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XXIe siècle
La Suisse pendant la Seconde Guerre mondiale




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Suisse : 2e Guerre mondiale

Tribune de Genève   LE RAPPORT FINAL DE LA COMMISSION BERGIER

__”Trop d’arrangements avec les nazis”


"Dans plusieurs domaines, les dirigeants politiques et économiques de la Suisse durant la Seconde Guerre mondiale ont assumé imparfaitement, voire très imparfaitement, leurs responsabilités." Après cinq ans de travail, la Commission Bergier a rendu son verdict final, [le 22 mars 2002]. Elle a publié le rapport de synthèse qui englobe les quelque 25 études thématiques publiées jusque-là par la Commission d'indépendante d'experts (CIE).

"Ces cinq années ont été marquées par l'instauration d'un véritable dialogue", estime le professeur Jean-François Bergier. "Il a parfois manqué de la sérénité dont nous aurions aimé être entourés. C'est que l'enjeu était chargé d'émotions contradictoires qui soulignent la nécessité de la tâche qui nous a été confiée." A l'issue du colossal chantier de dépouillement d'archives publiques et privées mené par la commission, les experts regroupent les "responsabilités mal assumées" dans trois domaines.

1. Politique des réfugiés inutilement restrictive

"La politique de la Suisse fut excessivement et inutilement restrictive", assène Jean-François Bergier. "Un grand nombre de personnes menacées dans leur vie furent refoulées sans nécessité. D'autres furent accueillis, mais leur dignité humaine ne fut pas toujours respectée", poursuit l'historien. Non sans préciser que "le courage et l'esprit de justice de quelques citoyens, l'engagement de larges cercles de la population sont venus tempérer la politique officielle". Reste que "les autorités de l'époque qui connaissaient le sort réservé aux victimes ont ainsi contribué à la réalisation de l'objectif nazi le plus atroce : l'Holocauste."

2. Arrangements politiques et économiques avec l'Axe

Le rapport pointe du doigt les "arrangements" de l'Etat fédéral et d'une partie de l'économie avec les puissances de l'Axe. "Un certain degré de coopération était nécessaire à la survie politique et économique de la Suisse", concède Jean-François Bergier. "Mais notre rapport montre qu'on est souvent allé trop loin tant à Berne qu'au siège de certaines entreprises." Dans aucun cas, toutefois, la commission n'a trouvé trace de véritable sympathie idéologique à l'égard du régime nazi. "Cette coopération a néanmoins affecté le strict respect de la neutralité. Elle remplit le discours officiel. C'est une maxime qui sert à tout." Elle aura pourtant connu de nombreuses entorses en faveur de l'Allemagne.

3. Arrangements politiques et économiques avec l'Axe

La Suisse a également mal géré la période d'après-guerre. Ni la Confédération, ni les banques, les assurances, les fiduciaires ou autres galeries d'art n'ont pris les mesures nécessaires pour que les victimes des nazis puissent rentrer en possession de leurs biens. "Cette politique a créé ce que l'on appelle les biens en déshérence. Elle traduit un manque qui ne tient pas à la malveillance ou à l'intention de s'enrichir aux dépends des victimes, mais à la négligence et à la mauvaise perception du problème", estime le professeur.

[A la fin de l'année 2001], la commission d'experts a été dissoute. "Nous avons réussi à tenir tant le délai de cinq ans imposé par le Conseil fédéral que l'enveloppe budgétaire de 22millions de francs", avance fièrement Jean-François Bergier. Reste que pour lui, le chapitre est loin d'être clos. "De nombreuses questions n'ont pas reçu de réponses complètes. La recherche doit continuer." Quant aux experts de la commission, ils en appellent désormais à une large diffusion des conclusions du rapport, notamment dans les écoles. "Les responsables d'aujourd'hui doivent également tirer les leçons du passé", conclut le professeur Jacques Picard.

Adrien Bron, La Tribune de Genève, 23 mars 2002. Article reproduit grâce à l'aimable autorisation de La Tribune de Genève. © La Tribune de Genève.Up