Chapitre 6

Kofi Annan, avec des participants à la Conférence mondiale lors
de la séance d'ouverture de la Conférence mondiale à Durban
 Kofi Annan, avec des participants à la Conférence mondiale lors
de la séance d'ouverture de la Conférence mondiale à Durban 

1. Le processus préparatoire

Pour ce faire, les Nations unies ont mis en place tout un processus préparatoire qui a comporté plusieurs phases étalées sur deux ans. La Commission des droits de l'homme a été désignée comme comité préparatoire, mais à composition non limitée, ce qui signifie que tous les Etats membres des Nations unies, les institutions spécialisées et les observateurs peuvent participer. Ce comité s'est réuni trois fois afin de préparer les documents prévus pour être adoptés à Durban. Des réunions informelles ont également été organisées afin de rattraper le retard enregistré dans l'avancement des travaux.

Parallèlement, des conférences régionales ont été organisées permettant ainsi à chaque région géographique d'apporter des contributions aux travaux de la Conférence.

-> La Conférence européenne a eu lieu à Strasbourg, du 11 au 13 octobre 2000. Elle a mis l'accent sur la lutte contre les formes contemporaines de racisme. Les participants ont tenté d'analyser les problèmes existants et d'identifier les bonnes pratiques pour y faire face. L'accent a été mis sur les mesures juridiques et politiques à prendre. Mais une place très importante a également été réservée à la prévention, par le biais d'une attention accrue accordée à l'éducation, la sensibilisation et la communication. Elle a également souligné la valeur de la diversité ethnique, religieuse, culturelle et linguistique de l'Europe. Cette Conférence s'est tenue au sein du Conseil de l'Europe.

-> La Conférence pour les Amériques s'est déroulée à Santiago du Chili, du 5 au 7 décembre 2000. Les victimes d'actes de racisme ont bénéficié d'un intérêt particulier durant cette Conférence. Les participants se sont entre autres concentrés sur la problématique des populations vulnérables (migrants, autochtones, personnes de descendance africaine, minorités) et ont examiné la question des discriminations multiples. La question de l'esclavage y est abordée en reconnaissant les dommages causés par cette pratique et en préconisant le dialogue et une réparation sous forme de politiques, programmes et mesures adoptés par les Etats bénéficiaires de cette politique.

-> La Conférence asiatique s'est tenue à Téhéran, du 19 au 21 février 2001. Les Etats asiatiques ont d'une part soutenu les revendications africaines et ont élaboré un langage ferme sur la question du Moyen-Orient - référence à l'occupation étrangère comme source et cause de racisme, discrimination raciale appliquée dans les territoires occupés, pratiques constituant une nouvelle forme d'apartheid, un crime contre l'humanité, une forme de génocide et une menace pour la paix et la sécurité internationales.

-> La Conférence africaine a été organisée à Dakar, du 22 au 24 janvier 2001. Les Etats participants ont relevé la responsabilité des anciens pouvoirs coloniaux dans les conséquences économiques, politiques et culturelles désastreuses de l'esclavage et du colonialisme. Ils ont demandé la création d'un fonds international de compensations pour les victimes de l'esclavage ainsi qu'un système de réparation au développement.

Le Secrétariat de la Conférence, qui est assuré par le Haut Commissariat aux droits de l'homme, a également organisé cinq séminaires d'experts chargés d 'étudier des sujets particuliers en rapport avec la problématique du racisme (la prévention des conflits ethniques et raciaux, les réfugiés, les recours disponibles pour les victimes et les bonnes pratiques dans ce domaine, la protection des minorités et autres groupes vulnérables, les migrants et le trafic des êtres humains, etc.). Les résultats de ces travaux ont été soumis aux participants de la Conférence.

Les organisations non gouvernementales ont été encouragées à tenir une tribune avant et durant la Conférence et à participer activement aux préparatifs. Toutes ces activités sont l'expression d'une véritable mobilisation universelle pour la préparation de cette Conférence. Elles ont offert à toutes les régions du monde l'opportunité de s'exprimer. Les travaux préparatoires ont été intenses et difficiles. Mais ils ont permis de mieux se comprendre, de bénéficier des expériences des uns et des autres, de clarifier les concepts et d'identifier les préoccupations et les limites de chacun.

2. Les participants

Cette Conférence mondiale, ainsi que ses réunions préparatoires, a rassemblé de nombreuses composantes de la communauté internationale .Elle a été ouverte à de nombreux participants, à savoir :

tous les Etats membres des Nations unies;
toutes les organisations et commissions régionales qui sont impliquées dans la préparation des réunions régionales;
les représentations des organisations qui ont reçu de l'Assemblée générale une invitation permanente à participer aux sessions en qualité d'observateurs;
les institutions spécialisées, les commissions régionales et tous les organes et programmes des Nations unies;
les représentants de tous les mécanismes des Nations unies dans le domaine des droits de l'homme;
les organisations non gouvernementales intéressées, représentées par des observateurs.

Mary Robinson, Haut Commissaire aux droits de l'homme de l'Onu et Secrétaire générale de la Conférence, avec Thabo Mbéki, Président de l'Afrique du Sud, à Durban
 Mary Robinson, Haut Commissaire aux droits de l'homme de l'Onu et Secrétaire générale de la Conférence, avec Thabo Mbéki, Président de l'Afrique du Sud, à Durban 

Au total, plus d'une centaine de délégations représentant les Etats membres des Nations unies et autres entités étatiques, ainsi que plusieurs centaines d'organisations non-gouvernementales étaient réunies à Durban.

Selon les Nations unies,18'810 personnes ont été accréditées pour la Conférence, dont plus de 2'500 représentants de 170 pays, 4'000 représentants d'ONG et 1'300 représentants des médias. La participation des ONG de pays en voie de développement, d'institutions nationales et des experts a été possible grâce aux contributions financières de l'Union européenne.

Un Forum des ONG s'est tenu du 28 août au 1er septembre 2001.Les représentants d'ONG ont également pris la parole lors des séances plénières de la Conférence. Elles ont également organisé plusieurs activités parallèles.

Un Sommet international des jeunes a également été organisé les 26 et 27 août 2001. D'après les Nations unies,750 jeunes du monde entier y ont participé. Leurs recommandations ont été présentées à l'assemblée plénière de la Conférence.

3. La Secrétaire générale et la Présidente de la Conférence

En 1998, l'Assemblée générale a désigné la Haut Commissaire aux droits de l'homme des Nations unies, Mary Robinson ,en tant que Secrétaire générale de la Conférence. A ce titre, elle a synthétisé toutes les contributions et apports des diverses conférences régionales et des séminaires d 'experts et a été chargée de rédiger un projet de plan d'action et de déclaration politique. La Conférence lui a également confié la finalisation de ces documents.

La Conférence a désigné sa Présidente en la personne de Nkosazana Dlamini Zuma, ministre des Affaires étrangères de l'Afrique du Sud.

4. Pourquoi avoir choisi l'Afrique du Sud pour accueillir la Conférence de Durban ?

Le choix de l'Afrique du Sud, comme pays hôte de la Conférence, revêt incontestablement un caractère symbolique important au regard de l'histoire récente de ce pays et de sa lutte contre l'apartheid. C'est également une manière de rendre hommage au combat personnel de Nelson Mandela contre le racisme, lui qui a passé 27 ans en prison pour ses actions contre l'apartheid en Afrique du Sud.

DessinComme l'a rappelé le Secrétaire général des Nations unies Kofi Annan dans son discours prononcé le 31 août 2001 à l'ouverture de la Conférence à Durban, "Chacun d'entre nous doit percevoir le symbolisme de ce moment, la conjonction entre le thème, le moment et l'endroit.[...] Où, à part ici, aurions-nous pu organiser cette conférence ? Qui d'autre pourrait nous apprendre à vaincre le racisme, la discrimination et l'intolérance ?".

5. Les caractéristiques de ce type de conférence

Ces grandes rencontres internationales débouchent sur l'adoption de textes possédant une autorité politique et morale…

Les documents qui sont adoptés consacrent des engagements politiques, pris au plus haut niveau. Ils représentent également un engagement moral auxquels les Etats ont souscrits de bonne foi. Ils ont donc une autorité politique et morale, même si les Etats participants n'ont pas d'obligation juridique de mettre en application les dispositions qu'ils contiennent.

…sans caractère contraignant…

Ces textes sont ensuite endossés par l'Assemblée générale, ce qui leur confère un caractère officiel de document des Nations Unies. Malgré l'absence de caractère contraignant, ils participent à l'évolution des mentalités et par conséquent aux progrès et avancées des principes et normes internationaux en matière de droits de l'homme.

…permettant de faire avancer la cause des droits de l'homme…

Par conséquent, l'influence de ce type de conférences peut se révéler importante car elles peuvent être l'occasion de consacrer de nouveaux concepts et de faire avancer la cause des droits de l'homme. Que seraient les droits de l 'homme sans les principes d'universalité, d'indivisibilité et d 'interdépendance consacrés lors de la Conférence mondiale des Droits de l'Homme de Vienne, en 1993 ? La même analyse peut être faite pour le principe de l'égalité entre les hommes et les femmes à l'échelle universelle, qui doit beaucoup à la Conférence mondiale sur les Femmes de Pékin, en 1995.

…et adoptés de préférence sur le mode du consensus.

Les conférences organisées par les Nations unies privilégient la méthode du consensus dans la prise de décision. Adopter un document par vote est possible*. Cependant, il est préférable de l'éviter car cela signifie que tous les participants ne sont pas d'accord avec le texte adopté. Une adoption par vote d'un document clôturant une conférence mondiale de cette ampleur diminuerait l'autorité et la portée du texte et donc les dispositions qu'il contient.

Cette pratique a, bien entendu, des répercussions sur le déroulement des débats et des négociations des grands événements onusiens. Mais elle oblige parfois les Etats à accepter des compromis qui peuvent paraître très alambiqués afin que chacun puisse accepter le texte. Il est donc important de discuter, de dialoguer et de tenter de comprendre les préoccupations de chacun afin de parvenir à un consensus qui satisfasse toutes les parties.

* Autrement dit, avec l'accord général de tous les participants.