Préface


Louis Michel 

Louis Michel  

La Conférence de Durban a été une occasion unique de faire entendre la voix de L'Europe sur un thème de la plus haute importance. Nous savons tous que le racisme et l'intolérance sont des réalités quotidiennes dans le monde entier. Combattre le fléau du racisme et de la xénophobie est donc une tâche essentielle pour chaque Etat, mais aussi pour chacun d'entre nous.

C'est pourquoi, l'Union européenne, et la Belgique, en tant que Présidente de l'Union européenne lors de la tenue, en septembre 2001, de la 3e Conférence mondiale contre le Racisme, la Discrimination raciale, la Xénophobie et l'Intolérance qui y est associée, n'ont épargné aucun effort pour contribuer à faire de Durban un succès.

D'ores et déjà, la tenue de cette Conférence a permis d'engranger plusieurs acquis.

Grâce à elle, des milliers de voix d'hommes, de femmes et d'enfants ont pu se faire entendre, renforçant ainsi ce combat essentiel qu'est la lutte contre les dérives racistes, les tendances à la discrimination et à l'intolérance qui sont des réalités quotidiennes pour des millions d'êtres humains, victimes trop souvent silencieuses d'atteintes à leur dignité.

Mais surtout, elle a permis, pour la première fois dans l'histoire des Nations unies, d'adopter par consensus une Déclaration et un Programme d'Action. Ces textes expriment une forte volonté politique de mettre fin au racisme et d'appeler à la mise en œuvre d'un nombre impressionnant de mesures concrètes pour lutter contre le racisme aujourd'hui, partout dans le monde.

Ainsi en est-il du Programme d'Action dont la majorité des 219 articles consistent en mesures de prévention, d'éducation et de protection visant à éradiquer le racisme à tous les niveaux, ainsi qu'en stratégies pour parvenir à une égalité pleine et entière entre tous les êtres humains.

Je citerai à titre d'exemples des mesures renforçant les institutions nationales et régionales de lutte contre le racisme, et les encourageant à coopérer davantage entre elles. D'autres mesures promeuvent l'éducation aux droits de l'homme et les changements de mentalité, l'accès à l'éducation sans discrimination. D'autres mesures encore mettent en exergue le rôle des partis politiques, notamment pour qu'ils développent des codes de conduite internes, afin que leurs membres ne fassent pas de déclarations publiques encourageant ou incitant au racisme, ou encore des mesures encourageant la lutte contre le racisme sur les lieux de travail. Le Programme d'Action contient aussi une série de mesures d'ordre législatif, judiciaire, réglementaire ou administratif, dans un but de prévention et de protection contre le racisme.

Un autre succès essentiel de la Conférence de Durban est la portée politique du compromis acquis sur les causes et les origines du racisme. Ce résultat ouvre des perspectives positives pour la poursuite du dialogue Nord-Sud. L'Union européenne a reconnu et condamné les immenses souffrances causées par les formes passées et contemporaines de l'esclavage et de la traite, partout où elles ont eu lieu, ainsi que les aspects les plus condamnables du colonialisme. Elle a reconnu que l'esclavage et la traite sont des crimes contre l'humanité et auraient toujours dû l'être. Durban a ainsi été l'occasion de regarder en face notre passé commun. Certains l'ont appelé un acte de regrets, d'autres un acte de remords, d'autres encore un acte d'excuses. Ce qui importe avant tout, c'est la volonté de clore les chapitres les plus sombres de notre histoire, afin de pouvoir bâtir une relation nouvelle basée sur le respect mutuel, la solidarité et le partenariat. Un appel a été lancé pour que plus de fonds soient octroyés aux initiatives prises par les pays en développement, notamment la Nouvelle Initiative Africaine.

La Belgique a déjà commencé à mettre en œuvre, pour ce qui la concerne, les acquis de Durban.

Le Gouvernement belge, comme je l'ai indiqué dans mon intervention lors du débat au Parlement belge sur les recommandations de la Commission d'enquête parlementaire sur Patrice Lumumba, le 5 février 2002, a présenté ses profonds et sincères regrets et ses excuses à la famille de Patrice Lumumba et au peuple congolais pour la douleur qui leur a été infligée par l'attitude générale de neutralité et d'apathie du Gouvernement belge pour le sort réservé à Patrice Lumumba. Le Gouvernement belge a aussi décidé de financer une Fondation Patrice Lumumba à hauteur de 3.750 millions d'euros et de compléter ce montant par une dotation annuelle minimum de 500'000 euros. L'objet social de cette Fondation aura pour but le développement démocratique du Congo par le financement de projets en matière de prévention des conflits, de renforcement de l'Etat de droit et de formation de la jeunesse.

C'est la reconnaissance des injustices du passé qui crée une base solide pour construire l'avenir.

La mise en œuvre du Programme d'Action contre le racisme en Belgique est une tâche essentielle pour nous tous. Ce livre ne manquera pas de vous y aider.

Louis MICHEL

Dessin