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BIRMANIE [MYANMAR], SEPTEMBRE 2007 | LA REPRESSION DE MANIFESTATIONS PACIFIQUES
__Chronique des morts annoncées
par Paulo Sergio Pinheiro
Combien de manifestations, combien de moines, combien de femmes devront se mobiliser afin de susciter l'émotion des Etats ? Combien de protestations pacifiques pour mobiliser la communauté internationale ? Combien de morts pour convaincre les acteurs internationaux de passer des mots à l'action ? On leur a enseigné les valeurs de la paix, de la non-violence ainsi que la protestation pacifique, mais on a été incapable de venir à leur secours.
Des images du "printemps de Prague", de Budapest, de Santiago du Chili, du Congo, du Rwanda viennent à notre esprit lorsqu'on regarde les scènes criminelles de répression que l'on aurait pu et su éviter. Depuis un mois, des signes que la situation au Myanmar [Birmanie] allait se détériorer étaient clairs et évidents. On relit, comme dans un script de film, les communiqués et les appels. La répression a été déclenchée il y a un mois.
En septembre, les détentions se sont accrues. On reprend les notes des conversations, des appels, des réunions que l'on a eues avec plusieurs acteurs de la scène internationale en annonçant le scénario que l'on voit aujourd'hui et qu'il aurait fallu éviter. Je revois les interviews que j'ai données jusqu'à hier. Je me révoltais une nouvelle fois face à une tragédie qui se déroulait, tout on me préparant à nouveau à regretter les prisonniers, les morts et les disparus.
Il y a sept ans que je suis le rapporteur spécial de la Commission des droits de l'homme - aujourd'hui le Conseil des droits de l'homme. Lors de la présentation de mon rapport à l'Assemblée générale en 2006, un éminent membre du Conseil de sécurité me rappelait que les rapporteurs ne devaient pas faire pression ou recourir à la confrontation politique. Je répondais que pour moi ces mots n'existaient pas. Il serait d'ailleurs ridicule que les rapporteurs ne soient que des témoins ou des porte-parole des victimes.
J'avoue qu'il s'agit d'un équilibre difficile, car nous avons l'obligation de documenter publiquement les violations tout en coopérant avec le gouvernement. Depuis 2003, les autorités du Myanmar ne m'invitent plus dans leur pays, même si j'ai un dialogue respectueux et courtois avec les représentants de ce pays. Ce dialogue limité se poursuit actuellement.
L'impuissance que la communauté internationale a démontrée vis-à-vis de la présente crise birmane est, à mon avis, une conséquence de la spécificité absurde avec laquelle on traite ce pays depuis des décennies. Dans la lutte contre la menace communiste, ou maintenant dans le cadre de la guerre "globale" contre le terrorisme, plusieurs démocraties dans le monde font des alliances avec des régimes autoritaires, tyranniques et autocratiques.
Pour certains de ces pays, l'aide aux populations est des douzaines de fois plus large que celle octroyée au peuple du Myanmar et quelquefois on suspend d'une manière irresponsable l'appui aux programmes sur le sida, la tuberculose et la malaria en politisant l'aide humanitaire. Avec la globalisation, l'on ne peut plus prétendre imposer par la force des principes que nous jugeons universels à des nations qui s'assurent d'immenses ressources politiques et économiques. Dans le cas du Myanmar, des décennies d'isolement du régime n'ont apporté ni la démocratie ni les libertés fondamentales. Depuis des années, il était clair que la voie royale pour promouvoir la transition politique et le développement international était un partenariat authentique avec les grandes puissances et les pays de la région.
Plus que jamais, la quiète diplomatie devrait se poursuivre malgré tous les conflits et toutes les guerres de mots. Il a été prouvé que des déclarations grandioses, pleines d'indignation, étaient inefficaces pour le destin des victimes de l'autoritarisme. Et qu'une coordination entre les pays impliqués dans cette action était essentielle. Dans le déroulement de la présente crise, il est clair que seule une action coordonnée de la part des membres permanents du Conseil de sécurité et d'autres pays pourrait démontrer aux autorités du Myanmar que la voie de la répression brutale est inadmissible. Les conséquences pour les pays voisins, comme l'afflux de réfugiés, seraient une catastrophe pour la stabilité de la région.
La crise ouvre une porte afin d'aider à mettre en place un processus d'engagement, avec l'appui des Nations unies et des Etats membres. Le Conseil des droits de l'homme est encouragé à saisir l'occasion de coordonner les efforts : il s'agit de démontrer que la communauté internationale est à la hauteur du pacifisme courageux des hommes, femmes et moines qui osent faire face à l'autoritarisme au Myanmar.
Paulo Sergio Pinheiro, Rapporteur spécial du Conseil des droits de l’homme des Nations unies pour la Birmanie. Point de vue publié par le quotidien Le Monde, Paris, 29 septembre 2007.

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