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CONSEIL DES DROITS DE L'HOMME, GENEVE, MARS 2008 | SEPTIEME SESSION, LA SITUATION AU TIBET
__Plusieurs délégations appellent les autorités chinoises à faire preuve de modération au Tibet

A l'occasion du débat sur le "suivi et l'application de la Déclaration et du Programme d'action adoptés à l'issue de la Conférence mondiale sur les droits de l'homme tenue à Vienne en 1993", organisé par le Conseil des droits de l'homme, le 25 mars 2008, à Genève, certaines délégations ont fait part de leur préoccupation face à la situation au Tibet, appelant notamment les autorités chinoises à faire preuve de modération.

Ces interventions ont suscité des motions d'ordre répétées, essentiellement de la part de la Chine qui, appuyée par d'autres délégations, a estimé que les déclarations portant sur des pays spécifiques ne s'inscrivaient pas dans le débat du jour. La Chine a exercé le droit de réponse en fin de séance.

LES INTERVENTIONS

M. ANDREJ LOGAR (Slovénie, au nom de l'Union européenne) a indiqué que l'Union européenne est préoccupée par les informations faisant état de troubles au Tibet et appelle les deux parties à la retenue, a déclaré le représentant. L'Union européenne exhorte les autorités chinoises à s'abstenir de recourir à la force contre les personnes impliquées dans les manifestations. Elle demande aussi aux manifestants de renoncer à la violence.

L'Union européenne appelle les autorités à réagir aux manifestations dans le respect des droits de l'homme reconnus au plan international. Par ailleurs, l'Union européenne rappelle l'importance qu'elle attache à la liberté d'expression et au droit de manifester pacifiquement. Elle soutient sans réserve les principes de la réconciliation pacifique et encourage les deux parties à engager un dialogue de fond constructif, susceptible de garantir le respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales des Tibétains, notamment de la liberté de religion et de croyance.

MME MURIEL BERSET (Suisse) a rappelé les droits de l'homme sont universels et indivisibles. Leur réalisation doit s'enraciner dans le contexte historique et culturel. Ceci est particulièrement vrai dans des situations préoccupantes comme celle du Tibet, où il importe que soit renoué d'urgence le dialogue entre toutes les parties.

La Suisse lance à tous un appel au calme et à la modération. Elle appelle les autorités chinoises à renoncer à tout recours démesuré à la force. Les personnes qui ont manifesté doivent être libérées sans délai et les personnes détenues dans ce contexte doivent être traitées en stricte conformité avec les normes internationales en matière de droits de l'homme. Il importe qu'au Tibet comme ailleurs en Chine et dans le monde, les droits civils, culturels, économiques, politiques et sociaux puissent être réalisés pour tous, a conclu la représentante.

M. WARREN TICHENOR (Etats-Unis) s'est dit profondément préoccupé par les violences, arrestations et assassinats qui ont suivi les protestations pacifiques de Lhassa. Il a souligné que les manifestations se sont propagées à d'autres régions de Chine.

Le représentant américain s'est aussi dit inquiet face au manque de rapports objectifs sur la situation tibétaine en raison du refus du gouvernement chinois de permettre l'accès aux journalistes, diplomates et observateurs internationaux dans ces régions.

Les restrictions d'accès pour les médias internationaux dans les zones tibétaines sont contraires aux engagements pris par la Chine auprès du Comité olympique, a-t-il souligné. Il a ajouté que son pays est préoccupé par la rhétorique officielle de la Chine et l'opposition de ce pays à permettre des informations indépendantes relatives à ces événements. Le représentant américain a ensuite exhorté la Chine à respecter les droits fondamentaux de tous ses citoyens à exprimer leurs opinions politiques et religieuses et a appelé ce pays à relâcher les moines et les autres personnes qui ont été emprisonnées pour le seul motif d'avoir exprimé leurs points de vue. Il a également encouragé ce pays à engager un dialogue direct avec le Dalaï-lama, de sorte à apaiser les tensions qui ont cours dans les zones tibétaines.

MME MIRANDA BROWN (Australie, au nom également du Canada) s'est dite très préoccupée par les pertes de vie au Tibet et a encouragé la Chine à faire preuve de modération et à permettre le libre accès au Tibet. La représentante a exhorté la Chine à permettre l'accès au Tibet pour la presse et les médias étrangers.

ORGANISATIONS NON GOUVERNEMENTALES

M. NGAWANG CHOEPHEL (Asian Indigenous and Tribal Peoples Network, au nom également de plusieurs organisations non gouvernementales) a exprimé sa vive condamnation des actes de répression qui frappent le Tibet. Il a prié le Conseil de lancer un appel aux autorités chinoises afin qu'elles reçoivent une mission dans le cadre des procédures spéciales. L'intervenant s'est également demandé pourquoi le silence soit devenu la norme face aux violations des droits de l'homme et pourquoi la pratique de deux poids, deux mesures et la sélectivité s'appliquent pour le Tibet. Il a enfin demandé pourquoi ce Conseil soutient une "culture de l'impunité" alors que les Nations unies se sont engagées à lutter contre ce phénomène.

[ Déclaration conjointe. Asian Indigenous and Tribal Peoples Network; Forum asiatique pour les droits de l'homme et le développement; Center for Organization Research and Education; Asia Pacific Forum on Women, Law and Development; Solidarité des peuples pour la démocratie participative; Pax Romana; Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP); Société pour les peuples en danger; France Libertés – Fondation Danielle Mitterrand; et Mouvement international de la réconciliation.]

M. GIANFRANCO FATTORINI (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples - MRAP) a tenu à souligner l'engagement de la communauté internationale en faveur de l'autodétermination des peuples, notamment les peuples sahraoui et tibétain. Il a en outre rappelé que la Chine, qui compte près du quart de la population mondiale, n'est nommée qu'une seule fois dans le document pertinent parmi les pays qui ne se sont pas encore dotés d'une institution nationale de défense des droits de l'homme respectant les Principes de Paris. Il a exprimé le voeu qu'à l'approche des Jeux Olympiques de Pékin, la Chine déploie la même volonté et la même énergie pour se doter rapidement d'une institution nationale des droits de l'homme.

Le temps de deux poids deux mesures est révolu, a-t-il rappelé le représentant, soulignant que les moines et le peuple tibétains méritent la même attention de la part de ce Conseil que les moines et les peuples de Birmanie.


MME PATRIZIA SCANELLI (Amnesty International), rappelant que la Déclaration de Vienne reconnaît le droit des minorités, a fait part de sa profonde préoccupation face aux violations des droits de l'homme commises lors des récents événements dans la région autonome du Tibet et dans les régions voisines. Les protestations initiales des Tibétains semblent avoir été pacifiques et réprimées en violation des droits à la liberté d'expression, d'association et de réunion, a-t-elle souligné.

Ces personnes ont été attaquées en raison de leur identité ethnique, a affirmé la représentante. La Déclaration de Vienne ne peut être mise en oeuvre dans l'abstraction, a-t-elle insisté. La représentante d'Amnesty International a également rappelé que cette Déclaration affirme que la protection et la promotion des droits de l'homme doit être une préoccupation internationale.

M. TENZIN KAYTA (Société pour les peuples en danger) a déclaré que les défenseurs des droits de l'homme jouent un rôle crucial dans la surveillance des situations des droits de l'homme. En leur absence, des arrestations arbitraires et des disparitions forcées se déroulent actuellement au Tibet sur une grande échelle, a dit le représentant, indiquant que trente universitaires ont lancé, le 22 mars, un appel en douze points demandant notamment l'ouverture de négociations directes avec le Dalaï Lama.

M. LUKAS MACHON (Commission internationale de juristes - CIJ) a tenu à attirer l'attention du Conseil sur la dégradation de la situation des droits de l'homme au Tibet, tout en tenant compte de l'appel du Président de ne pas mentionner de pays spécifique. Chacun a le droit de s'exprimer librement, de manifester pacifiquement, la répression à l'égard de dissensions politiques ne peut qu'aviver les tensions, a-t-il déclaré. La CIJ est préoccupée par le destin de ceux qui ont été arrêtés et demande à tous les Gouvernements de traiter tous les détenus conformément aux standards internationaux, en faisant notamment en sorte qu'ils ne soient pas soumis à la torture et qu'ils soient en contact avec leur famille. Toute personne arrêtée doit être informée des chefs d'accusations, a-t-il poursuivi, en notant que la CIJ souhaite la mise en place d'enquêtes indépendantes internationales sur les violations des droits de l'homme dans le monde. La CIJ pense en outre que le peuple tibétain a droit à l'autodétermination.

MME CLAUDE LEVENSON (Association pour l'éducation d'un point de vue mondial, au nom également de l'Union internationale humaniste et laïque) a attiré l'attention sur ce qui se passe sur "le toit du monde" et s'est étonnée du silence assourdissant du Conseil à propos des événements qui y ont cours.

M. GEORGE GORDON-LENNOX (Reporters sans frontières - international) a déploré que l'application de droits internationalement reconnus, comme le droit à la liberté d'expression, soit étouffée dans au moins un des Etats de l'Asie. Le droit de la presse y est bafoué, les journalistes étrangers étant empêchés de travailler dans les zones affectées par l'agitation. Après avoir vidé la région des éléments qu'elles jugent indésirables, notamment les journalistes, les autorités de ce pays procèdent, sans témoins, à la répression, a dénoncé le représentant.

MME JULIE DE RIVERO (Human Rights Watch) a condamné la répression contre les groupes minoritaires - comme celle dont nous avons été témoins sur nos petits écrans ces dernières semaines. Elle s'est également inquiétée du contrôle strict de l'information sur une zone où vit une minorité et a appelé les gouvernements à relâcher les membres de minorités qui sont victimes de l'arbitraire. Elle a rappelé que les droits des minorités sont prévus par les instruments internationaux et a insisté sur l'importance qu'elle accorde, dans ce contexte, au droit à la liberté d'expression et à l'accès des journalistes nationaux et internationaux pour relater ce qui se passe dans les zones où des violations sont commises. Elle s'est en outre dite favorable à des missions du Haut Commissariat aux droits de l'homme sur le terrain. La répression de minorités exilées constitue également un sujet de préoccupation, a-t-elle ajouté. Elle a fait part de son inquiétude face à la manière dont est bafoué, ici au Conseil, l'esprit de la Déclaration de Vienne, en particulier pour ce qui est de la liberté d'expression, déplorant à cet égard l'attitude de la Chinependant le débat.

EXERCICE DU DROIT DE REPONSE



M. QIAN BO (Chine) a déploré les ingérences délibérées dans les affaires des autres Etats de la part notamment de l'Union européenne, la Suisse et l'Australie.

Face aux remarques de ces délégations, le représentant chinois a notamment fait remarquer que les actes criminels de violence menée par un petit nombre de personnes dans certaines régions de la Chine ne constituent pas des manifestations pacifiques. Des crimes graves ont été commis; des civils innocents ont été blessés ou tués; la vie et les biens de personnes ont été menacés; et l'ordre public a été troublé.

Le représentant chinois a souligné que ces actes ont été inspirés par la "clique du Dalaï" et perpétrés par les forces séparatistes. Il a ainsi fustigé les volontés séparatistes du Dalaï-lama et ses fausses prétentions de pacifisme. Revenant aux allégations faites par ces délégations devant le Conseil, le représentant chinois a souligné qu'elles sont sans fondement. Il a rappelé que les fonctionnaires chinois ont réagi conformément à la loi pour rétablir l'ordre.

Les Etats cités ont eux aussi déjà agi de façon drastique pour des manifestations dans leurs propres pays, a-t-il fait observer. Ils confondent le bien et le mal et leurs propos témoignent de leur attitude fondée sur deux poids deux mesures, a-t-il ajouté. A la délégation suisse, il a dit qu'elle devrait plutôt honorer les engagements qu'elle a pris lors de la Conférence de Vienne relatifs aux bonnes relations diplomatiques. Aux Etats-Unis, il a proposé de s'intéresser plutôt aux violations des droits de l'homme qu'ils commettent en Irak et ailleurs. Quel autre Etat du monde ose ainsi violer les droits de l'homme, a-t-il demandé ?

Le représentant chinois a ensuite rappelé que les questions internes à son pays ne sont pas de la compétence du Conseil et n'ont rien à voir avec le fonctionnement du Conseil. Le gouvernement chinois est capable de s'occuper tout seul de ses affaires internes, a-t-il conclu.

Source : Nations unies, Genève, mars 2008.
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