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__Le racisme, la xénophobie et l'intolérance sont certainement parmi les causes premières des atteintes aux droits des personnes
Mme Ruth Dreifuss, Présidente de la Confédération helvétique / 10 décembre 1999


LogoAllocution de Mme Ruth Dreifuss, Présidente de la Confédération helvétique, à l'occasion de la Journée internationale des droits de l'homme, le 10 décembre 1999 au Haut commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, à Genève.

Ruth DreifussLa lutte contre le racisme a connu quelques victoires exceptionnelles ces dernières années. La plus lumineuse de ces lueurs d'espoir est sans conteste la chute de l'apartheid en Afrique du Sud. Des années de militantisme courageux, d'abnégation individuelle et de sacrifices furent nécessaires pour que la justice enfin gagne tous ses droits. De telles victoires ont favorisé une prise de conscience large, au bénéfice des droits de la personne humaine. Elles ont mis à nu toute l'horreur de régimes politiques construits sur la négation des personnes.

L'horrible idéologie de la "purification ethnique"

Mais au-delà de ces progrès indéniables, nous avons aussi assisté à la résurgence de guerres prenant explicitement appui sur le racisme, au nom de nationalismes exacerbés. En Europe, nous avons vu surgir l'horrible idéologie de la "purification ethnique", une idéologie qui s'est traduite par des crimes en masse, par des souffrances innombrables et qui a laissé une contrée entière déchirée, blessée pour de longues années. Et dans de nombreuses régions du monde, les conflits qui éclatent font craindre souvent que le racisme conduise au pire.

Dans les pays développés, le racisme ne connaît certes pas la même violence. Mais la xénophobie et l'intolérance s'y expriment aussi et peuvent conduire parfois à une politique de migration fondée sur le soupçon. Un soupçon qui se traduit par le durcissement de ces politiques de migration : à l'heure de la mondialisation, il sera pourtant urgent de réfléchir à une évolution parallèle des libertés commerciales et des libertés individuelles. Dans les prochaines années, les flux migratoires continueront d'augmenter. Pour y faire face avec objectivité et humanité, la lutte contre la xénophobie est indispensable.Up

Intolérance, xénophobie, racisme : aucun pays n'est épargné par ces maux

Intolérance, xénophobie, racisme : aucun pays de la planète ne peut se prévaloir d'être épargné par ces maux, d'être totalement préservé de possibilités de dérives. Toutes les démocraties connaissent des mouvements, plus ou moins importants, qui diffusent une idéologie raciste, qui affichent leur mépris voire leur haine pour tous ceux qui sont différents.

Face à cette situation, trois constats s'imposent :

Le premier, c'est qu'il est nécessaire de disposer d'instruments législatifs pour lutter contre la xénophobie. Les opposants aux lois contre le racisme se réclament volontiers de la liberté d'expression. Mais, faut-il le rappeler, le principe de base de la liberté individuelle est qu'elle cesse là où elle met en danger celle d'autrui. Et les appels à l'intolérance et à la xénophobie appartiennent sans conteste à cette catégorie.

Le deuxième constat que je tire, c'est que de tels instruments encouragent la vigilance, tout en plaçant des limites claires à ce que la société accepte de tolérer. La vigilance et le recours au droit permettent également un débat approfondi sur ce qu'est le racisme, sur ses dangers et sur les moyens de lutter contre la diffusion d'idées mettant en péril la coexistence pacifique de différentes communautés.

Le troisième constat m'amène à relever qu'une coordination internationale est indispensable dans la lutte contre la xénophobie et le racisme. Certes, par l'éducation, par des campagnes de sensibilisation, par la législation les Etats peuvent enregistrer d'importants progrès à l'intérieur de leurs frontières. Mais c'est ensemble que la communauté internationale doit mener cette lutte contre l'intolérable, pour que les rapports entre les communautés et les cultures soient, véritablement, basés sur une volonté d'échanges dans l'égalité et le respect.

Un lien étroit entre lutte contre le racisme et droits de l'homme

C'est dire combien je me félicite de l'initiative prise aujourd'hui par le Haut commissariat aux droits de l'homme. Tout d'abord parce qu'il est primordial de souligner le lien étroit entre lutte contre le racisme et droits de l'homme. Le racisme, la xénophobie et l'intolérance sont certainement parmi les causes premières des atteintes aux droits des personnes. Appeler au respect de ces droits sous-entend une obligation morale de lutter contre la mise au ban de groupes ou de communautés victimes d'idéologies détestables.

Ensuite parce que la journée d'aujourd'hui est le lancement d'une conférence mondiale et qu'il s'agit dès maintenant de stimuler la réflexion en vue de cette rencontre. De la faire connaître au public, afin qu'elle soit le symbole d'une volonté commune de lutter contre l'intolérance, pour les droits de toutes et de tous.Up