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________FICHE 21 |
La sélection
Celle qui a conduit à la mort le plus grand nombre avait lieu dès la descente des wagons, sur la rampe. Après une séparation par sexe (tous les enfants demeurant avec les femmes), les gens passaient devant un officier SS, souvent assisté d'un médecin, qui les orientait, à gauche ou à droite. D'un côté, le plus petit nombre, composé d'hommes en bonne santé manifeste (selon les époques, de 16 à 50 ans, ou bien de 18 à 45 voire 40 ans : cela ne dépendait ni du camp ni de l'humeur des SS, mais tout simplement de l'ampleur des besoins et des places disponibles) et de quelques femmes. Ceux-ci étaient affectés en camp de travail ou aux Sonderkommandos des camps de destruction. De l'autre côté, l'immense majorité : vieillards, femmes, enfants. Aucune femme portant un nourrisson ou tenant un enfant par la main n'était épargnée. Les blessés, infirmes et nourrissons isolés étaient chargés sur un camion pour être transportés à "l'hôpital" : derrière une haie ou un rideau d'arbres, une fosse où on les expédiait d'une balle. Les autres étaient conduits au gazage. Le sinistre Dr Mengele s'enorgueillit d'avoir, à Auschwitz, procédé à la sélection de dizaines de milliers de Juifs. La seconde forme de sélection est celle qui était
opérée régulièrement à l'intérieur
du camp de concentration, pour réduire les effectifs en
se débarrassant de ceux considérés comme
"inaptes" : elle pouvait toucher le camp entier, le
ou les Blöcke d'une catégorie, ou encore l'infirmerie
(le Revier). A cette occasion, chaque déporté
devait se présenter complètement nu et marcher devant
l'officier ou le médecin, et était orienté
d'un côté ou de l'autre. Dans la journée ou
le lendemain, les sélectionnés, dont le numéro
avait été noté, étaient emmenés.
Dans les camps ne disposant pas de camion ni de chambre à
gaz, ils étaient tués d'une piqûre de phénol
(on s'aperçut vite que l'effet était beaucoup plus
rapide si on l'injectait directement dans le coeur). Sinon ils
étaient gazés, sur place ou par envoi dans un camp
de destruction. Ces deux sélections aboutissaient au même résultat. Mais, dans les camps, les déportés savaient de quoi il s'agissait, alors qu'à l'arrivée sur la rampe les gens ne comprenaient pas l'immédiateté de l'issue. Témoignage de Denise Holstein, survivante du dernier convoi français pour Auschwitz Extrait d'une cassette qu'elle passe aux élèves qu'elle rencontre : "Et surtout, me dit-il en descendant, ne prends pas de
gosse dans tes bras." "Mais pourquoi?" "Tu
comprendras dans quelques jours. Tu vois les enfants? Ça
va faire du savon..." L'allusion au savon est une expression de la rumeur qui a circulé dans les camps, mais aussi dans les ghettos et dans l'ensemble du Reich, selon laquelle les corps des Juifs gazés étaient transformés en savon. La logique de récupération du système concentrationnaire avait donné une vraisemblance à cette rumeur, qui était cependant fausse. Les négationnistes s'en serviront dans leur propagande d'intoxication. Témoignage du docteur Robert Lévy, médecin déporté, affecté à l'infirmerie du camp d'Auschwitz "Tout à coup, le médecin SS se présente
dans les Blöcke. Tous les malades et blessés
doivent défiler nus devant lui (ils étaient du reste
rarement munis d'une chemise). D'un geste de son index, il les
fait mettre presque tous d'un côté de la baraque.
Le sergent infirmier inscrit leur numéro matricule. Consternés,
car nous savons qu'ils sont condamnés à mort, nous
mentons à ces malheureux et nous leur disons qu'on va les
transférer dans un autre camp. La plupart ne se font aucune
illusion sur le sort qui les attend. 1. Témoignage cité dans Les Cahiers
pédagogiques, n° 379, CRDP, Dijon, décembre
1999. |