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Deuxième Guerre mondiale : les réfugiés civils et la frontière genevoise __A certaines périodes de la guerre, les autorités cantonales ont laissé la perception quelles avaient de la raison dEtat prévaloir sur la tradition du refuge
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"Quand bien même cette publication ne se veut pas être une contribution à l'histoire de la Shoah, il est impossible de ne pas être touché par ce qu'elle révèle", remarque cependant Robert Cramer, responsable du Département genevois de l'intérieur. "A travers chaque fiche, à travers chaque dossier, c'est un portrait de femmes, d'homme, de famille qui s'esquisse. Des destinées meurtries par la guerre". Le conseiller d'Etat genevois, qui relève que les recherches entreprises permettent "d'avoir une image plus précise de l'attitude des autorités cantonales par rapport à l'asile" pendant la dernière guerre, ne manque pas de souligner, dans l'avant propos du rapport, "qu'à certaines périodes de la guerre, les autorités cantonales ont laissé la perception qu'elles avaient de la raison d'Etat prévaloir sur la tradition du refuge". Et de conclure : "Il nous incombe désormais d'assumer ce devoir de mémoire". |
Au terme de plus de trois années de travail, le groupe de chercheurs et d'archivistes qui a étudié les conditions d'accueil à Genève des réfugiés durant la Deuxième Guerre mondiale publie un premier rapport. Ce rapport est le résultat de travaux entrepris dès 1996, consistant à dépouiller les fiches et les dossiers de l'arrondissement territorial Genève (organisme militaire chargé de la surveillance de la frontière durant la Deuxième Guerre mondiale), que les Archives d'Etat de Genève sont les seules à posséder, grâce à une politique d'archivage axée sur le long terme.
Ce matériel, d'un intérêt historique et biographique évident, contient des données sur des personnes ou des groupes de personnes ayant passé la frontière genevoise entre août 1942 et la fin de la guerre, qu'il s'agisse de réfugiés juifs (accueillis ou refoulés), mais encore sur toutes les personnes arrêtées, frontaliers, Français fuyant le Service de Travail Obligatoire (STO), etc.![]()
Les Archives d'Etat de Genève détiennent ainsi 19'376 dossiers qui concernent quelque 23'500 personnes arrêtées (accueillies ou refoulées) à Genève durant cette période. Un échantillon de dossiers, regroupant les personnes dont le nom de famille commence par la lettre "B", soit 10% environ des documents disponibles, est aujourd'hui dépouillé. Les informations recueillies sur la base de ce premier dépouillement font l'objet du rapport publié aujourd'hui par les Archives d'Etat.
Peut-on évaluer combien de civils ont été refoulés à la frontière genevoise ? "Il n'y aura jamais de chiffres définitifs. On n'a aucune trace des refoulés sauvages, mais il ressort de l'échantillon de fiches analysées qu'environ 2000 civils ont été refoulés pendant la période en cause dont 800 juifs", explique la chercheuse Ruth Fivaz-Zilbermann.
En comparant ces 800 noms avec ceux du Mémorial des déportés juifs de France, les chercheurs ont découvert qu'une centaine avait été déportée. "J'aimerais savoir ce que fut le destin des 700 autres..." s'interroge Catherine Santschi.
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| Le temple de Chancy transformé en dortoir. |
Le lendemain, Rothmund demandait même de cesser les refoulements "pour le moment". "Il ne s'agissait certes pas d'un revirement humanitaire soudain, commente Catherine Santschi. Mais de faire cesser la pression publique." En effet, la presse, les Eglises et l'opinion publique à l'époque avaient violemment réagi à la fermeture des frontières alors même que les rafles en France étaient déjà organisées.
Responsable d'un projet de recherche du Fonds national de la recherche scientifique (FNRS) sur le passage de la frontière genevoise durant la Deuxième Guerre mondiale, l'historien Mauro Cerutti, maître d'enseignement et de recherche à l'Université de Genève, va maintenant poursuivre ce travail de dépouillement.
Enfin, le gouvernement genevois a choisi de valoriser et de poursuivre cette démarche de recherche et de mémoire par la constitution d'un recueil de témoignages filmés, dont la réalisation sera confiée à l'Association Archimob. Cette association, qui réunit des historiens, des réalisateurs et des journalistes indépendants, a été constituée en 1998 avec le soutien financier de la Confédération, de nombreux cantons et d'organismes privés. Elle entreprend depuis lors de recueillir 500 témoignages de témoins de l'époque en Suisse.
Archives d'Etat de Genève, Genève, septembre 2000. Prix : 25 FS. Le document peut être commandé au : Service de l'information, de la documentation et des publications (CIDP), 14 rue de l'Hôtel-de-Ville, Case postale 3964, CH-1211 Genève 3. Tél. : [+41.) 319.21.18 / Fax : (+41.22) 319.21.19.
Les Réfugiés civils et la frontière genevoise durant la Deuxième Guerre mondiale. Par Pierre. Flückiger et Gérard Bagnoud, sous la direction de Catherine Santschi, archiviste de l'Etat. Avec la collaboration de Joëlle Droux, Ruth Fivaz-Silbermann et Roger Rosset. Avant-propos de Robert Cramer, Conseiller d'Etat. Préface de Jean-Claude Favez.
Internet : http://www.geneve.ch/archives / Email: CIDP@etat.ge.ch![]()