|
|
![]() |
||||
>Retour Suisse : 2e Guerre mondiale |
MARS 2002 / LE RAPPORT FINAL DE LA COMMISSION BERGIER __Les réactions de la presse suisse| TELEVISION SUISSE ROMANDE | LE TEMPS |
Nombreux également sont ceux qui saluent le courage d'une Suisse qui a eu le courage "de se confronter à son histoire", écrit Le Matin (Lausanne). Il reste maintenant à "tirer les enseignements de ces événements en assumant jusqu'au bout nos responsabilités morales et politiques", souligne le journal. L'originalité de la démarche helvétique est également soulignée par Le Quotidien jurassien. Le Temps n'est pas en reste: "Aucun des 24 pays qui ont institué des commissions chargées de se pencher sur leur passé ne le font en déployant autant de moyens et avec autant de minutie et de persévérance que la Suisse". La plupart des journaux alémaniques font des analyses similaires. Plusieurs d'entre eux reprochent cependant au rapport de la Commission Bergier son "manque de mise en contexte". Pour le quotidien zurichois Neue Zürche Zeitung, "on ne peut pas raconter correctement la Deuxième Guerre mondiale si l'on ne parle que des victimes et des élites". L'Aargauer Zeitung estime "incompréhensible" l'absence de rappel des menaces qui pesaient sur la Suisse. Enfin si l'économie suisse tire un enseignement de ce rapport, écrit pour sa part le quotidien populaire Blick, "l'historien aura gagné". Télévision suisse romande - La Suisse a manqué d'humanité
C'est entre ces deux contraires, ces deux clichés, que la Commission [Bergier] a mené son enquête. Le but qu'elle s'est fixé: "retrouver derrière une légende rose et une légende noire une réalité moins simple, en nuances d'ombres et de lumières." [Les conclusions de la Commission] sont sans complaisance pour les élites suisses de l'époque, dirigeants politiques ou économiques. Trois domaines font particulièrement problème. Premièrement, la politique conduite envers les réfugiés. Une politique très restrictive, dont on connaît les principales étapes. 1938: la Suisse demande aux autorités allemandes d'apposer un tampon J dans les passeports des Juifs. 1942: elle ferme ses frontières, au pire moment. Et pourtant, souligne le rapport, les responsables suisses connaissaient, suffisamment tôt, et avec précision, les intentions des nazis. [ ] Second domaine problématique: celui des accommodements trouvés par la Confédération et une partie de l'économie suisse avec le IIIe Reich. Des arrangements nécessaires, admet la commission. Encerclée, la Suisse dépendait des puissances de l'Axe pour sa survie. Mais on est souvent allé trop loin dans cette coopération avec l'économie allemande. [ ] Troisième point noir, enfin, celui qui concerne l'après-guerre et le processus de restitution. "Les responsables publics et privés en Suisse ont assumé avec négligence pour les uns, mauvaise volonté pour les autres, le lourd héritage de la guerre dont on ne voulait plus entendre parler", juge la commission. Le cas le plus flagrant - à l'origine de l'affaire des fonds en déshérence - est peut-être celui des banques. "Sous le prétexte d'une protection de la propriété privée, celles-ci n'ont entrepris aucun effort sérieux pour rechercher les propriétaires de ces fonds ou pour accéder aux demandes de restitution d'héritiers qui ne pouvaient fournir toutes les preuves formelles [...] de leur droit." Deux questions précises sont encore abordées dans ce volume de synthèse. Deux accusations, en fait, portées à plusieurs reprises durant la crise des années 90. La Suisse a-t-elle prolongé la guerre? Non, répond résolument la commission. En a-t-elle profité? La réponse est moins nette. "La question du profit de guerre est relative: c'est affaire d'interprétation", note la commission, en rappelant que la Suisse a acquis grâce au conflit un avantage concurrentiel. Pierre Gobet, site Internet de la Télévision suisse romande, 22 mars 2002. Le Temps - Les mérites d'un travail monumental
C'est ainsi en toute liberté qu'elle a rédigé un rapport final qui relègue définitivement aux oubliettes de l'histoire l'image mythique d'un pays qui n'aurait rien à se reprocher. Cette leçon d'histoire sera-t-elle acceptée par ceux à qui elle s'adresse? La CIE a tout mis en uvre pour que ce soit le cas. Notamment en donnant à ses conclusions un ton, un style où l'on ne décèle aucune note acerbe. Faire passer un message difficile demande du talent et du doigté. Après des débuts un peu trop tonitruants, la CIE en a pris conscience et a su adapter sa communication. Ce n'est pas le moindre de ses mérites, et les générations suisses à venir lui en seront longtemps reconnaissantes. Marc Comina, éditorial, Le Temps, Genève, 23 mars 2002. La Tribune de Genève - Ni héros, ni salauds
Ce qui est nouveau, c'est que cette nouvelle vision de notre histoire est officielle, estampillée par le Confédération, même si celle-ci s'en défend. Et elle ne permet plus d'idéaliser le passé. Pour autant, la nouvelle perception de la réalité ne montre pas une Suisse de cauchemar. Encerclée, ébahie par l'écroulement des alliés, complètement dépendante d'un point de vue économique, la Suisse a temporisé et oscillé entre l'égoïsme le plus strict (la barque est pleine) et la solidarité. Elle s'est certes "adaptée à l'Europe nouvelle" au prix d'une certaine coopération économique, mais elle a aussi maintenu son ordre juridique, sa démocratie, et accueilli 160000 réfugiés civils et militaires. A-t-elle vendu son âme? Non. A-t-elle été à la hauteur des exigences les plus hautes de la morale? Non plus. Marc Bretton, éditorial, La Tribune de Genève, éditorial, 23 mars 2002. LE MATIN - La leçon de générosité
Anne Dousse, éditorial, Le Matin, Lausanne, 23 mars 2002. 24 HEURES - Que le débat commence !
C'est le prix somme toute acceptable, à payer pour que les Suisses puissent regarder le passé sans se cacher les différentes vérités d'une période extrêmement complexe. Philippe Dumartheray, éditorial, 24Heures, Lausanne, 23 mars 2002. |