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Suisse : 2e Guerre mondiale |
La politique intérieure et extérieure de la Suisse
__Les aspects positifs de la politique menée par la Suisse
| La Suisse pendant la seconde Guerre mondiale : le point de vue des autorités fédérales. Document du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), 1998. |
| I Bons offices | II Neutralité | III Utilité de la Suisse comme place financière pour les Alliés - Commerce | IV Rôle de l'industrie d'armement suisse pour les Alliés | V Jugements alliés favorables à la Suisse |
Introduction
- Pendant la guerre la Suisse a accueilli un nombre considérable de réfugiés.
- Pendant les années 1933-1945, aucun autre pays dans le monde n'a représenté les intérêts d'autant d'Etats que la Suisse.
- Le CICR et de nombreuses organisations d'entraide ont trouvé en Suisse une base idéale pour leurs activités.
- La radio et la presse ont acquis une importance internationale pendant la guerre.
- Par rapport aux puissances de l'Axe, les Alliés ont profité à grande échelle et bien davantage de la place financière suisse.
- Malgré les conditions extrêmement difficiles et la pression considérable exercée par l'Allemagne nazie, la Suisse a maintenu le commerce avec les pays d'Outre-mer et les pays alliés.
- La Suisse a fourni au mieux de ses capacités les pays alliés en matériel d'armement.
- L'importance conférée par les Alliés à une Suisse neutre, humanitaire, indépendante et démocratique ressort clairement d'un rapport des services secrets daté de 1943 et, fait marquant, dans les lettres des deux plus importants hommes d'Etat occidentaux de l'époque, Messieurs Churchill et Roosevelt.
Contrairement aux Britanniques, par exemple, les Américains peu familiarisés avec la politique militaire de la Suisse et assez portés sur une approche idéologique des choses ont eu de la peine à comprendre l'attitude du gouvernement de Berne qui, hésitant entre l'adaptation et la résistance, fut bien forcé par le tour que prirent les événements après juin 1940 (effondrement de la France) de regarder surtout du côté de l'Axe. Et bien souvent, les pressions de deux régimes criminels ne laissèrent guère d'autre solution à la Suisse que de plier.
La Suisse était confrontée à une puissance hégémonique qui ne reculait devant rien. Le Reich était d'ailleurs son principal partenaire commercial avant même que les nazis ne prennent le pouvoir.
I / Bons offices
- La Suisse reçut un nombre considérable de réfugiés : la dizaine de milliers de personnes qui s'y trouvaient déjà avant le début des hostilités fut rejointe par 104 000 militaires, 55 000 civils et 67 000 réfugiés frontaliers. Dans le total se trouvaient quelque 21 000 personnes d'origine juive (29 000 au total entre 1933 et 1952, pour des périodes plus ou moins longues). Il faut aussi y ajouter 60 000 enfants environ venus séjourner en Suisse, au moins pour des vacances.
- La Suisse a été le pays par excellence qui a représenté les intérêts des autres pendant la guerre : pas moins de 43 nations (dont presque toutes les grandes puissances) et un total de 200 mandats. Les Etats-Unis en ont également bénéficié, car la Confédération les a représentés dans 12 pays ; et c'est par la diplomatie suisse qu'ils reçurent l'offre de capitulation japonaise. La Suisse assurait également la représentation diplomatique et consulaire des Etats-Unis dans les pays avec lesquels Washington avait rompu les relations diplomatiques.
- Les services de Berne furent particulièrement précieux en ce qui concerne l'inspection des camps de prisonniers sous contrôle allemand et japonais, ce dont profitèrent notamment les soldats américains.
- Le CICR, de nombreux services étrangers et organisations d'entraide internationales opérèrent depuis le territoire suisse, dont 17 organisations juives qui n'auraient pu agir efficacement sans le soutien de partenaires chrétiens, socialistes ou autres sur place. L'aide revêtit aussi par exemple la forme de fournitures d'argent et de biens dans des territoires occupés par l'Allemagne ce que les Alliés (qui prétendaient avec mauvaise fois ne rien savoir de la grave menace pesant sur les Juifs) virent souvent comme une "aide hostile".
- Au-delà de l'action de l'Etat, il y eut de nombreuses initiatives individuelles de Suisses, dans le pays comme à l'étranger. Gertrud Kurz, la "mère des réfugiés", ou Carl Lutz, alors vice-consul à Budapest, pour ne citer qu'eux, ont incarné des sentiments profondément enracinés dans la population.
II / Neutralité
- La Suisse a largement respecté les obligations que lui créait sa neutralité en droit international, et ce malgré les puissantes pressions exercées surtout par l'Allemagne.
- Par la radio, et en particulier par les émissions hebdomadaires de Jean-Rodolphe von Salis en langue allemande et de René Payot en langue française, la Suisse a contribué à faire connaître le véritable état des choses. L'effet psychologique de cette information fut considérable dans l'Europe occupée. Dans la presse écrite, malgré la censure et l'autocensure, la majorité des organes alémaniques ont constamment laissé percer l'attitude favorable aux Alliés de la plus grande partie de la population et son attachement à l'indépendance et à la neutralité.
- Le commandement militaire a toujours clairement indiqué qu'il était déterminé à répondre par les armes à toute attaque des puissances de l'Axe.
III / Utilité de la Suisse comme place financière pour les Alliés / Commerce
Pour les Alliés, la Suisse constituait une place financière leur offrant de très précieux services pour leurs ventes d'or et de dollars. Entre 1940 et 1945, ils sollicitèrent de la Banque nationale suisse au moins 2,7 milliards de francs, dont ils avaient besoin pour réaliser quatre objectifs: (1) pour leurs indispensables importations de produits de précision nécessités par la guerre, comme les diamants industriels , (2) pour leurs représentations diplomatiques , (3) pour leurs services d'information , (4) pour le transfert des produits de leurs capitaux. Les avances consenties par la Banque nationale suisse aux Alliés dépassaient celles qu'elle avait accordées au Reich, et il en était déjà ainsi avant l'hégémonie allemande (1940-1943) ! De plus, les transactions sur or de la Banque nationale étaient plus importantes avec les Alliés qu'avec les puissances de l'Axe. Elle acquit auprès de ces dernières pour 1 360 millions de francs d'or, mais pour 1 758 millions de francs auprès des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne.
- Pendant la guerre, la Suisse exporta pour 1,7 milliard de francs outre-mer et dans les pays alliés, dont elle importa pour 2 milliards de francs Cela correspond tout de même à un tiers environ du commerce avec l'Axe, même en ces temps difficiles - et cela malgré des voies et des conditions de transport défavorables. Berlin tenta à plusieurs reprises, mais finalement en vain, de forcer la Suisse à interrompre toute relation économique avec les Alliés.
IV / Rôle de l'industrie d'armement suisse pour les Alliés
- La Suisse avait fait de son mieux pour fournir aux Alliés des produits d'armement, et notamment des produits de précision, comme des pierres d'horlogerie. Après la chute de la France, en 1940, ces livraisons se déroulèrent dans des conditions particulièrement difficiles (double blocus). Il faut aussi noter à ce propos que c'est à l'insistance des Alliés (alors la France et la Grande-Bretagne) que le Conseil fédéral abrogea en avril 1939 l'interdiction d'exportation de matériel de guerre. Ces deux pays ont ensuite considérablement profité aussi, jusqu'en juin 1940, de l'industrie d'armement suisse, alors que les commandes allemandes n'ont guère pesé jusqu'à ce moment : un peu moins de 150 000 francs jusqu'au mois de mars 1940, tandis que celles des deux pays de l'Ouest se montaient à 264 millions de francs. Jusqu'au milieu de l'année 1940, le déséquilibre a été très nettement en faveur des Alliés. En octobre 1940, Mussolini écrivit à Hitler que la Suisse était la dernière position de la Grande-Bretagne sur le continent ; une fois encore, les Allemands reprochèrent à la Suisse de prendre le parti économique des Alliés et de violer ainsi sa neutralité.
- En ce qui concerne les livraisons de matériel de guerre à l'Allemagne, rappelons ici qu'elles ne représentaient qu'un pour-cent de la capacité d'armement allemande et n'ont donc guère eu d'impact militairement parlant.
V / Jugements alliés favorables à la Suisse
Voici encore les trois principaux jugements en faveur de notre pays prononcés sur l'attitude de la Suisse par des personnalités alliées au-dessus de tout soupçon.
- Winston Churchill, le 3 décembre 1944 à Anthony Eden, secrétaire d'Etat britannique aux affaires étrangères :
"Of all the neutrals Switzerland has the greatest right to distinction. She has been the sole international force linking the hideously-sundered nations and ourselves. What does it matter whether she has been able to give us the commercial advantages we desire or has given too many to the Germans, to keep herself alive? She has been a democratic State, standing for freedom in self defence among her mountains, and in thought, in spite of race, largely on our side."
- Franklin Roosevelt, président des Etats-Unis, dans une lettre du 19 janvier 1945 au président de la Confédération, Eduard von Steiger :
"We have respected the traditional neutrality of your country and have sympathized with the past difficulties of your position. We forbore pressing our demands when you were isolated by our enemy and were in no position to do other than carry on a large trade with him. Now, however, the fortunes of war have changed. We are now in a better position etc."
- D'un intérêt tout particulier dans le présent contexte, ce document des services secrets alliés (Combined Chiefs of Staff, Trade with Switzerland, Memorandum by the Representatives of the British Chiefs of Staff, Washington, 29 novembre 1943) :
"The British Chiefs of staff attach considerable importance to the military advantages they now derive from Swiss neutrality (...)"
Sont cités comme avantages :
a) La Suisse a été "an important source of intelligence", ce qui veut dire qu'elle a fourni une base d'opérations avantageuse pour les activités des services de renseignements des Alliés, au coeur de l'Europe dominée par l'Allemagne.
b) En ce qui concerne l'aspect humanitaire :
"Switzerland is the protecting power for prisoners of war. In addition to their official duties as protecting power the Swiss render many valuable services to our prisoners, e.g., the distribution of parcels to prison camps and assistance to escaped and escaping prisoners."
- Et pour ce qui est des livraisons de matériel de guerre de la Suisse aux Alliés :
"Certain valuable materials of importance to the war effort find their way to us from Switzerland with the connivance of the authorities (...) include special R.A.F. plotting equipment, jewels for instruments, machine tools, stop-watches and theodolites to the value of some £ 300,000 per year."
La mention de la R.A.F. (Royal Air Force) est à noter particulièrement ici : c'est en partie grâce à la supériorité aérienne des Alliés que l'Allemagne a été vaincue.
Source: Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), 1998. |