et d'intenses négociations ont
permis de contribuer à la prévention de la violence
et à la cessation des hostilités, a fait valoir
la Rapporteuse spéciale. Elle a mis l'accent sur la
nécessité de l'éducation pour contrer l'intolérance
religieuse, faisant observer que le manque d'éducation
est souvent identifié comme étant l'une des causes
profondes de l'intolérance religieuse. Il est important
de souligner que c'est plus spécifiquement l'éducation
aux droits de l'homme - et non pas simplement l'éducation
en tant que telle - qui peut jouer un rôle crucial pour
favoriser l'harmonie religieuse. Mme Jahangir a fait observer
que, dans nombre de pays qu'elle a visités, elle a pris
note de la volonté de nombre de ses interlocuteurs de lier
l'intolérance religieuse à l'illettrisme, voire
à la pauvreté.
Mme Jahangir a indiqué avoir effectué, durant
la période couverte par son rapport, des visites au
Nigéria, au Sri Lanka et en France. Elle a également
indiqué avoir effectué dans le courant de cette
année des visites en Azerbaïdjan (26 février-5
mars 2006) et aux Maldives (6-9 août), deux visites au sujet
desquelles elle entend présenter des rapports à
une future session du Conseil.
En attendant la publication ce ces rapports, Mme Jahangir a
pris note de l'accession des Maldives au Pacte international relatif
aux droits civils et politiques et au Pacte international relatifs
aux droits économiques, sociaux et culturels. Elle a félicité
le gouvernement des Maldives d'avoir pris cette mesure importante
mais a regretté que le pays ait jugé nécessaire
d'émettre une réserve à l'égard de
l'article 18 du Pacte international relatif aux droits civils
et politiques concernant la liberté de religion ou de croyance;
aussi, a-t-elle exprimé l'espoir que le gouvernement prendrait
des mesures afin de lever cette réserve dès que
possible.
S'agissant de la visite qu'elle a effectuée au Nigéria,
Mme Jahangir a notamment indiqué avoir reçu un certain
nombre de plaintes concernant des émeutes violentes et
autres attaques en plusieurs endroits du pays. Ces violences avaient
plusieurs causes, notamment des facteurs politiques, économiques
et ethniques; toutefois, dans la plupart des cas, la violence
suivait des lignes religieuses, a indiqué la Rapporteuse
spéciale. Les croyances religieuses ne constituent pas
seulement une question très sensible au Nigéria;
elles fournissent également un moyen relativement facile
et simple d'identifier un opposant, a-t-elle poursuivi. Elle a
affirmé que l'aspect le plus frappant de la violence résidait
dans la réponse que les autorités y apportaient.
En effet, a précisé Mme Jahangir, selon la majorité
des informations reçues, aucune enquête ni aucun
effort n'était mené afin de poursuivre les délinquants.
L'introduction de la loi islamique dans les affaires pénales
dans douze Etats nigérians a polarisé la population
suivant des lignes religieuses, a poursuivi Mme Jahangir.
Une caractéristique commune de ces lois religieuses - argument
souvent utilisé pour les soutenir - est qu'elles ne sont
applicables qu'aux seuls musulmans, a-t-elle souligné.
Un événement particulièrement alarmant concernant
l'application de ces lois a été l'institutionnalisation
des organes d'application connus sous le nom de Hisbah,
composés de jeunes civils non formés et dont le
rôle est d'appliquer la loi de la charia telle qu'ils la
comprennent, a poursuivi Mme Jahangir. Leurs activités
se sont soldées par un certain nombre d'actes violents,
arbitraires et illégaux, en particulier à l'encontre de femmes non musulmanes, équivalant dans de nombreux cas à des violations des droits de l'homme. Mme Jahangir s'est dite particulièrement troublée par les informations selon lesquelles des membres des communautés chrétienne et musulmane sont en train de s'armer, soit à des fins défensives, soit dans un but d'agression future.
En ce qui concerne la visite qu'elle a effectuée
à Sri Lanka en mai 2005, Mme Jahangir a notamment rappelé
que cette mission visait à évaluer les informations
faisant état d'attaques contre certains groupes religieux
ainsi que de conversions abusives. Ces allégations ont
entraîné l'introduction de projets de lois pénalisant
certains actes visant à convertir un individu à
une autre religion, a indiqué la Rapporteuse spéciale.
Sri Lanka est un pays ayant un degré élevé
de tolérance et une histoire d'harmonie religieuse, a-t-elle
rappelé. En outre, a-t-elle ajouté, le gouvernement
respecte généralement la liberté de religion
et de croyance et est jusqu'ici resté neutre vis-à-vis
des différentes communautés religieuses présentes
sur son territoire. Bien qu'il y avait déjà à
Sri Lanka des préoccupations concernant des conversions
abusives avant le raz-de-marée de décembre 2004,
ces préoccupations se sont accentuées suite aux
allégations selon lesquelles certains groupes utiliseraient
la fourniture de l'aide humanitaire pour forcer la population
à se convertir, a indiqué Mme Jahangir.
S'agissant de sa visite en France, effectuée du 19
au 29 septembre 2005, Mme Jahangir a indiqué avoir
conclu que, si la France respecte généralement le
droit à la liberté de religion ou de conviction,
un certain nombre de sujets de préoccupations subsistent.
La Rapporteuse spéciale s'est en particulier dite préoccupée
par la loi 2004-228 sur le port de signes religieux ostentatoires
dans les écoles publiques. Cette loi, qui a largement
été soutenue par l'appareil politique, ainsi que
par une vaste portion de la population, avait pour vocation de
s'appliquer de manière égale à toutes les
personnes; néanmoins, dans la pratique, elle affecte essentiellement
certaines minorités religieuses et en particulier les personnes
appartenant à la foi musulmane.
En outre, a ajouté Mme Jahangir, le vaste soutien politique
en faveur de cette loi a envoyé un message démoralisant
aux minorités religieuses en France. Mme Jahangir a par
ailleurs indiqué avoir reçu un certain nombre d'informations
concernant des actes de violence et d'intolérance religieuse
à l'encontre des membres de communautés religieuses,
en particulier des juifs et des musulmans. Elle s'est félicitée
que le gouvernement français prend ces actes très
au sérieux et en sous-estime rarement l'importance, a déclaré
Mme Jahangir.
La Rapporteuse spéciale a par ailleurs indiqué
qu'elle entreprendrait une mission au Tadjikistan au début de l'année 2007.
LE RAPPORT
Dans son rapport sur la liberté de religion ou de
conviction (E/CN.4/2006/5 et Add.1 à 4), la Rapporteuse
spéciale note avec préoccupation que, pour beaucoup
de personnes dans le monde, la liberté de religion ou de
conviction n'est pas une réalité. L'augmentation
du nombre de pays n'adressant pas d'invitation pour des visites
in situ suscite de réelles inquiétudes, souligne
le rapport. Cette tendance est particulièrement préoccupante
dans la mesure où les pays concernés sont ceux pour
lesquels la Rapporteuse spéciale a reçu des allégations
substantielles concernant des violations du droit à la
liberté de religion ou de conviction. A cet égard,
la Rapporteuse spéciale réitère son soutien
à un mécanisme permettant de gérer de façon
adéquate la situation des pays qui omettent régulièrement
de coopérer dans le cadre des procédures spéciales.
Elle encourage les Etats et les autres acteurs à examiner
cette question dans le contexte des efforts relatifs à
la réforme des Nations unies. Elle leur demande spécialement
d'envisager de faire barrage aux Etats qui ne coopèrent
pas avec les titulaires de mandat au titre des procédures
spéciales lors de l'examen de leur candidature pour siéger
au nouveau Conseil.
La Rapporteuse spéciale a défini un ensemble
de critères généraux sur les symboles religieux,
notamment des "indicateurs neutres" et des "indicateurs
préoccupants" afin de donner des lignes directrices
en ce qui concerne les normes relatives aux droits de l'homme
applicables et leur portée. Elle voudrait souligner qu'il
ne peut être imposé de restrictions à des
fins discriminatoires ni de façon discriminatoire. Les
restrictions doivent être en rapport direct avec l'objectif
spécifique qui les inspire et proportionnées à
celui-ci. C'est sur l'Etat que repose la charge de justifier
une restriction à la liberté de manifester sa religion
ou sa conviction. La mesure choisie doit promouvoir la tolérance
religieuse et éviter de stigmatiser une communauté
religieuse en particulier.
Enfin, les principes du bien-fondé et de la juste proportion de la mesure doivent être parfaitement respectés par l'administration et pendant le contrôle juridictionnel le cas échéant. Pendant la période considérée, la Rapporteuse spéciale a continué de recevoir des informations sur des cas ou des situations de personnes ayant délibérément porté atteinte à la religion d'autres personnes. Elle reconnaît que, dans beaucoup de ces cas, les déclarations ou autres formes d'expression peuvent avoir été la manifestation de l'exercice du droit à la liberté d'expression. Toutefois, elle s'inquiète du fait que ces formes d'expression peuvent révéler parfois un manque de tolérance à l'égard de la religion d'autrui, qui peut constituer une menace pour la paix confessionnelle de la société dans la mesure où il repose souvent sur des stéréotypes et peut favoriser une polarisation plus grande. Elle prévoit de développer davantage cet aspect de son mandat dans ses activités à venir.
Le résumé des communications envoyées par la Rapporteuse spéciale du 12 novembre 2004 au 30 novembre 2005 et les réponses reçues des gouvernements avant le 30 janvier 2006 figurent dans l'additif 1 du rapport. Les additifs 2 à 4 sont les rapports sur les visites dans les pays, respectivement au Nigéria, à Sri Lanka et en France.
En ce qui concerne le Nigéria (Add.2), où
elle s'est rendue du 27 février au 7 mars 2005, la Rapporteuse
spéciale a noté que les tensions et l'incompréhension
entre les communautés musulmane et chrétienne, qui
avaient été jusque-là contenues et limitées
à certaines régions, s'étaient aggravées
ces dernières années. En particulier, l'adoption
d'une législation pénale fondée sur la charia
par un certain nombre d'États du Nord depuis 1999 a provoqué
des réactions négatives parmi les membres des communautés
non musulmanes, même si seuls les musulmans sont soumis
à ces dispositions légales. En outre, même
si ces tensions s'expliquent aussi par des facteurs économiques,
politiques et autres, elles se sont souvent polarisées
sur les questions religieuses. Pour ces raisons, la Rapporteuse
spéciale est d'avis que la jouissance du droit à
la liberté de religion ou de conviction n'est pas suffisamment
assurée. Elle craint de surcroît que l'aggravation des tensions religieuses entrave plus encore la jouissance de ce droit au sein de la population nigériane.
En ce qui concerne Sri Lanka (Add.3) où elle
s'est rendue du 2 au 12 mai 2005, la Rapporteuse spéciale
indique avoir chercher à y évaluer la situation
en ce qui concerne la liberté de religion ou de conviction,
compte tenu notamment d'informations récentes faisant état
d'attaques contre certains groupes religieux, d'allégations
de conversions abusives et de la présentation de projets
de loi criminalisant certains actes visant à convertir
autrui à une autre religion. Elle condamne les attaques
perpétrées contre des membres des minorités
chrétiennes et critique l'attitude passive du gouvernement;
elle exhorte ce dernier à prendre des mesures systématiques,
notamment par l'intermédiaire de l'appareil judiciaire,
pour faire cesser ces attaques. De plus, relevant que certains
groupes religieux ont recours à des méthodes inappropriées
pour persuader des personnes de changer de religion, la Rapporteuse
spéciale demande à ces groupes de respecter la religion
d'autrui et de ne pas recourir à des formes agressives
de prosélytisme, qui pourraient perturber l'harmonie religieuse
et exacerber les tensions. Elle met cependant en garde contre
l'adoption de projets de lois qui criminaliseraient certains
actes visant à convertir autrui à une autre religion, parce que leur application conduirait à des violations des droits de l'homme et qu'ils ne constituent pas une réponse adaptée aux tensions religieuses actuelles.
S'agissant de la France (Add.4), où elle a
effectué une mission du 18 au 29 septembre 2005, la Rapporteuse
spéciale souligne que le gouvernement français
respecte de façon générale le droit à
la liberté de religion ou de conviction, tel qu'il
est protégé par les instruments internationaux pertinents,
mais qu'il existe toutefois certaines zones d'ombre. Tout en reconnaissant
que l'organisation d'une société selon le principe
de la séparation des Eglises et de l'Etat garantit le droit
fondamental à la liberté de religion ou de conviction,
la Rapporteuse spéciale déplore que, dans certaines
circonstances, une interprétation sélective et une
application rigide de ce principe aient conduit à sacrifier
le droit susmentionné. Elle se félicite néanmoins
du débat qui se déroule actuellement au sein de
la société française au sujet de la loi de
1905 concernant la séparation des Eglises et de l'Etat
et estime qu'une évaluation approfondie de son application
dans le contexte actuel, marqué par une diversification
accrue des religions, est un processus nécessaire dans
une société démocratique fondée sur
l'état de droit.
Concernant la question des sectes, terme qui désigne
des groupes organisés autour d'un culte mais aussi de nouveaux
mouvements religieux ou de nouvelles communautés de conviction,
la Rapporteuse spéciale est d'avis que la politique du
Gouvernement a peut-être contribué au climat de suspicion
générale à l'égard des communautés
inscrites sur une liste qui a été dressée
suite à un rapport parlementaire, et qu'elle a porté
atteinte au droit à la liberté de religion ou de
conviction de certains membres de ces communautés ou groupes.
Toutefois, elle a observé que depuis quelques années
les autorités françaises abordaient de manière
plus équilibrée ce phénomène et avaient
ajusté leur politique, transformant notamment la Mission
interministérielle de lutte contre les sectes (MILS) en
Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre
les dérives sectaires (MIVILUDES).
La Rapporteuse spéciale estime que la loi de 2004 sur le port de signes religieux ostensibles dans les écoles publiques se justifie dans la mesure où elle a vocation, conformément au principe de l'intérêt supérieur de l'enfant, à protéger l'autonomie des mineurs qui risquent d'être pressés de porter un voile ou un autre signe religieux, ou d'y être contraints. Cependant, cette loi prive de leurs droits les mineurs qui ont choisi en toute liberté de porter un signe religieux à l'école par conviction religieuse. De plus, l'application de cette loi par les établissements d'enseignement a conduit, dans de nombreux cas, à des abus qui ont provoqué des humiliations, particulièrement chez de jeunes musulmanes. Par ailleurs, la stigmatisation du voile a provoqué des actes d'intolérance religieuse à l'égard des femmes qui le portent hors de l'école, à l'université ou sur le lieu de travail.
LES DECLARATIONS DES PAYS CONCERNES
M. JOSEPH U. AYALOGU (Nigéria) a déclaré
que le droit à la liberté religieuse, qui est fondamental,
doit être inscrit dans les constitutions nationales. La
Rapporteuse spéciale sur la liberté de religion
estime, dans son rapport, que le niveau de tolérance religieuse
est insuffisant au Nigéria, mais ne précise pas
sur quels critères elle fonde son jugement, a déploré
le représentant. Ce dernier a estimé au contraire
que son Gouvernement n'interférait en rien avec la liberté
religieuse de ses citoyens. Au contraire, il aide les communautés
religieuses, notamment sur le plan financier, une assistance qui
devrait être perçue comme un encouragement à
la liberté religieuse. Quant à la charia, elle
fait partie intégrante de la Constitution et du système
juridique, ce qui témoigne du respect de la liberté
de religion. Une certaine inquiétude subsiste quant à l'évolution de la situation concernant les tensions religieuses, comme l'a relevé la Rapporteuse spéciale, dont les recommandations seront prises en compte par le gouvernement lors de la préparation des politiques destinées à renforcer encore la liberté de religion au Nigéria, a conclu le représentant.
M. SUMDHA EKANAYAKE (Sri Lanka) a souligné que sa délégation appréciait les commentaires de la Rapporteuse spéciale sur la liberté de religion et de conviction, Mme Asma Jahangir, concernant le degré de tolérance élevé et l'harmonie religieuse qui prévalent à Sri Lanka. Sri Lanka apprécie également les commentaires de la Rapporteuse spéciale qui a souligné que le gouvernement sri-lankais restait neutre vis-à-vis des différentes communautés religieuses présentes sur son territoire. La Constitution sri-lankaise garantit à chacun le droit de choisir sa religion ou sa croyance, a insisté le représentant. Il a assuré que son pays restait conscient de la nécessité de rester vigilant s'agissant de questions aussi sensibles. Aucun incident d'attaque contre des lieux de culte n'a été porté à l'attention du gouvernement cette année, a fait valoir le représentant sri-lankais. Sri Lanka entend poursuivre son dialogue constructif avec la Rapporteuse spéciale afin de promouvoir l'harmonie religieuse dans le pays.
M. JEAN-MAURICE RIPERT (France), soulignant que
la France soutenait pleinement les procédures spéciales
sur des questions thématiques particulières, a rappelé
que la liberté de religion en France était intimement
liée au principe de laïcité de la République.
S'agissant de la loi sur les signes religieux dans les écoles
publiques françaises, elle repose sur le principe selon
lequel la liberté d'expression des croyances ne peut
trouver de limites que dans la liberté d'autrui, y compris
la liberté de conviction.
Evoquant la crise des banlieues qu'a récemment connu son pays, le représentant français a insisté sur le fait que le lien établi par le rapport entre les banlieues et les populations musulmanes relevait d'une vision simplificatrice et ne tenait pas compte des difficultés socio-économiques auxquelles peuvent être confrontées les personnes vivant dans certains quartiers. Il a par ailleurs informé le Rapporteur spécial que le texte établissant la liste des sectes dangereuses été supprimé.
M. ELCHIN AMIRBAYOV (Azerbaïdjan) a déclaré que son pays se félicitait de la visite de la Rapporteuse spéciale sur la liberté religieuse et qu'il accordait la plus grande importance à la liberté religieuse. L'Azerbaïdjan, dont la population est essentiellement musulmane, est fier que, durant toute son histoire, les différentes communautés religieuses aient toujours su vivre dans l'harmonie et la paix, a dit le représentant. Des problèmes subsistent naturellement et le gouvernement est engagé à éprendre des mesures sérieuses qui tiendront compte des remarques et recommandations formulées par Mme Jahangir dans son rapport, a assuré le représentant.
LES COMMENTAIRES DU RAPPORTEUR
MME ASMA JAHANGIR a précisé, s'agissant de la
question des objecteurs de conscience, qu'un rapport du Haut
Commissariat avait été préparé sur
ce sujet et serait présenté au Conseil cette année.
Elle a notamment souligné que, pour que le droit à
l'objection soit reconnu, il fallait une législation
qui admette que tout un chacun peut refuser un service militaire
armé, et cela non seulement pour des motifs religieux.
A propos des questions relatives au dialogue interreligieux et intergouvernemental, elle a cité à titre d'exemple de réussite le Nigéria, Sri Lanka et l'Azerbaïdjan.
Source : Nations unies, Genève, septembre 2006.
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