La Suisse et les réfugiés à lépoque du national-socialisme
__10 décembre 1999, une Déclaration officielle du Conseil fédéral / La Suisse, en cette sombre période de l'histoire de l'humanité, n'a pas répondu autant qu'elle aurait pu et dû le faire à sa tradition humanitaire
| LES PRINCIPAUX POINTS DE LA DECLARATION |
"Le rapport Bergier nous rappelle que la Suisse, en cette sombre période de l'histoire de l'humanité, n'a pas répondu autant qu'elle aurait pu et dû le faire à sa tradition humanitaire", a souligné, le 10 décembre 1999, le Conseil fédéral (gouvernement) dans une déclaration officielle, après la publication du rapport de la Commission Bergier sur l'attitude de la Suisse à l'égard des réfugiés juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. |
"Notre politique de l'époque a aussi été marquée par des erreurs, des omissions et compromissions", déclare le Conseil fédéral. On ne ce peut cependant pas parler de "complicité légale", a expliqué Ruth Dreifuss, la présidente en exercice de la Confédération, ajoutant : "nous ne sommes pas des juges". Le Conseil fédéral a fait observer que la publication du rapport Bergier n'implique nullement l'ouverture d'une procédure à caractère juridique. Aussi n'a-t-il pas l'intention de lancer, sur cette base, des procédures de dédommagements, par exemple pour les cas Sonabend et Spring. Pour ces derniers, le Tribunal fédéral a été saisi et c'est lui qui tranchera.
Ruth Dreifuss a en outre déclaré que l'antisémitisme traditionnel en Suisse durant la période de la Deuxième Guerre mondiale "n'avait pas une dimension d'extermination propre à l'Allemagne nazie et n'avait jamais été un programme politique". Dans sa déclaration, le Conseil fédéral relève qu'une "très grande majorité de la population a rejeté l'idéologie raciste des nazis".
Enfin, le Conseil fédéral a tenu à rappeler la pertinence des excuses prononcées en 1995 par le président de la Confédération Kaspar Villiger, notamment à cause du "J" inscrit avant et pendant la guerre dans les passeports des Juifs.
La Déclaration officielle du Conseil fédéral
Voici les principaux points de la déclaration lue le vendredi 10 décembre 1999, au Palais fédéral, à Berne, par Ruth Dreifuss, en tant que présidente en exercice de la Confédération, et en présence du ministre suisse des affaires étrangères, Joseph Deiss : |
"Le rapport de la Commission indépendante d'experts - Commission Bergier - représente une contribution fondamentale à une meilleure connaissance de la politique d'asile suisse au temps du national-socialisme." [...]
"Une très grande majorité de notre population a rejeté l'idéologie raciste des nazis. Quant à notre pays, en dépit des circonstances très difficiles auxquelles il se trouvait confronté, il a su rester un îlot de liberté et de démocratie au coeur d'une Europe livrée à la barbarie nazie. Le Conseil fédéral rend hommage à nos concitoyens de l'époque qui y ont contribué." [
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"Le rapport nous rappelle que la Suisse, en cette sombre période de l'histoire de l'humanité, n'a pas répondu autant qu'elle aurait pu et dû le faire à sa tradition humanitaire. Le Conseil fédéral en a pleine conscience. C'est pourquoi, il tient à rappeler les excuses prononcées en son nom en 1995* par le Président de la Confédération. Ces excuses conservent toute leur pertinence à la lumière du présent rapport. [
] Notre politique de l'époque a aussi été marquée par des erreurs, des omissions et compromissions".
"Le Conseil fédéral [...] estime qu'il aurait été souhaitable de tenir davantage compte, dans l'appréciation de la politique suisse, du cadre international. En effet, la problématique des réfugiés à l'époque du national-socialisme est marqué par l'échec collectif des politiques d'asile des Etats d'alors qui, à l'encontre des principes humanitaires et éthiques, eurent pour effet d'abandonner des centaines de milliers de personnes sans défense à la barbarie nazie." [
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"La prise de conscience que suscite un tel rapport ne doit pas nous induire à juger les responsabilité d'alors sur la base des sensibilités contemporaines. Au contraire, elle doit nous engager pour l'avenir, afin de ne jamais répéter les erreurs du passé. Pour le Conseil fédéral, c'est l'occasion de confirmer l'engagement de notre pays au service des droits de l'homme." [
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"A l'aube d'un nouveau millénaire, notre pays se doit d'être l'un des moteurs dans l'immense tâche qu'est la promotion du respect de la dignité humaine et de la paix entre les peuples. L'on ne saurait toutefois aborder ce défi sans préserver la mémoire des leçons de toutes les tragédies que notre siècle a engendrées. Nous devons cet acte de mémoire au souvenir des victimes. Nous le devons aussi et surtout à nous-mêmes et à nos descendants".
* En 1995, Kaspar Villiger, en tant que président en exercice de la Confédération, avait présenté des excuses officielles après les révélations selon lesquelles dès1938 les autorités suisses avaient pris l'initiative d'apposer un tampon avec la lettre "J" sur tous les passeports des juifs allemands cherchant à entrer en Suisse. |
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