|

1. Des remords, des regrets ou des excuses
L'Union européenne a accepté à Durban une avancée politique en regardant son passé en face, en exprimant un mea culpa (nuancé en "remords", "regrets" et "excuses" selon les Etats membres), de même qu'en acceptant de déclarer notamment que l'esclavage est un crime contre l'humanité, et il aurait toujours dû en être ainsi et que le colonialisme a conduit au racisme. Le Groupe africain pour sa part avait, avant Durban, renoncé à ses demandes de compensation directe pour réparer le passé telles que formulées dans la déclaration de la Conférence régionale préparatoire de Dakar de janvier 2001.

Le retard enregistré dans la publication finale des
textes a été dû à la difficulté
d'intégrer dans la Déclaration et le Programme
d'Action les éléments de compromis sur le passé
acquis à Durban entre le Groupe africain et l'Union européenne,
sans que cette insertion ne change la substance de ce compromis.
Une solution a finalement été trouvée, fin
décembre 2001, à la veille de la fin de la Présidence
belge, ce qui a permis de disposer des textes officiels de la
Déclaration et du Programme d'Action au début
de l'année 2002.
2. Une relation nouvelle et un compromis
Comme l'a fait remarquer la Belgique s'exprimant au
nom de l'Union européenne à Durban, cette Conférence
a ainsi été l'occasion de regarder en face notre
passé commun. Certains l'appellent un acte de regrets,
d'autres un acte de remords, d'autres encore un acte d'excuses.
Ce qui importe avant tout, c'est la volonté de clore les
chapitres les plus sombres de notre histoire, afin de pouvoir
bâtir une relation nouvelle basée sur le respect
mutuel, la solidarité et le partenariat. Le compromis obtenu
contient plusieurs éléments :
Reconnaissance et condamnation des tragédies du
passé, dont l'esclavage et les aspects négatifs
du colonialisme, ainsi que des souffrances qu'elles ont causées.
Nécessité d'éviter qu'elles ne se reproduisent.
Formule mentionnant l'expression d'excuses, de regrets
ou de remords pour les injustices du passé en laissant
toute latitude aux Etats quant aux initiatives à prendre
à ce sujet.
Formule qui reconnaît l'esclavage et la traite des
esclaves comme un crime contre l'humanité aujourd'hui
mais dit qu'il aurait toujours dû en être ainsi.
Appel à honorer la mémoire des victimes
de ces tragédies.
Appel à des mesures [accès au marché,
éradication de la pauvreté, transfert de technologies,
développement de l'éducation,...] pour stopper et
renverser les conséquences de certaines pratiques du passé,
mais sans modification des principes et critères de la
coopération au développement qui se base avant tout
sur le partenariat et la solidarité.
Soutien à des initiatives des pays en développement,
dont la "New African Initiative".
C'est dans ce cadre que s'inscrit l'intervention que le ministre
des Affaires étrangères belge Louis Michel
a prononcée au nom du gouvernement lors du débat
sur les recommandations de la Commission d'enquête parlementaire
"Lumumba" qui a eu lieu au Parlement le 5 février
2002. Cette Commission d'enquête avait pour mandat d'examiner
les responsabilités du gouvernement belge dans l'assassinat
du Premier ministre congolais Patrice Lumumba. Le ministre
y a présenté ses profonds et sincères regrets
et ses excuses à la famille de Patrice Lumumba et au peuple
congolais pour la douleur qui leur a été infligée
par l'attitude générale de neutralité et
d'apathie du gouvernement belge pour le sort réservé
à Patrice Lumumba.
Car c'est par la reconnaissance des erreurs du passé
que l'avenir peut se construire.
* Les paragraphes relatifs au passé sont
les paragraphes 13,14,15, 99,100,101,102,103,105,106 de la Déclaration,
ainsi que les paragraphes 120,157,158,159 du Programme d'Action.

|