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CONSEIL DES DROITS DE L'HOMME / NOVEMBRE 2006, 2e SESSION
__Le Conseil adopte une résolution sur le Darfour
Le Conseil des droits de l'homme a adopté, le
28 novembre 2006, par 25 voix pour, 11 contre et 10 abstentions,
une résolution dans laquelle constate avec préoccupation
la gravité de la situation des droits de l'homme et de
la situation humanitaire au Darfour et engage toutes les
parties à mettre fin immédiatement aux violations
des droits de l'homme et du droit international humanitaire, en
accordant une attention particulière aux groupes vulnérables,
notamment aux femmes et aux enfants.
Le Conseil se félicite par ailleurs de l'accord
de paix au Darfour signé à Abuja, ainsi que des mesures déjà prises pour le mettre en uvre.
Le Conseil avait auparavant rejeté des propositions
d'amendements présentées par le Canada et la Finlande
(au nom de l'Union européenne). Ces amendements rappelaient
"l'obligation fondamentale" du gouvernement
soudanais "de protéger toutes les personnes contre
les violations [des droits de l'homme], notamment les sévices
sexuels et autres formes de violence sexiste et l'utilisation
d'enfants soldats".
Plusieurs délégations ont fait des observations ou expliqué leur vote s'agissant du texte sur le Darfour. Le Soudan a pris la parole à titre de pays concerné.
LA RESOLUTION
Par une résolution sur le Darfour (A/HRC/2/L.44),
adoptée cet après-midi par 25 voix pour, 11 contre
et 10 abstentions, le Conseil se félicite de l'accord de paix au Darfour signé à Abuja ainsi que des mesures déjà prises pour le mettre en uvre. Il demande à toutes les parties qui ne l'ont pas encore fait de signer l'accord, conformément aux résolutions pertinentes de l'Organisation des Nations unies. Le Conseil constate avec préoccupation
la gravité de la situation des droits de l'homme et de
la situation humanitaire au Darfour et engage toutes les parties
à mettre fin immédiatement aux violations des droits
de l'homme et du droit international humanitaire, en accordant
une attention particulière aux groupes vulnérables,
notamment aux femmes et aux enfants, sans faire obstacle au retour
dans leurs foyers de toutes les personnes déplacées.
Le Conseil note que l'accord de paix au Darfour pose
les principes de la responsabilisation et de la lutte contre l'impunité.
Il enjoint toutes les parties de défendre les principes
qui sont applicables tant aux Etats qu'aux autres acteurs, et
de coopérer pleinement à l'application de cet instrument.
Le Conseil demande à toutes les parties, qu'elles aient
ou non signé l'accord de paix au Darfour, d'assurer le
plein et libre accès des observateurs du Haut-Commissariat
aux droits de l'homme déployés au Soudan à
tous les lieux où ils ont des tâches à accomplir,
et de veiller à la sécurité de l'aide humanitaire
qui doit parvenir intégralement et sans entrave aux personnes
dans le besoin au Darfour.
Le Conseil se félicite de la coopération
établie par le Gouvernement soudanais avec le Rapporteur
spécial sur la situation des droits de l'homme au Soudan,
et le prie de poursuivre et renforcer sa coopération avec
le Conseil et ses mécanismes. Le Conseil exhorte la communauté
internationale en général, et les pays donateurs
ainsi que les partenaires de paix en particulier, à honorer
leurs engagements d'aide et de fournir de toute urgence au gouvernement
soudanais l'assistance financière et technique dont il
a besoin pour promouvoir et protéger les droits de l'homme.
Ont voté pour (25). Afrique du Sud, Algérie,
Arabie saoudite, Azerbaïdjan, Bahreïn, Bangladesh, Brésil,
Chine, Cuba, Djibouti, Fédération de Russie, Gabon,
Inde, Indonésie, Jordanie, Malaisie, Mali, Maroc, Mexique,
Nigéria, Pakistan, Philippines, Sénégal,
Sri Lanka et Tunisie.
Ont voté contre (11). Allemagne, Canada, Finlande,
France, Pays-Bas, Pologne, République tchèque, Roumanie,
Suisse, Ukraine et Royaume-Uni.
Abstentions (10). Argentine, Equateur, Ghana, Guatemala, Japon, Maurice, Pérou, République de Corée, Uruguay et Zambie.
Avant l'adoption de la résolution sur le Darfour, le Conseil a rejeté, par 22 voix contre 20, et quatre abstentions, les propositions d'amendements présentées par le Canada et la Finlande (au nom de l'Union européenne) figurant dans le document A/HRC/2/L.48. Ces propositions d'amendements visaient notamment à demander au Conseil de prendre note avec inquiétude de la gravité de la situation des droits de l'homme et de la situation humanitaire au Darfour et de demander la cessation immédiate des violations persistantes des droits de l'homme. Ces propositions d'amendements visaient également à ce que le Conseil demande à toutes les parties de mettre un terme à l'impunité et de coopérer pleinement à la mise en uvre de l'Accord de paix pour le Darfour et des résolutions pertinentes de l'ONU.
Ont voté pour (20. Allemagne, Argentine, Canada,
Equateur, Finlande, France, Ghana, Guatemala, Japon, Mexique,
Pays-Bas, Pérou, Pologne, République de Corée,
République tchèque, Roumanie, Royaume-Uni, Suisse,
Ukraine et Uruguay.
Ont voté contre (22). Afrique du Sud, Algérie,
Arabie saoudite, Azerbaïdjan, Bahreïn, Bangladesh, Chine,
Cuba, Djibouti, Fédération de Russie, Gabon, Inde,
Indonésie, Jordanie, Malaisie, Mali, Maroc, Nigéria,
Pakistan, Sénégal, Sri Lanka et Tunisie.
Abstentions (4). Brésil, Maurice, Philippines
et Zambie.
OBSERVATIONS ET EXPLICATIONS DE VOTE
M. IDRISS JAZAÏRY (Algérie, au nom du Groupe
africain) a expliqué que de longues négociations
se sont tenues pour tenter d'aboutir à un accord sur ce
projet. Il a souhaité remercier l'Union européenne
pour la patience et la souplesse dont elle a fait preuve. Le représentant
a fait part de plusieurs changements possibles évoqués
durant les consultations, regrettant que l'Union européenne
ait finalement préféré s'en tenir revenir
au texte de base, y compris aux amendements qu'elle se proposait
d'y apporter. Le représentant a regretté cette décision,
se déclarant toutefois prêt à discuter encore
de ce projet.
M. VESA HIMANEN (Finlande, au nom de l'Union européenne)
a affirmé que l'Union européenne a engagé
des négociations sur la situation au Darfour en toute bonne
foi. Ce n'est pas seulement une différence technique entre
"des" rapports et "un" rapport dont il s'agit;
l'Union européenne pense que la situation au Darfour est
telle qu'il faut au minimum qu'un rapport spécifique soit
préparé par la Haut Commissaire, a expliqué
le représentant finlandais. Il y a eu d'autres désaccords
sur la question importante de l'impunité et il ne s'agit
pas là, encore une fois, d'un simple problème technique
mais bien d'un problème de fond, a-t-il poursuivi. Il a
ensuite présenté les amendements présentés
par sa délégation au projet de décision L.44
et figurant dans le document L.48.
M. IDRISS JAZAÏRY (Algérie, au nom du Groupe
africain) a précisé qu'une réunion avait
eu lieu le 16 novembre 2006 à Addis-Abeba, réunion
au cours de laquelle a été brossé un bilan
de la situation beaucoup plus positif que celui auquel vient de
conclure l'ambassadeur de la Finlande au nom de l'Union européenne.
Le représentant a dit ne pas partager par conséquent
le pessimisme qui vient d'être exprimé et indiqué
que le Groupe africain s'opposerait aux amendements proposés.
M. PAUL MEYER (Canada) a indiqué que la
situation au Darfour a été la source de graves préoccupations
de la communauté internationale, particulièrement
s'agissant de la situation des droits de l'homme. La 2e session
du Conseil, a poursuivi le représentant, a entendu de nombreuses
voix demander une réaction immédiate du Conseil.
De nombreux témoins ont fait état de violations
récentes conduisant à la mort de nombreux civils.
Les amendements de l'Union européenne et du Canada soulignent
à juste titre l'obligation du gouvernement soudanais de
protéger les civils, tout en appelant toutes les parties
à cesser leurs exactions contre les civils et à
lutter contre l'impunité. Les déclarations ne suffisent
pas, a affirmé le représentant; des mesures concrètes
sont nécessaires. Il a appelé au renforcement des
mécanismes de surveillance et invité le Conseil
à organiser une réunion pour discuter des mesures
à prendre. Il faut mettre un terme aux souffrances des
victimes de ce conflit, a conclu le représentant canadien,
et il appartient au Conseil d'agir sans tarder.
M. MOUSA BURAYZAT (Jordanie) a regretté
que le Conseil ne soit pas parvenu à un consensus sur le
texte de la décision relative à la situation au
Darfour. Prenant acte de cet échec, le représentant
jordanien a souhaité faire part d'un certain nombre de
commentaires s'agissant de ce qu'il a pu observer au sujet de
la situation au Darfour, à la suite d'une visite qu'il
y a effectuée sur invitation du gouvernement soudanais.
Le représentant a indiqué avoir désormais,
de la situation dans cette région, une image quelque peu
différente de celle traditionnellement donnée dans
les médias. On ne peut certes pas dire que la situation
au Darfour soit paradisiaque. Elle est difficile.
Mais le représentant a dit avoir la conviction que la
situation est différente de ce que l'on peut penser s'agissant
de la cause et des origines du conflit. Le Conseil doit être
au fait des réalités sur le terrain en se fondant
sur diverses sources avant de prendre les décisions qui
s'imposent, a déclaré le représentant jordanien.
Les amendements au texte initial du projet de résolution
L.44, présentés par la Finlande, ont une dimension
politique; or le Conseil doit se départir de tout ce qui
est politique pour se concentrer sur l'humanitaire.
M. JEAN-DANIEL VIGNY (Suisse) a indiqué
que sa délégation est en faveur des amendements
proposés par l'Union européenne figurant dans le
texte L.48.
M. IBRAHIM MIRGHANI IBRAHIM (Soudan) a réaffirmé
la volonté de son gouvernement de protéger les droits
de l'homme et de respecter les conventions internationales en
la matière. Le représentant a souligné que
les trois accords de paix signés entre 2005 et 2006 consacrent
ces principes et a réitéré la volonté
de son gouvernement de coopérer avec le Conseil des droits
de l'homme. Il a toutefois insisté sur l'importance que
les décisions de cet organe soient fondées sur de
fausses informations.
Pour écarter ce risque, le gouvernement a reçu
près de 470 délégations pour qu'elles prennent
connaissance de la situation. Depuis la signature de l'accord
de paix du 5 mai 2006, les progrès de la situation humanitaire
ont été manifestes, a fait valoir le représentant.
Ce dernier a regretté que les rebelles et les groupes hors-la-loi
continuent de rejeter l'accord de paix. Cet accord traitait pourtant
de manière appropriée des causes du conflit, a précisé
le représentant, réitérant le souhait de
son gouvernement de coopérer avec tous les mécanismes
des droits de l'homme, le Conseil, le Haut-Commissariat et les
organisations non gouvernementales. Pour conclure, le représentant
a remercié l'Union africaine pour l'effort qu'elle a consenti
dans le cadre des négociations avec l'Union européenne
et demandé au Conseil de voter contre les amendements de
l'Union européenne et en faveur du projet de résolution
du Groupe africain.
M. VESA HIMANEN (Finlande, au nom de l'Union européenne),
intervenant après le rejet de sa proposition d'amendement,
a fait part de sa profonde déception devant l'impossibilité
de parvenir à un accord. Il a rappelé que l'Union
européenne a maintes fois exprimé son inquiétude
face à la situation des droits de l'homme dans le Darfour
et sa grave préoccupation face à la culture d'impunité
croissante. Il a souligné que la responsabilité
incombe au premier chef au gouvernement du Soudan et a appelé
toutes les parties à mettre un terme à la violence
et à permettre l'acheminement de l'aide humanitaire. Le
représentant a, à cet égard, estimé
que la question de la responsabilité du gouvernement soudanais,
tout comme celle des autres parties au conflit, doit continuer
d'être évaluée par le Conseil.
Le représentant a aussi indiqué que la réunion
qui s'est tenue à Addis-Abeba le 16 novembre 2006 s'est
terminée sur des conclusions aux termes desquelles la communauté
internationale rappelle au Soudan son obligation de protéger
ses citoyens et de faciliter le travail de l'Union africaine.
Le projet L.44 n'arrive pas à refléter les préoccupations
relatives à la détérioration de la situation
des droits de l'homme au Darfour, a estimé le représentant.
Si l'on veut que le Conseil fasse une différence et se
montre efficace, il faut viser les résultats, ce que le
projet L.44 ne permet pas, a estimé le représentant
finlandais, ajoutant que, pour toutes ces raisons, sa délégation
voterait contre le projet de résolution.
M. NICHOLAS THORNE (Royaume-Uni) a déclaré
qu'il est difficile d'imaginer situation qui appelle de manière
plus urgente l'intervention du Conseil que celle qui prévaut
actuellement au Darfour. Il a rappelé que la situation
humanitaire ne cesse de se détériorer dans cette
région, que les civils y sont systématiquement pris
pour cibles, que l'on compte des milliers de personnes déplacées
et que les institutions des Nations unies éprouvent les
pires difficultés à accéder aux victimes.
Aux dernières nouvelles, a ajouté le représentant,
le Gouvernement soudanais a rejeté les plans pour l'envoi
d'une force de la paix mixte, africaine et internationale. Citant
le secrétaire général des Nations unies,
le représentant a déclaré que le Darfour
était "au bord du gouffre". Il a estimé
que cette situation est une épreuve pour le Conseil et
que celui-ci perdrait toute crédibilité s'il n'était
déterminé à se saisir que de la situation
prévalant au Moyen-Orient, en ignorant celles qui, comme
le Darfour, méritent son attention urgente.
M. JEAN-MAURICE RIPERT (France) s'est associé
à la déclaration faite par la Finlande au nom de
l'Union européenne. Il n'est pas concevable qu'une situation
d'une telle gravité ne soit pas traitée à
sa mesure par l'organe des Nations unies dont c'est le mandat,
a souligné le représentant. La France regrette
qu'il n'ait pas été possible de se mettre d'accord
sur un texte qui reconnaisse la responsabilité première
du gouvernement soudanais en matière de lutte contre l'impunité.
Cela conduit la France à se prononcer contre le projet
de texte qui est soumis au Conseil. Il faut que le Conseil reste
saisi de cette question aussi longtemps que nécessaire;
la France n'acceptera pas que le silence retombe sur les drames
dont sont victimes les femmes, les enfants et les hommes du Darfour,
a conclu le représentant français.
M. GALO LARENAS SERRANO (Equateur), intervenant
après l'adoption de la décision, a déclaré
que, de l'avis de son pays, la situation au Darfour exige une
attention de la communauté internationale eu égard
aux graves violations de droits de l'homme dont y sont victimes
les civils. L'Equateur s'est donc abstenu lors du vote sur le
texte du L.44.
M. DONG-HEE CHANG (République de Corée)
a déploré que le Conseil ne soit pas parvenu à
un consensus et ait dû voter sur une question aussi critique.
La situation des droits de l'homme au Soudan est très
préoccupante et l'accord de paix de mai 2006 n'a pas
inversé cette tendance, a rappelé le représentant.
Il a insisté sur la nécessité de prendre
des mesures rapides, soulignant qu'à cet égard le
Conseil doit offrir son assistance. Enfin, le représentant
a appelé toutes les parties à respecter l'accord
de paix, à mettre un terme à la violence contre
les civils, à assurer le rapatriement des personnes déplacées
et à négocier des solutions. Nous pensons que les
amendements présentés par l'Union européenne
auraient contribué à cibler davantage la résolution
et la rendre plus pertinente, a-t-il conclu.
M. GUSTI AGUNG WESAKA PUJA (Indonésie) a exprimé son soutien à la détermination de la communauté internationale d'agir pour améliorer la situation des droits de l'homme dans le monde. Ceci, a-t-il toutefois précisé, doit se faire par le biais du dialogue. Le représentant a réaffirmé que la situation au Darfour était complexe et que les efforts visant à sa résolution seront plus efficaces s'ils émanent des intervenants régionaux, raison pour laquelle l'Indonésie a soutenu le projet de résolution L.44.
Source : Nations unies, Genève, novembre 2006.
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