|
|
![]() |
||||
>Retour Suisse : 2e Guerre mondiale |
LE RAPPORT FINAL DE LA COMMISSION BERGIER / Volume 7 __Les entreprises chimiques suisses sous le Troisième ReichLukas Straumann, Daniel Wildmann
Ce que l'on savait du Troisième Reich Evolution du marché et économie de guerre L'usine Ciba de Pabianice (PCI) en Pologne produisait des colorants, des médicaments et, en moindres quantités, des produits chimiques; elle livrait une grande partie de ses produits à la filiale Ciba de Berlin. Ses ventes pharmaceutiques ont dépassé celles des colorants et des produits chimiques à partir de 1942, année où PCI a réalisé son plus gros chiffre d'affaires durant la guerre (7,6 millions de reichsmark). Les ventes de la filiale Roche en Allemagne ont progressé de 8,8 à 22,3 millions de reichsmark entre 1939 et 1943. Roche Berlin occupait une position dominante dans le secteur de la vitamine C et des opiacés, vendus en grandes quantités à des organismes publics et en particulier à la Wehrmacht. Grâce à ses brevets pour la fabrication de l'acide ascorbique synthétique, Roche contrôlait le marché allemand de la vitamine C. Elle se situait au quatrième rang des fabricants allemands d'opiacés avec une part d'environ 15% de la production totale. Durant la guerre, toutes les usines de fabrication allemandes des entreprises examinées étaient classées dans la catégorie des établissements important pour l'économie de guerre ("W-Betriebe"). Les médicaments Ciba, Roche et Sandoz étaient achetés non seulement par la Wehrmacht, mais aussi par les services de santé de la SS. Un effet de la Seconde Guerre mondiale a été d'accroître la demande de produits pharmaceutiques, tandis que les colorants - qui n'étaient pas considérés comme "vitaux" par l'économie de guerre allemande - ont perdu de leur importance. Alors que Geigy Grenzach, PCI et Roche Berlin avient fait des bénéfices parfois considérables durant les années trente, la situation a changé dès le début de la guerre. Roche Berlin a réalisé des bénéfices jusqu'à la fin de 1944, PCI a eu des résultats déficitaires en 1939 et en 1943 et Geigy Grenzach a enregistré des pertes à partir de 1943. Il faut tenir compte des importants droits de licence qui étaient versés et des bénéfices réalisés en Suisse sur les marchandises livrées aux sociétés allemandes. Mais les activités de ces entreprises suisses dans le Troisième Reich n'étaient pas motivées uniquement par la perspective de bénéfices à court terme: l'industrie chimique se préoccupait avant tout de sauvegarder ses investissements en Allemagne. Contrôle Toutes ces entreprises se sont montrée très sûres d'elles sur le territoire du Troisième Reich et sont parvenues dans bien des cas à faire valoir leurs intérêts. Le fait qu'elles aient été en mains helvétiques ne semble guère avoir été un handicap. Dans le cadre de la politique économique imposée par le régime national-socialiste, leurs directions suisses ont largement su garder le contrôle sur les finances, les processus de fabrication et la politique du personnel. Marges de manuvre En février 1934, Geigy avait présenté au NSDAP une déclaration formelle concernant l'origine "aryenne" de ses actionnaires, afin d'obtenir un "titre de légitimation" pour la livraison de colorants destinés au parti et aux autorités. La filiale de Ciba à Berlin avait remplacé en été 1933 les membres juifs de son directoire et de son conseil de surveillance par des Allemands "aryens". Dès avril 1933, Sandoz avait elle aussi remplacé le président juif du conseil de surveillance de sa société allemande, le prix Nobel Richard Willstätter, par un homme d'affaires "aryen". Ce n'est qu'en 1937 et 1938, quand le régime nazi a intensifié massivement ses pratiques et ses règles antisémites, que Roche s'est séparée de ses conseillers et de ses employés juifs, afin de pouvoir rester active sur le marché allemand en tant que "firme non-juive". En 1940, Roche Varsovie a engagé pour la forme des Polonais non-juifs afin d'empêcher que ceux-ci ne soient emmenés en Allemagne pour y être contraints au travail forcé. Geigy a été la seule des entreprises examinées à participer à l'"aryanisation" d'une entreprise juive. Elle avait acheté en 1938 divers procédés de fabrication pharmaceutiques à la société viennoise Syngala GmbH, afin de se diversifier dans le domaine des médicaments. Comme Geigy refusait à partir de 1939 de payer les droits de licence convenus avec l'ancien titulaire des procédés Syngala, il en est résulté une action en justice. Au moins 33 Hollandais et Français ont travaillé sous contrainte chez Geigy Grenzach entre 1943 et 1945. Un travailleur forcé a été maltraité par le "chef de camp" responsable; deux travailleurs hollandais ont passé un certain temps dans un "camp d'éducation par le travail". Chez Roche à Grenzach, il y a eu entre 1940 et 1945 au moins 61 prisonniers de guerre et 150 travailleurs forcés originaires entre autres d'Ukraine, de Slovénie, de Hollande et de France. Décideurs et logique commerciale |