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CONSEIL DES DROITS DE L'HOMME, SEPTEMBRE-OCTOBRE 2006/ 2e SESSION
__Les rapports : le droit à la santé
Le Conseil des droits de l'homme a examiné, le
22 septembre 2006, un rapport consacré au droit
à la santé.
M. Paul Hunt, Rapporteur spécial sur le droit
de toute personne à jouir du meilleur état de santé
physique et mentale susceptible d'être atteint, a attiré
l'attention sur ses efforts de sensibilisation à la question
du droit au niveau de santé le plus élevé
possible en tant que droit humain fondamental. Il a constaté
que des progrès ont été enregistrés
dans certains pays et salué le rôle la société
civile dans ce domaine. L'idée de base du travail du Rapporteur
spécial est la constatation que le droit à la
santé est le droit à un système de santé
intégré efficace et qui soit accessible à
tous. Un tel système est une institution sociale aussi
essentielle que le système judiciaire, a souligné
M. Hunt.
Le Rapporteur spécial a également présenté
un rapport sur sa mission en Ouganda, dont la délégation
est ensuite intervenue en tant que pays concerné. Le Brésil
a en outre adressé une question au Rapporteur spécial
s'agissant de l'accès aux médicaments.
LA PRESENTATION DU RAPPORT
M. PAUL HUNT a déclaré qu'il s'était fixé, au moment de sa prise de mandat en 2003, trois objectifs de travail. Le premier consistait à augmenter la visibilité du droit au niveau de santé le plus élevé possible en tant que droit humain fondamental. Dans ce domaine, on constate que des progrès ont été enregistrés dans certains pays et il faut saluer ici le rôle des groupes de la société civile, très bien informés et actifs dans la mobilisation des communautés. Les progrès sont inégaux selon les pays, mais en général, une vague de soutien se lève pour ce droit.
Au niveau politique supérieur toutefois, la situation
est nettement moins brillante, même si l'on enregistre des
exceptions notables. Un appel à l'action a été
signé par des responsables politiques de haut niveau (Mme
Gro Harlem Brundland, Mme Mary Robinson, M. Vaclav Havel, entre
nombreux autres) qui exhortent les autorités de tous les
pays à s'engager fermement pour la promotion du droit à
la santé.
Le deuxième objectif posé en 2003 consistait
à expliciter le sens du droit à la santé.
Le Rapporteur spécial a développé, s'inspirant
de nombreux travaux de l'Organisation mondiale de la santé,
des Nations unies et d'organisations non gouvernementales, une
méthode d'analyse de ce concept pour le rendre plus facile
d'usage. Cette méthode est détaillée dans
son rapport de 2005, qui portait plus particulièrement
sur les personnes déficientes mentales (E/CN.4/2005/51).
Le troisième objectif consistait à rendre
opérationnel le concept de droit à la santé.
Le rapport décrit à cet égard la mission
du Rapporteur spécial en Ouganda. Lors de sa visite,
le Rapporteur spécial s'est intéressé en
particulier aux maladies tropicales orphelines et négligées
dont souffrent les populations pauvres de ce pays. Ces maladies
sont abordées sous l'angle du principe du droit à
la santé, au plan national et international. C'est pourquoi
le rapport ne concerne, en définitive, pas seulement l'Ouganda,
mais aussi la situation générale du droit à
la santé.
Outre le rapport sur l'Ouganda, le Rapporteur spécial
a présenté un rapport général consacré
à des questions de méthode et de mise en application,
une grande place étant consacrée à la question
des indicateurs de santé basés sur les droits de
l'homme ainsi qu'à une comparaison de politiques de santé
efficaces et inefficaces.
Le point commun de tous ses rapports, a observé M. Hunt,
est la constatation que le droit à la santé est,
en fait, un droit à un système de santé intégré
efficace, comprenant aussi le droit à l'eau, et qui
soit accessible à tous. En septembre 2005, soit cinq ans
après la Déclaration du Millénaire, 170 chefs
d'Etat et de gouvernement se sont engagés à améliorer
les systèmes des pays en voie de développement et
en transition. La Déclaration et le Sommet mondial de 2005
sont clairs : tous les pays ont un rôle crucial à
jouer dans l'instauration de systèmes de santé effectifs
et inclusifs, tant au Nord qu'au Sud. De tels systèmes
sont des institutions sociales aussi essentielles que des systèmes
judiciaires, a estimé M. Hunt.
LE RAPPORT
Dans son rapport sur le droit qu'a toute personne
de jouir du meilleur état de santé physique et mentale
possible (E/CN.4/2006/48, Add.1 et 2 et Corr.1) le Rapporteur
spécial rappelle que le droit à la santé
peut être compris comme le droit à un système
de santé efficace et intégré, englobant les
soins de santé et les déterminants fondamentaux
de la santé, adapté aux priorités nationales
et locales et accessible à tous. Le Rapporteur spécial
demande instamment aux ministres de la santé des pays à
faible revenu et à revenu intermédiaire d'élaborer
des programmes nationaux de santé suffisamment ambitieux
pour atteindre les objectifs fixés en matière de
santé. Ces programmes de santé devraient constituer
un élément central des "stratégies nationales
de développement" prescrites par le Sommet mondial.
Le Nord comme le Sud doivent, de toute urgence, prendre des mesures
concertées pour établir des systèmes de santé
efficaces dans les pays en développement et les pays en
transition.
Le Rapporteur spécial note que cela fait plus de dix
ans que l'on débat à l'infini du rôle des
indicateurs dans le contexte des droits de l'homme. Il faut absolument
dépasser le stade des discussions théoriques pour
aborder les aspects pratiques de la question. Les composantes
essentielles d'une approche des indicateurs de santé fondée
sur les droits de l'homme sont en train de se préciser.
Cette approche est certes appelée à se développer
et à mûrir, mais le Rapporteur spécial n'en
recommande pas moins vivement à toutes les parties d'adopter
dès à présent l'approche des indicateurs
de santé fondée sur les droits de l'homme exposée
ainsi: dans l'optique de l'élaboration d'une conception
commune que les non-spécialistes soient à même
de comprendre, le Rapporteur recommande vivement que l'on adopte,
pour l'approche des indicateurs de santé fondée
sur les droits de l'homme, les dénominations et catégories
de base suivantes : indicateurs structurels, indicateurs de méthode
et indicateurs de résultat. Ces indicateurs permettront
de mesurer et de surveiller la réalisation progressive
du droit au meilleur état de santé susceptible d'être
atteint, et d'accroître l'efficacité des politiques
et programmes de santé.
L'additif 1 du rapport contient le résumé
des communications envoyées par le Rapporteur et les réponses
reçues des gouvernements couvrant la période entre
le 2 décembre 2004 et le 1er décembre 2005.
Dans le rapport sur la mission qu'il a effectuée
en Ouganda (Add.2) où il s'est rendu du 17 au
25 mars 2005 afin d'examiner la question des maladies négligées,
le Rapporteur énumère les principaux éléments
d'une approche fondée sur le droit à la santé
face à ces maladies dans le contexte ougandais : information
et éducation; participation communautaire; rôle des
professionnels de la santé; lutte contre la stigmatisation
et la discrimination; mise en place d'un système de santé
intégré; renforcement de la recherche-développement;
rôle des donateurs et de la communauté internationale;
contrôle et responsabilité. Bien que le rapport soit
principalement axé sur l'Ouganda, une bonne partie de l'analyse
qu'il contient s'applique à d'autres pays où les
maladies négligées sont endémiques.
LA DECLARATION DE L'OUGANDA
MME CISSY TALIWAKU (Ouganda) a rappelé qu'il
est évident que les maladies négligées sont
à la fois un produit et un symptôme de la pauvreté.
Conscient de cet état de fait, le gouvernement de l'Ouganda
a formulé est en cours d'application d'un plan d'action
pour l'éradication de la pauvreté, une approche
complète visant à traiter ce problème et
ses conséquences. En matière d'éducation,
le gouvernement a introduit le principe de l'éducation
primaire universelle et s'apprête à instaurer l'éducation
secondaire universelle.
A moyen et long termes, l'Ouganda sera ainsi en mesure de remédier
au déficit chronique en personnel de santé qualifié.
Le plan stratégique pour le secteur de la santé,
entre autres mesures, vise à pallier cette carence par
une action sur le recrutement, la rémunération et
la fidélisation des travailleurs de la santé. La
représentante ougandaise a relevé avec intérêt
une constatation du rapport de M. Hunt selon lequel seuls 10%
des montants consacrés à la recherche et au développement
portent sur des maladies qui affectent 90% de la population mondiale.
La représentante a dit espérer que des partenariats
de recherche entre les secteurs privé et public seront
orientés vers le traitement des maladies oubliées.
La représentante a aussi relevé que la paix est
une condition préalable à la réalisation
des autres droits de l'homme et informé à cet égard
le Conseil que la paix était revenue dans le nord du pays.
LES COMMENTAIRES DU RAPPORTEUR
M. PAUL HUNT a fait remarquer, s'agissant de la question
de l'accès aux médicaments pour tous, que dans
certains pays, il n'existe même pas de liste de médicaments
essentiels. M. Hunt a indiqué qu'un rapport écrit
allait être présenté à ce sujet à
la Troisième Commission de l'Assemblée générale
et que l'on pourrait donc revenir sur cette question lorsqu'il
aura été présenté.
Le rôle des institutions nationales des droits de l'homme
aux fins de la promotion du droit à la santé n'est
pas suffisamment exploité, a par ailleurs souligné
M. Hunt. Il a en outre rappelé qu'en décembre 2005,
il avait rédigé un rapport sur la question de la
fuite des cerveaux.
M. Hunt a aussi indiqué que la valeur ajoutée
de son mandat par rapport au Comité des droits économiques,
sociaux et culturels réside, du point de vue de la question
des indicateurs, dans la spécificité du domaine
- à savoir le droit à la santé - sur lequel
se concentre son mandat. Plus d'un milliard de personnes souffrent
des maladies négligées à travers le monde et les observations du rapport sur l'Ouganda concernant cette question peuvent être extrapolées à d'autres pays, a rappelé M. Hunt.
Source : Nations unies, Genève, septembre 2006.
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