AOUT 2001 / LA PUBLICATION DES PREMIERES ETUDES DU RAPPORT FINAL DE LA COMMISSION BERGIER
__Les réactions de la presse genevoise
La Suisse, la guerre et la trêve
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] Il n'est guère d'élément spectaculaire dans ces huit épais dossiers. Biens spoliés, commerce extérieur, entreprises actives dans l'Allemagne nazie: autant de points capitaux, sur lesquels, il y a trois ans encore, la plus petite preuve de complaisance helvétique aurait soulevé des tollés. Aujourd'hui, même l'historien Saul Friedländer, membre de la Commission, déclare que ces recherches affinent le regard, mais n'accablent pas. [
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La tempérance des appréciations portées aujourd'hui par Jean-François Bergier et ses pairs, notre capacité à les entendre, démontrent que l'état de crise est dépassé. Nous sortons d'une logique binaire de lâches et de héros. Nous reprenons en compte les contraintes de la survie, les marges de manuvre réelles qui furent celles des acteurs de cette période. Le Conseil fédéral, qui demandait qu'on n'oublie pas "le poids des circonstances du moment", a été entendu. La Suisse, disent en substance les historiens, n'a été ni meilleure ni pire que les autres.
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] Le travail de la Commission Bergier et l'examen des passions qu'il a soulevées resteront comme un passionnant document pour comprendre la Suisse d'aujourd'hui, face au monde et à elle-même, autant qu'une indispensable somme sur les années noires, dont la vérité restera à jamais relative.
Jean-Jacques Roth, "Le Temps", Genève, 31 août 2001.
Le sang n'a pas d'odeur
L'argent n'a pas d'odeur, le sang non plus. C'est l'une des leçons que l'on peut tirer de la présentation publique des huit études de la Commission Bergier sur le rôle de l'industrie suisse vis-à-vis de l'Allemagne nazie.
Grâce aux historiens de cette commission, les citoyens ont reçu la confirmation de ce qu'ils pressentaient depuis belle lurette : l'économie suisse a étroitement collaboré avec le Reich durant la seconde guerre mondiale.
Contrairement à ses voisins, la Confédération n'avait pas adopté de lois antijuives. Cela n'a pas empêché les dirigeants de firmes suisses en Allemagne de remplacer leurs dirigeants juifs par des "Aryens". De même, aucun train de déportés vers les camps de la mort n'a passé par nos voies ferrées. Mis nos entreprises du Reich ont employé des travailleurs forcés sans trop se soucier de leur état nutritionnel.
Les actuels chantres du nationalisme tendance autiste font de la neutralité une idole indépassable. Les historiens ont démontré que les crédits publics suisses issus du système de compensation financière (clearing) qui furent accordés à Hitler et à ses alliés ont transformé ce beau principe en faux nez.
L'économie n'est pas immorale, elle est amorale. Même si l'idéologie du marketing l'orne de vertus dites "citoyennes", tout cela n'est que billevesées. Elle agit selon ses propres critères fondés sur bla rentabilité, un point c'est tout. L'éthique, les droits de l'homme ne font pas de bons bilans. Quant à la loi, l'économie l'applique quand elle ne peut faire autrement.
Durant la Seconde Guerre mondiale, nos aînés se sont inclinés devant cette réalité toute-puissante, sans excès d'états d'âme.
A leur place, aurions-nous fait autrement ?
Jean-Noël Cuénod, "La Tribune de Genève", Genève, 31 août 2001 |