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CONSEIL DES DROITS DE L'HOMME, SEPTEMBRE-OCTOBRE 2006/ 2e SESSION
__Les rapports : les défenseurs des droits de l'homme
Le Conseil des droits de l'homme a examiné, le
22 septembre 2006, un rapport consacré aux
défenseurs des droits de l'homme.
Mme Hina Jilani, Représentante spéciale
du Secrétaire général pour les défenseurs
des droits de l'homme, a rappelé que, au cours des six
ans de son mandat, elle a pu faire une évaluation de
la situation des défenseurs des droits de l'homme dans
118 pays. Elle a mentionné, au nombre des faits positifs
constatés, la reconnaissance publique du statut et du rôle
des défenseurs des droits de l'homme et des efforts menés
au plan national pour renforcer le dialogue avec la communauté
des droits de l'homme.
Des préoccupations sérieuses subsistent néanmoins,
notamment s'agissant des représailles dont ont été
victimes les défenseurs des droits de l'homme qui ont coopéré
avec ou porté à la connaissance d'organismes internationaux
des cas de violations, ainsi que des tentatives visant à
discréditer ou stigmatiser les défenseurs des droits
de l'homme et leur travail. Elle a relevé par ailleurs
que les gouvernements adoptent de plus en plus des lois qui, sous
prétexte de régler le statut légal des ONG,
empiètent sur leur indépendance et leur autonomie.
Mme Jilani a par ailleurs rendu compte de ses visites récentes
au Nigéria, en Israël et au Brésil.
Le Brésil et Israël ont réagi à ces
rapports.
LA PRESENTATION DU RAPPORT
MME HINA JILANI a présenté un tour d'horizon des six ans de son mandat, comprenant une évaluation de la situation des défenseurs des droits de l'homme dans 118 pays. Elle a mentionné, au nombre des faits positifs constatés, la reconnaissance publique du statut et du rôle des défenseurs des droits de l'homme, des initiatives visant à inclure les dispositions de la Déclaration dans les lois nationales, et les efforts effectués au plan national pour renforcer le dialogue avec la communauté des Droits de l'homme. Des préoccupations sérieuses subsistent néanmoins, a-t-elle dit, citant notamment les représailles dont ont été victimes les défenseurs des droits de l'homme qui ont coopéré avec ou porté à la connaissance d'organismes internationaux des cas de violations. Elle a mentionné, dans certains pays, des
tentatives pour discréditer ou stigmatiser les défenseurs
des droits de l'homme et leur travail, et relevé l'impact
et le danger de ce phénomène; là où
les défenseurs de l'homme bénéficiaient de
l'appui populaire, a-t-elle remarqué, ce phénomène
est moins susceptible de se produire.
Mme Jilani a relevé par ailleurs que les gouvernements
adoptent de plus en plus des lois qui, sous prétexte de
régler le statut légal des organisations non gouvernementales,
empiètent sur leur indépendance et leur autonomie.
Elle a conclu en affirmant que la démocratie, un système
judiciaire indépendant et efficace, le respect du droit
et un engagement général en faveur des droits de
l'homme sont des préalables essentiels pour créer
les conditions d'application de la Déclaration.
Rendant compte de la mission qu'elle a effectuée
au Nigéria, la Rapporteuse spéciale a relevé
que la transition politique a contribué à établir
un environnement favorable pour l'exercice du travail des défenseurs
des droits de l'homme. Elle a constaté que s'il n'y a pas
de harcèlement systématique des défenseurs
des droits de l'homme, la participation des défenseurs
des droits de l'homme au processus démocratique reste toutefois
formel, faute d'une prise réelle prise en compte des préoccupations
qu'ils expriment. Elle a aussi indiqué que la situation
des personnes travaillant sur des sujets considérés
sensibles - journalistes, dirigeants syndicaux et particulièrement
les militants luttant pour les droits des femmes - reste insatisfaisante,
rapportant notamment des pratiques de harcèlement, d'arrestation,
d'intimidation et de violence physique. Relevant que le cadre
légal était inapproprié pour protéger
les activités des défenseurs des droits de l'homme,
et a engagé le gouvernement a ne pas laisser perdurer cette
situation qui n'est pas compatible avec les pratiques démocratiques
vers lesquelles le gouvernement s'est engagé à évoluer.
Evoquant sa visite en Israël et dans le territoire
palestinien occupé, Mme Jilani a relevé, de
manière générale, que les défendeurs
des droits de l'homme pratiquent leurs activités dans un
contexte d'occupation, de conflit, d'opérations militaires,
et dans la crainte du terrorisme. La politique sécuritaire
d'Israël, a-t-elle précisé, a créé
un climat de suspicion et de répression auquel n'échappent
pas les défenseurs des droits de l'homme. Elle a indiqué que la principale préoccupation des défenseurs des droits de l'homme palestiniens et israéliens concerne la violation des droits de la population palestinienne sous occupation israélienne. La pratique et les politiques d'occupation exposent les défenseurs des droits de l'homme, de même que les journalistes, les professionnels de la santé, les avocats a de graves dangers, a-t-elle dit, citant des cas d'agressions et d'assassinats. Les restrictions quant à la liberté de mouvement, la nécessité d'obtention de permis, l'usage excessif de la force dans le cas de manifestations pacifiques, l'utilisation de lois et politiques sécuritaires et antiterroristes, ainsi que les manuvres d'intimidation, harcèlement, humiliation dont sont victimes les défenseurs des droits de l'homme, a-t-elle mentionné, sont totalement incompatibles avec les normes des droits de l'homme et les principes de la Déclaration.
Elle a aussi fait état des violations commises par
l'Autorité palestinienne contre les défenseurs des
droits de l'homme, mentionnant, notamment, l'usage de la torture,
la violation de la liberté d'expression, et l'absence de
due protection aux défenseurs des droits des femmes.
En ce qui concerne sa mission au Brésil, la Représentante
spéciale a noté que les problèmes sérieux
qui subsistent en ce qui concerne les défenseurs des droits
de l'homme sont essentiellement à mettre sur le compte
de l'écart existant entre les lois et la création
de mécanismes, et leur application. Elle a cité
de nombreuses violations, rapportant des cas d'assassinats, de
menaces, d'accusations d'incitation au désordre et d'usage
disproportionné de la force. Elle a engagé le Brésil
à un plus grand engagement en faveur des politiques des
droits de l'homme et à procéder à des adaptations
du système judiciaire afin de garantir leur application.
LE RAPPORT
Le rapport sur la situation des défenseurs des droits
de l'homme (E/CN.4/2006/95) rappelle que, faute de cadres
juridiques appropriés, il est difficile de protéger
les activités de promotion et de protection des droits
économiques, sociaux et culturels. La Représentante
spéciale recommande par conséquent d'adopter des
lois et des mesures destinées à garantir la sécurité
et l'ordre public qui reconnaissent la légitimité
d'une action pacifique pour donner effet à ces droits,
et notamment de la résistance aux menaces de violation.
La Représentante spéciale demande instamment aux
autorités judiciaires de redoubler d'efforts pour permettre
aux défenseurs des droits de l'homme de travailler dans
un environnement sûr.
Les magistrats sont en effet particulièrement bien placés
pour atténuer les pressions exercées sur ces personnes
par le biais de poursuites illicites ou malveillantes et de l'inscription
de leur activité légitime au rang des infractions,
en vertu de lois sur la sécurité nationale et l'ordre
public. En interprétant et appliquant les principes constitutionnels
et la loi dans le respect des droits de l'homme, les magistrats
peuvent contribuer de manière décisive à
protéger les défenseurs des droits de l'homme contre
les persécutions, en évitant des poursuites judiciaires
abusives.
La Représentante spéciale recommande aux gouvernements
de veiller à ce que les lois et les politiques tiennent
compte du droit des défenseurs des droits de l'homme d'accéder
aux informations et aux sites des violations présumées,
et à ce que les autorités compétentes reçoivent
la formation nécessaire pour lui donner pleinement effet.
Par ailleurs, et bien qu'elle souscrive pleinement au principe
selon lequel c'est à l'Etat qu'il incombe de garantir l'exercice
effectif des droits fondamentaux, la Représentante spéciale
demeure préoccupée par le fait que les défenseurs
des droits de l'homme soient la cible d'entités non étatiques.
Dans le cadre de la réforme de la Commission, écrit
encore Mme Jilani, il convient d'adopter des procédures
dans lesquelles l'évaluation de la situation des défenseurs
des droits de l'homme serait un indicateur essentiel du respect
par les Etats des normes relatives aux droits de l'homme
et de la prééminence du droit.
Les Etats doivent prendre des mesures pour que les auteurs
de violations des droits de l'homme répondent rapidement
et réellement de leurs actes dans le cadre de procédures
disciplinaires, civiles et pénales appropriées,
de façon à mettre fin à l'impunité.
La Représentante spéciale prie enfin instamment
les organisations de la société civile telles que
l'ordre des avocats, les syndicats et autres associations professionnelles
de soutenir les activités des défenseurs des droits
de l'homme et de se servir de leur influence pour les protéger.
Elle souligne en particulier que les médias ont le pouvoir
de faire avorter toute tentative de discrédit, de diffamation
ou de stigmatisation qui viserait les défenseurs des droits
de l'homme.
Deux additif au rapport concernent respectivement une recension des développements intervenus dans le domaine des défenseurs des droits de l'homme (Add.5) et une liste des communications faites aux Etats et des réponses reçues (Add.1).
S'agissant de sa mission en Israël et dans le territoire
palestinien occupé (Add.2), Mme Jilani se dit convaincue
qu'en raison de la situation exceptionnelle qui découle
du conflit et de l'occupation, il est nécessaire qu'une
communauté des droits de l'homme plus active réagisse
aux graves violations perpétrées contre la population
civile du territoire palestinien occupé. Or, les membres
de la communauté des droits de l'homme sont actuellement
affaiblis par les risques auxquels ils sont exposés et
par l'impunité de ceux qui portent atteinte à leur
droit à la vie, à la liberté et à
la sécurité physique. Les perspectives de paix et
de sécurité dans la région sont amoindries
par les restrictions imposées aux libertés en général
et, en particulier, à la liberté de défendre
les droits de l'homme.
La Représentante spéciale recommande au gouvernement israélien de mettre fin à l'occupation du territoire palestinien et, dans l'intervalle, d'accepter et de remplir ses obligations en vertu du droit international des droits de l'homme et du droit international humanitaire et de respecter les résolutions de l'Organisation des Nations unies. Pour les défenseurs des droits de l'homme, le mépris par Israël des normes internationales est la cause de graves préjudices, allant jusqu'au meurtre, et entrave notamment leur liberté d'expression, leur accès aux lieux où sont commises des violations ainsi que leur aptitude à uvrer pour que justice soit rendue aux victimes et à fournir une assistance humanitaire.
Affirmant que la résistance à l'occupation
est un droit légitime du peuple palestinien, la Représentante
spéciale recommande en outre au gouvernement israélien
de veiller à ce que toutes les activités pacifiques
pour la défense des droits de l'homme violés ou
menacés par l'occupation puissent se dérouler sans
crainte et sans risque. Elle demande également instamment
au gouvernement de ne plus utiliser la rétention administrative
contre les défenseurs des droits de l'homme.
A l'Autorité palestinienne, la Représentante
spéciale recommande de garantir le respect des droits de
l'homme et de l'Etat de droit et de veiller à ce que
les libertés fondamentales de la population palestinienne
soient pleinement rétablies et protégées
dans les régions placées sous son autorité
et son contrôle. Elle recommande de prendre des mesures
immédiates pour mettre fin à l'impunité des
auteurs de violations des droits de l'homme et d'enquêter
sur toutes les plaintes déposées contre des fonctionnaires
ou des agents privés qui menacent les militants des droits
de l'homme, notamment ceux qui défendent les droits des
femmes. La Représentante spéciale rappelle au gouvernement
israélien comme à l'Autorité palestinienne
que le "devoir de protéger" ne prime pas sur
le principe selon lequel "l'absence de paix et de sécurité
internationales n'excuse pas le non respect des normes internationales
relatives aux droits de l'homme et du droit international humanitaire".
Mme Jilani décrit sa mission au Brésil
(Add.4) en décembre 2005 dans un rapport disponible en
anglais uniquement.
LES DECLARATIONS DES PAYS CONCERNES
M. SÉRGIO ABREU E LIMA FLORENCIO (Brésil)
a commenté le rapport de la Représentante spéciale
du Secrétaire général pour les défenseurs
des droits de l'homme en faisant part de la participation croissante
de la société civile brésilienne pour protéger
les défenseurs des droits de l'homme dans le pays. En juillet
2004, les autorités brésiliennes ont mis en place,
conformément aux souhaits de la société civile,
un programme de protection des défenseurs des droits de
l'homme, a-t-il fait valoir..
M ITZHAK LEVANON (Israël), se référant au rapport de Mme Jilani, a apprécié son objectivité et la reconnaissance qu'Israël disposait d'un système démocratique propre à protéger la liberté d'expression et d'action. Il a indiqué avec regret que les préoccupations sécuritaires d'Israël n'avaient pas lieu d'être moins importantes, dans le contexte actuel marqué par des attaques contre des villages et des civils israéliens. Il a noté que dans ses réponses à ces actes, Israël continuerait de tenir compte des recommandations de la Représentante spéciale.
M. JOSEPH U. AYALOGU (Nigéria) a estimé
que le rapport de Mme Hina Jilani, était exhaustif et équilibré.
Ses conclusions montrent bien l'engagement du gouvernement nigérian
en faveur des droits de l'homme, avec notamment la création
d'une Commission nationale des droits de l'homme. Le représentant
a aussi relevé que la Rapporteuse spéciale se félicite
également de l'amélioration générale
de la sécurité des défenseurs des droits
de l'homme. Le représentant nigérian a assuré
le Conseil que son gouvernement avait pris bonne note des recommandations
et conseils figurant dans le rapport, qui seront repris dans ses
politiques des droits de l'homme. Il a aussi apporté une
précision quant au nombre d'allégations d'exécutions
extrajudiciaires - 750 selon le rapport -, estimant qu'il n'est
pas encore établi que ces victimes sont toutes des défenseurs
des droits de l'homme.
M. MOHAMMAD ABU-KOASH (Palestine), se référant également au rapport de Mme Jilani, a signalé que la puissance occupante ne distinguait pas les défenseurs des droits de l'homme des autres civils et qu'ils sont victimes des mêmes violations, notamment la détention arbitraire. La société palestinienne, a-t-il dit, est, de fait, une société "non-gouvernementale", en raison de l'occupation. Il a relevé que l'Autorité palestinienne ne pouvait pas, dans ces conditions exercer son pouvoir comme c'est le cas dans un pays souverain. Évoquant la situation de siège politique et économique imposée par Israël, il a noté qu'une partie des membres de l'Autorité palestinienne sont emprisonnés; d'autres doivent travailler sans salaire. Malgré cette situation, la communauté internationale attend des résultats. Il a invité tous les Rapporteurs à se rendre en Palestine à leur convenance et les a assurés de la pleine collaboration de l'Autorité palestinienne.
LES COMMENTAIRES DU RAPPORTEUR
MME HINA JILANI a répondu aux questions relatives à ses visites dans les pays. S'agissant de sa visite et son rapport sur le Brésil, elle a indiqué que les efforts - réels - du gouvernement pour faire appliquer les principes des droits de l'homme devaient se refléter à tous les niveaux du gouvernement, y compris au niveau régional. Elle a suggéré, pour ce faire, que le gouvernement central mette en uvre des initiatives fortes pour engager le dialogue avec les provinces et pour assurer que les normes internationales et nationales soient appliquées, et qu'il alloue à la réalisation de cet objectif les ressources appropriées.
Elle a par ailleurs référé le gouvernement
du Nigeria, qui avait demandé des détails sur les
lieux où avaient été commis des assassinats
de défenseurs des droits de l'homme, au paragraphe 88 de
son rapport.
Elle a aussi rappelé à la Palestine qu'elle avait
bien reconnu dans son rapport le contexte difficile dans lequel
l'Autorité palestinienne devait travailler, notant qu'il
demeurait néanmoins responsable d'assurer la protection
de son peuple et de promouvoir les droits de l'homme en Palestine.
Se référant à la réaction de la
communauté internationale à l'égard des représailles
dont sont victimes des défenseurs des droits de l'homme,
Mme Jilani a souligné qu'elle-ci se devait d'exprimer un
message très clair. Elle a aussi recommandé que
les cas de représailles soient enregistrés et qu'un
appel soit lancé de manière persistante pour traduire
en justice les responsables.
Source : Nations unies, Genève, septembre 2006.
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