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L'antisémitisme
| La chrétienté porte une lourde responsabilité
dans le développement (géographique et en intensité)
de l'antisémitisme. A partir du moment où elle place
l'Empire romain comme son bras séculier (4e siècle),
le christianisme devient religion d'Etat. Après la chute
de l'Empire romain, les nouveaux royaumes s'établissent
progressivement en imposant la religion catholique, et notamment
éradiquent dans toute l'Europe les éléments
de culture celte et druidique : ce mouvement prendra plusieurs
siècles et exigera le maillage étroit du territoire
par le système féodal. |
Raul Hilberg distingue trois grandes phases : conversion, expulsion,
annihilation. Au début (au 4e siècle), l'Eglise
s'affirmant comme universelle offre la conversion : ce fut un
échec avec les Juifs, et ce d'autant que, dans la plupart
des cas, elle considérait les Juifs récemment convertis
comme indignes, inférieurs, suspects ou hérétiques.
Dès le début des politiques antisémites,
on développe des représentations du Juif malfaisant,
qui profane les hosties, empoisonne les puits, est un instrument
du diable. Les images propagées pendant des siècles
s'implantent fortement dans les croyances populaires et conduisent
régulièrement à des persécutions pouvant
aller jusqu'au massacre. Mais dès le début, cette
politique est active, en décrétant des interdits
de profession, d'habitat, qui conduisent les Juifs à se
regrouper dans certains quartiers, et à se spécialiser
dans certaines professions, comme celles de la finance : cela
permit d'assimiler le Juif à l'usurier, c'est-à-dire
celui qui, par le biais de l'intérêt, prend l'argent
des populations chrétiennes et les tient dans sa dépendance.
Il devient alors aisé de développer l'image de la
diaspora comme celle d'une conspiration, alors même que
s'accroissent les mesures coercitives.
Au 16e siècle, et avec le même genre de raisonnement,
les arguments théologiques sont quasiment abandonnés,
au profit d'une politique d'expulsion : c'est-à-dire que
le choix n'est plus laissé entre conversion ou expulsion,
mais plutôt entre "l'assignation à résidence"
(le ghetto) ou l'exil, avec des flambées de violence à
chaque occasion.
Le 19e siècle, s'il ne correspond pas au franchissement
d'une nouvelle étape qualitative selon Hilberg, est cependant
marqué par des évolutions de la nature et de la
puissance de l'antisémitisme qui ont préparé
et créé une condition du passage à l'annihilation.
Durch Geschichte zur Gegenwart 3, © Lehrmittelverlag des
Kantons Zürich, 1999.
Légendes : Titre : "La peste noire et ses conséquences". Dans le sens des aiguilles d'une montre : Adam et Eve - Conscience d'être pêcheur - Aversion religieuse contre les Juifs - "40% c'est beaucoup !", usuriers juifs rendus coupables - Juifs brûlés vifs - Réactions à l'épidémie - Pratiques de pénitences._____________
Alors que les Juifs obtenaient vers 1840 leur émancipation
en Europe centrale, le milieu du siècle connut des évolutions
scientifiques importantes en linguistique et en biologie. Les
groupes linguistiques sont définis, et l'on distingue désormais
l'indo-européen des langues sémitiques.
En biologie, Darwin introduit l'étude de l'évolution
avec son Origine des espèces, paru en 1859.
Des idéologues sans scrupule pratiquent, dans ce contexte,
un amalgame qui n'a rien de scientifique pour donner une apparence
de fondement : Gobineau publie en 1853-1855 son Essai sur l'inégalité
des races humaines. L'antisémitisme,
qui était jusqu'alors de nature religieuse, peut s'engouffrer
dans cette confusion des genres pour devenir un racisme, par assimilation
des Juifs à une "race".
Wilhelm Marr, en inventant le mot "antisémitisme"
dans les années 1870, peut désigner les Juifs comme
"race bouc émissaire" de la crise financière
de 1873 en Autriche-Hongrie.
La virulence du phénomène fut singulièrement
plus forte dans les pays allemands : à la suite de Fichte,
la nation allemande se spécifie par l'usage de la langue
- la "race" allemande étant la plus "pure"
du groupe "aryen" défini par l'usage de l'indo-européen.
Les Juifs, bien que parlant allemand, ou yiddish, qui est un dialecte
germanique ashkénaze, subvertissent la langue et la nation
allemandes. Ce sentiment est d'autant plus fort que les Allemands
sont eux-mêmes minoritaires en Autriche-Hongrie, où
ils sont moins nombreux que les Slaves et les Hongrois. Dans l'autre
Allemagne, la Prusse, et singulièrement à Berlin,
l'antisémitisme se nourrit d'opposition aux doctrines économiques
libérales.
En Russie, l'assassinat d'Alexandre II est rejeté sur
les Juifs : les vingt dernières années du siècle
sont marquées par des pogroms (mot russe),
qui poussent nombre de Juifs russes et polonais à l'émigration.
Vers 1900, la police secrète russe commence à faire
circuler le Protocole des Sages de Sion,
document fabriqué de toutes pièces et attribué
à une réunion secrète, à l'occasion
du premier Congrès mondial sioniste (Bâle, 1897),
selon lequel les sionistes projetaient de prendre le contrôle
de l'Europe entière. La propagande nazie s'appuiera fortement
sur ce faux (il est à noter qu'en 1997 a été
fabriqué en Pologne un faux enregistrement où des
Juifs polonais, dont un ministre, "complotent" de la
même façon...).
En France, après la défaite de 1870, les Juifs
ayant en grand nombre un patronyme à consonance allemande
furent accusés d'avoir affaibli le pays et son moral. Le
krach de l'Union générale est attribué à
la duplicité de la "finance juive". Nationalistes
et cléricaux partagent désormais la haine antijuive.
Renforcé, l'antisémitisme a acquis son caractère raciste à la fin du 19e siècle.
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