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CONSEIL DES DROITS DE L'HOMME, SEPTEMBRE-OCTOBRE 2006/ 2e SESSION
__Les rapports : l'incitation à la haine raciale et religieuse
Portant son attention sur des rapports relatifs à l'incitation
à la haine raciale et religieuse et à la promotion
de la tolérance, le Conseil a entendu, le 21 septembre
2006, la haut commissaire adjointe aux droits de l'homme,
Mme Mehr Khan Williams, qui a présenté le
rapport de la haut commissaire sur la question, suggérant
notamment que le Conseil pourrait déployer des efforts
pour articuler les limites entre la liberté d'expression
et l'incitation à la haine par des propos haineux.
Présentant leur rapport conjoint sur la question Mme
Asma Jahangir, Rapporteuse spéciale sur la liberté
de religion ou de croyance, et M. Doudou Diène,
Rapporteur spécial sur les formes contemporaines de racisme,
souligne que le droit à la liberté de religion ou
de conviction protège avant tout l'individu et, dans une
certaine mesure, les droits collectifs des communautés
religieuses ou de conviction. Le sujet des droits de l'homme n'est
pas la religion elle-même, mais bien les hommes et les femmes
qui jouissent de ce droit.
Les représentants des Etats suivants ont fait des
déclarations suite à la présentation
de ces rapports sur l'incitation à la haine raciale et
religieuse : Pakistan, Saint-Siège, Suisse, Finlande, Inde,
Royaume-Uni, et Brésil. L'Indonésie a exercé
le droit de réponse s'agissant du rapport sur la détention
arbitraire.
LA PRESENTATION DES RAPPORTS
MME MEHR KHAN WILLIAMS, haut commissaire adjointe aux droits de l'homme, présentant le rapport sur l'incitation
à la haine raciale et religieuse et la promotion de la
tolérance (A/HRC/2/6), a attiré l'attention
du Conseil sur la difficulté d'établir des schémas
systématiques quant à la question de l'incitation
à la haine raciale et religieuse et indiqué que
son intervention se limiterait de ce fait à des remarques
liminaires.
Mme Khan Willliams a souligné que la xénophobie
et l'incitation à la haine raciale vont à l'encontre
des principes d'égalité et de non-discrimination
qui sont à la base du droit international, citant les
articles concernés. Elle a mentionné que l'on disposait,
au niveau international de même que dans de nombreuses législations
nationales, d'instruments permettant de lutter contre l'incitation
à la haine et à l'intolérance religieuses.
Les instruments nationaux diffèrent toutefois selon les
pays, a-t-elle indiqué, en relevant que certaines législations
ont, en revanche, supprimé le droit de personnes à
participer à la vie politique et nié le droit d'expression,
au motif religieux. Elle a affirmé que l'absence d'une
approche cohérente du droit international constitue le
principal obstacle à son application efficace.
Mme Khan Willliams a indiqué que le rapport présente
des recommandations quant au rôle que peut jouer le Conseil,
indiquant, notamment, qu'il pourrait déployer des efforts
pour articuler les limites entre la liberté d'expression
et l'incitation à des propos haineux. Le Conseil pourrait
aussi établir des mesures sur la base des mécanismes
des droits de l'homme, a-t-elle suggéré, en soulignant
que ceux-ci étaient très pertinents à l'égard
de la question de l'incitation à la haine raciale et religieuse.
Des études devraient par ailleurs être menées.
Elle a affirmé la disposition du Bureau du haut commissaire
pour assister le Conseil dans ces tâches. Elle a conclu
en relevant qu'il n'y a pas une réponse pour lutter contre
ce problème, mais qu'il convient d'adopter une approche
pluraliste et tenant compte du multiculturalisme.
Présentant le rapport qu'elle a préparé
avec le Rapporteur spécial sur le racisme et la discrimination
raciale, MME ASMA JAHANGIR, Rapporteuse spéciale
sur la liberté de religion ou de conviction, a rappelé
que le Conseil les avait priés de faire rapport sur
l'incitation à la haine raciale et religieuse et sur la
promotion de la tolérance (A/HRC/2/3). L'experte a
avant tout fait état des allégations qu'elle avait
reçues la diffamation de certains groupes religieux par
des agents étatiques. Ces attaques visent souvent des religions
peu importantes numériquement et donc plus vulnérables.
Les Etats doivent mettre en place des politiques (notamment dans
le domaine de la formation) incitant leurs agents au respect des
religions, tant il est vrai que les attaques antireligieuses par
des fonctionnaires risquent d'avoir des répercussions graves.
La diffamation des religions par des acteurs non étatiques
est une situation plus complexe. Il faut faire la différence
entre l'analyse théologique du contenu d'une religion et
les formes les plus extrêmes d'incitation à la violence
antireligieuse qui peut donner lieu aux pires formes de violence
antireligieuse. Entre ces deux extrêmes, on trouve une gamme
de formes d'expression sur les thèmes religieux, y compris
la satire et les commentaires dépréciatifs.
Le droit à la liberté de religion ou de conviction
protège avant tout l'individu et, dans une certaine mesure,
les droits collectifs des communautés religieuses ou de
conviction. Le sujet des droits de l'homme n'est pas la religion elle-même, mais bien les hommes et les femmes qui jouissent de ce droit. Ce dernier n'englobe pas le droit à une religion exempte de toute analyse, critique ou satire. Cependant, si ces attitudes sont autorisées, elles ne sont pas non plus toujours justifiées, a dit Mme Jahangir. Les formulations blessantes ne constituent pas toujours de violations directes des droits de l'homme, mais risquent de stigmatiser des membres des religions visées et d'encourager un climat d'intolérance. La réponse ne réside pas ici dans l'adoption de loi limitant la liberté d'expression, mais plutôt dans la prise de mesures destinées à susciter un climat de tolérance et d'inclusion au sein duquel les religions s'exerceraient à l'abri de la discrimination ou de la stigmatisation.
Le Conseil des droits de l'homme a demandé aux auteurs
du rapport de considérer les implications pour la diffamation
des religions de l'article 20 du Pacte international (sur
les droits civils et politiques), qui impose aux gouvernements
de prendre toutes les mesures propices à l'instauration
d'un environnement favorable à l'épanouissement
des religions. Il n'est pas toujours facile de déterminer
si telle ou telle expression relève de l'article 20 du
Pacte international, et les Etats adoptent des positions différentes
sur cette question, a observé Mme Jahangir.
Compte tenu du peu de jurisprudence disponible sur la portée
de l'article 20, la Rapporteuse spéciale encourage le
Conseil à formuler un commentaire général
sur cette question. Dans ce contexte, Mme Jahangir a rappelé
qu'un système juridique indépendant doit être
le pilier de la lutte contre la haine religieuse qui constitue
une incitation à la discrimination, à la haine et
à la violence.
Complétant la présentation de ce rapport, M.
DOUDOU DIÈNE, Rapporteur spécial sur les formes
contemporaines de racisme, de discrimination raciale et de xénophobie,
a souligné que la lutte contre le terrorisme, après
le 11 septembre 2001, a profondément transformé
les relations internationales. La principale conséquence
négative est que les droits de l'homme sont désormais
appréhendés sous l'angle de leur contribution à
la lutte contre le terrorisme. Les principes de la confrontation
et de l'affrontement prévalent sur ceux de la conciliation
pour déterminer la perception des droits de l'homme. Ainsi,
a-t-on cherché à dresser l'un contre l'autre la
liberté d'expression et la liberté de religion,
a fait observer M. Diène. Si des actes de diffamation de
religion sont certes courants dans plusieurs parties du monde,
chacun de ces phénomènes a ses spécificités
propres, a-t-il souligné. Il convient donc d'analyser les
facteurs internes qui ont pu contribuer à une diffamation
des religions.
M. Diène a jugé profondément troublant
les propos tenus le 12 septembre 2006 par le pape Benoît
XVI à l'Université de Ratisbonne. En effet,
si la réflexion sur la question de la violence et de la
religion constitue un défi légitime pour toutes
les religions, chaque religion devrait commencer par une introspection
sur cette question tant au niveau théologique qu'au niveau
historique.
LE DEBAT
M. MASOOD KHAN (Pakistan, au nom de l'Organisation de
la Conférence islamique, OCI) s'est référé
au contexte immédiat et à long terme. Il a d'abord
évoqué les propos de Benoît XVI qui ont profondément
heurté les musulmans et suscité une controverse
sur ce qu'avait véritablement dit le Prophète, sous-entendant
de ce fait que les musulmans n'avaient pas bien compris ce que
le pape voulait dire.
Après avoir fait un certain nombre de mises au point,
et évoquant au passage le fait que les personnes ayant
commis les actes du 11 septembre ne pouvaient se réclamer
de l'Islam, religion fondamentalement non-violente, il a cité
un nombre de préoccupations. Parmi celles-ci, il a évoqué
la constante augmentation de l'islamophobie, l'affaire des caricatures
comme signe d'une crise globale plus grave, l'amalgame entre Islam
et terrorisme, la diabolisation des musulmans - au même
titre que l'ont été autrefois les juifs. Il a encore
dit que les causes à l'origine de ces phénomènes
ne relevaient pas d'une lutte pour les valeurs occidentales, mais
étaient à trouver dans les schémas migratoires
actuels qui menacent l'équilibre démographique en
Europe.
M. Khan a indiqué que les pays de l'OCI n'attendent
pas des palliatifs, mais des mesures concrètes pour lutter
contre à l'islamophobie. Il a rappelé que c'était
le rôle du Conseil que de promouvoir l'harmonie et lutter
contre la haine raciale, reconnaissant toutefois, comme le souligne
le rapport, le manque de juridiction appropriée.
M. SILVANO M. TOMASI (Saint-Siège) a déclaré
qu'en matière d'interprétation des textes, le mieux
était de s'en rapporter à leurs auteurs : le pape
s'étant expliqué sur son intervention controversée,
il faut donc le lire. Le représentant a par ailleurs observé
que les structures juridiques ne permettent pas de protéger
partout et tout le temps les minorités religieuses. L'essor
des techniques de communication a suscité un rapprochement,
voire une confusion des idées sur les religions. Les migrations
contribuent aussi à ce mélange des croyances. Il
faut donc instaurer un esprit d'ouverture visant à l'exercice
de la religion dans la tolérance et la compréhension.
Les médias doivent de leur côté contribuer
à la compréhension du rôle des religions dans
la vie des communautés et des différences qui les
séparent. L'accent doit toujours porter sur les êtres
humains, et non sur les idéologies, de manière à
ne pas risquer de susciter des tensions et des violences, a dit
le représentant. Ce dernier a enfin cité le pape
pour faire valoir que les enseignements du passé doivent
nous guider sur le chemin de la réconciliation et de la
cohabitation harmonieuse entre les différentes identités.
M. BLAISE GODET (Suisse) a rappelé que
la liberté d'avoir ou de ne pas avoir de religion ou de
conviction de son choix ainsi que la liberté d'en changer
et la liberté de manifester sa religion ou sa conviction
sont consacrées par l'article 18 du Pacte international
relatif aux droits civils et politiques. Cette liberté
ne doit toutefois pas être utilisée pour dénigrer
d'autres religions ou mettre en danger l'harmonie religieuse des
sociétés; en d'autres termes, elle est associée
à la tolérance, a-t-il souligné.
Il a relevé que l'expression publique d'avis personnels
sur des religions peut rapidement provoquer des réactions
violentes et souvent disproportionnées au niveau mondial.
L'expression non violente d'une opinion, pour autant qu'elle ne
relève pas de l'incitation à la haine nationale,
raciale ou religieuse, reste dans les limites permises de la liberté
d'expression consacrée par l'article 19 du Pacte, a souligné
le représentant suisse. Il s'est enquis d'éventuelles
recommandations pratiques visant à éviter des polarisations
entre religions.
M. VESA HIMANEN (Finlande, au nom de l'Union
européenne) a rappelé l'attachement de l'Union
européenne à la tolérance religieuse
et indiqué que les Etats membres de l'Union ont l'obligations
d'intégrer les dispositions européennes relatives
à la protection de la liberté de religions dans
leurs lois internes. Il a estimé qu'un dialogue avec toutes
les procédures spéciales est pertinent et nécessaire,
et a réaffirmé que la question de la tolérance
religieuse mérite d'être examinée de manière
exhaustive sur la base du respect des droits fondamentaux de la
personne.
M. SWASHPAWAN SINGH (Inde) a estimé que
la diffamation des religions n'est pas limitée à
une seule religion, et que toutes y sont confrontées. La
diffamation résulte soit de l'intolérance religieuse,
soit des abus de la liberté d'expression conduisant à
une attitude antireligieuse. Or, le multiculturalisme qui
prévaut actuellement interdit de fait la légitimité
de toute forme d'exclusion et d'irrespect envers les religions.
En Inde, l'Etat n'a pas imposé de religion officielle.
Toute personne peut y professer la religion de son choix. La liberté
de croyance de chacun est garantie, y compris celle de ceux qui
ne se réclament d'aucune religion, a fait valoir le représentant.
M. NICHOLAS THORNE (Royaume-Uni) a souligné
qu'il ressort des rapports présentés par les rapporteurs
spéciaux sur la liberté de religion et les formes
contemporaines de racisme, ainsi que par la haut commissaire aux
droits de l'homme, que l'on assiste aujourd'hui à un manque
croissant de tolérance. Le Royaume-Uni se félicite
de la largesse de la perspective qui a été adoptée
s'agissant de ces questions. Le représentant britannique
a rappelé la Loi sur la haine raciale et religieuse adoptée
au mois de mai 2006 au Royaume-Uni. Toute mesure visant à
éliminer la haine religieuse doit aller de pair avec des
mesures visant à promouvoir la liberté religieuse
et la liberté d'expression, a-t-il souligné.
Il faut s'efforcer de bien saisir l'interaction qui doit exister
entre liberté d'expression et liberté de religion.
M CLODOALDO HUGUENEY (Brésil) a relevé
le dilemme fondamental qui sous-tend le rapport sur l'incitation
à la haine raciale et religieuse et sur la promotion de
la tolérance, soulignant la nécessité d'un
équilibre en le respect de la liberté d'expression
et la nécessité de protéger la religion contre
la diffamation et les propos offensants. Il a noté qu'à
juste titre, le rapport ne proposait pas de solutions définitives
et absolues, mais stimulait une réflexion différenciée,
en se référant aux instruments juridiques existants
pour traiter de cette question. Le représentant brésilien
a conclu en suggérant deux axes de réflexion, soit
la compréhension des différences culturelles et
la tolérance religieuse.
M. SERGIO CERDA (Argentine) a relevé que le Conseil des droits de l'homme est en train de faire preuve de sa capacité à traiter de toutes les questions les plus importantes. En 2001, a-t-il rappelé, l'Argentine a reçu la visite d'un rapporteur spécial sur la liberté de religion et de croyance. La mise en uvre fidèle de la Déclaration de 1981 sur l'élimination de
toutes les formes d'intolérance et de discrimination fondées
sur la religion ou la conviction serait une mesure propice
pour remédier à tous les problèmes rencontrés
actuellement en matière d'intolérance, a-t-il affirmé.
A l'intention des deux rapporteurs spéciaux qui présentent
à la présente session un rapport sur ces questions,
le représentant a demandé s'ils considéraient
qu'une ratification plus universelle du Pacte international relatif
aux droits civils et politiques pourrait contribuer de manière
plus efficace à l'éradication de l'intolérance.
Pensent-ils que l'éducation est un outil efficace pour
éradiquer l'intolérance, a-t-il également
demandé ?
M. COLIN MILLER (Australie) a déclaré que le respect des droits à la liberté de pensée, d'expression et de religion doit être au cur des préoccupations du nouveau Conseil. Il importe, de manière générale d'uvrer pour l'élimination des préjugés concernant les religions et de créer ainsi la base de la tolérance religieuse. C'est dans cet esprit que l'Australie a organisé, avec l'Indonésie, un colloque sur la cohabitation harmonieuse entre les religions. Les réactions à toute opinion manifestée devraient être exprimées de manière mesurée et responsable, a conclu le représentant.
M IDHAM MUSA MOKTAR (Malaisie) s'associant aux
remarques du Pakistan, a exprimé son inquiétude
à l'égard de la tendance croissante à la
diffamation des religions. Il faut éviter, a-t-il dit,
les affirmations provocatrices, et les Etats doivent prendre des
mesures pour éviter des propos susceptibles d'engendrer
la violence, tout en respectant la liberté d'expression.
MME NATHALIE RONDEUX (Belgique), remerciant les
deux Rapporteurs spéciaux pour leur travail et insistant
sur l'attachement de la Belgique à la promotion de la tolérance
et à la lutte contre l'incitation à la haine, a
fait remarquer que le but de cette lutte n'est pas de protéger
les religions ou les convictions elles-mêmes, mais bien
de protéger la liberté de religion de tout individu.
Elle a aussi exprimé l'adhésion de la Belgique à
la recommandation des Rapporteurs de veiller à ce que l'équilibre
entre tous les droits de l'homme soit réglé par
un système judiciaire indépendant, permettant d'éviter
toute analyse ou réaction émotionnelle ou violente.
Elle a insisté sur la nécessité de permettre
l'expression d'idées au sujet des religions tout en respectant
l'individu dans ses choix religieux et philosophiques.
Evoquant le crime raciste qui a été perpétré
à Anvers et qui a été mentionné par
les experts, la représentante belge a relevé que,
dans le même temps, de nombreuses initiatives citoyennes
s'étaient élevées contre ce crime, traduisant
un rejet du racisme dans la population belge. Elle a mentionné
les efforts entrepris par la Belgique pour renforcer sa législation
contre le racisme.
M. PAUL MEYER (Canada) a rappelé toute
l'importance que son pays accorde aux libertés de pensée,
de conscience et de religion, de même qu'au respect de la
différence culturelle, ethnique et religieuse. "Les
appels à la protection des religions elles-mêmes
- plutôt qu'à la protection et à la promotion
des droits des adhérents aux religions, notamment les personnes
appartenant aux minorités religieuses - nous sont cependant
problématiques", a-t-il affirmé. Le rapport
présenté par les rapporteurs spéciaux abonde
dans le même sens lorsqu'il est dit que «le droit
international des droits de la personne protège principalement
les individus dans l'exercice de leur liberté de religion
et non la religion en soi». Le Canada jouit d'un cadre juridique
solide pour promouvoir les droits des individus, a poursuivi le
représentant.
Au-delà des lois, la vision canadienne d'une société
exempte de racisme et de discrimination rassemble des personnes
de tous les horizons, notamment différentes communautés
ethniques, raciales et religieuses. Ensemble, ils forment une
société où l'héritage de chacun est
source de fierté et d'inspiration, a insisté le
représentant canadien. Il a par ailleurs exprimé
la profonde préoccupation de son pays face aux pratiques
discriminatoires qui continuent de prendre pour cibles les minorités
religieuses, ainsi que face aux incitations à la violence
au nom de la religion.
M. EL HADJI IBOU BOYE (Sénégal)
a déclaré que le dialogue entre les cultures est
un axe prioritaire de la lutte contre l'intolérance religieuse.
En effet, dans un monde où l'ignorance et la peur sont
attisées pour exploiter des sentiments xénophobes,
il devient impérieux de transcender les différences
et de mettre en avant la notion d'appartenance commune à
l'espèce humaine. Comment faire adopter par les Etats des
politiques d'éducation et de culture favorisant une telle
vision, telle est la question, a dit le représentant.
M WARREN W. TICHENOR (Etats-Unis) a relevé
que c'est parce que la religion a un rôle central dans la
vie de beaucoup de gens que le droit à la liberté
de religion est si important. Il a insisté sur le nécessaire
équilibre entre liberté d'expression et liberté
de religion ou de conviction et sur la nécessité
que tous les pays garantissent cette la liberté. Cette
condition, a-t-il dit, permettra véritablement l'application
générale de ce principe, contribuant, ce faisant,
à la paix et à la sécurité dans le
monde. Il a relevé finalement qu'il y a, entre les religions,
beaucoup plus de d'éléments convergents que divergents.
M. ZDZISLAW RAPACKI (Pologne) s'est associé
à tous ceux qui ont lancé un appel en faveur du
respect et de la compréhension mutuels entre les peuples,
fondés sur un dialogue pacifique. Il a souligné
que tous les cas de discrimination fondés sur la religion
et toute tentative d'incitation à la haine religieuse doivent
faire l'objet d'une grande attention. Le représentant polonais
a par ailleurs rappelé que le pape Jean-Paul II avait fait
du dialogue interreligieux l'un des éléments les
plus importants de son pontificat.
M. LUIS VARELA QUIRÓS (Costa Rica) a observé
que nous vivons dans un monde multiculturel, une réalité
qui impose le devoir de tolérance vis-à-vis des
spécificités religieuses et culturelles. Il ne faut
ni manquer de respect, ni rejeter ceux qui ne partagent pas nos
propres croyances, a estimé le représentant, rappelant
la déclaration du président du Costa Rica selon
laquelle il convient plutôt de jeter des ponts entre les
cultures. La prudence, ainsi que le dialogue et la tolérance
religieuse doivent prévaloir sur l'irrationalité
et il faut lancer un dialogue entre civilisations pour instaurer
le respect des religions. Le représentant costaricien a
salué l'exemple que constitue à cet égard
le dialogue qui s'est instauré au sein du Conseil entre
le Pakistan et le Saint-Siège.
M BOUDEWIJN J.VAN EENENNAAM (Pays-Bas) a rappelé les efforts menés par son pays pour garantir la liberté de religion ou de conviction, qui s'inscrivent dans une longue tradition des Pays-Bas d'accueil de ceux qui sont persécutés de par le monde pour ces motifs. Il a affirmé la nécessité pour l'Etat de garantir ce droit par la mise en place d'une législation appropriée. Evoquant l'équilibre entre liberté d'expression et liberté de religion ou de conviction, il a précisé que l'incitation à la haine concerne des actes dans lesquels il y a une intention volontaire de nuire. Il est clair, a-t-il dit, que le seuil d'acceptation de ces actes doit être placé relativement haut. Il faut aussi mettre en uvre des plans nationaux. Rappelant que toutes les religions du monde prêchent l'amour pour prévenir la haine, il a appelé toutes les parties, les religions et les Etats à une attitude de compréhension, d'ouverture et d'amour pour éviter la manifestation de réactions violentes.
M. JONNY SINAGA (Indonésie) a souligné
que les conclusions du rapport conjoint présenté
par les Rapporteurs spéciaux sur les formes contemporaines
de racisme et sur la liberté de religion illustrent la
complexité des problèmes découlant d'un certain
nombre de droits fondamentaux d'un côté et de leur
perception, de l'autre. Le danger réel de la confrontation
est que la société se voit pénétrée
par des idéologies dangereuses. Il convient de maintenir
l'équilibre que les normes internationales s'efforcent
d'assurer entre liberté d'expression et liberté
religieuse. L'Indonésie partage l'avis selon lequel les
gouvernements doivent en la matière faire preuve de responsabilité
et de vigilance. Renverser les tendances négatives de la
confrontation requiert un engagement de l'ensemble de la société,
a souligné le représentant indonésien.
M. JUAN ANTONIO MARCH (Espagne) a rappelé
la responsabilité de la communauté internationale
en matière d'instauration d'un esprit de tolérance
et de compréhension. Il a à cet égard mis
en avant le rôle que jouent les institutions telles que
l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science
et la culture (UNESCO), le Conseil de l'Europe, le Processus de
Barcelone ou l'Alliance des civilisations. Cette dernière
a été lancée comme une concrétisation
de l'action nécessaire en direction de la société
civile, les organisations de jeunesse par exemple. Le multiculturalisme
est caractéristique de la mondialisation actuelle, a dit
le représentant, faisant valoir que la diversité
doit être vue comme une richesse, et non un problèm
: cette approche est la clé vers un monde plus sûr.
Il ne faut par perdre la moindre occasion de promouvoir la diversité,
base de la paix durable, a estimé le représentant.
M SHIGERU ENDO (Japon) remerciant les Rapporteurs spéciaux pour leur travail, a exprimé sa préoccupation à l'égard des manifestations récentes d'incitation à la haine raciale et religieuse, qui se traduisent par le développement d'une violence croissante entre les diverses religions. Cette violence n'est pas compatible avec l'esprit des religions, a-t-il dit. La confiance et le respect mutuel doivent être assurés par un dialogue pacifique. Il a mentionné, au titre d'initiatives interculturelles et interreligieuses mises en uvre par le Japon, l'initiation d'un dialogue arabo-japonais et la création d'un Forum mondial des civilisations.
M. SEYED KAZEM SAJJADPOUR (Iran) a indiqué
que son pays était profondément préoccupé
par la croissance générale de l'intolérance
contre l'Islam et contre les musulmans, associée à
un phénomène croissant d'islamophobie dont les manifestations
se produisent dans certains pays occidentaux. De récents
événements tels que les publications et la reprise
de caricatures diffamatoires ainsi qu'une récente déclaration
diffamatoire ont souligné combien l'islamophobie lançait
un sérieux défi pour les droits de l'homme. Le droit
à la liberté d'expression n'est pas un droit absolu
et ne devrait pas être utilisé pour inciter à
la haine raciale ou religieuse, a souligné le représentant
iranien. Le Conseil des droits de l'homme a un rôle important
à jouer ainsi qu'une responsabilité à assumer
afin de remédier à cette tendance dangereuse et
de prendre des mesures concrètes pour promouvoir la tolérance
raciale et religieuse.
Le Conseil devrait lancer un appel en faveur d'un dialogue
permanent entre les religions, les cultures et les civilisations.
A cet égard, l'Iran appuie l'idée d'organiser un
segment de haut niveau afin de promouvoir le dialogue interreligieux
et interculturel. Le moment est venu pour le Conseil d'envisager
la possibilité d'élaborer un projet d'instrument
juridiquement contraignant pour lutter contre la diffamation des
religions et assurer le respect des religions et des croyances
religieuses.
M. ZOHRAB MNATSAKANIAN (Arménie) a déclaré
que la religion est un thème qui transcende la croyance,
car elle implique des facteurs culturels importants. Il faut déplorer
que les conflits entre idéologies soient remplacés
actuellement par des conflits entre religions. Le Conseil doit
se livrer maintenant à une interprétation collective
de sa responsabilité de préserver la liberté
religieuse compte tenu toutefois des obligations relatives au
respect de la liberté d'expression, notamment.
M IDRISS JAZAÏRY (Algérie) a relevé
que si les droits de l'homme sont reliés entre eux, il
ne faut pas tomber dans le travers consistant à établir
une hiérarchie de ces droits en donnant une primauté
à la liberté d'expression par dessus d'autres droits.
L'évolution dangereuse permettant d'établir des
droits majeurs et des droits mineurs, permet de donner lieu à
des formes d'islamophobie qui s'apparentent, au XXIe siècle,
à l'antisémitisme autrefois, a-t-il dit. Il a rappelé
des faits historiques démontrant la tolérance intrinsèque
de l'islam. Il a finalement exprimé son appréciation
de ce que le pape Benoît XVI avait, suite à l'incident
qui a avait suscité la colère des musulmans, exprimé
son profond respect envers l'islam.
M. MOHAMMED LOULICHKI (Maroc) a relevé
la multiplication des actes de diffamation et d'intolérance
ces dernières années ainsi que la propension à
cibler la religion musulmane et ceux qui la professent. La montée
des actes d'islamophobie nous préoccupe et nous interpelle.
Nous ne devons ménager aucun effort pour y faire face,
a-t-il déclaré. A cette fin, il faut dépasser
le cadre normatif pour englober la dimension morale, a souligné
le représentant marocain. Aussi, a-t-il préconisé
que le prochain rapport des Rapporteurs spéciaux sur les
formes contemporaines de racisme et sur la liberté de religion
intègre cette dimension éthique. Il ne saurait être
question de donner la prééminence à une liberté
d'expression totalement débridée au détriment
d'autres libertés, au point de permettre à une personne
d'exprimer des idées racistes voire génocidaires,
a souligné le représentant marocain.
M. PABLO MACEDO (Mexique) a déclaré
que la lecture des deux rapports sur l'incitation à la
haine raciale et religieuse et la promotion de la tolérance
montre que le droit international humanitaire offre un cadre suffisant
pour appréhender les droits à la liberté
de religion et d'expression dans leurs deux dimensions, individuelle
et collective, ainsi que s'agissant de leurs limites, à
savoir l'interdiction de tout acte incitant à la discrimination,
à la haine ou à la violence. Le représentant
du Mexique a demandé aux Rapporteurs spéciaux ainsi
qu'à la Haut Commissaire, quelles devraient être
les actions concrètes à entreprendre par le Conseil
pour promouvoir la tolérance religieuse.
MME ASHGUL UGDUL (Turquie) a insisté sur
le fait que nulle culture ni aucun système de valeurs n'est
supérieur aux autres. Il n'y a pas de hiérarchie,
a-t-elle souligné. tout est lié. Elle a invité
à un dialogue fonsdé sur ce qui unit les cultures
et les religions, afin de parvenir à une compréhension
mutuelle et à la réconciliation. Elle a relevé
l'utilité de l'initiative de l'Alliance des civilisations
pour la promotion de la diversité.
M. AZAD JAFAROV (Azerbaïdjan) a estimé
que la diffamation des religions et l'incitation à la haine
raciale et religieuse doivent être examinées sous
l'angle des formes contemporaines de racisme, de discrimination,
de xénophobie et de l'intolérance qui y est associée.
Toute déclaration diffamatoire d'une religion équivaut
à des propos racistes, a estimé le représentant
azerbaïdjanais. La diffamation est une attitude intentionnelle
qui revient à une incitation à la haine, a insisté
le représentant. Il a remercié le Saint-Siège
pour la déclaration rassurante qu'il a prononcée
devant le Conseil.
MME MARIE THÉRÈSE PICTET-ALTHANN (Ordre
souverain militaire de Malte) a estimé que les rapports dont le Conseil est saisi montrent bien la complexité et le caractère sensible d'un sujet qui affecte, d'une manière ou d'une autre, chacun et chacune d'entre nous. La représentante a souligné dans ce contexte l'importance que son Ordre accorde à l'article de la Déclaration universelle des droits de l'homme qui pose, outre les droits à la liberté de pensée et d'expression, la liberté de profession et de pratiquer une religion. Malheureusement l'actualité quotidienne montre à quel point l'incompréhension mutuelle contribue aux conflits. L'Ordre de Malte, dans le cadre de ses activités humanitaires, intervient dans les régions de crise et aide les victimes de toutes les religions ou convictions. L'Ordre de Malte est pleinement acquis à l'idée de développer le dialogue interreligieux prôné par le pape Benoît XVI et appuie les recommandations des Rapporteurs spéciaux pour que le Conseil uvre à la promotion d'"un dialogue interculturel et interreligieux approfondi"._
M. CHRIS SIDOTI (Service international pour les droits
de l'homme) a souligné que les croyances religieuses
sont au centre de l'identité humaine. Il a rappelé
que le droit à la liberté de religion est un droit
des croyants et des communautés de croyants et non un droit
des religions. C'est un droit absolu qui ne saurait être
restreint. La liberté d'expression est un droit qui peut
être restreint dans certains cas limités. La violence
est aussi étrangère à l'islam qu'au christianisme;
elle est en fait étrangère à l'enseignement
fondamental de toutes les religions, a souligné le représentant.
Néanmoins, il faut bien reconnaître que toutes les
principales religions contiennent leur part d'extrémisme,
a-t-il ajouté. Il a exprimé son soutien à
la proposition visant à adopter une observation générale
sur l'article 20 du Pacte international relatif aux droits civils
et politiques.
M. DAVID LITTMAN (Association pour l'éducation
d'un point de vue mondial au nom également de l'Union
mondiale pour le judaïsme libéral) a demandé
si le silence sur la question majeure de ceux qui, au nom de Dieu,
appellent à tuer ou à terroriser, n'est pas en danger
d'être interprété comme un acquiescement,
encourageant de ce fait d'autres manifestations d'islamophobie.
Il a évoqué aussi l'appel qui a rassemblé
chrétiens, juifs et musulmans à la cathédrale
St-Pierre, à Genève, pour dénoncer toute
référence à Dieu pour justifier la haine.
Il a aussi demandé comment les Rapporteurs spéciaux
prévoyait de traiter le problème de l'affirmation,
répétée à plusieurs reprises par le
président iranien, qu'Israël "doit être
rayé de la carte".
MME BERRIT GERRITZEN (United Nations Watch) a cité le rapport de Mme Jahangir selon lequel le droit international humanitaire protège avant tout les individus dans l'exercice de leurs droits à la liberté religieuse et non les religions en soi. La représentante s'est par ailleurs dite inquiète du contenu de certains manuels scolaires utilisés dans des pays du Moyen-Orient, ainsi que de manuels d'islamologie saoudiens qui recommandent aux musulmans de "haïr" les chrétiens, juifs, polythéistes et autres "mécréants", y compris d'ailleurs les musulmans d'autre obédience que wahhabiste. Ces livres sont une source majeure de discrimination et d'intolérance religieuses et utilisés pour commettre des violations graves des droits de l'homme. La représentante a demandé aux Rapporteurs spéciaux s'ils comptaient se rendre dans les pays qui utilisent de tels ouvrages.
LES COMMENTAIRES DES RAPPORTEURS
MME MEHR KHAN WILLIAMS, haut commissaire adjointe aux droits de l'homme, a réaffirmé que les instruments juridiques et la jurisprudence internationale existants forment un cadre pertinent pour traiter les problèmes relatifs à la liberté de religions. Elle a néanmoins invité le Conseil à se concentrer non seulement sur les moyens juridiques, mais aussi sur les initiatives visant à promouvoir le dialogue et la tolérance entre les peuples. Elle a mentionné, à cet égard, le caractère positif de l'initiative "Alliance des civilisations".
M. DOUDOU DIÈNE, Rapporteur spécial sur les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie, et de l'intolérance qui y est associée, a relevé que la problématique de l'incitation à la haine raciale et religieuse était une problématique durable et qu'il convenait d'élaborer une stratégie à long terme. Cette stratégie doit être à la fois juridique, politique et intellectuelle, a-t-il précisé. Il a souligné la nécessité de garder à l'esprit qu'au cur de ce débat se trouve le multiculturalisme, c'est là, a-t-il dit, que se trouve le nud de la question et c'est à ce niveau qu'il faut agir.
Notant que le débat opposait le sécularisme et
la liberté de religion, il a appelé à éviter
le dogmatisme de part et d'autre. Il a aussi mis en garde contre
l'utilisation de la théorie de guerre de religion et l'instrumentalisation
des religions; ceci, a-t-il dit, aboutit à des lectures
sélectives de la question. Il a enfin regretté que
deux acteurs majeurs, les médias et la communauté
intellectuelle, aient été exclus des débats.
MME ASMA JAHANGIR, Rapporteuse spéciale sur la liberté de religion ou de conviction, a souligné que le besoin de promouvoir la tolérance ne saurait être sous-estimé dans le climat qui caractérise le monde d'aujourd'hui - qui est un climat d'intolérance politique. Il y a un prix politique à payer pour les expressions offensantes, de la part, en particulier, de ceux qui sont au pouvoir, a déclaré la Rapporteuse spéciale. M. Diène et moi-même pensons que le problème est davantage politique que juridique, a souligné Mme Jahangir. Les pays doivent commencer par ratifier le Pacte international relatif aux droits civils et politiques - premier pas indispensable avant d'engager une réflexion sur l'article 20. Les États devraient envisager une législation qui vise à lutter non pas contre la diffamation, mais contre la discrimination à l'encontre des communautés religieuses, a estimé Mme Jahangir.
Source : Nations unies, Genève, septembre 2006.
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