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XXIe siècle
La Suisse pendant la Seconde Guerre mondiale




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Suisse : 2e Guerre mondiale

Tribune de Genève   LE RAPPORT FINAL DE LA COMMISSION BERGIER

__Rapport Bergier : Ni héros, ni salauds

par Marc Bretton

Couverture rouge cartonnée, petit signet blanc, une nouvelle histoire de la Suisse pendant la Seconde Guerre mondiale sort de presse. Formellement, rien ne semble avoir changé depuis le rapport Bonjour des années 70. Il n'en va pas de même sur le fond. Le rapport intègre des éléments des brûlots gauchistes de jadis.

Oui, et c'est une tache indélébile sur son histoire, la Suisse a envoyé des réfugiés juifs à la mort; oui, elle a acheté de l'or nazi le sachant pillé dans les banques centrales; non, elle ne s'est pas toujours montrée très courageuse avec les puissances de l'Axe. Au final, rien qui ne soit déjà connu en tout cas depuis la Nouvelle Histoire de la Suisse et des Suisses à la fin des années80. Cela étant, le rapport, et surtout ses vingt-cinq études complémentaires, permettent d'affiner le portrait. Elles jettent une lumière crue sur certains aspects: l'utilisation du travail forcé, le lâchage des juifs suisses résidants dans les pays occupés, et la valeur de la contribution suisse à l'effort de guerre nazi.

Ce qui est nouveau, c'est que cette nouvelle vision de notre histoire est officielle, estampillée par le Confédération, même si celle-ci s'en défend. Et elle ne permet plus d'idéaliser le passé. Pour autant, la nouvelle perception de la réalité ne montre pas une Suisse de cauchemar. Encerclée, ébahie par l'écroulement des alliés, complètement dépendante d'un point de vue économique, la Suisse a temporisé et oscillé entre l'égoïsme le plus strict (la barque est pleine) et la solidarité. Elle s'est certes "adaptée à l'Europe nouvelle" au prix d'une certaine coopération économique, mais elle a aussi maintenu son ordre juridique, sa démocratie, et accueilli 160'000 réfugiés civils et militaires. A-t-elle vendu son âme? Non. A-t-elle été à la hauteur des exigences les plus hautes de la morale? Non plus.

L'apport principal de Bergier se situe peut-être dans la mise en lumière de la Suisse de l'après-guerre et en particulier des banques. Et si on peut toujours trouver des excuses à un pays qui craint pour sa vie, on ne peut plus se montrer indulgent quand le danger est passé. Les récits relatifs aux manuvres des banques et des assurances pour limiter au maximum les restitutions aux ayants droit après la guerre dévoilent une réalité écurante. A cet égard, un parallèle s'impose. Pendant le conflit, l'Etat laisse la Banque nationale s'occuper des échanges d'or avec l'Allemagne. Après la guerre, il ne contraint pas les banques de rendre ce qui ne leur appartenait pas. De manière stupéfiante, cinquante ans plus tard, on retrouve la même démission du politique au moment ou l'affaire des fonds éclate. Souvenez-vous. Au début, Kaspar Villiger prétend que l'affaire ne concerne que les banques, lesquelles se montrent méprisantes et temporisent, comme en 1945. Mais la guerre froide est finie et cette fois les banques devront payer au terme d'une campagne violente faisant passer le pays pour un vampire prospérant sur le malheur des autres et s'engraissant de l'or des morts. La Fondation de solidarité a été une réponse à ce reproche. Elle veut montrer que la prospérité intérieure n'étouffe pas la générosité envers l'extérieur. Fût-elle un simple gadget pour apaiser l'étranger ou un mouvement authentique? On verra ce qu'en dira le peuple.

Marc Bretton, éditorial, La Tribune de Genève, 23 mars 2002. Article reproduit grâce à l'aimable autorisation de La Tribune de Genève. © La Tribune de Genève.Up