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XXIe siècle
La Suisse pendant la Seconde Guerre mondiale




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Suisse : 2e Guerre mondiale

L’HISTOIRE SUISSE ET LE RAPPORT BERGIER

__L'histoire suisse réécrite au gré des rapports officiels


Officielle reconnue comme la version "la plus vraisemblable des faits", le rapport Bergier sur "la Suisse, le national-socialisme et la Seconde Guerre mondiale" devrai permettre de corriger le mythe d'une Suisse au dessus de tout soupçon que les autorités suisses avaient forgé au lendemain de la fin de la guerre.

"Trois rapports d'historiens, Ludwig, Bonjour et aujourd'hui Bergier, trois commandes officielles ont tenté de dire [entre 1945 et 2002] l'histoire de la Suisse durant la Seconde Guerre mondiale. Aux différentes reprises, on observe les mêmes impulsions: des considérations de politique étrangère animent de violentes controverses internes et incitent le Conseil fédéral à ouvrir chaque fois plus largement les portes de la mémoire. Démarche de bonne volonté qui vise à éclairer et, ce faisant, à rassurer, à apaiser", écrit Lorette Coen, dans Le Temps du 6 avril 2002.

Pour Vincent Monnet, qui présente un dossier sur "la mémoire neuve" de la Suisse dans le même numéro du Temps, le rapport Bergier marque un nouvel épisode dans un débat ouvert depuis la fin de la guerre. "Réussite spectaculaire, le rapport Bergier ne dit pourtant pas grand-chose de neuf. Pour l'essentiel et sur le fond, ses conclusions sont connues des historiens depuis au moins une génération: l'attitude de la Suisse n'a pas été exemplaire durant la Seconde Guerre mondiale, la barque était loin d'être pleine et nos dirigeants auraient pu obéir avec moins de zèle au régime de Hitler. Les travaux de la Commission Bergier ne marquent donc en ce sens qu'une étape - certes importante - dans la lente érosion d'une version idéalisée de l'histoire. Un récit sans équivoque, élaboré par les autorités au lendemain des hostilités, qui aura résisté un demi-siècle avant d'être publiquement déboulonné."

Et Vincent Monnet donne la liste des rapports "officiels" qui jalonnent la seconde partie du siècle dernier.

Dès l'été 1945, deux conseillers nationaux soleurois demandent au Conseil fédéral [exécutif suisse] de produire un Livre blanc "afin d'établir aux yeux du monde et de façon authentique que, durant cette période dangereuse et face aux idéologies étrangères et aux tendances totalitaires, notre pays a su maintenir son indépendance et son esprit démocratique". Après deux ans de recherches, le projet est abandonné.Up

Le 24 juin 1946, le général Guisan [chef de l'armée suisse] remet un rapport au Conseil fédéral. Ce premier récit des années de guerre vise principalement à démontrer les mérites du "réduit national", élément central de la défense helvétique. Commentaire du conseiller national Albert Picot: "C'est la réunion par le général de tous les officiers supérieurs de l'armée au Grütli, en juillet 1940, qui a bien fait comprendre à Berlin et à Rome que la Suisse se défendrait jusqu'au dernier homme. Ce jour-là, le général Guisan a sauvé le pays."

Le Rapport Ludwig, en 1957, répond à une demande du Conseil fédéral, à la suite de la polémique soulevée par l'affaire du tampon J, révélée en 1953 par la publication du 5e volume des Documents diplomatiques allemands. En 1954, le juriste Carl Ludwig est chargé de rédiger une étude sur la politique du refuge entre 1933 et 1955. En 1957, Ludwig rend son étude, dans laquelle il est fait état de 10'000 refoulés civils, sans précisions sur leur confession.
[Carl Ludwig, La politique pratiquée par la Suisse à l'égard des réfugiés au cours des années 1933 à 1955, Berne, 1957].

Le Rapport Bonjour, en 1970, se veut une réponse au Spying for Peace de Jon Kimche, publié à Londres en 1961, qui dresse le portrait d'une Suisse compromise avec le Reich. Le doyen des historiens suisses, Edgar Bonjour, est chargé, en 1962, "de faire pour le Conseil fédéral un rapport traitant de l'ensemble de la politique étrangère de la Suisse pendant la dernière guerre mondiale" [Edgard Bonjour, Histoire de la neutralité suisse].

Publiée au début des années 80 sous la direction de Jean-Claude Favez, La Nouvelle Histoire de la Suisse et des Suisses profite largement des connaissances mises au jour durant les années 70 par de jeunes chercheurs, souvent alémaniques. "Synthèse ouverte au grand public, cette somme souffle un vent nouveau sur les pages de l'histoire suisse, y compris dans le chapitre consacré à la Seconde Guerre mondiale, où apparaissent les principaux aspects litigieux détaillés par le rapport Bergier", commente Vincent Monnet.

"A certains égards, souligne l'historien Jean-Claude Favez, notre savoir a même reculé par rapport à ce que l'on savait au lendemain de la guerre. Dans Le Balcon sur l'Europe, que Pierre Béguin publie en 1951 par exemple, tout est dit, déjà, y compris la question du refoulement. Ce qui a changé véritablement, c'est notre façon de regarder: les informations touchant ces événements n'ont longtemps intéressé personne. Il était donc commode de les ignorer."

Source : Le Temps, Genève, 6 avril 2002.Up