droitshumains.org
XXIe siècle
La Suisse pendant la Seconde Guerre mondiale




>Retour
Suisse : 2e Guerre mondiale

La Suisse et les réfugiés à l’époque du national-socialisme

__17 févier 2000 / La Déclaration du Conseil d'Etat de Genève au Grand Conseil relative à la politique des réfugiés durant la Seconde Guerre mondiale


Monsieur le président,
Mesdames et Messieurs les députés,

A l'heure où la Suisse s'interroge sur la politique menée à l'égard des réfugiés durant la Seconde Guerre Mondiale et tente d'apporter des réponses objectives aux questions posées, il appartient au gouvernement genevois de contribuer à cette démarche.

En effet, durant cette période de guerre, notamment à partir de 1942, Genève est devenue le principal passage frontalier pour les réfugiés.

Même si la politique restrictive pratiquée à l'égard de certaines catégories de réfugiés, notamment ceux de confession juive était placée sous la responsabilité du Conseil fédéral, sa mise en oeuvre reposait en partie sur le canton.

Dans une situation marquée par la peur, l'égoïsme et l'indifférence, cette politique restrictive a investi quelques personnes d'un pouvoir énorme, le droit de décider du sort des réfugiés.

Certains souffrirent de la responsabilité qui leur incombait et mirent tout en oeuvre pour autoriser les réfugiés à entrer en Suisse. De grandes personnalités, telles que Paul et Régine de Saugy ou Odette Micheli, jouèrent un rôle important pour la Résistance ou organisèrent l'accueil de centaines d'enfants à Genève. Et de simples citoyens, généralement anonymes, ne tinrent aucun compte de cette politique fédérale restrictive, mettant en jeu leur carrière et leur liberté pour permettre à des réfugiés d'entrer dans notre pays et d'y trouver la sécurité.

Le Conseil d'Etat rend hommage à ces hommes et à ces femmes qui, par leur courage et leur générosité, ont contribué à sauver des vies. Il leur en est profondément reconnaissant.

Monsieur le président,
Mesdames et Messieurs les députés,

Le Conseil d'Etat doit aussi reconnaître que, dans cette situation de guerre, des hommes se trouvèrent subitement placés à des postes importants qui les dépassaient et devinrent des personnages influents.
Certains cédèrent à la tentation d'abuser de leur pouvoir aux dépens d'êtres humains sans défense. D'autres excédèrent les directives fédérales : ainsi, malgré l'interdiction fédérale de refouler les réfugiés vers des territoires sous domination allemande, on continua, à Genève, de renvoyer des réfugiés en France occupée, parfois en leur faisant passer la frontière de manière à ce qu'ils tombent dans les mains des Allemands, comme l'établit le rapport de la commission Bergier.

Ayant eu connaissance de ces faits avec émotion et tristesse, le Conseil d'Etat exprime ses profonds regrets aux victimes et à leurs familles.

Monsieur le président,
Mesdames et Messieurs les députés,

Nous devons conserver la mémoire de ces faits. Et, de même que nous nous félicitons des actes courageux des hommes et des femmes qui ont su agir selon les exigences de la morale, nous devons aussi déplorer l'attitude de ceux qui savaient et qui n'ont pas agi.

Il y a là un devoir de mémoire par respect pour ceux qui ont disparu et pour leurs descendants, mais aussi par respect pour nous-mêmes et pour nos descendants.

C'est pourquoi le Conseil d'Etat s'associera aux différentes manifestations qui marqueront, à Genève, la première projection d'un film retraçant cette époque et ces pratiques au travers de la vie de Monsieur Wander.

Conseil d'Etat, Genève, 17 février 2000. Déclaration prononcée par M. Carlo Lamprecht, vice-président du Conseil d'Etat.Up