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CONSEIL DES DROITS DE L'HOMME, SEPTEMBRE-OCTOBRE 2006/ 2e SESSION
__Les rapports : liberté d'expression et d'opinion
Le Conseil des droits de l'homme a examiné, le
21 septembre 2006, un rapport consacré à
la liberté d'expression et d'opinion.
Le Rapporteur spécial sur le droit à la liberté
d'opinion et d'expression, M. Ambeyi Ligabo, a rappelé
que l'objet de son mandat constitue l'un des piliers essentiels
d'une société libre et démocratique et contribue
à une meilleure compréhension et au dialogue entre
les cultures. Une information pluraliste, a-t-il dit, ne peut
toutefois intervenir que lorsque la protection et la sécurité
des professionnels des médias sont assurées.
Il a constaté avec regret que les violations à
la liberté d'opinion et d'expression demeuraient monnaie
courante dans de nombreux pays. Il a aussi recommandé
aux gouvernements de prendre rapidement en compte le rôle
des nouvelles technologies dans ce domaine et de formuler des
lois et réglementations qui leur soient adaptées.
Le Rapporteur spécial a rendu compte de sa mission au
Danemark, ainsi que de celle qu'il a effectuée en
Tunisie à l'occasion du Sommet mondial sur la société
de l'information.
LA PRESENTATION DU RAPPORT
M. AMBEYI LIGABO a rappelé que la liberté
d'opinion et d'expression constitue l'un des piliers essentiels
d'une société libre et démocratique et
contribue à une meilleure compréhension et dialogues
entre les cultures. Il a constaté avec regret que les violations
à la liberté d'opinion et d'expression demeuraient
monnaie courante dans de nombreux pays. Il a recommandé
aux gouvernements de prendre rapidement en compte les nouvelles
technologies et de formuler des lois et règlements qui
leur soient adaptées._Une information pluraliste, a
souligné le Rapporteur spécial, ne peut intervenir
que lorsque la protection et la sécurité des professionnels
des médias sont assurées. Les États ont
la responsabilité de garantir cette sécurité
en apportant leur soutien et protection aux journalistes et en
poursuivant les crimes commis contre eux. Il a informé
le Conseil que, depuis le début de l'année, 84 professionnels
des médias ont été tués dans le cadre
de leur travail, la situation étant particulièrement
préoccupante en Asie et en Amérique latine et tout
à fait alarmante au Moyen-Orient.
M. Ligabo a suggéré diverses mesures pour améliorer
la protection des journalistes, notamment la création
d'un emblème, l'adoption d'une résolution par le
Conseil de sécurité, tout comme l'élaboration
de lignes directrices et règlements en la matière.
Il a encore souligné la nécessité de décriminaliser
la diffamation, trop souvent utilisée comme prétexte,
a-t-il relevé, pour couper court aux débats publics
et limiter la critique.
Le Rapporteur spécial a ensuite rendu compte de ses
missions au Danemark, ainsi qu'en Tunisie à
l'occasion du Sommet mondial sur la société de l'information.
Concernant sa visite au Danemark, le Rapporteur spécial
a évoqué l'incident des caricatures contre Mahomet
qui a donné lieu à des discussions avec les autorités
de ce pays. Il a fait remarquer que malgré une liberté
généralisée de la presse dans ce pays, l'usage
par les médias de stéréotypes propres à
blesser les communautés étrangères ne contribue
pas, comme il se doit, au renforcement d'une société
ouverte et multiculturelle.
Le Rapporteur spécial a informé le Conseil que
le Sommet mondial sur la société de l'information
avait été marqué par de vifs débats
sur l'accès universel et l'exploitation de l'Internet,
notant que la révolution Internet a définitivement
ouvert une ère nouvelle pour la liberté d'opinion
et d'expression et esquissé les possibilités d'un
développement humain et économique des pays les
moins développés. La gouvernance de l'Internet,
a-t-il affirmé, doit être solidement ancrée
dans les principes de liberté d'opinion et d'expression
et il revient aux corporations privées et aux pays qui
ont joué un rôle-phare dans la promotion des nouvelles
technologies, de s'en assurer.
LE RAPPORT
Le rapport du Rapporteur spécial sur le droit
à la liberté d'opinion et d'expression (E/CN.4/2006/55) fait, entre autres choses, une mise à jour des questions traitées dans les précédents rapports du Rapporteur spécial : sécurité et protection des médias, législation nationale sur la diffamation, gouvernance de l'Internet et sa relation avec la liberté d'expression, analyse des résultats du Sommet mondial sur la société de l'information, qui s'est tenu à Tunis du 16 au 18 novembre 2005. Un résumé des communications adressées aux gouvernements et des réponses reçues d'eux est contenu dans l'additif 1 du rapport (E/CN.4/2006/55/Add.1).
Le rapport relève que depuis la création du mandat
du rapporteur, en 1993, la notion de liberté d'opinion
et d'expression n'a cessé d'évoluer à cause
de l'apparition de nouvelles technologies et de l'augmentation
de la demande d'information qui en est résultée.
Il constate que les violations du droit à la liberté
d'opinion et d'expression se commettent dans toutes les régions
et dans tous les pays, quel que soit leur régime politique,
et elles peuvent prendre des formes très diverses. La démocratie
et la liberté d'opinion et d'expression se renforcent mutuellement
et leur conjonction facilite la promotion de l'indivisibilité
et de l'interdépendance de tous les droits de l'homme.
Malgré quelques progrès, de nombreuses tendances
et formes de violations persistent pour l'essentiel sans changement.
Au cours de la décennie écoulée, le nombre
de tués et de victimes d'autres formes de violence perpétrées
contre les professionnels des médias a été
tragiquement élevé. La plupart des cas portés
à la connaissance du Rapporteur spécial concernent
des violations dirigées contre des professionnels des médias,
des défenseurs des droits de l'homme, des partis politiques
et leurs membres.
Le rapport note que dans l'ensemble la conjoncture internationale
a eu un effet néfaste sur la liberté d'opinion et
d'expression, et en particulier sur la liberté de mouvement.
Tout en réaffirmant sa condamnation totale et inconditionnelle
du terrorisme, il fait observer que plusieurs gouvernements ont
promulgué des lois préventives contre le terrorisme
permettant ainsi de facto le retour de pratiques qui sont interdites
par les règles internationales relatives aux droits de
l'homme. Dans le domaine de l'information, les arrestations et
détentions de professionnels des médias ont augmenté,
ainsi que la fermeture d'entreprises de médias et la censure
des publications et des émissions.
En outre, les mesures antiterrorisme ont eu des répercussions
négatives sur le droit d'association, particulièrement
sur le syndicalisme. En conclusion de son rapport, le Rapporteur spécial engage les gouvernements à examiner les pratiques en vigueur qui touchent tous les domaines de la liberté d'opinion et d'expression et à prendre des mesures correctives afin de se mettre en conformité avec les instruments internationaux sur les droits de l'homme. recommande aux gouvernements de prendre les mesures nécessaires pour améliorer la protection des journalistes et des autres professionnels des médias; celle-ci est indispensable pour garantir une information pluraliste à une époque marquée par la polarisation des opinions et par une violence généralisée. Il suggère aussi d'envisager l'opportunité d'établir un organisme indépendant qui s'occuperait des communications et un ombudsman des médias, qui pourraient être chargés respectivement de l'application des lois et règlements pertinents et d'une mission de médiateur ayant à connaître des délits impliquant des médias, sans recours au pénal.
Le Rapporteur spécial recommande à tous les États de prendre des mesures pour garantir la liberté d'opinion sur l'Internet.
LES DECLARATIONS DES PAYS CONCERNES
M. GORDAN MARKOTIC (Croatie) a commenté le rapport du Rapporteur spécial sur la liberté d'opinion et d'expression en indiquant que le Gouvernement croate a apporté des réponses aux communications du Rapporteur en janvier 2006. Des amendements ont été apportés en juin 2006 au Code pénal qui ne prévoit qu'une amende pour la diffamation, a indiqué le représentant. S'agissant de l'objection de conscience au service militaire, le représentant croate a souhaité connaître le point de vue de la Rapporteuse spéciale sur la liberté de religion et de croyance sur les mesures additionnelles qui permettraient de mieux mettre en uvre la liberté de conscience dans le contexte de l'objection de conscience au service militaire.
M. IDRISS JAZAÏRY (Algérie) a réagi
au rapport sur la liberté d'expression et d'opinion en
affirmant qu'aucun journaliste n'est emprisonné
en Algérie, ou ne fait l'objet de poursuites. S'il
y en a qui se trouvent en prison, c'est pour des raisons indépendantes
de leur activité professionnelle, a-t-il dit. Il a souligné
la liberté et l'indépendance de la presse algérienne,
illustrant son propos par des statistiques relatives aux organes
de presse existant. Il a précisé que l'Etat algérien
accorde des subventions à la presse, et ceci sans discrimination.
Il a fait état des faiblesses de la profession et indiqué
que celles-ci devaient être réglées par l'établissement
d'un code déontologique. Il a finalement affirmé
que l'Algérie a répondu à toutes les communications
du Rapporteur spécial et a invité celui-ci à
une prochaine visite dans son pays.
LES COMMENTAIRES DU RAPPORTEUR
M. AMBEYI LIGABO a salué la loi adoptée par la Croatie afin de décriminaliser les informations
infondées parues dans la presse. A l'attention de l'Algérie,
M. Ligabo a précisé que les communications reçues
du gouvernement algérien après la mise sous presse
du rapport du Rapporteur spécial seront consignées
dans le prochain rapport.
A la Norvège, qui s'est enquise de ce qui pourrait
être fait pour assurer la sécurité des journalistes,
M. Ligabo a rappelé qu'il avait préconisé
de convoquer un groupe d'experts pour débattre des questions
relatives à la sécurité des personnes travaillant
dans le domaine des médias.
M. Ligabo a en outre rappelé la proposition visant à
établir une organisation intergouvernementale pour l'Internet
qui permettrait de traiter une grande partie des lacunes identifiées
dans ce domaine; mais il faut veiller à ne pas entraver
non plus la liberté d'opinion et d'expression. Il incombe
au Conseil de se prononcer sur la question de savoir s'il juge
opportun de traiter de la question de l'orientation sexuelle,
a par ailleurs souligné M. Ligabo.
Source : Nations unies, Genève, septembre 2006.
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