Chapitre 8

1. Des remords, des regrets ou des excuses

L'Union européenne a accepté à Durban une avancée politique en regardant son passé en face, en exprimant un mea culpa (nuancé en "remords", "regrets" et "excuses" selon les Etats membres), de même qu'en acceptant de déclarer notamment que l'esclavage est un crime contre l'humanité, et il aurait toujours dû en être ainsi et que le colonialisme a conduit au racisme. Le Groupe africain pour sa part avait, avant Durban, renoncé à ses demandes de compensation directe pour réparer le passé telles que formulées dans la déclaration de la Conférence régionale préparatoire de Dakar de janvier 2001.

Dessin

Le retard enregistré dans la publication finale des textes a été dû à la difficulté d'intégrer dans la Déclaration et le Programme d'Action les éléments de compromis sur le passé acquis à Durban entre le Groupe africain et l'Union européenne, sans que cette insertion ne change la substance de ce compromis. Une solution a finalement été trouvée, fin décembre 2001, à la veille de la fin de la Présidence belge, ce qui a permis de disposer des textes officiels de la Déclaration et du Programme d'Action au début de l'année 2002.

2. Une relation nouvelle et un compromis

Comme l'a fait remarquer la Belgique s'exprimant au nom de l'Union européenne à Durban, cette Conférence a ainsi été l'occasion de regarder en face notre passé commun. Certains l'appellent un acte de regrets, d'autres un acte de remords, d'autres encore un acte d'excuses. Ce qui importe avant tout, c'est la volonté de clore les chapitres les plus sombres de notre histoire, afin de pouvoir bâtir une relation nouvelle basée sur le respect mutuel, la solidarité et le partenariat. Le compromis obtenu contient plusieurs éléments :

Reconnaissance et condamnation des tragédies du passé, dont l'esclavage et les aspects négatifs du colonialisme, ainsi que des souffrances qu'elles ont causées. Nécessité d'éviter qu'elles ne se reproduisent.

Formule mentionnant l'expression d'excuses, de regrets ou de remords pour les injustices du passé en laissant toute latitude aux Etats quant aux initiatives à prendre à ce sujet.

Formule qui reconnaît l'esclavage et la traite des esclaves comme un crime contre l'humanité aujourd'hui mais dit qu'il aurait toujours dû en être ainsi.

Dessin

Appel à honorer la mémoire des victimes de ces tragédies.

Appel à des mesures [accès au marché, éradication de la pauvreté, transfert de technologies, développement de l'éducation,...] pour stopper et renverser les conséquences de certaines pratiques du passé, mais sans modification des principes et critères de la coopération au développement qui se base avant tout sur le partenariat et la solidarité.

Soutien à des initiatives des pays en développement, dont la "New African Initiative".

C'est dans ce cadre que s'inscrit l'intervention que le ministre des Affaires étrangères belge Louis Michel a prononcée au nom du gouvernement lors du débat sur les recommandations de la Commission d'enquête parlementaire "Lumumba" qui a eu lieu au Parlement le 5 février 2002. Cette Commission d'enquête avait pour mandat d'examiner les responsabilités du gouvernement belge dans l'assassinat du Premier ministre congolais Patrice Lumumba. Le ministre y a présenté ses profonds et sincères regrets et ses excuses à la famille de Patrice Lumumba et au peuple congolais pour la douleur qui leur a été infligée par l'attitude générale de neutralité et d'apathie du gouvernement belge pour le sort réservé à Patrice Lumumba.

Car c'est par la reconnaissance des erreurs du passé que l'avenir peut se construire.

* Les paragraphes relatifs au passé sont les paragraphes 13,14,15, 99,100,101,102,103,105,106 de la Déclaration, ainsi que les paragraphes 120,157,158,159 du Programme d'Action.