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XXIe siècle
La Suisse pendant la Seconde Guerre mondiale




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Suisse : 2e Guerre mondiale

MARS 2002 / LE RAPPORT FINAL DE LA COMMISSION BERGIER

__Selon la Commission, la politique de la Suisse durant la 2e guerre mondiale a ”contribué à la réalisation de l'objectif nazi le plus atroce : l'Holocauste”

Photo rapportLa politique des autorités suisses pendant la Seconde Guerre mondiale a "contribué à la réalisation de l'objectif nazi le plus atroce, l'holocauste", concluent les historiens de la Commission Bergier, après cinq années de recherches. Cette "Commission indépendante d'experts Suisse - 2e Guerre mondiale" (CIE) avait été constituée sur décision du Parlement suisse, le 12 décembre 1996.

Composée de neuf membres, dont quatre étrangers, présidée par l'historien Jean-François Bergier, la Commission, qui a dirigé les travaux d'une quarantaine d'historiens, a publié le 22 mars 2002, à Berne, son rapport final. Cet ouvrage de 600 pages synthétise cinq ans de recherches - 25 volumes d'études historiques détaillées, sur des thèmes précis, allant des transactions d'or au problème des réfugiés, en passant par le transit ferroviaire et l'électricité, complètent le rapport.

Le rapport final de la Commission Bergier maintient les critiques formulées envers les dirigeants politiques et économiques de l'époque. Entre 1939 et 1945, les dirigeants politiques et économiques de la Suisse neutre sont "passés à côté de leurs responsabilités", concluent les historiens, en définissant trois champs où ces responsabilités ont été "imparfaitement assumées": une politique "excessivement restrictive" à l'égard des réfugiés, des "arrangements" de l'Etat fédéral et d'une partie de l'économie privée avec les puissances de l'Axe, et des restitutions trop tardives des biens spoliés aux victimes du nazisme.Up

Un grand nombre de gens dont la vie était menacée furent refoulés, sans nécessité

"La politique de la Confédération et des cantons envers les réfugiés est de loin le champ le plus sensible puisqu'il met en cause des milliers de vies humaines", relèvent les historiens. "Cette politique fut excessivement restrictive et elle le fut inutilement". "Un grand nombre de gens dont la vie était menacée furent refoulés, sans nécessité; d'autres furent accueillis, mais leur dignité humaine ne fut pas toujours respectée", notent-ils en précisant que l'incertitude sur les chiffres ne change rien à cette réalité. Selon une évaluation prudente, la Suisse aurait refoulé un peu plus de 20'000 réfugiés pendant la guerre. Une grande partie d'entre eux étaient des Juifs.

"Les autorités savaient pourtant le sort réservé aux victimes. Elles savaient aussi qu'une attitude plus flexible et généreuse n'eût pas entraîné de conséquences insupportables", estime la Commission. "C'est dans ce sens que nous devons maintenir l'affirmation peut-être provocante dans la forme, mais conforme à la réalité: la politique de nos autorités a contribué à la réalisation de l'objectif nazi le plus atroce, l'holocauste".

La Commission souligne également l'engagement de Suisses en faveur des réfugiés. La population aurait soutenu une politique d'accueil plus généreuse si elle avait été informée. La majorité des Helvètes étaient hostiles aux nazis.

La pratique de la neutralité durant la guerre

Dans le domaine économique, le rapport note qu'une certaine coopération avec l'Allemagne était certes indispensable à la survie économique et politique de la Suisse. Mais tant Berne que diverses entreprises "sont allées souvent trop loin" dans la coopération avec le régime nazi.

Le gouvernement suisse a délégué d'importantes fonctions. Ainsi, il a laissé les mains libres à la Banque nationale pour les transactions sur l'or avec l'Allemagne ou aux Chemins de fer suisses (CFF) pour le transit ferroviaire entre les pays de l'Axe. La commission critique aussi la pratique de la neutralité durant la guerre, qui a permis de justifier des actions "scabreuses" ou la passivité.

Enfin, pour la restitutions des biens spoliés aux victimes du IIIe Reich, "ni la Confédération, ni les entreprises privées, banques, assurances, fiduciaires, galeries d'art ou musées n'ont pris assez au sérieux et à temps les mesures nécessaires pour que tous les ayant-droits légitimes puissent rentrer en possession de leurs biens", affirme la Commission.

Sources : presse suisse et internationale, 22 et 23 mars 2002.Up