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XXIe siècle
La Suisse pendant la Seconde Guerre mondiale




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Suisse : 2e Guerre mondiale

2002 : MEMOIRES DE LA FRONTIERE, UN FILM DE BERNARD ROMY ET CLAUDE TORRACINTA

__Un film réalisé à partir des archives du canton de Genève redonne un nom et un visage aux juifs accueillis ou refoulés entre 1942 et 1945

| Claude Torracinta face à une période sombre de l'histoire suisse |

Diffusé le 24 mars 2002 par la Télévision suisse romande (TSR), Mémoires de la frontière, réalisé par Bernard Romy et Claude Torracinta, est un film documentaire de 110 mn sur le passage de la frontière genevoise durant la Seconde Guerre mondiale. Le film est une coproduction de Troubadours films, l'association "Mémoires de la frontière" et de la TSR, avec le soutien de l'Etat de Genève. Des projections dans les écoles et en salles sont envisagées.

Douane de Sauverny
Douane de Sauverny : les premiers contacts entre soldats allemands et suisses à la frontière genevoise (juillet 1940). Photo Tsr, Genève.

Mémoires de la frontière se veut une contribution originale à l'histoire du refuge en Suisse pendant les années sombres de la guerre. Par le biais de témoignages d'hommes, de femmes et d'enfants victimes de refoulement à la frontière genevoise, le film montre ce que fut, concrètement, la politique de d'asile de la Suisse, de 1939 à 1945.

Le document se base sur une source unique : les quelque 24'000 dossiers de personnes qui se sont présentées à la frontière genevoise entre 1942 et 1945. Claude Torracinta a retrouvé un peu plus de 120 témoins en Suisse, en France, mais aussi aux Etats-Unis et en Israël. De ces rencontres, il a conservé une vingtaine de témoignages, qui forment l'essentiel du film, enrichi d'images d'archives, de documents écrits d'époque et de reconstitutions de passages clandestins.

"Sobrement réalisé, ne fournissant qu'un minimum d'informations pour comprendre le contexte de l'époque, ne proposant aucune interprétation, Mémoires de la frontière prend son temps", écrit Eric Budry dans la Tribune de Genève [8 mars 2002]. Les brèves interventions de trois historiens - Ruth Fivaz-Silbermann, Jean-Claude Favez et Mauro Cerutti - sont les seuls éclairages que se sont accordés les réalisateurs. Elles fournissent quelques éléments et commentaires sur le contexte, notamment sur la politique du gouvernement suisse de l'époque.Up

"Vers la fin du film, Ruth Fivaz-Silbermann rappelle ainsi quelques chiffres clés. De 1942 à 1945, pas moins de 23'000 personnes, dont 10'000 étaient juives, ont franchi la frontière genevoise. Environ 2000 d'entre elles furent refoulées, dont 900 juifs; 117 de ces refoulements ont abouti à des déportations. "Certains pourraient dire que, dans le contexte de l'époque, c'est finalement peu, commente l'historienne. Mais, c'est 117 tragédies de trop, qui auraient pu être évitées en adoptant un comportant plus humain."

Les réfugiés à la frontière genevoise

De tous les cantons Suisses, Genève est le seul à avoir conservé les dossiers de toutes les personnes qui se sont présentées à ses frontières entre 1942 et 1945. Cette masse d'informations a fait l'objet d'un rapport d'études réalisé par un groupe d'historiens. Comme elles souhaitaient assurer la plus large audience publique à cet imposant travail, les autorités genevoises ont demandé à Claude Torracinta d'en tirer un film documentaire.

Samuel Schachne, l'un des témoins interrogé par Claude Torracinta.
Samuel Schachne, l'un des témoins interrogé par Claude Torracinta. Photo Tsr, Genève.

Sur ce projet de film, se constitua alors l'association Mémoires de la frontière, qui réunit autour de Claude Torracinta des gens de télévision (André Gazut, Bernard Romy), des historiens (Jean-Claude Favez, Mauro Cerutti, Ruth Fivaz-Silbermann, Joèile Droux) et des archivistes (Roger Rosset, Pierre Flûckiger).

Des témoins retrouvés sont pour les deux tiers des réfugiés s'étant présentés à la frontière et ayant été acceptés ou refoulés, le tiers restant étant composé des passeurs, des paysans habitant en bordure de la frontière et aussi de douaniers et de soldats. Les rôles de ces derniers furent tenus de diverses manières. En effet, alors que la politique fédérale en matière d'accueil fut sujette à des incohérences et revirements, elle laissa souvent une marge de manœuvre aux personnes travaillant sur le terrain, douaniers et soldats au premier plan. Et cela dans un paysage très contrasté: alors que le département frontalier de l'Ain se trouvait dans la zone occupée par les troupes allemandes, l'autre département limitrophe, la Haute-Savoie, était situé en zone non occupée. Et lorsque ce ne fut plus le cas, en novembre 1942, les soldats italiens préposés à la surveillance de la frontière ne firent pas de zèle. Ce qui ne fut pas le cas des soldats allemands venus les remplacer en septembre 1943.

Bilan des opérations: de 1942 à 1945, pas moins de 23.000 personnes, dont 10.000 étaient juives, ont franchi la frontière genevoise. Deux mille d'entre elles furent refoulées, dont 900 Juifs. Et l'on dénombre 117 personnes déportées à la suite de leur refoulement. Dans le contexte de l'époque, un chiffre des plus bas. Mais derrière ce chiffre, tout de même, 117 vies humaines sacrifiées.

Des témoins des deux côtés de la frontière

Entrepris en 2001, le tournage du film s'est alimenté à plusieurs sources. Tout d'abord une quinzaine de témoignages choisis pour illustrer sous des éclairages appropriés les diverses situations qui se sont produites lors de ces franchissements clandestins. Des témoins des deux côtés de la frontière, si l'on ose dire: habitants de la région, douaniers, soldats, et ceux qui purent franchir les barbelés. Leurs interviewes se firent en Suisse, mais aussi en France, en Israël et aux Etats-Unis.

Les auteurs du film ont aussi recouru à des images d'archives d'époque. Archives filmées, principalement celles du Ciné-Journal Suisse, mais aussi photographies en provenance de nombreuses sources, de fonds institutionnels comme de collections privées.

Inutile de préciser qu'il manquait dans toutes ces images d'époque celles des moments les plus dramatiques, les passages de la frontière, effectués de nuit et en silence, et par conséquent ni filmés ni photographiés. C'est pourquoi des scènes de reconstitution de ces moments forts ont été tournées sur place, le service scénographique de la TSR allant jusqu'à réinstaller les barbelés existant à l'époque!

Sources : Télévision suisse romande et presse genevoise, mars 2002.Up